Mobilisation collective pour obtenir 57 milliards d’euros en taxant la finance en Europe

« On a tous conscience d’être dans un moment crucial. Le mélange de la crise sociale, sanitaire et climatique nous dirige vers un chaos. Il faut dégager des moyens financiers pour y faire face. » Pierre Larrouturou
18 novembre 2020 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Après 18 jours de grève de la faim et 10 kilos en moins, l’eurodéputé Pierre Larrouturou a mis fin à son jeûne pour valoriser la mobilisation collective. Dernière ligne droite de son combat : il n’a plus que 4 semaines pour convaincre un maximum de dirigeants européens de taxer la finance d’ici le Conseil européen des 10 et 11 décembre. En jeu : 57 milliards d’euros de recettes annuelles pour un plan climat vraiment efficace et le remboursement de la dette commune du plan de relance européen. Parmi les pays encore opposés à des mesures ambitieuses : la France. L’eurodéputé appelle chaque citoyen à se joindre à la mobilisation.

Une mobilisation collective représentative de la diversité des points de vue

Le 17 novembre, Pierre Larrouturou a lancé le deuxième acte de sa campagne pour la taxe des transactions financières (TTF) en Europe sous la forme d’une conférence de presse collective, accompagné de soutiens de plus en plus nombreux qui détonnent par leur diversité : ONG et activistes bien entendu, mais aussi politiques de différents bords.

Parmi ces derniers, des personnalités initialement opposées à la taxation de la finance qui ont changé d’avis face à la gravité des enjeux écologiques et sociaux comme le Maire de Saint-Etienne Gaël Perdriau, Vice-Président du groupe politique français Les Républicains/

« Soutenir Pierre Larrouturou dans son combat a été un vrai processus de réflexion. Au sein de ma formation politique LR et avec mon expérience de maire, je me suis questionné autour de deux thématiques centrales : le bien être social et le développement durable. Et j’ai compris que les salariés perdent leur capacité à s’adapter et à évoluer dans un système qui va de plus en plus vite, où les individus se retrouvent enfermés dans la précarité. Au cours des 40 dernières années, la rentabilité est devenu notre unique objectif, et la finance est devenue la finalité de notre société quand elle ne devrait en être qu’un outil. La crise des Gilets Jaunes a montré l’écart entre la nécessaire transition écologique et la capacité individuelle des gens à y répondre. Il faut donc revoir notre système d’imposition et de taxation pour répondre aux besoins de la France : taxer les transactions financières en Europe est devenu un impératif sociétal. » explique-t-il lors de la conférence de presse

Un constat partagé par Jean-Luc Crucke, Ministre Wallon du Budget et des Finances, un libéral initialement hostile à cette idée qui y voit désormais « la seule opportunité économique efficace face aux géants chinois et américains » mais aussi un geste de solidarité indispensable au moment où de nombreuses personnes sont plongées dans la misère. Cela renvoie à l’un des fondements de l’Europe : ne pas être qu’un marché, mais aussi défendre une certaine idée de la dignité humaine.

Une vision partagée par Philippe Laurent, Secrétaire général de l’Association des Maires de France, Président du Conseil des Communes et Régions d’Europe.

« L’UE doit disposer de ressources propres pour ne pas dépendre de la seule contribution des Etats. Cette proposition a l’immense avantage de procurer 57 milliards d’euros de ressources annuelles à l’UE pour lui permettre de mener des politiques pérennes de transition écologique et sociale sans avoir besoin de négocier de façon permanente avec les Etats. »

La France à convaincre

Taxer les transactions financières en Europe n’est pas une idée nouvelle. L’outil pour le faire est même prêt depuis la directive de septembre 2011, lorsque la Commission européenne était pourtant dirigée par José Manuel Barroso, qui a été embauché par la banque d’affaires Goldman Sachs juste après la fin de son mandat européen. C’est donc une question de volonté politique.

Et en 2020, les lignes bougent depuis quelques mois, de façon positive pour les défenseurs de cette TTF. Le ministre allemand du développement et celui des finances, ainsi qu’Angela Merkel elle-même considèrent que cette TTF fait partie des solutions indispensables à mettre en place. A la veille de rendre la présidence de l’UE, l’Allemagne veut se démarquer par une mesure écologique et sociale vraiment ambitieuse.

Même le ministre autrichien des finances, Gernot Blümel, a prévenu que l’Autriche quitterait le groupe de pays qui élaborent actuelle une TTF européenne si cette dernière n’est pas assez ambitieuse.

Dans une lettre adressée aux Ministères des Etats membres, il accuse la France de vouloir privilégier une taxation à laquelle pourraient échapper 99% des transactions financières en refusant de taxer les produits dérivés et le trading à haute fréquence  !

En France, l’enjeu autour de la mobilisation collective est donc de taille car le soutien inconditionnel d’Emmanuel Macron à une TTF véritablement ambitieuse pourrait tout changer en créant un effet d’entraînement qui permettrait de ne pas être bloqué par un vote à l’unanimité.

La crise de partout, sauf pour la finance

Les soutiens grandissants de l’eurodéputé en sont convaincus : c’est maintenant que tout se joue. « Si rien n’est fait, un budget indécent, largement insuffisant face à l’urgence sanitaire, climatique et sociale, sera adopté. Jusque 2027. » Date du prochain vote du budget général de l’Europe.

« L’essentiel de l’argent circule dans des stratosphères déconnectées de l’économie réelle. Cela aggrave les inégalités sociales et les impacts environnementaux. Une fois tous les 7 ans, nous avons une chance de ré-orienter le cadre annuel pluri-européen ; c’est maintenant qu’il faut la créer, c’est une chance à ne pas laisser passer. Les membres de l’UE doivent assumer leur responsabilité : allez toutes et tous sur la plateforme dédiée, écrivez-leur. Il faut comprendre qu’il est temps de contribuer au bien commun. » plaide Arnaud Schwartz, Président de la FNE

Ainsi, les volumes échangés sur les marchés financiers européens sont 45% plus élevés qu’en 2010. Un accaparement des richesses qui n’est plus acceptable en période de crise pour les ONG.

« Les inégalités deviennent immorales et insupportables car depuis 2008 rien n’a été fait ou presque sur la taxation de la finance ! L’un des acteurs principaux à avoir bloqué la taxation financière, c’est Emmanuel Macron aussi bien en Europe qu’en France. Mais aujourd’hui la crise accroît la pauvreté, fait exploser la dette française, il va donc bien falloir prendre l’argent là où il est généré : dans le milieu de la finance qui est complètement sous-taxé. J’espère que cet appel sera entendu par Emmanuel Macron car c’est là que ça doit bouger. Ne vous faites pas avoir par les prochains articles qui vont sortir pour expliquer que la finance va mal, c’est faux. » analyse Alexandre Naulot, Responsable de campagnes France chez WE MOVE EUROPE

Des constats qui ont convaincu la vingtaine grévistes de la faim qui ont rejoint Pierre Larrouturou dans son combat, mais aussi l’activiste pour le climat Camille Etienne et les dizaines de milliers de personnes ayant interpellé Emmanuel Macron et Angela Merkel via les réseaux.

Au cours des quatre prochaines semaines, de nombreuses actions et temps d’échange auront ainsi lieu pour faire pencher la balance en faveur de cette taxe sur les transactions financières. Réponse les 10 et 11 décembre.

Plus d’infos : https://taxonslaspeculation.eu/home/

18 novembre 2020 - Laurie Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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