Pourquoi est-il si important de développer les monnaies locales ?

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De plus en plus de monnaies locales complémentaires naissent et se perpétuent en France et dans le monde. Mais à quoi servent vraiment ces monnaies ? En quoi la création d’un « écosystème monétaire » pourrait être la réponse à un grand nombre de nos problèmes tels que le chômage, l’écologie, ou même la crise ?

Loin d’être une invention récente, les monnaies locales ont toujours existé. A vrai dire c’est même le monopole monétaire national qui est une invention moderne. Plus précisément, c’est à partir de 1848 que l’Etat français a commencé à s’octroyer le monopole de la création de monnaie. Avant cette date, de nombreuses monnaies aux fonctions et aux formes différentes cohabitaient paisiblement. Grossièrement, tandis que la monnaie nationale servait à « tenir les comptes des royaumes et payer les ‘grandes affaires’ », les monnaies locales servaient à régler les échanges de la vie quotidienne.

Pourquoi l’Etat a-t-il souhaité centraliser et unifier le système monétaire ? Pour des raisons d’inefficacité ? Loin s’en faut. En réalité, les monnaies complémentaires se sont avérées être des systèmes particulièrement efficaces pour remédier aux défaillances de la monnaie unique. L’exemple sans doute le plus emblématique est celui de la ville de Worgl en Autriche.

En 1932, le nombre de chômeurs a littéralement explosé et la commune est à la limite de la banqueroute. Le maire propose alors de faire imprimer une monnaie – plus exactement, des « attestations de travail » – propre à la ville, dont le taux est à parité avec la monnaie officielle. Il paie les salariés municipaux (à hauteur de 75%) avec cette monnaie et instaure une taxe de 1% par mois sur celle-ci afin que la monnaie circule rapidement. Le succès est tel qu’en un an seulement, l’économie locale était redressée, le chômage largement réduit et les rentrées fiscales, profitant aux installations publiques, ont explosé.

(Le brixton Pound en Angleterre)

Bien d’autres exemples existent et démontrent l’efficacité de ce système complémentaire, notamment en période de crises économiques. Il n’est donc pas étonnant qu’alors que depuis 1970, la financiarisation globalisée a conduit à 96 crises bancaires et 176 crises monétaires, les monnaies complémentaires connaissent une jeunesse nouvelle. Ainsi, depuis 2008 seulement, la France a vu émerger une trentaine de monnaies locales (vous pouvez voir la liste exhaustive des monnaies complémentaires en France sur le site qui leur est dédiées). A l’échelle mondiale, il en existerait aujourd’hui près de 4 000.

Qu’ont de spécial ces monnaies ? En quoi sont-elles « complémentaires » à la monnaie officielle ? De manière générale, les monnaies locales ne répondent ni aux mêmes principes ni aux mêmes objectifs poursuivis par les monnaies officielles. Ce sont des monnaies qui ont un cours fixe, qui ne peuvent pas être thésaurisées ni épargnées et qui n’ont de valeur que dans une zone géographique bien déterminée. Dans certains cas, elles sont dites « fondantes », c’est-à-dire qu’elles perdent de la valeur au cours du temps.

Tous ces principes visent, économiquement, à inciter les agents à échanger rapidement leur valeur monétaire, dans une logique de circularité régionale. Différents systèmes existent, mais de manière générale cette monnaie est échangeable à un taux d’un pour un contre la monnaie nationale, puis peut être ré-échangée (ou non), moyennent une certaine taxe. Mais l’avantage majeur de cette économie complémentaire réside justement dans le fait qu’elle n’est nullement liée aux cours des monnaies officielles !

Source : ADEC-NS

Les monnaies locales, comme le souligne Marie-Laure Arripe, permettent également de « protéger les espaces locaux contre les risques de déplacement des activités économiques, en particulier dans un contexte d’internationalisation des économies. » En promouvant l’activité locale, on pérennise des emplois en les rendant moins vulnérables aux implantations agressives des filières de la grande distribution ou des chaînes multinationales. Ces monnaies contribuent également au développement de cercles vertueux : plutôt que de payer un fournisseur à l’étranger, une entreprise peut choisir de se fournir en monnaie locale auprès d’une autre entreprise localisée dans la même région (et donc réduisant l’usage de transports et la production des pollutions associées) et ainsi de suite.

Source : Arte – FUTURE

Outre les avantages purement économiques que permettent ces monnaies complémentaires, elles disposent également d’un intérêt social et culturel évident. D’une part, alors qu’avec la monnaie officielle, le paiement conduit inévitablement à la fin de la interrelation marchande, les monnaies complémentaires instituent une relation d’échanges sur le long-terme. En d’autres mots, la monnaie retrouve sa fonction essentielle de moyen d’échange, impliquant deux individus liés dans une relation sociale et humaine. C’est la logique du « consommacteur » qui valorise « le lien plus que le bien ».

Par ailleurs, les monnaies locales transcendent la logique strictement marchande. Par exemple, l’Eusko au Pays Basque repose sur toute une philosophie de promotion culturelle ; l’ambition affirmée est alors de faire perdurer et de développer la langue et la culture basques en incitant les commerçants impliqués dans le réseau monétaire locale à les diffuser.

Enfin, toutes les valeurs véhiculées par l’écologie vont de pair avec les monnaies locales ! En effet, en adoptant une monnaie dont la valeur ne dépasse pas une certaine zone géographique, on contribue au développement des circuits courts, aux diminutions de l’empreinte carbone, mais aussi à la promotion des petits producteurs ou commerçants dont les démarches sont généralement plus éthiques que celles de la grande distribution.

Pour Bernard Lietaer, spécialiste de l’économie locale, « chacun des problèmes de notre société actuelle pourrait trouver une solution dans les monnaies complémentaires. » Mais pour cela, il faut développer un véritable « écosystème » monétaire et diffuser ce modèle, non pas aux seuls convaincus, mais à tous et toutes pour faire de cette utopie locale une réalité globale !

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