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OGM : l’INRA admet que les recherches scientifiques sont sous influence des lobbies

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40 % de conflits d’intérêts concernant des publications sur les OGM et des grands groupes industriels ; ce chiffre saisissant est le résultat d’une étude de l’INRA qui rapporte une analyse menée, non sur l’ensemble de la littérature scientifique portant sur l’efficacité ou la durabilité des plantes transgéniques BT, mais sur 672 articles publiés entre 1991 et 2015. En plus de certifier l’existence de conflit d’intérêts, cette étude atteste une tendance aux intérêts des industries plus fréquemment favorable en présence qu’en absence de conflit d’intérêt. Là est le problème.

De l’envie d’une science impartiale

Thomas Guillemaud explique ses motivations dans le lancement de cette étude pour Le Monde par une envie d’éclaircir un terrain encore trop obscur par manque de données. En effet, si deux études seulement ont été menées sur la corrélation entre enjeux financiers, politiques, idéologiques et les cultures génétiquement modifiées, elles se sont heurtées à la question des publications concernant les OGM. C’est donc la première étude qui a véritablement pris le taureau par les cornes en analysant et en tissant la toile d’un énorme réseau dont les joints sont fermement maintenus les uns entre les autres par l’argent. Le procédé utilisé dans cette vaste recherche menée sur pas moins de 672 articles publiés entre 1991 et 2015 a été de relever les liens déclarés dans les articles par les auteurs eux-mêmes. Les relations sont catégorisées en deux classes :

– L’affiliation directe : lorsque les auteurs sont employés du groupe en question

– Le financement total ou partiel des travaux d’au moins un des auteurs

Les OGM en question ne sont autres que les plantes OGM Bt, « Bt » pour « Bacillus thuringiensis ». Ces plantes transgéniques telles que le maïs, le coton ou le soja sont capables de produire des protéines de cette même bactérie Bt, hautement toxique, qui permet de détruire les insectes qui les infestent. Les publications analysées par l’étude ont été menées sur ces OGM Bt afin d’arguer sur leur efficacité et leur durabilité (maintien de cette efficacité dans le temps).

Toujours les mêmes

Les grands groupes qui tissent savamment des liens avec les scientifiques auteurs de publications sur ces OGM en particulier sont ceux que l’on retrouve en suivant l’odeur du scandale sanitaire ou de l’écocide : Syngenta, Dow AgroSciences, DuPont Pionneer et Monsanto, toujours en cours de fusion avec Bayer. Lorsque l’on additionne les parts de marché de ces groupes, on obtient un quasi-monopole du marché avec plus de 60% du marché des semences.

Quid de la cause ou de la conséquence

Le serpent se mord la queue et il est délicat d’établir avec certitude « si les conflits d’intérêts financiers sont la cause ou la conséquence de résultats favorables aux sponsors » explique Le Monde. Thomas Guillemaud explique que pour éclaircir ce doute, il faudrait trois éléments « Le projet avant qu’il ne commence, l’étude avant qu’elle ne soit publiée et l’étude après publication ».

Aveu désabusé de la part de l’INRA

Les chercheurs de l’INRA ont eux-mêmes fait état des limitations de leur étude. Forcés d’avouer que faire état des millions de liens qu’entretient le mastodonte des lobbys industriels serait comme chercher une aiguille dans une botte de foin. En effet, ils déclarent qu’ils n’ont mis en lumière que 7% des articles car les liens avec les industriels ont été déclarés directement. Qu’en est-il des liens non déclarés qui remettraient en doute le jugement scientifique des auteurs des publications ? Qu’en est-il des conflits d’intérêts dits intellectuels, soit, non financiers ? Cette nouvelle étude permet de rajouter une preuve sur le tas du domaine de recherche consacré à l’influence des sponsors sur les résultats des études scientifiques, aussi appelé « funding effect ». Autant dire que ce domaine de recherche risque d’être également sur-financé ou au contraire, d’être entravé par l’influence de ces grandes industries.

Les scientifiques de l’INRA ajoutent leurs noms à la liste de ceux qui sont pour une solution de surveillance des médicaments, produits chimiques ou pesticides : « Il s’agirait d’un système de soutien financier indirect de la recherche par l’industrie : les groupes producteurs d’OGM et d’autres parties prenantes (gouvernements, organisations non-gouvernementales) feraient une contribution financière à un pot commun géré par une agence indépendante ». Une solution, entravée, elle aussi par l’omniprésence des écocidiens et de leur influence illimitée.

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