Chasse à la glu : le triste feuilleton gouvernemental continue

Un gouvernement sous influence ?
12 août 2020 - Flora Clodic-Tanguy
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Alors que la Commission Européenne a donné trois mois à la France, début juillet, pour mettre fin au piégeage des oiseaux à la glu, les chasseurs font pression sur le gouvernement pour maintenir cette pratique « traditionnelle » de la chasse dans 5 départements. La LPO poursuit son travail de lanceur d’alerte, rappelle à La Relève et la Peste son président Allain Bougrain-Dubourg. 

La France mise en demeure

Pratiquée depuis l’Antiquité, la chasse à la glu (ou gluau) n’en est pas moins controversée, notamment en France où sa pratique oppose depuis de nombreuses décennies les écologistes et les chasseurs. Son principe : enduire de glu des tiges en bois, les poser sur un arbre ou un buisson et attirer des oiseaux pour qu’ils viennent s’y engluer. Détachés à coup de solvants chimiques (pétrole, acétone…), les oiseaux capturés servent à attirer d’autres oiseaux avec leur chant. Ils servent d’« appelants », dans le vocabulaire des chasseurs. 

« Au sein de l’Union Européenne, cette pratique de chasse cruelle et non sélective est interdite depuis 1979 par une directive sur la protection des oiseaux sauvages, rappelle Allain Bougrain-Dubourg, Président de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO). N’importe quel oiseau, y compris d’une espèce protégée, peut se retrouver prisonnier. Les oiseaux englués vivent par ailleurs des souffrances intolérables, inacceptables, non par nécessité mais par loisir. La France est le dernier pays à rendre la chasse à la glu légale par dérogation, dans cinq départements de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA). »

Ce sont précisément ces cinq arrêtés dérogatoires que la nouvelle Ministre de la Transition Energétique a refusé de signer, début août. Barbara Pompili s’aligne ainsi avec une décision de la Commission Européenne rendue le 2 juillet 2020, qui donne trois mois à la France pour cesser cette pratique, sous peine de lui faire payer une lourde amende, avec nos deniers.  

Un gouvernement sous influence ?

Problème : les chasseurs, notamment via leur lobby de la Fédération National des Chasseurs (FNC), ne comptent pas se laisser faire ! Dans la foulée de l’annonce du refus ministériel, ils ont menacé d’une démonstration de force à Bormes-les-Mimosas le 8 août, tout près de la résidence estivale d’Emmanuel Macron. Ils ont su se faire entendre puisqu’ils ont été reçus par le cabinet du Premier Ministre Jean Castex, vendredi 7 août. 

« On se demande quand même, poursuit le Président de la LPO, avec tout ce que traverse le pays, s’il n’y a pas mieux à faire que de recevoir une poignée d’excités de la gâchette… Depuis le début de son mandat, Emmanuel Macron a déjà reçu trois fois la FNC mais a en revanche refusé de recevoir les 14 associations de protection de la nature. »

Pour rappel, il est même le premier Président de la République française à assister à un tableau de chasse, à Chambord, en 2017. 

« Que les arrêtés soient signés par sa hiérarchie ou par un sous-fifre, Barbara Pompili est dans une situation embarrassante, détaille Allain Bougrain-Dubourg. Si ces dérogations étaient maintenues, ça serait un camouflet humiliant pour elle, qui jetterait un total discrédit sur son Ministère. On imagine qu’au moment d’accepter ce portefeuille, elle a bien dû aborder le dossier « chasse » et rappelé qu’elle était assez grande pour le gérer. Or, on voit bien qu’il est piloté directement par Emmanuel Macron. » 

Difficile de ne pas avoir une pensée pour Nicolas Hulot, qui avait donné sa démission suite à des pressions répétées du même type… Le même scénario serait-il en train de se répéter ? La FNC est montée à l’offensive dès la nomination de Barbara Pompili. « Une écologiste à l’écologie : des mauvais souvenirs pour les chasseurs ! », avait titré leur communiqué, au lendemain du remaniement ministériel. Il se réjouissait au contraire de la nomination de Jean Castex « qui connaît bien la province et encore mieux les enjeux des ruraux, en ayant été maire d’une commune rurale des Pyrénées orientales »

Sur le dossier de la chasse à la glu, invité sur RTL le 7 août, Willy Schraen, le Président de la FNC, ne mâchait pas ses mots. Il dénonçait « la position idéologique » d’« une écolo qui veut bouffer du chasseur »… Ambiance ! Et suspense : signera, signera pas… 

Un symbole préoccupant

Pour Allain Bougrain-Dubourg, la gestion de la chasse à la glu est un symbole préoccupant. « Si Barbara Pompili n’a même pas le pouvoir de faire respecter les Directives européennes, si elle ne peut empêcher un lobby de 5000 piégeurs de conduire la France devant la Cour de Justice de l’Union Européenne, au risque de devoir payer des millions d’amendes, quel sera son pouvoir sur les autres dossiers dans les deux ans qui viennent ? »

La véritable préoccupation de la LPO et d’autres associations de protection de la nature, c’est d’enrayer la perte de la biodiversité, dans la lignée de la loi française adoptée en 2016 pour la « reconquérir ». 

« On n’y est pas du tout, alerte Allain Bougrain-Dubourg. Non seulement on ne la reconquiert pas, mais son déclin s’accélère. Il y a aussi une sacrée hypocrisie sur la protection des espèces en danger. On le voit ces temps-ci avec les hirondelles des bois, dont on a autorisé la chasse de près de 18 000 individus alors qu’elle devrait tout simplement être protégée si l’on veut voir des résultats encourageants dans dix ans… »

« Notre autre priorité, c’est d’en finir avec les souffrances animales qu’on peut éviter. Vous pouvez d’ailleurs nous rejoindre en signant le référendum d’initiative populaire qui a déjà réuni près de 500 000 personnes autour de 6 propositions pour les droits des animaux. » Et le Président de la LPO de conclure :  « Il nous faut nous armer de courage et de détermination car le monde d’après, c’est le même qu’avant, en plus triste et plus révoltant.»

12 août 2020 - Flora Clodic-Tanguy
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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