Maltraitance animale : après trois mois d’errance en mer, les 2500 bovins ont tous été tués

Pour ces animaux, « le transport maritime de longue durée engendre un stress et une souffrance énorme. Ils sont reconnus comme des êtres sensibles, on ne peut pas leur faire subir un tel calvaire », rappelle O.Morice.
7 avril 2021 - Marine Wolf
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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En décembre 2020, plus de 2500 jeunes bovins ont embarqué sur deux navires au départ de l’Espagne. Ils sont restés bloqués en mer après que les autorités turques puis celles d’autres pays européens aient refusé l’entrée des animaux sur leur territoire. Après trois mois d’errance en mer, ils ont tous été euthanasiés. Plus récemment, 130 000 moutons sont restés coincés dans des navires pendant une semaine lors du blocage rocambolesque du Canal de Suez. Ces deux événements refont la lumière sur l’une des cruautés absurdes de nos sociétés. Chaque année, 3 millions de bovins, ovins et caprins sont exportés par l’Union Européenne et entassés dans des cargos, notamment à destination du Moyen-Orient pour y être abattus et mangés, le tout dans des conditions opaques et souvent désastreuses d’un point de vue sanitaire.

Les animaux venaient de la région de Huesca, touchée par la fièvre catarrhale. Entassés, sous-alimentés, épuisés, les bovins ont ainsi été condamnés à errer en Méditerranée. L’un des deux navires, le Karim Allah, a fini par retourner à Carthagène, son port de départ. Les 846 veaux qui se trouvaient à bord ont été abattus, après un long périple en mer.

« De manière générale, une fois que les animaux quittent l’UE, ils ne peuvent plus y retourner. Il suffit que le bateau soit entré dans les eaux d’un pays tiers pour que la règle s’applique, même si c’est absurde étant donné que les animaux eux-mêmes n’ont pas posé le sabot sur le sol étranger », précise à ce sujet Adeline Colonat, chargée de mission chez Welfarm.

L’autre navire, le Elbeik, est lui aussi revenu en Espagne, d’où il était parti. Les quelque 1800 bovins âgés de moins d’un an à son bord ont été euthanasiés. Ils avaient subi un voyage de 3 mois en mer, le cargo ayant tenté d’accoster à Lampedusa, à Tripoli, à Chypre, en Sardaigne, avant de se résigner à rentrer.

Contacté par La Relève & La Peste, Olivier Morice, chargé d’affaires publiques pour l’association L214, réagit à cette affaire.

« Ce drame, particulièrement absurde, est exceptionnel par son ampleur et sa visibilité. On parle d’un navire qui erre de port en port pour écouler sa marchandise, alors qu’il s’agit d’êtres vivants. Même si c’est interdit, on sait que des cadavres d’animaux ont été jetés par-dessus bord, qu’ils étaient déshydratés, sous-nourris, malades. Pourquoi on ne profite pas de cette crise pour remettre en question la nécessité de ce transport par cargo en Méditerranée ? »

Pour ces animaux, « le transport maritime de longue durée engendre un stress et une souffrance énorme. Ils sont reconnus comme des êtres sensibles, on ne peut pas leur faire subir un tel calvaire », rappelle O. Morice.

Cette souffrance est telle que selon A. Colonat, « il est plus probable que les animaux morts en mer aient succombé à leurs conditions de détention à bord plutôt qu’à une épidémie. Les bateaux ne sont pas des fermes flottantes ! Les animaux y sont soumis à des conditions stressantes telles que le mouvement, le bruit permanent et les émissions d’ammoniaque dans l’air qui irritent leurs voies respiratoires ».

La réglementation européenne donne quelques règles – déjà insatisfaisantes pour les associations – mais surtout largement inappliquées. Sur terre, la durée de transport ne doit pas dépasser 8h. En mer, ce temps est évidemment dépassé.

Les transporteurs doivent donc respecter des contraintes supplémentaires – une nourriture adaptée et suffisante – pour éviter la souffrance des animaux. Or, l’état des animaux embarqués à bord de l’Elbeik et du Karim Allah, déshydratés et dénutris, prouve que celles-ci ne sont pas appliquées.

Au niveau du Parlement européen, une commission d’enquête sur le transport d’animaux d’élevage a été initiée en juin 2020 dans l’objectif de renforcer la réglementation.

« Sa mission est de faire le point sur la législation », explique O. Morice. « On a une opportunité de faire avancer cette situation catastrophique. Nous avons constaté, avec les eurodéputés, que le règlement est systématiquement ignoré. Des infractions graves sont commises, qui engendrent des souffrances profondes et montre qu’il existe un problème systémique sur le transport des animaux ».

Les deux navires partis d’Espagne sont des exemples frappants de ce transport inadapté.

« Ces deux navires sont bien connus par les ONG de protection animale, qui les appellent les « cargos-poubelles ». Construits il y a plus de 50 ans, ils ne sont plus jugés assez fiables pour transporter des voitures et autres biens de valeur, alors on les affecte au transport d’animaux », révèle A. Colonat.

« On reste dans un système d’exploitation sans le remettre en question », constate O.Morice. « Ce qui est horrible, c’est que les pratiques envers les animaux soient déterminés par des facteurs économiques ».

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Lire aussi : « En pleine crise du COVID-19, les longs transports d’animaux vivants doivent être interdits »

7 avril 2021 - Marine Wolf
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