La fuite de 20 000 tonnes d’hydrocarbures provoque l’une des plus grandes marées noires de l’Arctique

Dans un un rayon de 20 kilomètres, les concentrations d’hydrocarbures sont des dizaines de milliers de fois supérieures à la limite maximale autorisée, selon l'agence publique russe de régulation des ressources naturelles, et il sera difficile de récupérer plus de 10% des produits déversés créant un empoisonnement de l’écosystème à long terme, qu’il soit animal ou végétal.
5 juin 2020 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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L’effondrement du réservoir d’une centrale thermique en Arctique a causé l’une des plus grandes catastrophes écologiques de la Région. 20 000 tonnes d’hydrocarbures se sont déversés dans la rivière de l’Ambarnaïa. La compagnie propriétaire des centrales, le géant minier Norilsk Nickel, a tardé à prévenir les autorités russes qui ont déclaré l’état d’urgence nationale devant l’ampleur de la catastrophe.

Lorsque l’on se préoccupe de l’état du vivant, il y a des catastrophes que l’on redoute de voir arriver. La marée noire qui frappe actuellement une zone de l’Arctique russe en fait définitivement partie.

Le 29 mai, près de la ville arctique du Grand Nord russe Norilsk, l’effondrement d’un des réservoirs de diesel d’une centrale thermique appartenant à NTEK, une filiale du géant minier Norilsk Nickel, a déclenché la fuite de plus de 20 000 tonnes d’hydrocarbures dans l’environnement, provoquant une véritable marée noire écocidaire. Le carburant s’est infiltré dans le sol et les rivières alentours, au-delà du Cercle polaire.

A l’origine de la pollution, la société Norilsk Nickel est le plus grand producteur mondial de palladium et de nickel. L’entreprise aurait tardé à prévenir les autorités russes de l’ampleur de la catastrophe, provoquant la fureur de Vladimir Poutine lui-même, qui a déclaré l’état d’urgence national pour mobiliser toutes les ressources nécessaires afin de contenir l’ampleur des dégâts.

Dans un un rayon de 20 kilomètres, les concentrations d’hydrocarbures sont des dizaines de milliers de fois supérieures à la limite maximale autorisée, selon l’agence publique russe de régulation des ressources naturelles, et il sera difficile de récupérer plus de 10% des produits déversés créant un empoisonnement de l’écosystème à long terme, qu’il soit animal ou végétal.

« On peut déjà dire qu’il faudra des décennies pour restaurer l’équilibre écologique du système d’eau Norilo-Pyasinsky affecté. » a déclaré Dimitry Klokov, porte-parole de l’agence de pêche de l’État de Rosrybolovstovo, selon des propos rapportés par Reuters.

Crédit : Norilsk

Dans un communiqué, la société Norilsk a indiqué de son côté qu’au 4 juin, 1450 m3 de sols contaminés avaient été enlevés et 338 tonnes de carburant diesel pompées. Le nettoyage risque de prendre des semaines car la rivière, peu profonde, n’est pas navigable et n’est pas accessible par la route.

“ Je pense que la décontamination va coûter des milliards de roubles à Nornickel. Je ne parle pas ici en tant qu’homme d’affaires, mais en tant qu’être humain préoccupé par la situation : quel qu’en soit le coût, nous le paierons. ” a promis le PDG Vladimir Potanin dans une conférence call avec Vladimir Poutine

Selon le WWF, les composants les plus toxiques du carburant comme le benzène ou le xylène sont déjà en train de se dissoudre dans l’eau et ne pourront pas être collectés par les barrages. Un expert de l’ONG, Alexeï Knijnikov, a estimé auprès de l’AFP que l’entreprise n’a pas respecté les consignes de sécurité demandant l’installation de barrages de terres autour des réservoirs de carburant, pour éviter les fuites en dehors du site. Une erreur payée aujourd’hui le prix fort.

Pour faire la lumière sur cette affaire, le Comité d’enquête russe a ouvert trois enquêtes criminelles et arrêté l’un des employés de la centrale thermique. Hier, une centaine d’intervenants de la branche sibérienne du ministère russe des Urgences ont débarqué à Norilsk avec 20 tonnes de matériel pour aider aux efforts de décontamination. Un plan est en cours d’élaboration pour éliminer correctement les polluants.

Arrivée des agents russes pour la dépollution – Crédit : Norilsk

De son côté, la compagnie minière Norilsk Nickel a affirmé à l’agence de presse russe TASS que la fonte du pergélisol a pu causer l’effondrement du réservoir. En effet, toute la cité industrielle de Norilsk est entièrement bâtie sur le permafrost, ce qui en fait une véritable bombe à retardement en termes d’accident industriel, un cercle vicieux accéléré par la crise climatique.

« En ce moment, nous pouvons supposer qu’en raison des températures estivales anormalement douces enregistrées au cours des dernières années, le pergélisol pourrait avoir fondu et les piliers sous la plateforme auraient pu couler. » a déclaré le directeur des opérations de Norilsk Nickel, Sergey Dyachenko, à TASS.

Les piliers sur lesquels reposaient la centrale existaient depuis 30 ans, ce qui est inquiétant c’est que la compagnie Norilsk Nickel n’ait pas anticipé un accident de ce genre lorsqu’elle a remarqué qu’ils commençaient à s’enfoncer dans la glace. L’enquête menée par le gouvernement russe permettra de déterminer si la fonte du permafrost est bien la seule responsable, ou si le producteur de nickel aurait pu mieux prévenir le danger.

Ce n’est d’ailleurs pas le premier scandale écologique créé par l’activité de Norilsk Nickel : en septembre 2017, la rivière du grand nord russe Doldykane était devenue rouge sang après des travaux réalisés dans une usine. Face à l’indignation populaire devant ce nouvel accident, la compagnie s’est engagée à travailler avec des ONG écologistes et les populations autochtones pour mettre en œuvre une série de projets autour de la protection de la biodiversité, notamment pour augmenter les populations de rennes et de poissons aujourd’hui menacés d’extinction.

Cet événement nous rappelle cruellement à quel point les infrastructures vieillissantes de sites industriels dangereux devraient être surveillées plus attentivement. Face à la crise écologique et climatique en cours, une seule maxime devrait résonner : mieux vaut prévenir que guérir.

5 juin 2020 - Laurie Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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