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Le gouvernement s’active pour la reprise de la chasse au 1er juin !

Les chasseurs n’auront plus besoin d’une autorisation individuelle préfectorale de chasse anticipée. Habituellement, cette restriction freinait la plupart des chasseurs qui attendaient donc la fin de l’été pour rouvrir la chasse.
26 mai 2020 - Sarah Roubato
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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AVES France, pour la protection des espèces menacées, vient de lancer une pétition signée par 7 organisations de protection des animaux et de la biodiversité contre la reprise de la chasse au 1er juin prochain. Christophe Coret, président de l’association, souligne que le Ministère de la transition écologique et solidaire a su se mobiliser rapidement pour autoriser la réouverture de la chasse, alors que d’autres dossiers restent bloqués.

Le transfert de pouvoir aux chasseurs

Alors que le président Macron avait annoncé qu’il faudrait « interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies » force est de constater que l’ancien monde reprend vite ses droits et que les priorités semblent rester les mêmes.

Dans son projet de loi présenté le 7 mai dernier par le Premier ministre, il est prévu que le Gouvernement soit habilité à modifier les règles afin que la chasse puisse reprendre le 1er juin. Cette activité est en effet considérée comme un « service public ». Les fédérations départementales des chasseurs sont chargées de plusieurs missions de service public, notamment l’organisation de l’activité de chasse. 

Le seul exemple de régulation cité est celle du sanglier. Or, on le sait, la chasse au sanglier est loin de se limiter à une régulation : la pratique de la chasse en enclos (la France compte 350 élevages de sangliers destinés à la chasse), du lâcher de sangliers ou encore de nourrir les petits pour s’assurer d’une surpopulation, n’est pas rare.

Ce projet de loi prévoit enfin un transfert de pouvoir, des assemblées générales aux chasseurs, invoquant l’impossibilité de réunir de grandes assemblées. À retenir : puisqu’on ne peut pas provoquer de grands rassemblements, laissons le pouvoir de décision aux premiers intéressés. Un évident piétinement des équilibres démocratiques, écrit noir sur blanc :

Au regard de l’impossibilité de réunir les assemblées générales, l’habilitation permet de transférer certaines compétences habituellement dévolues aux assemblées générales aux conseils d’administration des fédérations de chasse.

Comme le souligne la pétition lancée par AVES, la reprise de la chasse est loin de servir des intérêts généraux. L’ouverture précipitée sans encadrement légal ouvrirait la voie au braconnage !

crédit : Philipp Pilz

Les consultations publiques, dernier rempart démocratique ?

L’urgence de reprendre la chasse semble telle, que la consultation publique qui avait été suspendue par l’état d’urgence, vient d’être à nouveau autorisée. Mais le délai administratif qui suit cette consultation a été très écourté, ce qui inquiète les associations.

Les chasseurs n’auront plus besoin d’une autorisation individuelle préfectorale de chasse anticipée. Habituellement, cette restriction freinait la plupart des chasseurs qui attendaient donc la fin de l’été pour rouvrir la chasse.

Les consultations publiques existent depuis 2012 : pour tous les actes qui ont une incidence sur la protection de l’environnement, chaque préfet doit produire une consultation publique. On ne peut pas dire que la démarche soit évidente : pour chaque département, il faut aller sur le site et trouver ces consultations, qui ne sont pas très souvent mises en valeur.

Nous avons contacté AVES France, son directeur Christophe Coret qui nous explique :

« Beaucoup de gens pensent que ces consultations ne servent à rien, que les préfets font ce qu’ils veulent. En réalité, la période complémentaire de vènerie sous terre du blaireau n’a pas été renouvelée dans plusieurs départements suite au travail de plusieurs associations soutenues par les nombreux avis déposés lors des consultations publiques. »

Des bénévoles au sein de l’AVES font le travail de rendre accessibles ces consultations à des citoyens qui souhaitent recevoir l’information. Mais une consultation ne se remplit pas aussi rapidement qu’une pétition, et jusqu’ici l’association n’avait que 300 abonnés à son infolettre.

Quand la décision est régionale, la difficulté est de mobiliser les citoyens. Quand les sujets sont très médiatisés et prennent un enjeu national, comme le cas du loup, on sait que 90% des gens sont contre les tirs. Mais dans ce cas, il est beaucoup plus difficile de faire plier l’Etat puisque la décision est nationale.

Crédit : Erik Mclean

Lobby de la chasse vs mobilisation citoyenne

L’un des effets positifs du confinement a été que les gens ont pris le temps de s’engager sur des sujets qui leur tiennent à coeur. Ainsi l’infolettre d’AVES est passée de 300 à 1000 abonnés.

AVES a appris que des mails sont partis dans différentes fédérations de chasse pour mobiliser les chasseurs, les prévenant de la mobilisation actuelle dans les consultations citoyennes. Normalement, les chasseurs ne devraient pas être prévenus des taux de participation ou des tendances des consultations citoyennes. Mais les bons liens avec les préfectures permettent de faire passer quelques informations.

Rappelons que la chasse est l’un des lobbies les plus puissants en France. 115 députés de l’Assemblée nationale font partie de la Fédération nationale des chasseurs. Cette fédération exerçant un monopole, les revenus engendrés par les permis leur donnent une puissante influence.

Ce pouvoir est disproportionné par rapport au nombre de chasseurs en France : 1,1 million, et par rapport à l’opinion des Français, qui se déclarent à 84% hostiles à cette pratique d’après une enquête Ipsos, la jugeant dangereuse pour les humains et cruelle envers les animaux.

Rappelons que c’est la présence de Thierry Coste, conseiller politique de la Fédération nationale des chasseurs, dans une réunion ministérielle à l’Élysée qui a achevé de convaincre Nicolas Hulot de quitter le gouvernement.

Thierry Coste est rémunéré 200 000 euros pour son activité, et la FNC ne fait pas partie du registre de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Invité de France inter en 2018, il déclarait :

« J’infiltre les groupes de pression opposés, les syndicats, tout ce qui peut nuire aux intérêts de mes clients. Ensuite je dois convaincre les ministres, les conseillers des ministres, les parlementaires. […] J’assume complètement le fait d’être un véritable mercenaire. »

Alors, les associations de défense de la biodiversité apprennent eux aussi à faire pression et à pratiquer le lobbying. Mais pour cela, ils ont besoin de l’engagement des citoyens. C’est pourquoi AVES constate :

« On aimerait que les gens qui critiquent la chasse sur les réseaux sociaux prennent ce temps pour s’inscrire à notre infolettre, signer nos pétitions et remplir les consultations publiques. Ça ne prend pas plus de temps qu’un commentaire mais c’est bien plus efficace. »

L’appel est lancé ! Pour s’inscrire à leur infolettre.

Dans la dernière consultation publique des Côtes-d’Or qui vient de prendre fin, on y voit que malgré des réponses très nombreuses en défaveur de la réouverture de la chasse, la plupart des réponses ne sont pas prises en considération. Une victoire toutefois : la préfecture accepte de modifier son projet d’arrêté sur la vènerie sous terre, pratique qui consiste à prendre des renards ou des blaireaux dans leurs terriers. 

26 mai 2020 - Sarah Roubato
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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