Entre 1979-1989, les dirigeants américains ont fait échouer une action qui aurait pu résoudre le changement climatique

En utilisant les projections des effets possibles des émissions de carbone élaborées par le mathématicien de la NASA James Hansen, le rapport Charney arrive à la conclusion suivante : le doublement des seuils de C02 dans l’atmosphère, qui va forcément se produire, entraînera une hausse de la température globale de trois degrés. Le président Jimmy Carter demande immédiatement à l’Académie des sciences de plancher sur le sujet.
19 novembre 2018 - Marine Wolf
FacebookTwitter

Chapitre 2 : Lorsque la Terre aurait pu être sauvée

Le New York Times Magazine, avec le soutien de la Fondation Pulitzer, publie un récit à la hauteur de son enjeu, colossal. « Losing Earth : The Decade We Almost Stopped Climate Change » retrace comment entre 1979 et 1989 les dirigeants de l’époque, en particulier ceux des Etats-Unis, ont fait échouer une action qui aurait pu résoudre le changement climatique.  En voici l’essentiel.

1979 – L’alarme est donnée

Au printemps 1979, un rapport technique ébranle un jeune militant de l’organisation “Les amis de la Terre”, Rafe Pomerance : « la poursuite de l’usage des énergies fossiles pourrait apporter un changement significatif et porteur de dégâts d’ici à 20 à 30 ans ». Il contacte Gordon MacDonald, membre des Jasons, ce groupe de scientifiques de très haut vol qui conseillent la CIA, la NASA et les présidents américains.

Après de nombreuses conférences et interviews, les deux hommes obtiennent du Bureau présidentiel de la politique scientifique qu’un comité scientifique indépendant soit créé. Son but : décider en toute autonomie si leur alarme est justifiée. Il est placé sous la responsabilité du père de la météorologie moderne, Jule Charney.

Crédit Photo : Delfino Barboza

1980 – Une mobilisation désorganisée

En utilisant les projections des effets possibles des émissions de carbone élaborées par le mathématicien de la NASA James Hansen, le rapport Charney arrive à la conclusion suivante : le doublement des seuils de C02 dans l’atmosphère, qui va forcément se produire, entraînera une hausse de la température globale de trois degrés. Le président Jimmy Carter demande immédiatement à l’Académie des sciences de plancher sur le sujet.

Dans le même temps, les dirigeants des industries pétrolières se rassemblent, et se montrent enclins à agir pour le climat. « Il faut un retrait ordonné des énergies fossiles vers les renouvelables » déclare le représentant d’Exxon, la toute-puissante société pétrolière américaine, lors d’une réunion en Floride en présence de Pomerance et MacDonald. Mais la difficulté est de prendre conscience de l’urgence d’une situation dont les effets ne seront visibles que des années plus tard. Aucune résolution claire n’est formulée, et quatre jours après, Ronald Reagan est élu.

Crédit Photo : Gab Pili

  1981-1982 – La barrière Reagan

Le Conseil pour l’environnement transmet bientôt au président un rapport avertissant « que les énergies fossiles peuvent altérer de façon permanente et désastreuse l’atmosphère de la Terre, avec un réchauffement de la planète et des effets très graves ». Réaction de Reagan : il envisage de supprimer cette institution gouvernementale. Dans le même temps, les travaux de James Hansen sont brutalement stoppés.

Pomerance comprend qu’il faut un événement fort pour frapper l’opinion. Il contacte un sénateur démocrate de 33 ans, Albert Gore Jr, plus connu sous le nom d’Al Gore. Celui-ci parvient à intéresser les médias au problème climatique. Exxon reconnaît que le système capitaliste est « moins que satisfaisant » pour gérer l’effet de serre et affirme vouloir « inventer » un nouveau modèle d’énergie. Hansen se réjouit, il en certain, l’administration Reagan ne fait pas le poids face à Exxon. L’enjeu est devenu politique.

Cet article est une mini-série de quatre épisodes. Pour voir notre premier épisode c’est par là ! 

Image à la une : ROBERT JAGER / APA-PictureDesk / AFP

19 novembre 2018 - Marine Wolf
FacebookTwitter
Entre 1979-1989, les dirigeants américains ont fait échouer une action qui aurait pu résoudre le changement climatique
FacebookTwitter
Manifeste - Numéro 3 Écrit par Hélène De Vestele , « L’urgence de la cohérence » est notre troisième manifeste. Le "Zéro Déchet" est ici vu comme une arme d’amélioration massive. Ce nouveau manifeste ne vous apprend pas à trier vos déchets... Il ne s’agit pas de faire un peu moins pire, il s’agit de bien faire. Nous devons radicalement changer pour construire un avenir meilleur. Hélène De Vestele vous emmène dans les coulisses du Zéro Déchet.
Commander
Envie de s’informer ? Inscrivez-vous à notre newsletter pour vous informer différemment
Derniers articles
^