L’empreinte carbone des énergies renouvelables : une question à poser ?

"On peut se demander s’il est pertinent de comparer la production d’énergies utilisées depuis des siècles avec celle de technologies utilisées depuis moins d’un siècle brandir arguments et chiffres entre détracteurs et défenseurs est déjà se tromper de chemin."
15 octobre 2019 - Sarah Roubato
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 130 pages
- Impression : France

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Depuis plusieurs décennies, les chercheurs s’activent pour trouver des solutions alternatives aux énergies fossiles, polluantes, destructrices et qui vont se raréfier. Utiliser l’énergie solaire, éolienne, hydraulique et de biomasse, sont parmi les pistes les plus suivies. En Europe, la Suède bat tous les records avec plus de 50 % d’énergies renouvelables. La Finlande et le Danemark sont autour de 40 %. La France se retrouve 17ème avec moins de 20 %. Fin 2018, le gouvernement français augmentait de 2 à 3 milliards les investissements dans la filière des énergies renouvelables. L’objectif étant d’atteindre 40 % de la production nationale d’ici 2030. 

Les énergies utilisant le soleil, l’eau ou le vent n’émettent pas de carbone lors de leur fonctionnement. Mais ce que nous appelons rapidement propres ou vertes ne signifie pas que ces énergies n’émettent pas, dans le processus de leur fabrication, du carbone. Ainsi la production par énergie éolienne utilise cinq fois plus de métaux que le nucléaire, selon Jacques Treiner, membre du Laboratoire interdisciplinaire des énergies de demain. Les panneaux solaires nécessitent l’extraction du quartz qui est ensuite transformé en silicone, du cuivre ou encore de l’argent.

Ces métaux sont bien évidemment extraits dans des mines. S’en suit un processus complexe de raffinage de ces métaux qui permet de transformer le quartz en silicium et qui libère des gaz carboniques. La double question qui se pose est d’une part le rapport entre l’empreinte carbone que ces panneaux génèrent et celle qu’ils évitent si on continuait à utiliser des énergies fossiles. À cela s’ajoute la nécessaire évaluation de la marge d’amélioration qui permettra d’affirmer que cette part polluante va diminuer dans les prochaines décennies. 

Outre l’extraction et le raffinage, la question du recyclage des panneaux solaires est posée. Si Greenpeace affirme qu’entre 95 % et 99 % des panneaux photovoltaïques sont recyclables, ces chiffres n’ont pas pu être vérifiés. Dans l’histoire du développement des industries, la question du recyclage ne s’est posée que longtemps après le pic de production. Au niveau de l’éolien, le rapport de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie sur le parc éolien terrestre indique que les principales sources de pollution se situent au niveau de l’acier utilisé pour les mâts et les fondations, la courte durée de vie et le transport des pièces. Le parc éolien maritime, quant à lui, représente un impact plus important, car il acidifie et eutrophise les océans. Mais la marge de progression technologique est suffisamment importante pour encourager cette filière. 

Crédit photo : Createria

On peut se demander s’il est pertinent de comparer la production d’énergies utilisées depuis des siècles avec celle de technologies utilisées depuis moins d’un siècle brandir arguments et chiffres entre détracteurs et défenseurs est déjà se tromper de chemin. Les énergies renouvelables arrivent en effet au moment où les informations circulent vite, jamais dans l’histoire de l’humanité nous n’avons pu aussi rapidement avoir conscience de l’impact d’une nouvelle énergie que nous produisions.

D’autre part, nous vivons dans une culture du « Tout, tout de suite », et l’urgence bien réelle du réchauffement climatique et de ses dangers, nous poussent à vouloir une solution miracle, et à simplifier le débat entre les bons qui utilisent les énergies renouvelables et les fautifs qui continuent sur les énergies fossiles. L’énergie reste un enjeu complexe qui dépend de la géographie d’un pays, de son histoire, de ses alliances commerciales avec d’autres pays, et de sa culture. Changer d’énergie bouleverse les rapports de force et de dépendance entre les pays importateurs d’énergies et les pays qui en exportent. La question de l’énergie n’est donc pas qu’une question d’énergie.

Qu’on se le dise : il n’existe pas d’énergie propre dans la mesure où toute production d’énergie utilise des ressources naturelles qui affectent les environnements. Et la production d’un nouveau type d’énergie prend du temps. Donc, n’en déplaise à notre désir de résultat immédiat, d’optimisation maximale, de pureté et de coût bas, le déploiement de nouvelles formes d’énergies respectueuses de l’environnement ne sera pas pour nous, et peut-être à peine pour nos enfants. 

15 octobre 2019 - Sarah Roubato
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