« Je m’appelle Jessi, j’ai 29 ans et je meurs à cause du système de santé de mon pays »

« Les compagnies d’assurances, c’est à dire ceux qui ne sont pas experts médicaux, contrôlent chaque étape du soin : si je ne remplis pas leurs critères ils ne me donnent pas accès aux médicaments, ni aux spécialistes, jusqu’aux soins quotidiens pour me maintenir en vie. Depuis six ans j’ai consulté plus de 100 médecins et j’ai été renvoyée d’hôpital en hôpital, ce qui a agravé mon cas. »
19 juin 2019 - Sarah Roubato
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Alors qu’en France, les urgentistes et le personnel de l’hôpital se battent pour sauver le droit de chacun à être soigné dignement, portons notre regard de l’autre côté de l’Atlantique, sur un système qui tue ceux qui n’ont pas les moyens d’y accéder, et qui pourrait bien devenir le nôtre un jour.

La crise des urgences en France vient confirmer la transformation progressive que subit le système de santé public. Des centres fermant par le regroupement des communes, le personnel et le nombre de lits manquant du fait du numerus clausus appliqué depuis des décennies, la pression mise sur le personnel réduisant drastiquement le temps consacré à un patient, les gestionnaires parlant le langage du rendement et du « taux d’occupation », le service public de santé serait entrain de devenir un prestataire de service soumis aux lois de la rentabilité.

Aux États-Unis, il n’existe pas de système de santé universel. Les assurances publiques couvrent une certains partie des soins pour les personnes les plus fragiles, mais tout le système repose sur les assurances privées. Si l’Obama Care a permis une forte diminution des citoyens n’ayant pas accès à une assurance publique, avoir une assurance privée peut tout changer pour beaucoup de patients. Et parfois, ce « tout changer » peut vouloir dire vivre ou mourir.

Jessi a 29 ans et vit en Californie. Elle est musicienne, jouant de plus de 10 instruments et ayant parcouru le monde pour donner des spectacles, souvent gratuitement. Enfant, elle grandit dans un bus familial réunissant les parents et quatre enfants musiciens. Jessi souffre d’un syndrome post traumatique complexe suite à des abus dont elle a été victime à l’âge de 6 ans et de multiples allergies. Elle fait plusieurs chocs anaphylactiques par jour. Aujourd’hui, elle est en train de mourir car elle n’a pas accès aux soins que son cas exige.

Jessi est sortie du silence il y a un an, en créant une page Facebook où elle décrit les conditions de prise en charge dans les hôpitaux et le calvaire administratif des assurances, et où elle ose se faire prendre en photo après avoir caché son état pendant des années.

« Les compagnies d’assurances, c’est à dire ceux qui ne sont pas experts médicaux, contrôlent chaque étape du soin : si je ne remplis pas leurs critères ils ne me donnent pas accès aux médicaments, ni aux spécialistes, jusqu’aux soins quotidiens pour me maintenir en vie. Depuis six ans j’ai consulté plus de 100 médecins et j’ai été renvoyée d’hôpital en hôpital, ce qui a agravé mon cas. »

Aujourd’hui Jessi est en train de mourir, faute de moyens financiers. Son mari a été obligé de quitter son travail pour s’occuper d’elle, leurs cartes de crédits sont bloquées. Leur loyer est passé dans les soins médicaux et ils vivent aujourd’hui sans logment avec des coupons alimentaires. Ils n’ont plus de voiture suite à une panne qu’ils n’ont pas les moyens de payer.

« Je viens de passer trois heures à rédiger une liste de médicaments auxquels je n’ai toujours pas accès. J’ai vu le médecin deux heures après l’heure de rendez-vous. Leur salle d’examen pour handicapés étaient trop étroite pour accueillir un fauteuil roulant. J’ai eu cinq attaques pendant le rendez-vous car il n’avait pas de ventilation dans la salle d’examen et elle venait d’être traitée à la javel et aux produits chimiques auxquels je suis allergique. Le médecin ne m’examine pas, me demande la différence entre une mammographie et des ulstrasons, ne comprend pas mon bilan sanguin, me dit que j’ai trop de symptômes, que je suis trop malade, que son job n’est pas de faire de la recherche, et refuse de me donner une ordonnance pour aller voir une obstetricienne malgré le fait que c’est inscrit dans mon assurance. »

Jessi a dû attendre près de 5 mois pour obtenir ce rendez-vous. Le temps pour ses crises de s’accélérer, entraînant perte de mémoire et affaissement de son système immunitaire. Aujourd’hui Jessi est en salle d’isolement, sans aucun traitement. Seule une intervention chirurgicale pourrait la sauver, mais l’intervention, la consultation et le transport même jusqu’aux spécialistes, sont à sa charge. Aujourd’hui ses amis lancent une campagne de dons en détaillant le budget précis qui lui permettrait de survivre.

« J’ai longtemps hésité. Demander de l’aide, c’est humiliant et terrifiant. Tant de personnes essayent de s’en sortir. Mais je suis en train de mourir et personne ne peut me dire pourquoi. J’ai 29 ans et je suis en train de donner mes dernières volontés, juste parce que je n’ai pas assez d’argent. Ce système est en train de me tuer et d’en tuer bien d’autres, en refusant l’accès aux soins et en nous mettant dans des positions de torture physique, pour que des compagnies d’assurance gagnent quelques dollars en plus. »

Le combat de Jessi est titanesque. Il le sera aussi pour tous ceux qui ne veulent pas que leur système de santé soit dominé par la rentabilité. Sinon, nous aurons nous aussi beaucoup de Jessi qui mourront. Pour aider Jessi, cliquez ici. Les dons sont déductibles d’impôts et le site de financement ne perçoit aucune commission sur les dons.

19 juin 2019 - Sarah Roubato
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« Je m’appelle Jessi, j’ai 29 ans et je meurs à cause du système de santé de mon pays »
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