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Des centaines de manifestants ont bloqué 10 terminaux pétroliers et provoqué des pénuries au Royaume-Uni

Les blocages du 1er avril « marquaient le passage de la désobéissance civile à la résistance civile » : constatant que les paroles et les débats ne fonctionnent plus, les militants de Just Stop Oil ont choisi de mener le plus d’actions possible – légales ou non – pour « perturber l’infrastructure pétrolière du Royaume-Uni », quitte à en payer le prix fort.
14 avril 2022 - Augustin Langlade
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- Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
- Format : 290 pages
- Impression : France

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Vendredi 1er avril, plusieurs centaines de manifestants ont bloqué dix terminaux pétroliers près des villes de Londres, Birmingham, Southampton et Tamworth, au Royaume-Uni, provoquant des pénuries dans de nombreuses stations-service, la semaine suivante.

Organisées conjointement par le mouvement Extinction Rebellion et le collectif Just Stop Oil, ces actions coups de poing s’inscrivaient dans le cadre d’une campagne visant à forcer le gouvernement britannique à sortir de sa dépendance aux combustibles fossiles, premiers responsables du changement climatique.

Rodés aux méthodes de la non-violence, les activistes ont suivi dans toutes les raffineries ciblées les mêmes procédés : tandis qu’un premier groupe bouchait les entrées des terminaux, en se collant par exemple à la route avant le lever du jour, un second s’enfermait dans des canalisations ou s’attachait à des camions-citernes afin de paralyser la circulation.

Par ces stratagèmes, les membres d’Extinction Rebellion et de Just Stop Oil ont réussi à tenir certains sites pendant trente-cinq heures, d’autres durant trois jours, jusqu’à ce que des équipes de police spécialisées les délogent à l’aide de civières et d’échafaudages.

Dès l’après-midi du 1er avril, le géant ExxonMobil UK a été contraint de suspendre ses opérations dans quatre de ses terminaux, sans qu’on en sache davantage sur les autres dépôts visés.

L’industrie pétrolière obéissant au système du « flux tendu » – produire et livrer dans un temps très court –, ce bref arrêt de l’acheminement du carburant s’est rapidement répercuté sur les stocks des stations-service du sud-est de l’Angleterre et de Londres.

Résistance civile

Comme son nom l’indique, Just Stop Oil exige que le gouvernement britannique abandonne tout nouveau projet pétrolier ou gazier, cesse de financer ou d’autoriser la recherche et l’exploration de nouveaux gisements et n’achète plus de combustibles fossiles aux pays étrangers. Autrement dit, c’est la sortie pure et simple du pétrole qui est ici réclamée.

« Chaque goutte de pétrole que nous consumons alimente le réchauffement climatique, résume le collectif, ce qui signifie des vagues de chaleur de plus en plus fortes, plus de sécheresses, plus de famines, plus de guerres et plus de morts. Les jeunes en ont conscience et c’est à juste titre qu’ils sont terrifiés : leur avenir part en fumée. »

Selon le quotidien anglais The Guardian, les blocages du 1er avril « marquaient le passage de la désobéissance civile à la résistance civile » : constatant que les paroles et les débats ne fonctionnent plus, les militants de Just Stop Oil ont choisi de mener le plus d’actions possible – légales ou non – pour « perturber l’infrastructure pétrolière du Royaume-Uni », quitte à en payer le prix fort.

Alors que la seule journée du 1er avril a donné lieu à 275 arrestations au moins, dont certaines suivies de peines de prison, ceux qui n’ont parfois pas plus de vingt ans ont récemment juré de continuer à agir « jusqu’à ce qu’ils soient tous emprisonnés ».

« C’est nous contre l’État, a déclaré un manifestant. Nous allons perdre, mais nous devons tenter quelque chose. »

Crédit : Just Stop Oil

Don’t Look Up

Depuis quinze jours, les actions de Just Stop Oil et Extinction Rebellion se sont ainsi multipliées aux quatre coins du Royaume-Uni, presque sans interruption.

Les 5 et 7 avril, le dépôt pétrolier de Kingsbury, entre Birmingham et Tamworth, a par exemple été bloqué une seconde et une troisième fois par une poignée de militants. Près de Londres, le terminal Navigator, le plus grand du pays, a également été perturbé par des intrusions répétitives d’activistes, dont certains sont même restés enterrés plusieurs jours dans un tunnel qu’ils avaient creusé sous la route principale du dépôt.

Le 8 avril, d’autres groupes de militants ont bloqué l’emblématique Tower Bridge de Londres, avant de se diriger au 10, Downing Street, résidence officielle du Premier ministre, pour dénoncer la politique énergétique britannique, qui prévoit de nouveaux forages en mer du Nord.

Le 12 avril, une soixantaine de personnes ont manifesté devant les locaux londoniens du géant anglais de l’assurance Lloyd’s, connu pour financer massivement les combustibles fossiles.

Et comme pour couronner ces dix jours de haute intensité, une porte-parole de Just Stop Oil, invitée à s’exprimer dans l’émission Good Morning Britain, le 11 avril, a dû essuyer les plaisanteries de présentateurs cyniques qualifiant le mouvement de « puéril » et suggérant que « rien de positif » ne peut émerger de telles « perturbations ».

Partagée des millions de fois sur la toile, cette séquence vidéo ressemble à s’y méprendre à celle du film Don’t Look Up (2021), dans lequel des animateurs de télévision se moquent de scientifiques venus les alerter de la chute prochaine d’une comète sur la terre. Plus que la police, les militants de Just Stop Oil doivent affronter le déni de toute une société.

14 avril 2022 - Augustin Langlade
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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