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« C’est une honte » : face à la crise migratoire, l’UE tourne le dos à l’Italie et fuit ses responsabilités

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Sophia In’t Veld, une eurodéputée néerlandais, a vivement dénoncé la façon dont les Etats membres abandonnaient l’Italie et la Grèce dans le cadre de la gestion de la crise migratoire. Depuis le début de l’année, plus de cent mille migrants ont fait la dangereuse traversée, l’Italie en a accueilli les trois quarts. Plutôt que de venir en aide à leur sœur italienne, les Etats européens privilégient des versements juteux pour que les pays autoritaires côtiers (Turquie, Libye) tiennent ces afflux de migrants loin des terres sacrées européennes.

« C’est une honte »

« C’est une honte. Nous sommes le continent le plus prospère du monde. Si nous ne pouvons pas gérer ce flux migratoire alors qui le pourra ? », a fustigé Sophia In’t Veld, vice-présidente du groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe, le 5 juillet dernier au Parlement européen. La députée néerlandaise accusait les autres Etats membres d’abandonner littéralement l’Italie – premier port d’arrivée pour les migrants – au profit de certains pays autoritaires comme la Libye ou la Turquie. « Quand arrêterons-nous d’utiliser l’argent européen pour remplir les poches des dictateurs et des régimes défaillants ? Combien d’argent allons-nous encore envoyer en Libye pour laisser les gens mourir dans des circonstances misérables, pas seulement en Méditerranée, mais aussi dans le désert ? »

L’Italie porte seule le fardeau

Car en effet, l’affluence de migrants en Italie est la conséquence directe des politiques européennes mises en place les années précédentes. D’après les données fournies par l’Organisation Internationale des Migrations, en 2016 encore, c’est la Grèce qui était le premier lieu d’arrivée des réfugiés. Ainsi elle a été le lieu d’arrivée pour 158 527 migrants pour la période allant de janvier à juillet, contre seulement 9 290 cette année pour la même période. A l’inverse, l’Italie a connu une hausse de 16% des arrivées de réfugiés sur ses côtes entre 2016 et 2017 (pour la période concernée). Ce changement brusque est intrinsèquement lié à deux politiques européennes qui font état du bien peu d’intérêt que les Etats membres font du sort des réfugiés et des Italiens.

Des politiques qui contribuent à engorger les ports italiens

D’abord, on a l’accord signé entre l’UE et la Turquie pour convenir d’un plan d’action visant à départager les « réfugiés politiques » des « migrants économiques ». Par ailleurs, le versement d’une aide de 3 milliards d’euros à la Turquie visait à ce que les réfugiés arrivant en Grèce soient renvoyés en Turquie. Ainsi, les migrants, dont la plupart souhaite rejoindre l’Europe, évitent de rejoindre les côtes grecques pour avoir une chance de rejoindre l’un des pays européens. Mais à cela s’ajoute aussi les politiques anti-migrants des pays de l’Est, comme la Hongrie qui refuse d’accueillir des migrants et a même fermé la route des Balkans.

Fais ce que je dis, mais pas ce que je fais

C’est face à ce constat qu’Emmanuel Macron a déclaré solennellement : « On ne peut pas prendre toute la misère du monde, mais chacun doit prendre sa part. C’est bien de cela qu’il s’agit. » Or dans les faits, l’UE n’a fait que perpétuer sa politique d’aide financière pour augmenter les contrôles aux frontières mais non pas pour aider l’Italie à désengorger ses ports. Le 6 juillet la Commission a ainsi adopté une proposition pour verser quarante-six millions d’euros à la Libye et trente-cinq millions pour soutenir l’Italie. A l’inverse, le plan de relocalisation des réfugiés en septembre 2015 dans lequel les Etats membres s’étaient engagés à se répartir 160 000 réfugiés est bien loin d’avoir été respecté par les pays européens : le 28 juin 2017, seulement 22 841 migrants avaient été pris en charge.

« On ne peut pas prendre toute la misère du monde, mais chacun doit prendre sa part. C’est bien de cela qu’il s’agit. »

L’UE n’est « pas à la hauteur de ses responsabilités »

Toutes ces raisons conduisent les réfugiés à emprunter des routes migratoires toujours plus dangereuses, dans l’espoir de rejoindre un des Etats membres. Un rapport d’Amnesty montre alors que l’année 2017 risque d’être la plus meurtrière pour ces réfugiés, dont déjà 2 072 sont morts depuis le début de l’année, soit trois fois plus qu’en 2015. Sophia In’t Veld dénonce une Europe qui n’est « pas à la hauteur de ses responsabilités » ; on ne saurait lui donner tort quand on voit à quel point elle tourne le dos à la fois à ces millions de migrants, risquant leur vie pour rejoindre nos pays, et à la fois à l’Italie qui porte tout le fardeau de la crise migratoire derrière l’indifférence générale de ses partenaires européens.

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