La guerre commerciale pour le médicament du coronavirus a commencé

Cette pandémie nous rappelle deux choses : l’extrême prédation de la mondialisation néolibérale, et l’importance vitale d’avoir un hôpital public et une recherche scientifique soutenue.
13 mars 2020 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 130 pages
- Impression : France

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Alors que le coronavirus dévoile les failles de notre système néolibéral mondialisé, des compagnies pharmaceutiques se lancent dans la course au médicament du coronavirus avec un objectif : obtenir le brevet de la poule aux œufs d’or avant la concurrence. Les plus cyniques des humains spéculent déjà sur le probable gagnant. 

Recherche toujours en cours pour le traitement le plus efficace

Désormais considéré comme une pandémie par l’OMS, le coronavirus continue de se propager : le nombre de cas dépasse les 134.000 dans le monde, avec désormais plus de 5000 morts. Face à l’inquiétude et aux alertes des hôpitaux, de plus en plus de gouvernements prennent des mesures drastiques.

En France, le gouvernement a annoncé mercredi le lancement d’une vingtaine de projets de recherche et d’un essai clinique pour mesurer l’efficacité contre le coronavirus de quatre traitements différents dont un à base du remdesivir, le traitement antiviral injectable des laboratoires Gilead.

« Le remdesivir est une petite molécule capable de gagner l’ensemble des compartiments de l’organisme et dont on sait qu’elle diffuse parfaitement dans les poumons, organe cible de la maladie. Le médicament est administré par voie intraveineuse pendant dix jours. » explique le Pr Denis Malvy, responsable, au CHU Pellegrin, de l’unité maladies tropicales et du voyageur qui a soigné un patient de 48 ans infecté par le coronavirus

En Chine, les tests vont bon train pour finaliser LE médicament qui saura traiter les malades du COVID-19  et le remdesivir est le plus avancé d’entre eux, comme l’ont annoncé mardi les autorités chinoises. Initialement développé contre le SRAS puis Ebola, l’innocuité du remdesivir a ainsi déjà été vérifiée, et permet aujourd’hui qu’il soit en Phase III, la dernière étape avant l’autorisation de mise sur le marché.

En concurrence pour ce remède : des sociétés chinoises, dont BrightGene basée à Suzhou, qui a déjà copié avec succès le médicament et produit en masse son principe actif, mais surtout l’américain Gilead à l’origine du médicament.

Des voix s’élèvent pour lutter contre la spéculation autour d’un vaccin potentiel

Si le coronavirus est devenue l’étincelle qui provoque une crise économique, prévue depuis longtemps avec ou sans épidémie, il est à l’inverse la manne providentielle des grands groupes pharmaceutiques tels que Gilead qui a vu ses actions augmenter de 12 milliards de dollars depuis le début du phénomène.

De fait, Gilead possède déjà des stocks du médicament et des matières premières nécessaires à sa conception qui lui permettent de fournir les lots destinés aux essais cliniques et à un usage limité. C’est pourquoi des esprits profiteurs spéculent déjà sur la quantité d’argent que pourrait empocher le géant pharmaceutique américain, et donc s’il faut encore plus investir dedans, d’autant plus si le remdesivir révèlerait des propriétés prophylactiques qui lui permettrait de créer un vaccin !

Ainsi, les analystes de Morgan Stanley ont déjà prédit que la compagnie pharmaceutique pourrait imposer un prix « moindre » de 260$ par traitement en Chine, mais peut-être plus si elle arrivait à en faire un vaccin…

Truvada PrEP, le médicament de Gilead contre le SIDA – Crédit : Tony Webster

Face à la spéculation et à l’appât du gain, une pétition a été lancée pour que les tests de dépistage et le(s) futur(s) traitement(s) du coronavirus soient gratuits. Les lanceurs de la pétition sont particulièrement inquiets du fait que le groupe pharmaceutique Gilead n’hésite pas à faire payer jusqu’à 2 000 dollars pour un mois de traitement contre le VIH aux Etats-Unis, quand il était vendu pour seulement 8$ en Australie et 6$ en Afrique du Sud !

« Soyons clairs : les tests de dépistage, les traitements et l’accès aux soins ne sont pas réservés aux seuls riches. Actuellement, la crainte d’avoir à payer des frais médicaux élevés pourrait empêcher les personnes potentiellement infectées de se faire dépister, et nous en connaissons déjà la conséquence : le virus se propage d’autant plus. » précisent ainsi les auteurs de la pétition

Le coronavirus révèle l’importance d’un hôpital public avec une recherche financée

Bien que nous en soyons au début, cette pandémie nous enseigne déjà deux leçons : l’extrême fragilité de la mondialisation néolibérale, avec ses stocks à flux tendus, ses activités délocalisées comme l’explique l’économiste Jean Gadrey, et l’importance vitale d’avoir un hôpital public et une recherche scientifique financée par l’Etat. La majorité des projets que les scientifiques français avaient sur ce virus étaient suspendus, en partie à cause de problèmes de financement.

« Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. La santé n’a pas de prix. Le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies quoi qu’il en coûte », a déclaré Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée du 12 mars.

Espérons que le président de la République Française n’aura pas la mémoire courte quand le plus fort de l’épidémie sera passé, alors que l’hôpital public traverse une crise sans précédent depuis plus d’un an avec l’ensemble du personnel hospitalier qui a lancé un mouvement de grève illimité pour protester contre le démantèlement de l’hôpital public.

En attendant, la bataille autour des brevets sur le remdesivir se déroule à huis clos. A ce jour, le produit n’a encore été ni approuvé ni cédé en licence dans aucun pays. Les résultats des premiers tests sont attendus pour le 27 avril. Les gouvernements en assureront-ils la gratuité ?

Crédit photo couverture : Novel Coronavirus SARS-CoV-2 – NIH Image Gallery

13 mars 2020 - Laurie Debove
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