Nos abeilles disparaissent. « C’est un désastre écologique, économique et humain »

Puisqu’elles assurent la pollinisation des plantes à fleur, les abeilles sont absolument essentielles à la survie de nombreuses espèces végétales. Pommes, oignons, carottes, citron, brocolis, artichauts… sans elles, une multitude de fruits et légumes disparaîtraient de notre assiette. On estime qu’au moins 1/3 de l’alimentation mondiale résulte de cette pollinisation.
11 juin 2018 - La Relève et La Peste
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Jeudi 7 juin, des apiculteurs se sont mobilisés dans toute la France pour alerter sur la mortalité catastrophique des abeilles. A Paris, Lyon, Rennes, Quimper, La Rochelle, Strasbourg, Tours, Périgueux, Laon… ils ont clamé leur revendication : « un environnement viable pour les colonies d’abeilles et les pollinisateurs ».

Etant de plus en plus nombreuses à disparaître chaque année, les abeilles décimées ont atteint en 2018 un taux effrayant. « C’est un désastre écologique, économique et humain. » s’insurge François le Dudal, apiculteur breton.

Désastre écologique

Puisqu’elles assurent la pollinisation des plantes à fleur, les abeilles sont absolument essentielles à la survie de nombreuses espèces végétales. Pommes, oignons, carottes, citron, brocolis, artichauts… sans elles, une multitude de fruits et légumes disparaîtraient de notre assiette. On estime qu’au moins 1/3 de l’alimentation mondiale résulte de cette pollinisation.

Comme le dit Loïc Leray, vice-président de l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), « l’enjeu est trop important et dépasse le cas des abeilles et des apiculteurs. Il en va de la dégradation générale de l’environnement et de la santé de tous. ».

Crédit Photo : Eric Ward

Les causes de cette hécatombe ?

D’abord les pesticides et les engrais, en particulier les néonicotinoïdes. Ce sont les insecticides les plus utilisés au monde, présents dans les produits distribués par les géants de l’agrochimie. Ces pesticides neurotoxiques attaquent le système nerveux des insectes. Ils sont désorientés, perdent la mémoire, ne parviennent pas à regagner leur ruche et meurent progressivement.

« Face aux pressions imposées par l’agrochimie sur notre territoire, la vie des abeilles ne tient qu’à un fil. » résume Loïc Leray.

Le modèle agricole est aussi en cause. « Le modèle agricole intensif en vigueur génère des conditions qui ne sont plus propices à l’apiculture. » explique Michel Kerneis « On arrache les haies, on retourne les prairies, on supprime les arbres champêtres, on pollue l’eau, l’air, la terre… ».

En conséquence, les abeilles ne parviennent plus à se procurer de quoi se nourrir correctement. Elles sont affaiblies, notamment les reines, responsables de la reproduction de l’espèce. Alors qu’elles sont censées vivre jusqu’à 5 ans, « désormais, à trois ans, ce sont des vieilles biques, plus capables de produire assez de couvain pour que la ruche produise du miel et pour assurer des réserves à la colonie. » .

Désastre économique

Malgré le fait que la dangerosité des néonicotinoïdes soit connue depuis longtemps, leur usage commence tout juste à être régulé. En France, la loi Biodiversité de 2016 a acté leur interdiction prochaine. Fin avril 2018, l’Union européenne a voté l’interdiction quasi-totale de trois d’entre eux (l’imidaclopride, la clothianidine et le thiaméthoxame).

Crédit Photo : Mikael Kristenson

Mais selon l’UNAF, le problème est loin d’être réglé : « Les traces de ces substances nocives ne disparaîtront qu’après 5 ou 6 ans… et seulement en partie. ». Actuellement, les scientifiques sont incapables de décrire précisément ce qu’il advient de ces substances une fois dispersées dans la nature.

L’enjeu est en tout cas crucial. Si les abeilles deviennent incapables de polliniser, c’est l’homme qui devra s’en charger, comme le font déjà les paysans chinois du SichuanÀ l’échelle mondiale, la valeur monétaire de la pollinisation est estimée à 153 000 000 d’euros par an.

Désastre humain

Enfin, derrière les statistiques de mortalité des abeilles, il y a les drames humains. « Quelqu’un qui a perdu toutes ses colonies ne peut pas sortir la tête de l’eau. Il se retrouve sans miel, sans revenus. » explique José Nadan, apiculteur du Morbihan.

« Dans une situation « normale » – qu’on ne connaît plus depuis une trentaine d’années – les taux de pertes hivernales ne devraient pas excéder 5 %. » nous dit l’apidologue et directeur de recherche émérite au CNRS Gérard Arnold.

Or, ces dernières années, l’apiculture française et européenne subissent des pertes hivernales de 30 % en moyenne. En 2018, les pertes ont atteint un niveau catastrophique en France. De nombreux apiculteurs ont vu jusqu’à 90% de leur colonie décimée. 

Crédit Photo : Anna Reiff

Le pays n’est déjà plus en mesure de couvrir les besoins de ses consommateurs. La production de miel entre 1995 et 2017 est passée d’environ 32 000 tonnes à 10 000 tonnes selon l’UNAF. Les miels frelatés, coupés au sirop de sucre s’importent de plus en plus.

 « Ce rassemblement, assure Loïc Leray, ce n’est pas l’enterrement de l’apiculture. Nous sommes déterminés et nous encourageons nos gouvernants à un certain courage politique. »

11 juin 2018 - La Relève et La Peste
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