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Destruction illégale et répression judiciaire contre les écolos du Village du Peuple

Malgré cette démonstration de force, le litige n’est pas fini concernant la bétonisation du lieu et les travaux ne sont pas censés reprendre avant janvier. En effet, le dossier est maintenant entre les mains des associations écolo locales, dont la LPO Loire-Atlantique.
13 novembre 2020 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Jeudi 15 octobre au matin, des gendarmes mobiles sont arrivés en masse pour procéder à l’expulsion des occupants et à la destruction totale du Village du Peuple, sur la commune de Donges au nord de la Loire. Les anciens occupants dénoncent une destruction illégale mais aussi une répression judiciaire contre Sully, un militant écologiste qui a été arrêté après avoir été pendu à une pelleteuse par les forces de l’ordre. Les soutiens du Village se mobilisent aujourd’hui pour plaider sa libération.

Destruction et arrestation

Le mois dernier, La Relève et La Peste vous parlait de l’occupation et des enjeux liés au Village du Peuple, créé en avril 2019 : sauver de la bétonisation près de 60 hectares de terres humides, arables et de forêt en transformant un vieux corps de ferme en éco-lieu solidaire, autonome et convivial.

Les occupants se préparaient à faire face à une expulsion par la CARENE (Communauté d’Agglomérations de la REgion NazairiennE), qui souhaite faire de la ZAC des Six Croix II, « la troisième zone industrielle du secteur ».

Le 22 septembre, la Mairie de Donges a donc affiché le permis de « démolition totale » du Village et en a délogé les occupants le 15 octobre, soit trois semaines après. Seulement, cette destruction s’est opérée avant la fin du délai de recours « pour excès de pouvoir » qui est en principe de 2 mois. Une incohérence légale que n’a su nous expliquer ni la CARENE, ni la Mairie de Donges, toutes les deux contactées par notre rédaction.

Le 15 octobre, les forces de l’ordre ont investi les lieux « avec négociateurs, policiers en civil, gendarmes à tronçonneuses et mousquetons, et maîtres chiens en treillis ». Une armada impressionnante pour faire face à une vingtaine d’écologistes. En quelques heures, ils ont rasé le site à l’aide d’une tractopelle : d’abord le pressoir, puis le four à pain datant du 18ème siècle, et enfin le corps de ferme.

https://twitter.com/N_Molle/status/1317062164314730498/photo/1

Un coup dur pour les occupants qui avaient commencé à construire un vrai projet de vie autour du lieu.

« Je travaillais dans l’informatique et je suis en reconversion pour être paysan-boulanger. Une partie de mon stage devait se faire en autonomie sur le four à pain du village du peuple, on aurait pu le transformer en espace pédagogique également. L’idée du Village, c’était aussi d’être un lieu festif et culturel qui ramène de la convivialité dans les campagnes. C’est d’ailleurs lors de quelques événements qu’on a créé des liens avec les habitants des alentours. » explique Philippe, l’un des premiers occupants du Village du Peuple, pour La Relève et La Peste

Parmi les personnes qui avaient trouvé au Village du Peuple des ressources pour se reconstruire après un parcours de vie difficile, Sully a été particulièrement violenté lors de l’opération de démolition. Alors qu’il s’accrochait aux barricades pour protester contre l’arrivée des gendarmes, il a rapidement été encerclé, puis frappé (un des coups lui a fracturé le nez) jusqu’à perdre connaissance.

Sur une vidéo ayant fait le tour des réseaux sociaux, on peut voir les gendarmes décider d’utiliser la pelleteuse pour extirper le militant à demi-conscient en le pendant par le torse et les mains à l’engin. « Un procédé qui ressemble fort à ceux que l’on utilise pour dépecer des carcasses de bétail, ou pour pendre un individu ! » se sont alarmés ses camarades

https://www.facebook.com/2090939627641088/videos/703803533565008/

Une fois ramené au sol, il a été placé en garde-à-vue à la gendarmerie de Montoir puis déféré dès le lendemain en comparution immédiate pour le chef d’inculpation de « Rébellion », un délit pénal passible d’emprisonnement et dizaines de milliers d’euros d’amende. Ce qui lui serait reproché et lui aurait valu les coups des policiers ? Avoir poussé du pied une échelle.

« Malgré une attestation d’hébergement et une promesse d’embauche dans la région, le tribunal a décidé de placer le militant en détention provisoire à la maison d’arrêt de Nantes jusqu’au procès, qui doit se tenir le 26 novembre. Plus d’un mois d’incarcération ! C’est à un véritable acharnement judicaire et policier auquel nous assistons. Vu la violence des coups qu’il a reçu, on estime qu’il a déjà assez subi. Pour nous, Sully doit être immédiatement remis en liberté ! C’est important que l’accusé se présente libre au moment du procès car cela influence énormément la future décision du juge. » explique Cahute, un membre du Village du Peuple, pour La Relève et La Peste

Contacté par notre rédaction, l’avocat chargé de la défense nous a précisé que l’action d’expulsion est indépendante de la question de la validité du permis de détruire, cet argument ne pourra donc pas être utilisé pour défendre le militant.

Une destruction hâtive pour un projet indéfini

Malgré cette démonstration de force, le litige n’est pas fini concernant la bétonisation du lieu et les travaux ne sont pas censés reprendre avant janvier. En effet, le dossier est maintenant entre les mains des associations écolo locales, dont la LPO Loire-Atlantique.

Cette dernière a été interpellée par les Villageois, et a réalisé que le dossier d’aménagement ne comprenait pas de recensement d’espèces protégées, et donc de demande de destruction ou de déplacement de ces espèces comme la loi l’exige normalement.

« On a eu une réponse sous la forme de réunion avec des élus et un salarié de la CARENE. On leur a signifié un certain nombre de défauts et de problèmes pour lesquels ils ont dû relancer des études, et on a un autre rendez-vous prévu en Janvier où ils devront nous montrer un dossier complet. Ils ont donc détruit la ferme et évacué le Village du Peuple de façon un peu hâtive car il n’y a aucun projet abouti ! Même le Port n’est pas intéressé pour l’instant. » détaille Guy Bourlès, Président de la LPO Loire-Atlantique, pour La Relève et La Peste

Dans ce cas là, pourquoi avoir procédé à la destruction de la ferme ? Là aussi, la CARENE et la Mairie de Donges, toutes les deux contactées par notre rédaction, n’ont pas été en mesure de nous donner d’explication autre que la « protection économique de l’avenir du territoire ».

« L’avantage de cette occupation, c’est qu’elle nous a donné le temps et l’opportunité d’avoir enfin un débat démocratique à ce sujet. Aujourd’hui, il y a une urgence à NE PAS faire. A réfléchir avant de bétonner ! La crise actuelle fait paniquer beaucoup de monde qui souhaite retrouver une économie « comme avant » alors que c’est elle qui nous a mis dans cette situation ! C’est justement le moment de créer une activité économique autrement, en accord avec l’urgence écologique. Deux côtés d’un même problème. » analyse Guy Bourlès, Président de la LPO Loire-Atlantique, pour La Relève et La Peste

L’expulsion du Village du Peuple fait d’ailleurs partie d’une vague d’évacuations à marche forcée partout en France, comme l’explique un article de Bastamag, la veille du couvre-feu : squat d’artistes dans la commune de Rezé, la Zad de Roybon en Isère, mais aussi celles de familles pauvres n’ayant pas les moyens de se payer un logement.

Une manœuvre autoritaire qui ne laisse pas présager les meilleurs augures pour les projets alternatifs et solidaires informels. Il en faudra pourtant plus pour déchirer les Villageois, une cagnotte et une mobilisation ont été lancées en soutien pour Sully, pour son procès prévu le 26 novembre.

crédit photo couv : Anthony Linger / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

13 novembre 2020 - Laurie Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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