La production d’énergies fossiles va augmenter de 120% dans les dix prochaines années

Ces derniers temps, le prix du baril de pétrole atteint de nouveaux sommets. Tous les acteurs de l’or noir s’en mettent plein les poches pendant que les consommateurs paient les taxes écologiques nécessaires à la transition.
25 novembre 2019 - Augustin Langlade
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Selon un rapport de l’ONU et du Stockholm Environment Institute, tous les pays producteurs d’énergies fossiles ont planifié une augmentation draconienne de leur production pour les dix prochaines années, parjurant non seulement les accords de Paris mais laissant également présager un réchauffement planétaire de 4 à 5 °C d’ici quelques décennies. 

L’effondrement approche à pas de colombe, mais toutes ces histoires de CO2 n’ont pas l’air de les inquiéter. Cette année, les plus grands pays producteurs d’énergies fossiles ont plutôt choisi d’augmenter radicalement leur production, comme le révèle un nouveau rapport intitulé « Production Gap » et piloté par l’Organisation des Nations unies.

Quatre ans après la COP21, les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Arabie saoudite, l’Inde, le Canada, l’Indonésie et l’Australie, bref tous les pays signataires des accords de Paris, ont mis un point d’honneur à violer leurs promesses et leurs engagements. Pétrole, gaz et charbon : c’est décidé, les dix prochaines années seront les pires de l’histoire. Les écologistes n’ont qu’à bien se tenir. 

En 2018, les combustibles fossiles ont atteint un nouveau record d’émissions de gaz à effet de serre (GES) : 37,1 milliards de tonnes leur sont imputables, une hausse d’environ 3 % par rapport à l’année précédente. Comme le montrent les auteurs du rapport, l’écart entre les objectifs affichés de réduction de GES et la production réelle ne va cesser de se creuser pendant les dix prochaines années et atteindra en 2030 une augmentation de 120 % supérieure à ce qu’exigerait une limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C.

Selon les estimations du rapport, que l’on peut recouper avec une étude publiée en 2017 par Nature Climate Change, les températures croîtront probablement de 4 à 5 °C d’ici 2050, compte tenu du caractère démesuré de la production actuelle. 

Les États-Unis, le plus gros producteur mondial de pétrole et de gaz en concurrence avec la Russie, se sont officiellement retirés de l’accord de Paris. Mais cette posture explicite du gouvernement américain ne doit pas nous cacher l’imposture implicite de tous les autres pays du monde, qui continuent de déverser de grands flots de subventions aux combustibles fossiles. En 2019, la France a par exemple fait des largesses fiscales de 11 milliards d’euros aux secteurs énergétiques les plus polluants. À l’échelle mondiale, les subventions aux énergies fossiles toutes catégories confondues s’élèvent à 5 000 milliards de dollars (6,5 % du PIB).

Depuis la COP21, ce chiffre ne fait que gonfler. La complaisance des gouvernements envers les sociétés d’extraction n’a donc aucune limite ? Pourtant, ils sont les seuls à pouvoir engager le grand tournant. 

Ces derniers temps, le prix du baril de pétrole atteint de nouveaux sommets. Tous les acteurs de l’or noir s’en mettent plein les poches pendant que les consommateurs paient les taxes écologiques nécessaires à la transition. Il est évident qu’aucun seuil, qu’aucun programme de décroissance ou de limitation ne sera jamais respecté par aucun État, quand on sait que la Norvège elle-même, vantée pour ses mérites environnementaux sur son territoire, continue de vendre à qui mieux mieux son pétrole et son gaz aux autres pays du monde.

Maintenant que l’euphorie macabre des accords de Paris s’est évaporée dans la brutalité des faits, le pire scénario possible demeure le plus envisageable : celui d’un capitalisme débridé, délirant d’autant plus qu’il se sent compromis, continuant demain comme hier sa course en roue libre et conduisant par son infâme voracité à sa propre destruction. 

25 novembre 2019 - Augustin Langlade
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