Ocean Cleanup peut-il nettoyer les océans ?

"Nous avons créé ce désastre. Ne me dites pas qu’ensemble, nous ne pouvons pas y remédier."
12 septembre 2018 - Marine Wolf
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Boyan Slat a 16 ans lorsqu’il s’aperçoit au cours d’une plongée en Grèce qu’il a rencontré plus de sacs plastique que de poissons. Dès lors, le jeune Néerlandais n’a plus qu’une obsession : nettoyer les océans.

Très vite, il s’aperçoit que quasiment personne ne semble s’être penché sérieusement sur la question. Employer des navires et des filets pour récolter le plastique nécessiterait des milliers d’années, coûterait des milliards de dollars, porterait atteinte à la vie marine et engendrerait de colossales émissions de carbone.

« Les problèmes environnementaux, nos enfants s’en occuperont… » Eh bien me voilà !

Après un an d’expérimentations, le lycéen a l’idée d’utiliser les courants océaniques : « Au lieu de poursuivre le plastique, laisser le plastique venir à nous. » Comment ? En plaçant de longues barrières flottantes à proximité des gyres. Les gyres, ce sont des tourbillons géants formés par les courants marins qui attirent progressivement les déchets, jusqu’à former des vortex. Aussi connues sous le nom de continents de plastique, ces immenses accumulations de déchets sont à présent au nombre de cinq. La plus grande, « the Great Pacific Garbage Patch », située entre la Californie et Hawaï, a une superficie trois fois plus grande que celle de la France. Boyan est convaincu que son système peut « nettoyer 50 % du vortex du Pacifique Nord en seulement cinq ans. ».

Crédit Photo : Ivana Cajina

Au début, son idée est loin de convaincre. Avec seulement 300 euros en poche, il décide malgré tout de stopper ses études à la prestigieuse Delft University of Technology pour fonder Ocean Cleanup. En mars 2013, la vidéo de sa conférence TEDx « Comment les océans peuvent s’auto-nettoyer » se propage sur la toile. La campagne de financement participatif qu’il a lancé récolte 90 000 dollars. Après un an, une équipe d’une centaine de scientifiques et ingénieurs volontaires publie une étude de plus de 500 pages : le projet Ocean Cleanup est faisable et viable.

« Nous avons créé ce désastre. Ne me dites pas qu’ensemble, nous ne pouvons pas y remédier. »

Aujourd’hui, Boyan Slat a 24 ans. Sa campagne de crowfunding est devenue « le financement participatif à but non lucratif le plus efficace de l’Histoire », avec plus de 2 millions de dollars récoltés en 100 jours. Le système qu’il avait imaginé a pu voir le jour, de nombreuses expéditions ont été menées pour tester son prototype.

Enfin, le jour du grand bain est arrivé. Ce 8 septembre, un navire tractant le gigantesque dispositif a quitté San Francisco pour se lancer à l’assaut du continent de plastique. Un flotteur de 600 mètres de long, dont la forme est inspirée des nageoires de la raie manta, empêche le plastique de passer par-dessus en s’adaptant au mouvement des vagues. Une jupe de 3 mètres de profondeur garde les déchets prisonniers en dessous.

Crédit Photo : Erin Simmons

Le plastique ainsi rassemblé est destiné à être récolté régulièrement par navire puis recyclé. Boyan espère que d’autres dispositifs similaires pourront bientôt être mis en place dans la même zone.

« L’objectif est de montrer que cela fonctionne. Et, avec un peu de chance, d’ici quelques mois, les premières cargaisons de plastique seront débarquées au port. Cela signifiera que notre système est fiable. Nous pourrons alors déployer une flotte d’environ 60 systèmes. »

Parvenir à débarrasser les océans des déchets plastiques, réalité ou utopie ? Boyan répondrait que « l’Histoire est une succession de choses qui ne pouvaient s’accomplir… et qui finalement se sont accomplies. »

Image à la une : The Ocean Cleanup

12 septembre 2018 - Marine Wolf
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