Burberry a détruit en 5 ans 100 millions d’euros de stocks invendus

Les produits ne doivent pas être portés par les « mauvaises personnes »
23 juillet 2018 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Si la fast-fashion est souvent dénoncée pour son manque d’éthique, il semblerait que le secteur du luxe soit lui aussi un grand habitué du gaspillage des ressources. En cinq ans, Burberry a ainsi détruit des stocks invendus d’une valeur de 100 millions d’euros.

Les produits ne doivent pas être portés par les « mauvaises personnes »

Rien que l’an passé, Burberry a détruit 29 millions d’euros de produits pourtant encore utilisables. En se basant sur les prix les plus hauts de l’enseigne, cela correspond à la destruction de plus de 20 000 de ses fameux trench-coats, nous apprend « The Times ». Et la tendance s’aggrave, puisque la valeur des stocks détruits, et donc leur nombre, a triplé depuis 2014.

Si les actionnaires mécontents se demandent pourquoi les invendus ne sont pas offerts aux investisseurs privés de la société, la vraie question est de savoir pourquoi une entreprise possédant les moyens de Burberry (536 millions d’euros de revenus en 2017) peut ainsi gaspiller des ressources sans le moindre état d’âme ?

Crédit Photo : William Hope

Burberry admet brûler couramment son stock « indésirable », mais tente de légitimer cette méthode en expliquant utiliser des incinérateurs spécialisés qui transforme le processus en énergie. D’après des sources internes anonymes, « les marques de luxe détruisent les produits non désirés pour protéger leur propriété intellectuelle et les valeurs de la marque. Les marques de créateurs ne veulent pas que leurs produits soient portés par les « mauvaises personnes » après avoir émergé sur les « marchés gris » à des prix défiant toute concurrence. »

« Les mauvaises personnes » sont donc les indigents moins argentés qui ne mériteraient pas, selon ces marques, de porter leurs précieux vêtements et accessoires.

Luxe, rareté et gaspillage

Dans un communiqué envoyé à Newsweek, Burberry a précisé mettre en place une logistique minutieuse pour minimiser ces excès de stock . « Dans les cas où l’élimination des produits est nécessaire, nous le faisons d’une manière responsable, et nous continuons à chercher des moyens de réduire et de réévaluer nos déchets. C’est un élément essentiel de notre stratégie responsable jusqu’en 2022, et nous avons établi des partenariats et soutenu des organisations innovantes pour atteindre cet objectif, par exemple avec la « Make Fashion Circular Initiative » de la Fondation Ellen MacArthur, où nous rejoignons d’autres leaders du secteur pour œuvrer en faveur d’une économie circulaire de la mode. » Burberry

Crédit Photo : Aleksandra Mazur

En effet, Burberry n’est pas la seule enseigne de luxe à générer trop de « déchets », c’est à dire des produits parfaitement utilisables mais apparemment créés en trop grandes quantités selon le critère de rareté des produits de luxe. Ainsi, Richemont, qui possède les marques Cartier et Montblanc, a détruit plus de 450 millions d’euros de montres en deux ans, après avoir racheté les stocks invendus à des bijoutiers. Depuis, l’entreprise aurait pris de nouvelles mesures grâce à la reprise du marché en Chine après une lutte contre la corruption.

« The Times » a demandé à d’autres marques de luxe, dont Vivienne Westwood, Paul Smith et Victoria Beckham, ce qu’elles faisaient de leurs stocks non désirés. Une seule, Temperley, a répondu en précisant que les vêtements invendus étaient donnés à des associations caritatives ou vendus en promotion. Burberry, elle, a déclaré avoir donné 120 tonnes de chutes de cuir à Elvis & Kresse pour les transformer en accessoires, et que la moitié des bénéfices de la gamme seraient reversés à des organisations caritatives.

Si le jugement des consommateurs semble inciter les enseignes à mieux gérer leurs stocks, on peut déplorer qu’une optimisation de l’énergie, des ressources et matières utilisées pour créer ces produits ne soit pas leur leitmotiv, surtout quand des vies animales sont tuées pour les produits en cuir. Si les Etats ne semblent avoir aucun problème à réglementer les actions individuelles, à quand une plus forte législation pour encadrer l’utilisation des ressources par les entreprises ?

23 juillet 2018 - Laurie Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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