En 1988, la Maison Blanche censure que le réchauffement climatique aura lieu

1989 – Le désastre final... Lorsque la Terre aurait pu être sauvée
19 novembre 2018 - Marine Wolf
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Chapitre 3 : Lorsque la Terre aurait pu être sauvée

Le New York Times Magazine, avec le soutien de la Fondation Pulitzer, publie un récit à la hauteur de son enjeu, colossal. « Losing Earth : The Decade We Almost Stopped Climate Change » retrace comment entre 1979 et 1989 les dirigeants de l’époque, en particulier ceux des États-Unis, ont fait échouer une action qui aurait pu résoudre le changement climatique. En voici l’essentiel.

1983-1987 – « Vous pouvez faire avec »

Automne 1983. L’Académie nationale des sciences chargée en 1979 par Jimmy Carter de chercher des solutions, dévoile lors d’un grand gala son rapport de 500 pages : « Changing Climate ». Des scientifiques mais aussi des responsables d’Exxon et de General Motors sont présents. Le rapporteur William Nierenberg écrit dans ses conclusions qu’il faut agir immédiatement, mais ne tient pas le même discours devant les médias :

« Il ne faut pas entretenir les spéculations les plus négatives dans la population. De la prudence, pas de panique.» rassure-t-il.

Pour cet optimisme convaincu de l’exceptionnalisme américain, rien n’est insurmontable pour les États-Unis, surtout pas un excès de C02 dans l’atmosphère.

Les dégâts sont immenses. « Le message d’un panel de super-scientifiques au peuple inquiet du célèbre réchauffement climatique : vous pouvez faire avec », titre le Wall Street Journal. Exxon, modifiant sa position, annonce que « le consensus général est que la société a suffisamment de temps pour trouver une solution technologique adaptée à l’effet de serre ».

1988 – Été caniculaire et Conférence de Toronto

L’été 1988 est le plus chaud et le plus sec de l’histoire américaine. Des incendies géants ont lieu en Alaska et à Yellowstone, un immeuble de Los Angeles prend feu spontanément. Les signes du changement climatique sont à présent visibles. Hansen est appelé à témoigner au Sénat : «Le réchauffement peut être détecté avec 99 % de certitude. Il change notre climat. Il est temps d’arrêter de tergiverser, l’effet de serre est là.»

La presse entend le message, le New York Times titre le lendemain: «Les experts annoncent au Sénat que le réchauffement climatique a commencé».

Crédit Photo : Matt Howard

L’audition Hansen a créé une onde de choc. Quatre jours plus tard a lieu la Conférence mondiale de Toronto sur le changement atmosphérique. 400 scientifiques et politiques s’engagent dans la déclaration finale pour une diminution de 20 % des émissions à l’horizon 2005. Le GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, est créé, avec la mission de préparer un futur traité global.

1988 – Censure

La Maison-Blanche, en la personne de John Sununu, Directeur du Cabinet de George H.W. Bush, va gravement entraver la lutte contre le changement climatique.

Hansen, qui doit témoigner au Sénat, voit son texte défiguré par des coupures et encore plus incroyable, par des additions. Il lui est imposé de déclarer que les causes du réchauffement sont « scientifiquement indéterminées » et qu’elles pourraient être attribuées à « des phénomènes naturels ». Il doit demander que le Congrès ne fasse passer qu’une législation sur le climat qui soit immédiatement bénéfique pour l’économie, « sans prendre en compte les inquiétudes liées à un effet de serre croissant ».

Parallèlement à cette censure, Sununu exige auprès du chef de l’Agence de protection de l’environnement que les délégués américains ne prennent aucun engagement à la prochaine réunion du GIEC.

Crédit Photo : Chris Barbalis

1989 – Le désastre final

En novembre 1989, les délégués de plus de 60 pays se rassemblent aux Pays-Bas pour la conférence ministérielle de Noordwijk. Il est attendu qu’ils s’entendent, au minimum, sur un gel des émissions de gaz à effet de serre.

Les États-Unis avec l’approbation de la Grande-Bretagne, du Japon et des Soviétiques forcent la conférence à abandonner cet objectif. La déclaration finale note simplement que « plusieurs » nations soutiennent la stabilisation des émissions, sans préciser ni les pays ni le niveau d’émissions.

« Votre gouvernement a tout fait foirer ! » s’insurge le ministre suédois devant des militants des Amis de la Terre. Le désastre est total.

Cet article est une mini-série de quatre épisodes. Pour voir notre deuxième épisode c’est par là ! 

19 novembre 2018 - Marine Wolf
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