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Le voilier cargo Grain de Sail transporte café et chocolat à travers l’Atlantique

Importer du café et du cacao de l’autre côté de l’Atlantique en limitant au maximum l’émission de CO2. Il s’agit du défi que s’est lancé Grain de Sail, un producteur de cafés et de chocolats bio basé à Morlaix, en Bretagne. L’entreprise a mis au point un moyen de transport unique, un voilier cargo, qui effectue chaque année plusieurs transatlantiques.

Cette traversée constitue une expérience novatrice, non seulement pour Grain de Sail, mais aussi pour le secteur du transport maritime. Actuellement, les marchandises du monde entier sont acheminées sur des cargos à moteur extrêmement polluants.

En 2018, l’ensemble des bateaux en provenance et en partance de l’Europe a relâché 139 millions de tonnes de CO2. Un niveau d’émission presque aussi important que celui des Pays-Bas. 

Rapporté à la tonne acheminée, le cargo reste le moyen de transport le moins polluant. Cependant, 9 marchandises sur 10 transitent par les mers.

Le transport maritime représente entre 3 % et 4 % des émissions globales de CO2, sans compter les rejets de dioxyde de soufre et de particules fines.

C’est en 2010, que l’idée d’une alternative à cette pollution a émergé chez Grain de Sail. Ses dirigeants souhaitaient que le transport des matières premières utilisées se trouve en accord avec la logique de développement durable dans laquelle ils voulaient s’inscrire.

Produire du café et du chocolat bio ne suffisait pas, il s’agissait également d’éviter que l’acheminement des grains et du cacao depuis l’Amérique ait un impact carbone trop important.

Crédit : Grain de Sail

Plusieurs années ont été nécessaires pour mettre au point le projet, très ambitieux pour une entreprise de cette taille. Il a d’abord fallu concevoir le navire, mais aussi régler de nombreuses formalités administratives, puisque c’était la première fois qu’un voilier cargo moderne voyait le jour.

En 2018 a débuté la construction du navire. Long de 24 mètres, il peut transporter jusqu’à 50 tonnes de marchandises et accueillir un équipage de 3 à 4 personnes. Depuis le premier départ, quelque 300 tonnes de marchandises ont été transportées.

Le départ a lieu de St Malo son port d’attache où sont chargées 15 000 bouteilles de vin bio français. Après 3 à 4 semaines de voyage presque entièrement à la voile – excepté les manœuvres de port –  le navire arrive à New York. Le vin y est déchargé et livré à des cavistes et restaurateurs locaux. 

Dix jours plus tard, le voilier largue à nouveau les amarres, direction l’Amérique latine. Là, du cacao et du café vert sont embarqués, et le Grain de Sail I reprend sa route vers la Bretagne.

Crédit : Grain de Sail

Pour l’entreprise, le risque financier de cette expérience n’est pas des moindres : le coût du bateau s’élève à 2 millions d’euros. Mais celui-ci est assumé, comme l’explique Stefan Gallard, directeur marketing de Grain de Sail.

« On est convaincus qu’on peut faire du transport décarboné. Ça nécessite des réflexions et des façons de faire différentes. Nous, c’est quelque chose qu’on est prêts à assumer, et pour l’instant, les consommateurs aussi. Donc, on a un surcoût d’à peu près 10 centimes par tablette. »

Afin d’assurer le transport d’une marchandise aussi délicate que le vin, le navire comprend de nombreuses spécificités. Le vin est déposé sur des palettes et sécurisé à l’aide de sangles. La cale a été aménagée avec des coussins gonflables, destinés à éviter le déplacement de la cargaison.

Pour conserver la qualité du vin comme du cacao, contrôler la température et l’humidité était également indispensable. Les concepteurs se sont donc inspirés des techniques d’isolation de bateaux de pêche. Enfin, l’électricité est produite à bord par 2 hydrogénérateurs, 2 éoliennes et 3 parcs de panneaux solaires.

Le bateau effectue 2 boucles transatlantiques dans l’année, d’environ 3 mois chacune. Mais Grain de Sail voit déjà plus loin : le projet d’un voilier pouvant transporter 350 tonnes de marchandises a été lancé. 

Grain de Sail 2 – Crédit : L2O naval

Grain de Sail II sera un deuxième navire permettant de transporter l’entièreté du cacao et du café commercialisé par l’entreprise qui est victime de son succès. En effet, aujourd’hui seulement la moitié des matières premières destinées à la torréfaction et à la chocolaterie sont transportées à la voile faute de place.

Le navire dont la mise à l’eau est prévue pour la fin de l’année 2023 sera deux fois plus grand, ce qui permettra d’augmenter sa vitesse de croisière et donc de réaliser plus de trajets, entre 3 et 4 boucles transatlantiques par an.

La promesse qu’une réduction des impacts de l’activité humaine sur l’environnement peut être synonyme d’un avenir désirable.  Affaire à suivre…

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