Hôpitaux en crise : des patients risquent de mourir cet hiver à cause du manque de moyens

Dans de nombreux services, les infirmières ont 12 à 15 patients chacune à charge, et parfois une seule infirmière pour 22 patients la nuit ! Dans ces conditions, pas étonnant que de plus en plus de soignants jettent l’éponge, épuisés par un rythme de travail inhumain et une situation financière précaire :
9 novembre 2019 - Laurie Debove
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Le mouvement de grève des urgences s’étend maintenant à tous les corps de métiers des hôpitaux. La situation est devenue tellement critique que des patients risquent de mourir cet hiver. Face au danger, le personnel hospitalier appelle tous les français à se joindre à la grève du 14 novembre pour exiger un plan d’urgence et éviter de nouveaux drames.

La peur de l’hiver parmi le personnel hospitalier

Alors que l’hiver est bientôt là, l’inquiétude cède la place à une angoisse de plus en plus aigue parmi le personnel hospitalier. Tous le savent, ils n’ont plus aucune marge de flexibilité en terme d’organisation pour la prise en charge des patients. Avec le manque de personnel et la fermeture des lits, des patients risquent de décéder lors des épidémies hivernales, et particulièrement les plus fragiles : les enfants et les personnes âgées.

« Avant, l’hiver les lits étaient pleins mais ça tournait. Là, on passe notre temps à calculer les entrées, le nombre de lit ouverts, décaler les entrées, parfois de plus d’une semaine, même l’été. On tourne avec des effectifs réduits d’infirmières non-stop, beaucoup plus d’intérimaires qui ne connaissent pas le service donc pour trouver le matériel ou effectuer les gestes c’est plus compliqué, ça leur prend plus de temps. On va garder les lits pour les patients plus graves donc on laisse plus de responsabilité de surveillance aux parents en renvoyant les enfants chez eux. Les réanimations sont déjà pleines du fait de lits fermés donc on maintient en salle des enfants plus graves qui nécessitent une surveillance accrue et des dispositifs plus lourds. Donc oui, on fait face à évidemment plus de risques. » témoigne Laurye-Anne, médecin interne à l’hôpital universitaire Robert-Debré, pour La Relève et La Peste

Depuis des années, le personnel soignant tire la sonnette d’alarme sur la dégradation dramatique des conditions de prise en charge des patients dans les hôpitaux. Pour la première fois, ce ne sont plus seulement le personnel des urgences et les corps de métier paramédicaux, les plus affectés par le manque de moyens, mais bien tout le personnel hospitalier qui fait un front commun historique. Médecins, cadres de santé, urgences, personnels soignants et administratifs, tous se sont alliés pour demander le 14 novembre un plan d’urgence afin de sauver les hôpitaux français avant qu’il ne soit trop tard. Une pétition a été mise en place pour que la population puisse soutenir leur demande.

« On s’est mis en grève parce qu’on a une responsabilité d’alerte et d’information des gens. La situation est encore plus grave que l’année dernière et on ne peut plus cautionner ce système, ce n’est pas possible. On veut aussi montrer qu’on aime notre travail et qu’on croit aux valeurs de l’hôpital public. Il faut avoir une vision globale du problème. On sait ce qu’il faut faire pour apporter le bon soin aux patients. On a une médecine en France qui est extrêmement performante et il faut en prendre soin : on est gardiens de ce trésor et cette richesse et c’est pour ça qu’il y a ce mouvement actuellement. Si jamais on n’a pas plus de moyens à l’arrivée des épidémies hivernales, je suis extrêmement inquiète… On se sent responsable et sans moyens on risque de mettre en danger des patients. Déjà l’hiver dernier ça a été difficile, mais là c’est une situation critique et ça va mal se passer, ça c’est sûr. » explique Isabelle Melki, médecin au Service de Pédiatrie Générale, Maladies Infectieuses et Médecine Interne Pédiatrique de l’Hôpital Robert – Debré, pour La Relève et La Peste

L’échec d’un fonctionnement basé sur la rentabilité

Le 14 novembre est une date butoir du mouvement car c’est le moment où le gouvernement va voter le budget de l’Etat pour l’année suivante à travers l’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) qui est un objectif de dépenses à ne pas dépasser en matière de soins de ville (Ondam de ville) et d’hospitalisation (ONDAM Hospitalier). Pour s’adapter, l’hôpital public a subi des transformations drastiques en 10 ans :

  • 10% des établissements ont fermé : 158 entités hospitalières (1 522 en 2008, 1364 en 2018). 
  • 13% des lits ont fermé : diminution de 284 140 lits d’hospitalisation complète en 2008 à 246 395 en 2017 sans que l’hospitalisation partielle ne vienne compenser ces fermetures de lits
  • Développement de la chirurgie ambulatoire pour pallier au manque de lits
  • Adaptation à une désertification médicale dans de nombreux territoires en raison du numerus clausus ou de la mutation des modes d’exercice 
  • Adaptation épidémiologique: le vieillissement et la hausse des maladies chroniques, entraine une augmentation du nombre de personnes nécessitant un suivi complexe, pluri-professionnel car plus âgées et porteuses de  multiples pathologies

Pourtant, l’activité hospitalière a connu une augmentation constante : +834 380 séjours supplémentaires en dix ans. En 5 ans, les effectifs hospitaliers n’ont augmenté que de 2% alors que la production de soins progressait de 14.6% (PL Bras Tribune Dela Santé n°59, 2019). Le secteur privé a augmenté les salaires de 1.6% entre 2009 et 2015, tandis que les soignants ont vu leur rémunération baissée de 0.3% sur la même période ! Résultat, le salaire des infirmier(e)s hospitalier(e)s est un des pires dans les classements OCDE, en 26ème position sur 29 pays, inférieur au salaire moyen français (Health at a glance OCDE 2017) ! 

« Les choses se sont dégradées très progressivement de manière insidieuse. Rien que dans la tarification à l’acte : décortiquer le soin à l’acte est très artificiel et peut mener à plusieurs écueils. Je ne pense pas qu’on puisse pas chiffrer chacune des choses que l’on peut apporter à un patient, et cette tarification est chiffrée de façon un peu arbitraire : certains actes vont rapporter des sous à l’hôpital tandis que d’autres ne sont pas absolument valorisés ce qui fait qu’un patient va être plus rentable que d’autres. On nous a demandé d’être plus performants et plus efficients, mais je réfute ce concept car soigner un patient c’est traiter sa maladie, mais aussi son bien-être psychologique, son entourage et les problèmes familiaux qu’il peut rencontrer. Nous vivons ces difficultés au quotidien. Ce mouvement est une prise de conscience collective : nous sommes à un carrefour et si jamais on ne fait pas ce qu’il faut pour renverser la machine, on va atteindre un point de non-retour pour l’hôpital public et la qualité de la prise en charge des patients, ce n’est plus possible de faire des économies. » détaille Isabelle Melki, médecin au Service de Pédiatrie Générale, Maladies Infectieuses et Médecine Interne Pédiatrique de l’Hôpital Robert – Debré, pour La Relève et La Peste

Pour exprimer leur ras-le-bol de devoir répondre à des objectifs économiques, beaucoup ont décidé de ne plus faire le « codage », cette étape qui permet aux hôpitaux de chiffrer et quantifier les tarifications à l’acte. Dans de nombreux services, les infirmières ont 12 à 15 patients chacune à charge, et parfois une seule infirmière pour 22 patients la nuit ! Dans ces conditions, pas étonnant que de plus en plus de soignants jettent l’éponge, épuisés par un rythme de travail inhumain et une situation financière précaire : 30 % des postes de praticiens hospitaliers titulaires sont désormais inoccupés en France, les hôpitaux n’arrivent plus à recruter ou garder leurs soignants qui ne veulent plus être complices de la mise en danger des patients.

A travers cette grève, le personnel hospitalier lance une question à l’ensemble de la population française : sommes-nous prêts à soutenir le maintien d’un hôpital public décent, ou préférons-nous voir le domaine de la santé se vendre au plus offrant ? 

Crédit photo : Karine Pierre / Hans Lucas via AFP

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Tout va bien enfin, ça va aller Synopsis: En ce début d’année, l’économie mondiale est en chute libre et le climat social s’effrite de plus en plus. Des banques qui ne délivrent plus d’argent, une pénurie d’essence et des coupures d’électricité à répétition vont amener nos deux héros à prendre conscience que l’effondrement est à leur porte. Que faire quand tout s’effondre ? Quand partir ? Et surtout, où aller ?
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