Le Haut Conseil pour le climat adresse à la France un rapport cinglant pour son inaction

« Tant que l’action en réponse au changement climatique restera à la périphérie des politiques publiques, la France n’aura aucune chance d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour cela il faut que les mesures pour réduire les émissions deviennent une priorité nationale, au coeur des décisions des acteurs publics et privés. » explique Corinne Le Quéré Président du Haut conseil pour le climat et scientifique, co-auteur de trois rapports du Giec.
27 juin 2019 - Laurie Debove
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Le Haut conseil pour climat vient de publier son tout premier rapport et, sans surprise, le verdict est catégorique : la politique de lutte de la France contre le réchauffement climatique est insuffisante pour atteindre la neutralité carbone.

Une politique nationale incohérente

Lancé le 27 novembre 2018, et officiellement en service depuis un décret du 14 mai 2019, le Haut conseil pour le climat est un organisme indépendant mandaté pour émettre des avis et recommandations sur la mise en œuvre des politiques et mesures publiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de la France.

Son premier rapport, paru ce mercredi 26 juin, s’intitule « Agir en cohérence avec les ambitions » qui définit l’action du gouvernement français en matière d’engagement pour résoudre la crise climatique en cours. En effet, le « budget carbone 2015-2018 » a été dépassé de 3,5 %, soit 62 millions de tonnes de CO2 de trop ! La stratégie nationale bas-carbone (SNBC) définit des plafonds nationaux d’émissions de gaz à effet de serre (dits budgets carbone).

« La réduction réelle des émissions de gaz à effet de serre, de 1,1 % par an en moyenne pour la période récente, est quasiment deux fois trop lente par rapport au rythme nécessaire pour la réalisation des objectifs », souligne le rapport.

Pour le Haut conseil pour le climat, les principales causes de l’écart entre ambition et réalité sont les émissions dans les transports, qui n’ont pas diminué depuis 10 ans, et les émissions des bâtiments, qui ont diminué trois fois plus lentement que prévu. Pour rattraper son retard, la France va maintenant devoir mettre les bouchées triples d’ici 2025 par rapport à ses engagements initiaux.

Les budgets carbone doivent d’ailleurs être redéfinis, pour cet organisme composé d’onze experts, car l’objectif de neutralité carbone fixé par le gouvernement « ne couvre pas l’entière responsabilité de la France car les émissions liées aux transports aériens et maritimes internationaux et aux importations ne sont pas incluses ». Alors que les émissions des transports internationaux totalisent 5 % des émissions nationales en 2017 et les émissions nettes importées 60 % des émissions nationales en 2015. 

Décroître toutes les activités

Pour tenir ses objectifs, la France doit faire de la stratégie nationale bas-carbone une variante incontournable des politiques publiques quelles qu’elles soient.

Chaque proposition de loi ou investissement public devrait ainsi systématiquement inclure l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

« Tant que l’action en réponse au changement climatique restera à la périphérie des politiques publiques, la France n’aura aucune chance d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour cela il faut que les mesures pour réduire les émissions deviennent une priorité nationale, au coeur des décisions des acteurs publics et privés. » explique Corinne Le Quéré Président du Haut conseil pour le climat et scientifique, co-auteur de trois rapports du Giec.

L’organisme indépendant préconise aussi de relancer la taxe carbone pour en faire un outil économique qui soit réellement solidaire, à l’inverse de ce qui est actuellement en cours, afin que la taxe carbone touche le plus grand nombre tout en redistribuant les recettes qui en sont tirées aux ménages les plus précaires. Cette redistribution doit d’ailleurs faire l’objet d’un détail qui soit accessible librement par tous et toutes.

Le rapport préconise notamment des réformes structurelles dans tous les secteurs (transports, énergie, bâtiments, agriculture, et aussi éducation/formation). En effet, chaque individu est limité par le « systèmesocio-technique », c’est-à-dire l’environnement social et technologique dont il dépend. Impossible donc d’avoir une société respectueuse de l’environnement dans le système actuel basé sur l’extraction de ressources et la croissance.

A l’image des budgets bas carbones, l’ensemble de la société française, privée et publique, doit maintenant diminuer drastiquement ses émissions. Le gouvernement a six mois pour répondre à ce rapport.

27 juin 2019 - Laurie Debove
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