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L’antibiorésistance : à force de consommer trop d’antibiotiques notre corps s’habitue

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Vous souvenez-vous de la campagne « Les antibiotiques, ce n’est pas automatique ? » – et bien, c’était les instituts de santé et le gouvernement qui tentaient de faire baisser la consommation excessive d’antibiotiques qui amène à un grave phénomène d’une ampleur mondiale : l’antibiorésistance.

Médecins sans frontières en campagne

Cette semaine, l’organisme Médecins sans frontières est entré en campagne de prévention et de sensibilisation à l’antibiorésistance. En effet, l’heure est grave et l’est déjà depuis un petit bout de temps. Si l’OMS a tenté en 2014 de tirer la sonnette d’alarme, les habitudes industrielles, médicales et personnelles n’ont pas l’air d’avoir changé plus que cela. Il y a quelques jours, Karine Norstrand, présidente de MSF Norvège postait une vidéo simple et explicative qui a comptabilisé plus de 1,7 millions de vues. L’enjeu ? Si la consommation d’antibiotiques ainsi que les rythmes de recherche des industries pharmaceutiques n’évoluent pas, on pourrait mourir d’une petite coupure. Retour vers le passé !

Antibiorésistance

Ce mot qui n’existe pas dans le dictionnaire saura très vite se faire sa place : on vous explique. Les espèces qui survivent à travers les années ne sont ni les plus intelligentes, ni les plus fortes, mais bien celles qui s’adaptent à leur environnement ; la théorie de Charles Darwin a été prouvée et s’applique également aux bactéries qui apprennent à résister aux antibiotiques. Si l’antiobiotique a été la grande révolution médicale du 20ème siècle, son abus pourrait anéantir son efficacité. En 1928, Alexander Fleming découvrait le tout premier antibiotique : la Pénicilline, qui n’est autre qu’une molécule d’un champignon ayant stoppé la progression de sa culture de bactéries. La Pénicilline connaitra une utilisation massive lors de la Seconde guerre mondiale. En 1932, on découvre le Prontosil, premier antibiotique de synthèse qui a pu enlever l’adjectif « incurable » de nombreuses maladies. Très vite, l’industrie pharmaceutique se développe et investit afin de découvrir de plus en plus d’antibiotiques. Dans les années 1970, alors que le monde médical pensait pouvoir se reposer sur cet arsenal magique, de plus en plus d’études prouvent que les bactéries deviennent de plus en plus résistantes : exit la Pénicilline et le Prontosil ! Ce n’est que le début d’une longue liste. Les bactéries apprennent à s’adapter et à résister à l’attaque des antibiotiques. Les antibiotiques les plus anciens ne fonctionnent plus, la demande et la consommation augmentent alors que la recherche et la découverte de nouveaux antiobiotiques stagnent. La boucle n’est donc pas bouclée.

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Un nouveau problème de santé publique majeur

Un des facteurs aggravants de cette situation d’antibiorésistance est sa mobilité. En effet, si une personne transmet à son entourage une bactérie, elle transmet par la même occasion le gêne de la résistance. Les causes de cette grande mobilité sont dues au tourisme médical, aux migrations, aux mouvements de population mais aussi tout simplement au contact permanent que l’on a les uns envers les autres. Certains pays nordiques comme la Suède et la Norvège admettent un taux de staphylocoque doré d’1% alors que le Sud de l’Europe atteint un taux de 25% ; cette différence est due à une prévention, sensibilisation et consommation différentes. Une fois de plus, les pays nordiques nous montrent la voie. Le manque de données de l’antiobiorésistance des pays en développement ne permet pas d’établir un constat ferme, cependant, certains cas d’écoles comme la Thaïlande et le Nigeria affichent des bonds énormes dans le taux de bactéries résistantes aux antibiotiques, ce qui ne laisse rien de bon à présager.

« L’antibiorésistance provoque déjà 700 000 morts par an, et ce nombre déjà glaçant pourrait atteindre les 10 millions en 2050. Aux Etats-Unis, le staphylocoque doré, qui est connu pour son antibiorésistance tue plus que le SIDA. Les statistiques et les chiffres alarmants se multiplient. »

Comment ralentir le processus ?

Première cause de la multiplication des résistances : la prescription abusive et/ou mal dosée d’antibiotiques par le corps médical. Si cela est parfois dû à un manque de moyen pour tester l’antibiotique adéquat dans certains pays en développement, nos contrées développées semblent avoir eu tout simplement la main lourde sur les antibio magiques. De plus, le taux d’antibiotiques présents dans la viande et le poisson ne fait qu’aggraver la situation – on traite quasiment systématiquement les élevages avec des antibiotiques pour prévenir des maladies, booster la croissance ou altérer le goût. Les bactéries résistantes présentes dans la viande ou le poisson se transmettent donc directement à l’homme qui les ingère. Pour n’en citer qu’une, l’hormone de croissance avoparcine, a massivement contribué à la résistance de la vancomycine : un des derniers antibiotiques résistants au staphylocoque doré.

L’ère post-antibiotique est-elle possible ?

L’antibiorésistance provoque déjà 700 000 morts par an, et ce nombre déjà glaçant pourrait atteindre les 10 millions en 2050. Aux Etats-Unis, le staphylocoque doré, qui est connu pour son antibiorésistance tue plus que le SIDA. Les statistiques et les chiffres alarmants se multiplient. L’OMS déplore l’amorcement d’une ère post-antibiotique, ère où de nombreuses maladies qui ne font plus peur ou petites coupures bénignes pourraient devenir mortelles. Si la meilleure attitude est de mesurer sa consommation d’antibiotiques (tant lorsqu’on est malade que lorsqu’on consomme de la viande ou du poisson), certaines techniques sont en cours de développement afin de contrer ce phénomène rampant à toute vitesse.

Parmi ces différentes techniques, on retrouve l’utilisation des phages, des virus qui agissent comme de vrais tueurs de bactéries, la réédition d’anciens antibiotiques plus résistants ou encore la création d’antibiotiques artificiels qui s’accompagnent malheureusement d’effets secondaires. S’il n’est clairement pas possible de stopper l’antibiorésistance, on peut la ralentir et la contrôler par une continuité dans la recherche et la production de nouvelles solutions, l’augmentation considérable du niveau d’hygiène dans les hôpitaux, la baisse du rythme et l’augmentation de la pertinence d’utilisation des antibiotiques. Grâce à ces mesures, il sera possible de rééquilibrer la balance et de vivre dans une ère d’antibiorésistance.

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