Le business de l’huile de palme assoiffe les paysans au nom du profit

Ces dernières années, le modèle de l’extractivisme – qui consiste très simplement à pomper de manière intensive dans les réserves naturelles d’un pays et à proposer les matières premières extraites (hydrocarbures, produits agroindustriels, forestiers ou miniers) sur le marché international – prévaut dans ces régions du monde. Aux rênes de l’exploitation des plus grandes parcelles de terre ainsi constituées, des multinationales comme Bayer ou Monsanto.
22 novembre 2018 - La Relève et La Peste
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Une étude d’Oxfam mettait en évidence en novembre 2016 la concentration croissante de la propriété de la terre en Amérique latine : dans les cas les plus graves comme celui de la Colombie, 0,4 % des exploitants possèdent 70 % des terres, ce qui soumet les petits exploitants à une pression foncière énorme. C’est le constat de l’échec des politiques de redistribution des terres des années 1960.

Ces dernières années, le modèle de l’extractivisme – qui consiste très simplement à pomper de manière intensive dans les réserves naturelles d’un pays et à proposer les matières premières extraites (hydrocarbures, produits agroindustriels, forestiers ou miniers) sur le marché international – prévaut dans ces régions du monde. Aux rênes de l’exploitation des plus grandes parcelles de terre ainsi constituées, des multinationales comme Bayer ou Monsanto. Le Guatemala est aujourd’hui victime de cette emprise des multinationales, exploité pour la culture de palmiers à huile par exemple.

L’extension d’un modèle extractiviste

La Central American Business Intelligence (CABI) affirme dans un rapport les bienfaits de la culture du palmier à huile pour le Guatemala. Le secteur représente 1% du PIB national, et serait à l’origine de 25 000 emplois directs et de 125 000 emplois indirects. Les exportations d’huile de palme (multipliées par 8 depuis 2000) rapportent selon ce même rapport 400 millions de dollars américains par an et attirent des investissements à hauteur de 1 800 millions USD. C’est principalement dans les provinces de Petén, d’Izabal et d’Alta Verapaz que se concentre la culture des palmiers à huile.

Image : Change.org

Applaudir des deux mains serait naïf. Si l’on regarde en arrière, et si l’on considère l’expérience de la culture de canne à sucre sur les côtes guatémaltèques, une monoculture qui comme celle du palmier à huile, nécessite de grandes quantités d’eau, on peut prendre conscience de l’impact environnemental et social désastreux de cet agro-business.

Afin de pourvoir à l’irrigation des grandes exploitations, des fleuves sont détournés et des barrages sont construits, ce qui fait que les petits producteurs qui se trouvent en aval des digues et des barrages peuvent toujours courir pour abreuver leur bétail, irriguer leur champ, ou même boire, pendant la saison sèche. C’est le cas des habitants de la zone du Coyolate par exemple.

Un modèle de développement à la violence sous-jacente

L’incompatibilité de ce modèle de développement est dénoncée dans un communiqué signé par plusieurs associations guatémaltèques et par CCFD-Terre Solidaire. D’un point de vue social, sous couvert de produire de l’emploi, les multinationales offrent aux ouvriers agricoles des conditions de travail déplorables, dénoncées au Parlement européen comme une « situation extrêmement précaire, proche de l’esclavage ».

Huile de palme

Ce problème de la répartition de la terre au Guatemala est très complexe aux dimensions environnementales, sociales, mais aussi politiques. La violence qui entoure l’agro-business est mise en avant dans une déclaration aux Nations Unies en 2013 :

« Il convient de mentionner avant tout que durant l’enquête menée récemment par le CODECA sur les conditions de travail des travailleurs (hommes, femmes et enfants) dans le secteur agricole du Guatemala, des dirigeants sociaux et syndicaux ont été persécutés et emprisonnés. De plus, cinq d’entre eux ont été assassinés au cours de ces derniers mois  (mars-juillet 2013). Les défenseurs des droits humains qui ont recueilli les faits pour  élucider ces assassinats ont été menacés et poursuivis par des personnes non identifiées. »

Un article paru dans Equal Times dénonce également l’emprise des multinationales sur les communautés, qu’elles tiennent au moyen de titres de propriété qu’elles leur cèdent, sur des terres auparavant collectives. C’est par exemple le cas pour l’exploitation agricole Finca San Roman qui en 2008 se trouve possédée à 60 % par les entreprises qui l’exploitent :

« Les paysans de la région affirment avoir été dupés, notamment par la promesse d’un emploi à vie dans les plantations. »

Selon l’ONG Global Witness, rien qu’en 2016, 6 personnes ont été assassinées au Guatemala pour la seule raison qu’elles défendaient leur terre. Une vidéo de l’association montre que dans le monde entier, ce ne sont pas moins de 200 personnes qui en 2016 sont mortes dans des conditions similaires. Au Guatemala, les assassinats de paysans, expulsions, menaces de morts sont de mise.

L’agro-business du palmier à huile et de la canne à sucre est un désastre pour le Guatemala, un désastre qui reçoit, entre autres, les financements de la Banque mondiale, toujours selon le journal Equal Times. Des financements qui ne sont nullement stoppés par les activités illicites que peuvent pratiquer les entreprises en question, comme la création de 121 filiales offshore par la société Grupo Campollo, propriétaire de la sucrerie Madre Tierra…

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