Extinction des espèces, déforestation de forêts millénaires… L’huile de palme, un fléau inarrêtable

64 % des oiseaux et 54 % des mammifères menacés d’extinction se trouvent dans des espaces ruraux où des palmiers à huile sont cultivés. Après avoir ruiné la biodiversité et accéléré le réchauffement climatique, l’huile de palme se retrouve dans notre alimentation et il est désormais de notoriété publique que ce gras est un sérieux danger pour la santé et un très mauvais nutriment.
28 janvier 2020 - Augustin Langlade
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 130 pages
- Impression : France

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À l’inverse de son utilisation dans les biocarburants, véritable tartufferie des industriels de la pétrochimie, l’emploi de l’huile de palme dans notre alimentation semble aujourd’hui indispensable, malgré son impact catastrophique sur le vivant. Pire, elle ne peut pas être remplacée par un équivalent, puisque les conséquences de cette substitution seraient encore plus désastreuses pour l’environnement. Que faire ? Il ne nous reste plus qu’à temporiser ou à changer radicalement de système.  

Que ce soit dans les gâteaux, les plats préparés, les produits de beauté ou les biocarburants, trois milliards de personnes, presque la moitié de la population mondiale, consomment tous les jours de l’huile de palme, qui représente plus d’un tiers de la production mondiale d’huiles végétales, loin devant le soja. En France, au moins 50 % de cette huile est destinée à l’alimentation de nos voitures en « biocarburant » (qui n’a de biologique que le nom), mais dans le monde, elle est surtout utilisée par le secteur agroalimentaire, qui en absorbe 80 %, dont l’essentiel nourrit des populations pauvres ou entre dans la composition de produits de basse qualité.

Crédit photo : Rich Carey

Très prisée parce qu’elle est peu chère et constitue un acide gras saturé naturel permettant d’éviter les acides gras synthétiques, hautement cancérigènes, cette huile représente une production de 60 millions de tonnes annuelles, en croissance de 3 % par an. Pour vous donner une idée, il est prévu que cette production fulgurante, qui a quadruplé entre 1995 et 2015, quadruple de nouveau d’ici 2050.

Le journal Guardian l’écrivait en février 2019 :

« Chacun d’entre nous consomme en moyenne 8 kg d’huile de palme par an » et « souvent, les consommateurs ne sont même pas conscients qu’ils l’utilisent ». Aujourd’hui, nous sommes si dépendants de cette source de gras « qu’il pourrait bien être impossible de s’en passer » à l’avenir. 

Cependant, les conséquences funestes de la culture d’huile de palme sur l’environnement sont aujourd’hui dénoncées par de nombreuses organisations ; et maintenant qu’il semble trop tard pour faire marche arrière, le bilan ne laisse d’abasourdir. Les palmiers à huile occupent actuellement 25 millions d’hectares, dont une très grande part ont été grignotés au fil des années sur les forêts tropicales et les zones humides, qui se caractérisent par leur très riche diversité vivante.

Toutes ces forêts millénaires rasées aux quatre coins du globe sont substituées par des mono-cultures qui non seulement absorbent bien moins de carbone que les vieilles forêts mais n’abritent plus aucune espèce vivante du fait des nécessités agricoles et des produits chimiques qui y sont appliqués. En rongeant les espaces naturels, l’huile de palme participe à assassiner 193 espèces considérées comme menacées par la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ; nous connaissons les orangs-outans, dont l’image a participé à médiatiser l’huile de palme, mais ce sont aussi les tigres, les gibbons et des quantités considérables d’oiseaux et d’insectes qui voient leur habitat détruit par ces cultures.

Crédit photo : Nomads.team

64 % des oiseaux et 54 % des mammifères menacés d’extinction se trouvent dans des espaces ruraux où des palmiers à huile sont cultivés. Après avoir ruiné la biodiversité et accéléré le réchauffement climatique, l’huile de palme se retrouve dans notre alimentation et il est désormais de notoriété publique que ce gras est un sérieux danger pour la santé et un très mauvais nutriment. 

Dans cette perspective, est-il recommandable que nous interdisions simplement toute importation d’huile de palme ? La réponse est non. Une prohibition catégorique, qui ne serait pas anticipée et accompagnée par un changement profond de nos modes de production et de consommation, entraînerait des conséquences écologiques encore plus désastreuses. En effet, comme l’indique un rapport de l’UICN publié en 2018, l’interdiction de l’huile de palme ne ferait que « déplacer le problème » en augmentant drastiquement « la production d’autres cultures oléagineuses pour répondre à la demande d’huile ».

Or, les substituts que seraient le colza, le soja ou le tournesol exigeraient « jusqu’à neuf fois plus de terres que l’huile de palme pour la même production » et risqueraient de précipiter davantage les fléaux que représentent la déforestation et l’extension des terres agricoles. Alors qu’ils occupent moins de 10 % de la surface agricole mondiale destinée aux cultures oléagineuses, les palmiers à huile, dont le rendement est le plus fort dans cette catégorie, sont à l’origine de « 35 % de toute l’huile végétale utilisée dans le monde ». En comparaison, le soja s’octroie 40 % de cette même surface cultivée et ne produit que 22 % des huiles végétales que l’être humain consomme. Il est donc impensable de remplacer les palmiers à huile.  

Crédit photo : Rich Carey – Plantation d’huile de palme après déforestation

Sans une véritable volonté politique de régulation, sans une remise en question radicale de ce que nous mangeons tous les jours et utilisons parfois dans nos moyens de transport quotidiens, le bannissement de l’huile de palme serait une invitation faite au marché à se réguler lui-même, c’est-à-dire à déforester davantage, à éradiquer davantage d’espèces et à nourrir la surenchère catastrophique qui frappe les régions productrices d’huiles végétales, comme l’Amérique du Sud, l’Indonésie ou la Malaisie.

Ce qui veut dire qu’en l’état actuel des choses, la seule alternative dont nous disposons consiste à cesser de consommer toute huile végétale (y compris soja, colza et tournesol) ou à promouvoir une agriculture durable et certifiée d’huile de palme, sorte de demi-teinte qui semble avoir beaucoup de succès dans le vieux monde, puisque c’est ce que recommande l’UICN dans son rapport. Certification, transparence, protection des forêts tropicales, limitation de l’huile de palme non alimentaire, remplacement des cultures de soja ou de colza par celle des palmiers, toutes ces recommandations très « réalistes » s’annoncent comme autant de leviers dont disposent les gouvernements pour maintenir le statu quo. Serons-nous capables aujourd’hui de faire autrement ? Tous les problèmes écologiques nous ramènent à la même question. 

28 janvier 2020 - Augustin Langlade
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