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Immigration : il faut réconcilier la société pour trouver des solutions humaines et justes

La France est loin d’être un exemple en matière de pragmatisme et d’ouverture aux personnes immigrantes. Entre 2015 et 2017, elle a accepté sur son sol deux fois moins de demandeurs d’asile que la moyenne européenne. La nouvelle loi asile-immigration menée par le gouvernement français cette année ne risque pas de rétablir l’équilibre. « La migration est un voyage à la recherche de la dignité. » François Crépeau
21 juin 2018 - Laurie Debove
Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

- Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
- Format : 290 pages
- Impression : France

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Alors que l’histoire de l’humanité s’est construite à travers les déplacements de populations, ces dernières cristallisent de plus en plus de tensions. De tous les chiffres donnés par les démographes sur l’évolution de la population européenne et l’entrée de nouveaux arrivants, l’un d’entre eux est trop souvent oublié : l’Europe est en hiver démographique depuis 1974. Le renouvellement de sa population ne se fait pas assez vite sur la seule base des naissances.

Une politique européenne inexistante

La situation tragique de l’Aquarius a été le parfait reflet de l’inexistence d’une politique européenne consensuelle sur l’accueil des migrants. Le refus de Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur du parti d’extrême droite italien. La ligue, a révélé au grand jour la politique de l’autruche des états membres de l’Union Européenne. Sa décision faisait notamment suite à l’échec du Parlement européen de réviser les accords de Dublin qui stipulent que c’est le premier pays de l’UE dans lequel arrivent les exilés qui doit étudier leur demande d’asile. La Grèce, l’Italie et l’Espagne sont généralement les premières concernées par l’arrivée en bateau des personnes fuyant leur pays d’origine.

Pire, les discours protectionnistes portés par certains dirigeants européens participent à la montée de mouvements d’extrême-droite dangereux, qui tendent au durcissement et à la fermeture sur la question migratoire.

Pour Thierry Sciari, Président de l’ONG l’Europe des Citoyens :

« l’immigration est l’un des sujets les plus clivants et les plus récurrents de l’actualité. Toutes les tendances montrent que ce phénomène va s’accroitre dans les prochaines années, notamment avec les réfugiés climatiques attendus. C’est donc une thématique sur laquelle il faut réconcilier la société pour trouver des solutions humaines et justes. Les chiffres et les termes utilisés par certains médias comme « vagues » et « flux » donnent la vision abstraite d’une invasion dans l’imaginaire des citoyens, c’est une fausse idée de l’immigration. »

La France est loin d’être un exemple en matière de pragmatisme et d’ouverture aux personnes immigrantes. Entre 2015 et 2017, elle a accepté sur son sol deux fois moins de demandeurs d’asile que la moyenne européenne. La nouvelle loi asile-immigration menée par le gouvernement français cette année ne risque pas de rétablir l’équilibre.

« La migration est un voyage à la recherche de la dignité. » François Crépeau

Hiver démographique et migration de peuplement

Pourtant, l’Union Européenne, France incluse, est loin d’être surpeuplée ou de « manquer de place ». En effet, en 2015, l’UE a enregistré pour la première fois plus de décès que de naissances. Parmi les causes, les enfants du baby-boom après la Seconde Guerre mondiale qui arrivent en fin de vie, mais aussi la baisse du taux de natalité. Le phénomène n’est pas nouveau.

Dès les années 2000, les Nations Unies ont publié un rapport cherchant à déterminer le nombre de personnes migrantes nécessaires pour éviter le déclin et le vieillissement de la population de certains pays, dont l’Allemagne, les Etats-Unis, la Fédération de Russie, la France, l’Italie, le Japon, la République de Corée et le Royaume-Uni.

Pour le démographe Gérard-François Dumont, cet événement de 2015 est la conséquence d’un « hiver démographique » européen commencé en 1974.

L’hiver démographique correspond au moment où « la fécondité est nettement et durablement au-dessous du seuil de remplacement des générations qui est de 2,1 enfants par femme dans les pays à haut niveau sanitaire et hygiénique. »

Si l’Europe a mis aussi longtemps à ressentir les effets de ce phénomène, c’est en partie à cause de l’allongement de la durée de vie, et de la différence du taux de fécondité selon les pays membres de l’UE.

« La Pologne, par exemple, ne voit sa fécondité passer au-dessous du seuil de simple remplacement des générations qu’en 1993, soit deux décennies après la France. »

Surtout, si la population a pu continuer de croître sur le Vieux Continent, c’est grâce aux personnes migrantes. A l’opposé des discours extrémistes dangereux qui parlent de « migration de remplacement », l’Europe est en train de fermer la porte à une migration de peuplement bénéfique pour son territoire. Dans son discours inaugural au Collège de France, l’anthropologue François Héran le précise bien :

Crédit Photo : Mitch Lensink

« Faut-il parler de migration de peuplement ou migration de remplacement ? Dans notre pays, les migrés qui s’installent dans la durée, soit les 2/3 environ, ne remplacent pas la population existante mais s’y ajoutent, tout comme leurs enfants, et peu à peu ils s’y mêlent. Les économistes l’ont abondamment montré, les effets de l’immigration sur le budget de l’Etat ou la protection sociale restent neutres ou marginaux. L’immigration avant tout apporte du monde, elle dilate notre économie, et elle permet aux natifs d’échapper aux emplois les plus durs et de grimper dans l’échelle sociale. »

L’immigration a ainsi permis de redonner vie à des territoires abandonnés, comme le village de Riace en Italie, devenu laboratoire d’une meilleure intégration des personnes immigrées.

Alors que l’humanité va au-devant de phénomènes climatiques sans précédent qui bouleverseront l’équilibre mondial, celui qui reçoit aujourd’hui doit se souvenir qu’il est parfois l’accueilli d’hier, et que nul ne peut garantir sa sédentarité pour toujours. Parce qu’eux, c’est nous.

21 juin 2018 - Laurie Debove
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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Générations Notre nouveau livre « Générations » marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde. Changements climatiques, répression policière, inégalités, capitalisme hors de contrôle : la nouvelle génération va devoir relever des défis inédits, pour certains presque insurmontables. Mais que ressent-elle ? Quel sens donne-t-elle au présent ? Et comment perçoit-elle l’avenir ? C’est ce que nous avons cherché à comprendre dans ce nouveau livre-journal, « Générations ».
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