L’augmentation de la température des océans équivaut à l’explosion de 3,6 milliards de bombes atomiques

« Le réchauffement climatique est réel, et il empire. Et ce n'est que la pointe de l'iceberg pour ce qui est à venir. Heureusement, nous pouvons y faire quelque chose : nous pouvons utiliser l'énergie de manière plus sage et nous pouvons diversifier nos sources d'énergie. Nous avons le pouvoir de réduire ce problème. », a déclaré John ABRAHAM, co-auteur de l’étude et professeur de génie mécanique à l'Université de St. Thomas aux Etats-Unis
17 janvier 2020 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 130 pages
- Impression : France

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Tout comme la température moyenne sur la planète, les océans se réchauffent continuellement jusqu’à atteindre leur record de chaleur en 2019. Une tendance qui s’accélère de plus en plus, et dont le rééquilibre est crucial pour la viabilité des écosystèmes.

L’Océan est de plus en plus chaud chaque année

L’Océan produit 50 % de l’oxygène que nous respirons et a un rôle essentiel de régulateur du climat de notre planète. La mesure de sa température est donc un outil indispensable pour prendre le pouls de notre vaisseau céleste. Afin de mieux le sonder, une équipe internationale de scientifiques représentant 11 instituts à travers le monde a mesuré l’évolution de la température de l’eau entre 1955 et 2019 dans les 2 000 premiers mètres de profondeur, où les données sont plus fiables que les eaux de surface soumises à des phénomènes saisonniers.

Selon l’analyse des chercheurs, les océans n’ont jamais été aussi chauds qu’en 2019. La température des océans était ainsi d’environ 0,075°C supérieur à la moyenne de 1981-2010. Si cette différence semble minime, il faut mieux comprendre ce qu’elle représente grâce aux unités d’énergie nécessaires pour produire cette chaleur. Les scientifiques ont calculé que l’océan a absorbé 228 000 000 000 000 000 000 000 000 (228 trilliards) de joules de chaleur.

« Effectivement, ça fait beaucoup de zéros. Pour en faciliter la compréhension, j’ai fait un calcul. La bombe atomique d’Hiroshima a explosé avec une énergie d’environ 63 000 000 000 000 joules. La quantité de chaleur que nous avons mise dans les océans du monde au cours des 25 dernières années équivaut à 3,6 milliards d’explosions de la bombe atomique Hiroshima. Ce réchauffement mesuré des océans est irréfutable et constitue une preuve supplémentaire du réchauffement de la planète. Il n’y a pas d’autres raisons que les émissions humaines de gaz à effet de serre pour expliquer ce réchauffement. » explique Lijing Cheng, auteur principal et professeur associé à l’Institut de physique atmosphérique en Chine.

Graphique : évolution de « l’ocean heat content » de 1955 à 2019 sur les 2000 premiers mètres. L’histogramme représente des anomalies annuelles (unités : ZJ), où les anomalies positives par rapport à une ligne de base de 1981 à 2010 sont représentées sous forme de barres rouges et les anomalies négatives en bleu. Les deux lignes noires en pointillés représentent respectivement les tendances linéaires de 1955-1986 et 1987-2019.

Ainsi, contrairement aux températures au sol qui augmentent « en tendance » mais sans que chaque année soit systématique plus chaude que la précédente (l’année 2016 était en moyenne plus chaude que 2019), la quantité de chaleur contenue dans les 2000 premiers mètres de l’océan, elle, augmente de façon systématique à cause du réchauffement climatique. Encore plus préoccupant, le rythme s’accélère dangereusement. La hausse des températures de l’eau a été 4,5 fois plus rapide entre 1987 et 2019 qu’entre 1955 et 1986. 

Conséquences pour la planète

Cette augmentation constante est due au fait que plus de 90 % des excès de chaleur sont stockés dans l’océan, où ils s’accumulent. La hausse des températures entraîne une élévation du niveau de la mer (sous l’effet de la dilatation et l’augmentation de la masse causée par la fonte des glaces). Selon le rapport du GIEC sur les océans et la cryosphère, les 10 dernières années sont ainsi celle qui ont vu le niveau moyen de la mer le plus élevé depuis 1900.

Crédit photo : Ivana Cajina

Egalement, l’augmentation de la température de l’océan réduit l’oxygène dissous dans l’eau et affecte considérablement la vie marine, en particulier les coraux et autres organismes sensibles à la température et à la chimie. Ce réchauffement en constante augmentation accélère l’évaporation, et l’humidité supplémentaire dans l’atmosphère provoque de fortes pluies et des inondations conduisant à un cycle hydrologique et à des conditions météorologiques plus extrêmes (en particulier les ouragans et les typhons). C’est l’une des principales raisons pour lesquelles la Terre a connu une augmentation des incendies catastrophiques en Amazonie, en Californie et en Australie en 2019.

« Le réchauffement climatique est réel, et il empire. Et ce n’est que la pointe de l’iceberg pour ce qui est à venir. Heureusement, nous pouvons y faire quelque chose : nous pouvons utiliser l’énergie de manière plus sage et nous pouvons diversifier nos sources d’énergie. Nous avons le pouvoir de réduire ce problème. », a déclaré John ABRAHAM, co-auteur de l’étude et professeur de génie mécanique à l’Université de St. Thomas aux Etats-Unis

Il est tout de même important de noter que le réchauffement de l’océan va se poursuivre même si nous arrivons à stabiliser l’augmentation de la température moyenne terrestre à 2°C ou moins au cours du XXIème siècle. En effet, l’océan (tout comme d’autres organismes du système Terre tels que les calottes glaciaires) est lent à répondre et continuera de changer même après la stabilisation du forçage radiatif.

Cependant, et c’est bien cela dont il faut avoir conscience : plus les émissions de gaz à effet de serre seront réduites, plus le taux et l’ampleur du réchauffement de l’océan seront minimisés. Pour les auteurs de l’étude, il est donc grand temps de prendre les mesures appropriées pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre de façon drastique, et avoir une chance de réduire les risques que vont vivre l’humanité et l’ensemble du vivant sur Terre au cours des prochaines décennies.

17 janvier 2020 - Laurie Debove
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