Bientôt la fin des expérimentations animales dans les laboratoires ?

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En ce début du mois d’août 2017, des scientifiques australiens ont recoupé les besoins expérimentaux des laboratoires avec les techniques des 3R. Les 3R est un principe éthique qui permet de réduire considérablement l’utilisation des animaux dans les laboratoires. Le processus est en marche.

Précieuses avancées

Théoriquement, une méthode d’expérimentation dite « alternative », en langage scientifique, est une méthode qui améliore, réduit ou supprime l’emploi d’animaux. En effet, en 1959, le zoologiste William Russell et le microbiologiste Rex Burch présentent ce concept à la communauté scientifique pour des raisons éthiques, mais aussi pour des raisons économiques. Depuis, le processus de mise en place d’alternatives, s’il n’est pas prioritaire, est en bonne marche. La suppression totale de l’emploi des animaux n’est pas encore à l’ordre du jour, mais c’est bel et bien cet objectif qui est visé à terme.

Remplacement

Le remplacement ou la substitution des animaux dans l’expérimentation sont « limités par la difficulté de tirer des conclusions égales à partir d’un modèle imaginé et entretenu par les chercheurs ou à partir d’un être vivant autonome ». Le dernier rapport de la Commission européenne sur la question explique la difficulté notoire de remplacer des méthodes in vivo par des méthodes in vitro, notamment pour l’étude de la toxicité des produits chimiques dans l’environnement. Si pour le moment, le remplacement total n’est pas possible, certains domaines, comme le contrôle de la qualité des produits biologiques (pharmaceutiques) ou encore l’étude de la toxicité des produits sur la peau ou l’œil, connaissent une recrudescence des méthodes substitutives. Le maintien de souches originelles du paludisme est devenu possible il y a quelques années in vitro sans recours nécessaire aux animaux.

Réduction

Les laboratoires ont tout intérêt à réduire voire à supprimer les expérimentations animales. En effet, les désavantages sont multiples : elles coûtent cher, ne sont pas éthiquement acceptables et attirent les foudres des environnementalistes et de l’opinion publique. Le progrès scientifique et technologique permet d’avancer à grands pas et de plus en plus de grandes marques ajoutent à leur argument de vente, le fameux « cruelty free » (« sans cruauté », c’est-à-dire sans test sur les animaux).

L’homogénéité génétique des animaux permet d’en diminuer considérablement le nombre sans altérer la qualité des résultats. De nouvelles technologies telles que l’imagerie permettent de chercher l’information sur les organes internes sans euthanasier l’animal.

(Organ-on-chip) © Harvard Institute 

Cette réduction risque de faire un bon en avant grâce à des modèles d’expérimentation innovants qui ne nécessitent plus l’utilisation d’animaux. Par exemple, l’organe sur puce ou organs on chip (OOC) permet de confectionner « des systèmes microscopiques capables de recevoir en culture des cellules vivantes. La puce en question est compartimentée et présente des canaux microscopiques et une pompe pour reproduire le système circulaire. ». Cette méthode permet de simuler l’activité d’un organe et de tester des médicaments ou des toxines sans toucher à un poil d’animal !

De même, un modèle 3D de l’épiderme et du derme, le Human Skin Equivalent ou HSE s’est avéré encore plus intéressant que les tests sur peau animale, « c’est en partie parce que l’échantillon d’origine dérive de la peau humaine ». Grâce au HSE, d’autres tissus ont été reproduits tels que des tissus oculaires ou intestinaux qui sont plus proches de la réalité que les tissus des rongeurs utilisés jusqu’à présent.

Dans la continuité des techniques de substitution, des dérivés du sang humain ont pu être synthétisés dans le but de réduire l’utilisation du sang des limules, créatures marines largement exploitées pour leur capacité de détection des bactéries. Usuellement, les scientifiques relâchent les limules dans l’océan alors qu’elles sont vidées à 30% de leur sang – environ un tiers n’y survivent pas.

A ce jour, il est également possible de simuler par ordinateur la toxicité des biocides sur l’organisme (réaction de l’organisme aux pesticides par exemple) même si le programme de base doit d’abord être alimenté par des données recueillies chez l’animal au préalable.

Le microdosage permet de sauter l’étape de l’expérimentation animale et de réaliser des tests directement sur l’Homme : cela permet d’éviter les complications et de réduire considérablement le nombre d’animaux utilisés pour le test des médicaments. Cependant, les doses thérapeutiques se doivent toujours d’être testées sur l’animal avant de passer en expérimentation humaine.

Amélioration des conditions

Grâce au remplacement ou à la réduction des expérimentations animales, il est crucial de penser à l’amélioration des conditions de vie en laboratoire. Les animaux de laboratoire sont soumis à de l’inconfort, du stress et de la douleur, cela doit changer. En tant qu’humains, nous nous permettons déjà d’utiliser la vie d’autres espèces pour l’amélioration de la nôtre, la plus grande décence est un minimum ! Il faut sans plus attendre aménager les hébergements, prévoir une période d’acclimatation et favoriser systématiquement un hébergement en groupe.

Sur le fil du rasoir

Le développement du concept des 3R s’accélère, notamment sous la pression de l’opinion publique et des contraintes économiques. Les investissements dans le développement des méthodes alternatives doivent être impulsés par des acteurs publics et être accompagnés d’un durcissement de la législation européenne.

Quoi qu’il en soit, l’expérimentation animale est une réalité qui dérange. De quel droit l’Homme exploite-t-il l’animal pour son propre développement sanitaire ? Ou pire pour tester la toxicité de certains produits cosmétiques ? Le temps est à la temporisation de ces procédés et à la stimulation de la recherche pour abolir ces pratiques.

La FRANCOPA (plateforme nationale pour le développement des méthodes alternatives en expérimentation animale) regroupe et sensibilise à l’avancée des méthodes alternatives en laboratoire alors que des associations tels que L214 ou Animal Testing prônent une suppression nette de la recherche dans ces conditions. La question qui se maintient dans ces cas-là est : considère-t-on qu’une vie humaine vaut plus qu’une autre vie ?

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