En 2018, 164 défenseurs de l’environnement ont été tués

En 2018, 164 défenseurs de l’environnement ont été tués selon le bilan de l’ONG Global Witness, et “d’innombrables” intimidés menacés ou persécutés.
5 août 2019 - Sarah Roubato
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La génération de nos parents grandissait dans la crainte de l’explosion nucléaire. Celle de leurs parents, dans celle des guerres. Les générations des trentenaires d’aujourd’hui et celle qui suit vivent dans la peur de la fin du monde tout court. Du monde naturel. La protection du vivant devient bien plus qu’une cause de “bisounours”. Un combat pour lequel, dans certains pays, on meurt. 

En 2018, 164 défenseurs de l’environnement ont été tués selon le bilan de l’ONG Global Witness, et “d’innombrables” intimidés menacés ou persécutés. C’est que dans ces pays, le combat écologiste est loin des slogans peints en vert et chantés après avoir fait un sitting symbolique.

Les militants défendent leur droit d’habiter dans la forêt pour les autochtones, luttent contre l’empoisonnement des sols qui rendent leurs enfants malades. Chez eux, lutter pour la nature signifie littéralement lutter pour leur vie. 

Au Guatemala, la déforestation pour la culture de l’huile de palme et des hydrocarburants a fait disparaître une grande partie de la forêt, passant en 20 ans de 40 % du territoire à 30 %. En Colombie, le deuxième pays le plus riche en biodiversité après le Brésil, agriculture intensive, élevage, exploitation minière, ne cessent de s’accélérer.

Ces pays conjuguent des facteurs d’instabilité qui laissent place à ces violences : corruption, instabilité des institutions, pauvreté, conflits armés. En réalité, il faudrait pouvoir parler de problèmes socio-environnementaux, car là où les gens meurent, tombent malades ou n’ont plus de travail, l’écologie est avant tout un combat pour la survie, donc un enjeu social, plus qu’une adhésion intellectuelle. 

Bien souvent, ce ne sont pas uniquement les militants écologistes qui sont visés, mais tous les militants des droits fondamentaux. Aux Philippines, depuis l’arrivée du président Duderte, les journalistes, militants et défenseurs des libertés, disparaissent.

L’année 2019 risque d’être elle aussi chargée. Il y a 6 mois au Brésil, la militante Rosane Santiago Silveira a été torturée et retrouvée morte chez elle. Elle luttait contre l’accaparement de terres protégées par des plantations d’eucalyptus.

Si ces situations nous paraissent faire partie d’un autre monde, elles nous rappellent pourtant que derrière les enjeux écologiques se cachent des enjeux de pouvoir, de rapports entre des groupes sociaux, d’identité, et que où que l’on soit, il arrivera un moment où, le vivant ne supportant plus nos excès, se battre pour le vivant sera toujours se battre pour soi. 

5 août 2019 - Sarah Roubato
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