Etats généraux de l’alimentation : entre belles promesses et grosses frustrations

FacebookTwitter

Le 11 octobre, un discours très attendu d’Emmanuel Macron a clôturé la première phase des Etats Généraux de l’Alimentation, consacrée à la création et à la répartition de la valeur. L’engagement le plus important : le prix payé à l’agriculteur ne sera plus défini en fonction de la marge que veut empocher le distributeur ou l’industriel, mais à partir du coût de production de l’agriculteur. Une loi allant dans ce sens devrait être proposée dès le premier semestre 2018.

Les EGA : une grande discussion nationale sur notre modèle alimentaire

Démarrés le 20 juillet 2017 à Paris, les États généraux de l’alimentation se veulent « un temps de réflexion partagée et de construction collective de solutions nouvelles, selon un mode permettant à chaque partie prenante d’être gagnante. » Le but de ces discussions est de redéfinir le modèle agricole et productif alimentaire français :

« Assurer une équitable répartition de la valeur, permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail par le paiement de prix justes, accompagner la transformation des modèles de production afin de répondre davantage aux attentes et aux besoins des consommateurs, et enfin promouvoir les choix de consommation privilégiant une alimentation saine, sûre et durable. »

Ce débat met à table l’ensemble des parties prenantes : monde agricole et de la pêche, industrie agroalimentaire, distribution, consommateurs, restauration collective, élus, partenaires sociaux, acteurs de l’économie sociale et solidaire, et de la santé, ONG, associations caritatives et d’aide alimentaire à l’international, banques et assurances. Même les citoyens peuvent y participer via une grande consultation publique permettant d’enrichir la réflexion. Elle est ouverte depuis le 20 juillet et s’achèvera à la fin du mois d’octobre.

Il s’agit donc de mettre d’accord producteurs, agriculteurs, transformateurs de produits alimentaires, distributeurs et citoyens ayant tous des intérêts divergents. En effet, la situation est devenue insoutenable pour les agriculteurs servant de pivot d’ajustement entre la course aux profits des multinationales et la demande de prix faibles des consommateurs.

Aujourd’hui, un agriculteur sur cinq perd de l’argent au lieu d’en gagner, et un agriculteur sur trois gagne moins de 350 euros par mois !

Des Etats Généraux organisés dans un contexte tendu

Dans ces conditions, pas étonnant que le premier chantier se soit concentré sur l’aspect économique de leurs échanges. Les sept ateliers étaient construits autour de deux sous-thématiques : comment créer plus de valeur et comment mieux la répartir entre les différents acteurs. Ces premiers ateliers ont fini pile à temps pour le début des négociations commerciales qui se déroulent, chaque année, de la fin octobre à la fin février, et fixent les prix des produits entre industriels et grande distribution.

Ces négociations commerciales sont pour l’instant régulées par la Loi de Modernisation Economique (LME) de 2008. Instaurée au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, cette loi est un des bébés du rapport de la Commission Attali pour « la libéralisation de croissance » dont le rapporteur adjoint n’était autre qu’Emmanuel Macron. La loi LME, dans le but de dynamiser la concurrence, permet la libre négociation des prix entre les centrales d’achat des grandes surfaces et leurs fournisseurs, sans toutefois prendre en compte les intérêts directs des producteurs délaissés dans des tractations entre les enseignes de distribution et les industriels de l’agroalimentaire.

© DR / A. Bourolleau

La mesure annoncée par Emmanuel Macron remettrait donc l’agriculteur au centre de ces négociations. Pour autant, la suppression des aides au maintien de l’agriculture biologique, l’entrée en vigueur provisoire du CETA et le débat sur le glyphosate inquiètent Syndicats de Paysans et ONG qui se sont rassemblés en une « Plateforme citoyenne pour une transition agricole et alimentaire » afin de mieux peser dans les débats. En effet, l’organisation précipitée des débats a provoqué de nombreuses frustrations parmi ONG, Syndicats et société civile, qui ont dû faire pression pour avoir accès à certains ateliers et se faire entendre.

Greenpeace France le présente en ces termes :

« L’objectif de chaque atelier est d’aboutir à une série de mesures concrètes faisant consensus parmi les participants et qui pourront être mises en œuvre immédiatement. Les mesures sur lesquelles les participants de l’atelier ne parviendraient pas à se mettre d’accord feraient l’objet d’un arbitrage interministériel. C’est là que le bât blesse : les organisations de la société civile, tout comme la plupart des autres acteurs, n’auraient pas leur mot à dire lors de ces arbitrages, ce qui est totalement inacceptable. »

La Plateforme citoyenne pour une transition agricole et alimentaire, dont Greenpeace France fait partie, a donc publié un document synthétique comprenant 63 priorités pour une métamorphose du modèle agricole et alimentaire. Ces priorités reprennent notamment la nécessité :

– d’accompagner financièrement et techniquement les agriculteurs dans la transition agro-écologique
– de faire évoluer les pratiques afin de diminuer de 20% les produits carnés en restauration scolaire
– d’interdire définitivement d’ici 2020 les pesticides les plus dangereux (comme le glyphosate, jugé cancérigène probable par l’OMS)
– de fixer de nouveaux objectifs de réduction de l’usage d’antibiotiques en élevage, etc.

La plupart des priorités présentées par la plateforme sont révélatrices des absents du débat : les évolutions sociétales (filières animales et vegans), la forme économique de l’entreprise agricole (comme l’ont dénoncée certaines coopératives ou l’agro-économiste Jean-Marie Séronie), ou encore le débat européen, la Pac décidant de beaucoup de choses pour l’agriculture française.

Pour autant, la mesure annoncée par le Président a été relativement bien reçue par les différentes parties des EGA. Emmanuel Macron, dans le but d’instaurer cette mesure, demande quand même une contrepartie aux acteurs :

« Conclure d’ici la fin de l’année des plans de filières interprofessionnelles visant à des restructurations à cinq ans et s’adaptant à une montée en gamme du marché. Une enveloppe de 5 milliards est prévue afin de financer ces diverses mesures et éviter une hausse des prix pour les ménages. »

Ces premières mesures devraient donc donner l’impulsion au second chantier qui tournera autour du thème d’une alimentation durable, saine, sure et accessible à tous. Dans ce chantier, les associations de consommateurs ont également été invitées à participer aux ateliers.

Vous avez jusqu’au 20 octobre pour participer à la consultation participative en ligne. Pour changer le contenu de vos assiettes, à vos claviers !

Manifeste numéro 1

Pour commander notre Manifeste, cliquez sur l’image !

FacebookTwitter
Article Précédent
Article Suivant