Lactalis a enfin été condamnée pour sa pollution en Isère

« C’est à la fois une victoire et un constat d’échec, car si la justice et ses répercussion médiatiques semblent pouvoir inciter ce géant du monde économique à enfin respecter la réglementation environnementale, la pollution n’a pour l’heure pas cessé »
10 avril 2019 - Laurie Debove
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Cela faisait 75 ans que la fromagerie l’Etoile du Vercors, propriété de Lactalis, rejette ses eaux polluées dans l’Isère en toute impunité. Lactalis a enfin été condamnée par le Tribunal correctionnel de Grenoble à payer 100 000 euros d’amende. Un premier pas pour les associations environnementales qui souhaitent surtout que les pollutions cessent.

Depuis 1942, la fromagerie Etoile du Vercors déverse en continu 4L/seconde de substances polluantes dans l’Isère, affluent du Sud-Est de la France. Chaque année, ce sont ainsi 200 tonnes d’eaux polluées qui sont rejetés dans le cours d’eau, dont 28 substances chimiques comme l’Hypochlorite de soude 47/50, un extrait de javel très toxique pour les organismes aquatiques, ou encore le PENNGAR NPH, un nettoyant liquide acide oxygéné, utilisé par l’industrie agro-alimentaire pour son action dégraissante et oxydante.

Crédit Photo : Jean-Francois Monier / AFP

Après un bras de fer juridique, le tribunal correctionnel de Grenoble a donné raison aux associations de protection de l’environnement en condamnant ce lundi 8 avril son propriétaire Lactalis à payer 100 000 euros d’amende, dont 50 000 euros avec sursis, pour « jet ou abandon de déchets dans les eaux superficielles ou souterraines » et à 5 000 euros d’amende pour « exploitation d’une installation classée sans respecter les mesures prescrites par arrêté pour la protection de l’environnement ».

Car derrière ce fromage à l’apparence authentique, qui respire bon le produit du terroir, se cachait bien le géant Lactalis suite au rachat de la fromagerie en 2011, un bel exemple de « craftwashing ». Comme l’explique notre confrère helvète En vert et contre tout, cette technique utilisée par les grands groupes consister à imiter les codes du « fait maison » ou de l’artisanat, voire à carrément racheter des entreprises locales, pour déconstruire l’image négative et industrielle de la grande distribution et des multinationales.

Crédit Photo : Jean-Francois Monier / AFP

Jouant sur l’aspect traditionnel et sympathique du produit, les fromages de l’Etoile du Vercors cachaient en fait une pollution désastreuse pour l’environnement. Lactalis devra aussi dédommager 55 000 € à l’ensemble des parties civiles pour les préjudices subis, dont France Nature Environnement et la FRAPNA Isère. Pour les associations plaignantes, cette première victoire est un soulagement, mais n’est malheureusement pas à la hauteur des 500 000€ d’amende souhaités pour faire de cette condamnation un exemple dissuasif auprès d’autres industriels polluants.

« C’est à la fois une victoire et un constat d’échec, car si la justice et ses répercussions médiatiques semblent pouvoir inciter ce géant du monde économique à enfin respecter la réglementation environnementale, la pollution n’a pour l’heure pas cessé. Ce groupe industriel préfère-t-il payer des amendes pour pollution, plutôt que de se mettre en règle ? Lactalis a les moyens de prendre les mesures qu’il faut dès demain pour arrêter de polluer ce cours d’eau et il faut le faire savoir ! », explique Anne Roques, juriste à France Nature Environnement.

Plutôt que de se rallier à la station d’épuration locale, bien plus logique en termes d’économies de ressources, la fromagerie « L’Etoile du Vercors » s’est battue avec le maire de Saint-Just-de-Claix, Joël O’Baton, pour construire sa propre station d’épuration. De guerre lasse, l’élu a finalement cédé début avril face à la pression des services de l’Etat. Pour l’instant, les rejets toxiques continuent. Lactalis a jusqu’au 28 septembre 2019 pour les arrêter définitivement.

10 avril 2019 - Laurie Debove
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