L’Indonésie brûle à cause d’une sécheresse intense, conséquence de la déforestation

Bornéo a perdu plus de la moitié de sa surface forestière depuis 1950, ce qui explique la sécheresse de plus en plus forte chaque année. La situation est tellement critique que Bornéo pourrait passer d’un climat humide à un climat sec au cours des prochaines années si la tendance n’est pas inversée, selon un des chercheurs de l’étude.
18 septembre 2019 - Laurie Debove
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Avec l’Amazonie, la Sibérie et l’Afrique subsaharienne, l’Indonésie est aussi en proie aux flammes depuis fin juillet. Si les incendies sont habituels en cette saison, ils sont particulièrement forts cette année à cause de la sécheresse intense qui se prolonge. Un cercle climatique vicieux causé par la déforestation.

Incendies en Indonésie

Alors que les incendies ravagent les forêts de Sumatra et Bornéo depuis fin juillet, 9000 pompiers et soldats sont mobilisés pour combattre ces titans. Les incendies dégagent un très vaste nuage de fumée qui a déjà intoxiqué plus de 150 000 personnes selon les autorités sanitaires indonésiennes qui ont distribué des masques aux habitants. La pollution de l’air a obligé de nombreuses personnes à évacuer et des milliers d’écoles ont dû être fermées en Indonésie et en Malaisie. Sans compter les conséquences désastreuses pour les animaux vivant dans ces forêts.

Avec la sécheresse et le manque d’eau de plus en plus inquiétant, les pompiers et unités mobilisées ont le plus grand mal à contrôler ces incendies, notamment ceux dans les tourbières asséchées, qui brûlent à combustion lente, et émettent une grande quantité de fumée. Ces incendies sont volontairement allumés chaque année pour « nettoyer » des terrains déboisés ou faire des cultures sur brûlis.

A tel point que la police indonésienne a annoncé qu’elle allait arrêter 200 personnes suspectées d’avoir démarré des feux et que les tensions entre l’Indonésie et la Malaise augmentent pour déterminer quel Etat est le plus responsable.

Indonésie Java

En tout, 328.000 hectares ont déjà brûlés depuis le début de l’année, ce qui équivaut au tiers du massif forestier landais. Ce phénomène rappelle l’année 2015 où des mégafeux avaient détruit une immense partie des forêts indonésiennes à cause de la déforestation, notamment liée à l’huile de palme. 

Sans forêts, moins de pluies et plus de feux

Alors que les pompiers craignent de bientôt ne plus avoir assez d’eau pour tenter d’éteindre les feux, les habitants prient pour que la pluie revienne. Pour Hervé le Bouler, responsable des questions forestières à France Nature Environnement, l’intensité des feux observés cette année en Amazonie, en Afrique Subsaharienne, en Sibérie et maintenant en Indonésie est liée à l’effet accélérateur de la crise climatique.

« On est en train de passer un seuil de changement climatique où les incendies de forêt prennent des proportions plus importantes que par le passé. Il est clair que les conséquences sont négatives, très négatives. Parce que les incendies rejettent dans l’atmosphère de grandes quantités de CO2, ce qui accélère le changement climatique. La biodiversité est affectée, et on déplore des impacts extrêmement forts sur la santé. On va avoir des effets de cendre et des effets de fumée à plusieurs centaines de kilomètres. Un incendie à un endroit donné va changer le climat de façon beaucoup plus vaste. » a-t-il ainsi expliqué à FranceInter

En effet, cet événement met en relief un fait météorologique peu relayé : la déforestation entraîne aussi une baisse des précipitations. De la même façon que les arbres de l’Amazonie déclenchent leur propre pluie sur une période donnée, la forêt indonésienne humide joue un rôle majeur sur la régulation du climat. Publiée l’an dernier, une étude a ainsi démontré que la déforestation massive de Bornéo a causé une hausse des températures, jusqu’à +6,5°c dans les plantations d’huile de palme, et une chute des précipitations d’environ 20% en moins de 60 ans.

Nord de Sumatra en Indonésie

Concrètement, lorsque les rayons du soleil atteignent les forêts, elles émettent de la vapeur d’eau, avec l’eau issu de leurs feuilles et du sol autour des racines, ce qui forme des nuages et donc de la pluie. Sans forêts, l’eau des sols et de la végétation part dans les rivières puis vers la mer au lieu de contribuer aux précipitations locales. Bornéo a perdu plus de la moitié de sa surface forestière depuis 1950, ce qui explique la sécheresse de plus en plus forte chaque année. La situation est tellement critique que Bornéo pourrait passer d’un climat humide à un climat sec au cours des prochaines années si la tendance n’est pas inversée, selon un des chercheurs de l’étude.

Les forêts ne sont donc pas seulement indispensables pour leur rôle de stockage de carbone. Elles abritent près de 50 % des plantes et espèces animales sur Terre, sont la maison de centaines de peuples premiers, et permettent de maintenir les températures et climats propices à leurs habitants. Elles sont une entité vivante qui permettent de maintenir des conditions de vie comme aucune infrastructure créée par l’humain ne saurait le faire. Il est vital d’arrêter de les brûler.

18 septembre 2019 - Laurie Debove
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