Passé en toute discrétion pendant l’été, un article ajouté au Code général des impôts octroie un avantage fiscal conséquent aux ménages les plus riches : 100 000 euros par enfant de droits de donation, exonéré d’impôts ! L’observatoire des inégalités dénonce une mesure choquante dans une période de crise profonde et contradictoire avec le discours de la majorité sur « les inégalités de destin ».

Un bonus aux héritiers

Adopté début août, en pleines vacances d’été, dans le troisième projet de loi de finances rectificative pour 2020, l’article l’article 790A bis du CGI résulte d’un compromis entre députés et sénateurs sur les donations inter-générationnelles.

Concrètement, les personnes les plus riches peuvent maintenant donner 100 000 euros à l’un de leurs descendants (enfant, petit-enfant, arrière-petit-enfant ou à un neveu ou une nièce s’il n’y a pas de descendants directs) sans avoir à payer aucun impôt.

« Ce dispositif est temporaire. Il porte sur les sommes versées jusqu’au 30 juin 2021. Le donataire ne peut bénéficier du dispositif qu’une seule fois par donateur. Pour un même donateur, la somme des donations ayant bénéficié de l’exonération ne peut excéder un montant de 100 000 €. » explique ainsi un site de notaires

Officiellement, ce cadeau fiscal a été promulgué pour relancer l’économie en cette période de crise. Pour bénéficier de l’exonération, les dons doivent donc être dépensés au plus tard trois mois après le transfert et servir pour :

  • la création ou au développement d’une petite entreprise de moins de 50 salariés (via une augmentation de capital), sous réserve de respecter certaines conditions
  • le financement de travaux d’économie d’énergie dans sa résidence principale
  • la construction de son habitation principale

Mais s’il est temporaire, ce dispositif est loin d’être anodin comme l’explique l’Observatoires des inégalités. Si un seul donateur ne peut pas donner plus de 100 000€, chaque bénéficiaire peut recevoir de l’argent de différents membres de sa famille ce qui peut augmenter le cadeau fiscal très vite !

Une seule personne peut ainsi toucher, sans avoir à payer aucun impôt ou droit de succession, un total de 400 000€ grâce à ses parents et grands-parents, et encore plus si des oncles et tantes n’ont pas de descendants directs.

Une nouvelle gifle pour la France populaire

Si l’article de loi stipule bien que cette mesure est conditionnée par des clauses anti-abus visant à éviter le cumul avec d’autres avantages fiscaux (réduction d’impôt Madelin, CITE, MaPrimeRénov, etc.), ce dispositif vient s’ajouter à l’abattement de 100.000 euros déjà en place en pour les héritiers en ligne directe et à l’exonération déjà existante sur les dons familiaux pouvant aller jusqu’à 31 865€.

Une façon de s’assurer que les richesses restent bien au sein des mêmes familles pour l’Observatoire des inégalités qui dénonce une mesure choquante et incompatible avec le discours de la majorité sur la soi-disant volonté de mieux redistribuer les richesses.

« Cette mesure constitue une gifle aux catégories populaires marquées par la forte progression du chômage et de la pauvreté liée à la crise sanitaire. Ce vote souligne la duplicité du discours d’une majorité qui répète qu’elle veut réduire les « inégalités de destin », tout en permettant aux plus aisés d’accumuler encore plus, et donc de reproduire les inégalités de revenus. » écrit Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités

En plus des autres mesures précédemment citées, d’autres dispositifs fiscaux permettent ainsi aux familles les plus riches de transmettre en toute facilité plus d’un million d’euros sans avoir à payer aucun impôt sur les successions. Reste donc à savoir à qui bénéficie cette nouvelle mesure.

L’Observatoire des inégalités rappelle qu’en France, la moitié des ménages possèdent moins de 110 000 euros de patrimoines. Ce nouveau cadeau fiscal ne s’applique donc qu’à une petite partie de la population, à savoir des familles très aisées.

« Ce n’est qu’un nouvel exemple d’une politique menée depuis trois ans. Elle choque d’autant plus que notre pays traverse la plus grande récession depuis la Seconde Guerre mondiale. Des centaines de milliers de personnes perdent leur emploi et craignent pour leur avenir en raison des conséquences économiques de la pandémie de coronavirus. Les jeunes qui sortent de l’école ne savent à quelle porte frapper. Alors qu’un très grand nombre de familles sont inquiètes, comment peut-on chercher à favoriser les plus favorisés ? Cette mesure fiscale constitue une forme de violence sociale choquante, pourtant rares sont ceux qui s’en inquiètent. Elle est passée quasiment inaperçue, à part pour ceux qui vont en profiter. » déplore Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités

Les cadeaux aux riches, les réductions d’aide aux pauvres

Exemple frappant de cette politique laissant-pour-compte les moins favorisés, sur les 100 milliards d’euros prévus par le plan de relance du gouvernement, seulement 800 millions d’euros sont accordés aux populations les plus pauvres.

Ce nouveau cadeau fiscal aux plus riches est donc un indicateur supplémentaire du manque de cohérence sur la politique gouvernementale pour bâtir une France où les emplois seraient socialement justes et écologiquement cohérents.

« La seule condition du nouveau bonus est que les donataires doivent s’engager à construire leur résidence principale, à réaliser des travaux énergétiques, ou à développer (ou créer) une entreprise : il ne répond en rien aux besoins des PME en difficulté, à la nécessité de la transition écologique ou à l’ampleur des besoins dans la construction. Il s’agit tout simplement d’une niche fiscale supplémentaire déguisée qui favorise l’accumulation des richesses. » dénonce Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités

La suppression de l’ISF avait créé la polémique, et son rétablissement était devenu l’une des demandes majeures des Gilets Jaunes et d’une grande partie de la population. Malheureusement, la théorie du ruissellement a la peau dure auprès des élites politiques qui font partie des familles aisées susceptibles de bénéficier de ces dispositifs fiscaux.

A l’inverse, les aides aux classes les plus précaires sont régulièrement diminuées. En 2017, les aides au logement de 2 millions de locataires ont ainsi baissé de 5 euros par mois. Puis, les loyers des HLM ont subi un prélèvement de 800 millions € en 2018, 900 millions en 2019 et 1,3 milliard € en 2020 !

« Cerise sur le gâteau, le gouvernement a prélevé, en 2020, 500 millions € sur la trésorerie d’Action Logement et ce sera 1 milliard en 2021. Pour donner de l’argent aux actionnaires par l’intermédiaire de cadeaux fiscaux aux entreprises, Emmanuel Macron continue de prendre de l’argent dans les caisses du logement social pour alimenter le budget de l’État. » détaillent les sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot

Le 17 septembre 2020, l’une des preuves les plus flagrantes de l’ineptie de la théorie du ruissellement a été dévoilée par des travaux menés par des économistes du CNRS et de l’Observatoire Français des conjonctures économiques concernant le CICE.

Lancé en 2013, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, accordé aux grandes entreprises sans aucune contrepartie, était supposé créer un million d’emplois. Sept ans plus tard, le bilan est d’une absurdité totale : pour une dépense moyenne de 20 milliards d’euros par an, financé par une hausse des impôts, le CICE a seulement permis de créer 100 000 à 160 000 emplois entre 2013 et 2017.

Donner des avantages aux plus riches ne garantit pas un retour sur investissement bénéfique à l’ensemble de la société, surtout quand cet avantage n’est accompagné d’aucune conditionnalité ambitieuse. Une leçon visiblement manquée par le gouvernement qui permet, avec cette nouvelle exonération fiscale, d’injecter des millions d’euros dans la résidence principale de familles déjà bien logées.

« La France fait face à une situation historique. Le 13 avril dernier, en pleine crise, le président nous annonçait dans une allocution télévisée avec hauteur de vue qu’il allait se « réinventer ». On voulait le croire : la majorité avait alors l’occasion de mener des politiques prenant en compte les besoins des classes populaires et moyennes. Elle n’en a rien fait. Les mots ne sont pas juste des mots, ils ont un sens pour ceux qui les entendent, pour les millions de Français qui l’ont écouté. Ce double jeu ne passe pas inaperçu et déprécie ceux qui les profèrent. Les plus pauvres auront raison de rappeler à La République en marche ses responsabilités. » conclut Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités

« C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches. » disait Victor Hugo.

Selon une étude publiée dans la revue The Lancet Public Health, les hospitalisations pour infarctus ont diminué de 30 % entre les quatre semaines avant le confinement et les quatre semaines d’après. D’abord inquiets que cette baisse soit seulement causée par la peur des patients d’aller à l’hôpital, les chercheurs ont découvert deux causes bien plus réjouissantes : une meilleure santé grâce à la baisse du stress au travail et de la pollution.

Les maladies éclipsées par la covid

Durant le confinement, les professionnels de la santé se sont inquiétés de la baisse spectaculaire des hospitalisations pour crises cardiaques et ont alerté la population sur le risque pour les patients de négliger cette pathologie et des séquelles qui pouvaient en découler.

Quelques mois après, l’étude publiée dans la revue The Lancet Public Health vient apporter de nouvelles réponses à ce phénomène. En analysant les données de 21 centres hospitaliers, les chercheurs ont bien acté une baisse de 30% des hospitalisations (de 686 à 481 patients) pendant les quatre premières semaines, du 17 mars au 12 avril.

Une tendance vérifiée dans le reste du monde. Les données des États-Unis, d’Italie et d’Espagne ont révélé des baisses de 20% à plus de 50% des admissions à l’hôpital pour infarctus aigu du myocarde, comparant les périodes des années précédentes aux mêmes mois ou semaines en 2020.

Première raison explorée par les chercheurs : la réticence des patients ayant des des symptômes, comme des douleurs thoraciques, à se rendre à l’hôpital ou solliciter le personnel soignant déjà bien bousculé en période de pandémie. Une hypothèse partiellement confirmée en France par le fait que la baisse de crises cardiaques a été notable pour les plus de 80 ans.

Cependant, le déconfinement n’a pas entraîné une hausse des hospitalisations pour infarctus comme cela était initialement craint. Une observation réjouissante qui a conduit les chercheurs à se pencher sur d’autres phénomènes : la réduction de l’exposition à des déclencheurs de crises cardiaques. Parmi eux : le stress et de la pollution de l’air.

La baisse du stress et de la pollution en période de confinement

Si le confinement a malheureusement eu un impact négatif pour les personnes mal-logées ou en terme de séquelles psychologiques, il a aussi eu des retombées positives sur les personnes sujettes aux infarctus en réduisant la pollution de l’air et au stress lié à l’activité professionnelle.

« La pollution de l’air est un déclencheur connu d’infarctus aigu du myocarde, et une diminution de la pollution de l’air aurait pu contribuer à la diminution des hospitalisations entre les deux périodes : en effet, une réduction de 30% du dioxyde d’azote a été observée dès la première semaine après le verrouillage à Paris. » explique ainsi l’étude

Et pour cause, la pollution de l’air est responsable de 67.000 morts prématurées par an, rappelle l’Association santé environnement France (Asef), soit la troisième cause de mortalité en France après l’alcool et le tabac.

L’asef explique qu’il y 38 % de risque supplémentaire de mourir d’un accident cardiaque si l’on vit à moins de 50 mètres d’un gros axe autoroutier comparé à une population qui vit à plus de 500 mètres de cet axe.

Enfin, l’étude précise qu’une diminution de l’activité physique, avec moins d’efforts violents, et du stress professionnel consécutifs au confinement pourrait également avoir contribué à une véritable diminution du nombre d’infarctus du myocarde aigus.

Ces dernières hypothèses se vérifient notamment par le fait que la diminution du nombre d’admissions pour crise cardiaque s’est vérifiée sur l’ensemble du territoire français, et pas seulement dans les zones les plus touchées par le coronavirus. Ainsi, Marseille et Bordeaux ont également enregistré une baisse de 25% et 35% de crises cardiaques sur les périodes étudiées.

Avec la reprise des activités professionnelles et économiques, l’étude appelle donc citoyens et autorités sanitaires à rester vigilants sur la reprise potentielle des crises cardiaques afin de ne pas laisser la réticence d’aller à l’hôpital devenir le seul facteur encore valable.

Elle avait réussi à construire un eden, son rêve a viré au cauchemar lorsque des chasseurs ont commencé à l’agresser régulièrement. Obligée de fuir sa propriété après l’intrusion d’un homme armé chez elle, Nathalia se bat aujourd’hui pour en finir avec l’impunité de certains chasseurs et briser l’omerta qui règne en milieu rural. Loin d’être un cas isolé, l’Association pour la protection des animaux sauvages a décidé de recueillir les témoignages de ruraux qui subissent des violences de la part de groupes de chasseurs. Avec une demande précise : réformer le monde de la chasse pour une ruralité apaisée.

Un refuge pour la biodiversité, brisé par les chasseurs

A force de persévérance, Nathalia Covillault avait réussi à créer son petit coin de paradis en toute légalité à Forcalqueiret, son village d’origine : des chevaux, des poules, des chiens et de nombreux animaux sauvages voguant librement autour de sa caravane sur un terrain non constructible de 2000m2. Un havre de vie qui a été bouleversé par l’intrusion régulière de chasseurs, attirés par les grives et d’autres habitants comme les sangliers et les renards.

Les coups de feu réguliers traumatisent les chevaux, qui s’enfuient souvent paniqués dans les alentours. Nathalia décide alors de classer son terrain comme refuge LPO et refuge ASPAS pour y interdire la chasse et protéger les nombreux animaux qui vivent avec elle tels que les chauve-souris, les hérissons ou les hérons. Elle dispose de nombreux panneaux autour de sa propriété pour y signaler l’interdiction de chasser, en vain.

Terrain de Nathalia
Un des panneaux placés par Nathalia autour de sa propriété

« Pendant 5 ans, je me suis rapprochée des garde-chasses de ma commune pour leur faire des signalements sur les abus de certains chasseurs. Un jour, j’étais seule et c’était la guerre autour de chez moi, alors j’ai rappelé le garde-chasse qui m’a dit de filmer et de là, il y a eu cette altercation où tout a dégénéré. » raconte Nathalia avec émotion, pour La Relève et La Peste

Dans la vidéo, on sent toute la détresse dans la voix de cette amoureuse des animaux lorsqu’elle fait face aux insultes, aux coups et aux menaces des chasseurs. Le lendemain, elle dépose plainte avec l’appui d’un des trois garde-chasses qui s’était déplacé. Hélas, cet épisode marque le début d’une longue descente aux enfers.

Trois semaines plus tard, le compagnon de Nathalia, William, est pris à parti dans une bagarre avec l’un des chasseurs et le père de ce dernier. William finit en garde-à-vue. Lorsqu’elle demande des nouvelles de son compagnon, Nathalia précise alors qu’elle craint des représailles de la famille de chasseurs, en vain. Deux jours après, le père du jeune chasseur s’introduit en pleine nuit et armé d’un pistolet dans la propriété de Nathalia.

« Parce qu’on avait entendu du bruit dehors, mon compagnon a surpris ce monsieur caché dans un buisson. Quand j’ai ouvert la porte, j’ai vu mon copain qui courait et le chasseur qui le poursuivait en le visant. On s’est barricadés en attendant les secours. Aujourd’hui, je ne connais pas quelles étaient ses intentions réelles, qu’est-ce qu’il aurait tenté si j’avais été seule ? Si on ne l’avait pas surpris ? A l’approche du procès, j’aimerais connaître ses réponses. » explique Nathalia par téléphone à La Relève et La Peste

En état de choc, Nathalia et William sont pris en charge d’abord par des voisins amis. Une plainte est déposée contre l’agresseur, mais le couple se retrouve obligé de fuir le village par peur de représailles supplémentaires. Aujourd’hui, Nathalia est refugiée chez des amis à une centaine de kilomètres de chez elle.

Les chevaux de Nathalia ont pu rester avec elle et les autres animaux ont trouvé différentes familles d’accueil

Un combat pour la justice

Après une tentative de suicide et un mois d’hospitalisation, Nathalia se reconstruit peu à peu, avec le soutien de ses proches et de nombreuses personnes touchées par son histoire. Son jeune couple avec William n’aura pas résisté à cet acharnement de violence qui a mis fin à tous leurs projets de vie sur le terrain.

Malgré le traumatisme émotionnel et psychique, et une situation familiale difficile, Nathalia a décidé de médiatiser son histoire pour mettre fin à l’omerta qui règne en milieu rural et ne plus se sentir seule face à un clan de chasseurs qui ne comprend pas son mode de vie.

« Je ne me considère pas comme une anti-chasse puisque j’ai été dans le passé fiancée 8 ans à un chasseur. Je suis capable de comprendre les gens sauf quand la violence est récurrente. Quand on dit non à la chasse sur son propre terrain, c’est non. Il y en a ras-le-bol de la clémence de la justice, nous avons besoin d’une punition exemplaire. Pas un jour ne se passe sans que je ne souhaite pouvoir retourner chez moi librement. Aujourd’hui, c’est mon combat. » témoigne courageusement Nathalia pour La Relève et La Peste

Grâce à un bel élan de solidarité, Nathalia a pu récolter, sur une cagnotte en ligne nommée « On aime la vie, pas les fusils », de quoi financer une plainte en justice. Le jeune chasseur qui l’a menacé sur la vidéo a été jugé vendredi 11 septembre, au tribunal de Draguignan. Il a présenté des excuses, et a simplement écopé d’un rappel à la loi ainsi qu’une amende de 135€.

« Cette décision est scandaleuse, les condamnations sont vraiment ridicules. Il faudrait enlever aux agresseurs le permis de chasse à vie pour qu’ils n’aient plus jamais le droit de porter une arme. Même dans le cas d’homicide involontaire, les condamnations sont dérisoires par rapport à celles rendues dans le cadre d’un accident de voiture. » s’indigne Madline Rubin, Directrice de l’Aspas, auprès de La Relève et La Peste

Pour la chasse, la mort d’autrui constitue un homicide involontaire passable d’être puni de trois ans d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende. Pour un accident de voiture, cette peine peut aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende.

L’Aspas apporte un soutien moral et informatif à Nathalia dans son combat judiciaire. Face à la recrudescence des actes d’intimidations de la part des chasseurs dans le milieu rural, l’ASPAS a également décidé de récolter les témoignages de personnes se sentant mises en danger par les chasseurs avec la campagne #OSEZPARLER.

Briser l’omerta

La cohabitation entre chasseurs et habitants des zones rurales est très différente d’un endroit à l’autre de la France. Mais comme la situation dont a été victime Nathalia, certains petits groupes sans foi ni loi opèrent parfois une véritable tyrannie au sein de la population pour exercer leur loisir sans aucune contrainte.

Ainsi, dans la vidéo réalisée par l’ASPAS sur les dérives de ces chasseurs sans scrupules, on peut voir un homme recevoir une gifle alors qu’ils demandaient aux chasseurs de ne pas venir sur sa propriété classée refuge ASPAS. Il a confié avoir été mis en joue par l’un des chasseurs qui lui a collé le bout du fusil contre le torse juste avant, et l’a baissé quand la vidéo a été lancée.

« Nous avons lancé cet appel à témoignages pour rétablir les faits. Non, il n’y a pas une opposition entre chasseurs et écolo des villes. La ruralité ne veut pas dire la chasse, et l’idée c’est de donner la parole aux trop nombreuses personnes qui subissent la chasse en milieu rural, là où ont lieu les accidents de chasse. Plus nous serons nombreux à parler, moins nous aurons peur des représailles. » explique Madline Rubin, directrice de l’ASPAS, pour La Relève et La Peste

Dans le Jura, Véronique a eu la désagréable surprise de découvrir un groupe de chasseurs à l’intérieur du pré où se trouvent ses 4 chevaux. Personne ne l’avait prévenue de l’organisation d’une chasse ce jour-là. Malgré les insultes et un dialogue impossible avec les chasseurs qui ne voulaient pas répondre à ses questions, Véronique ne s’est pas laissée intimidée et a décidé de rester au milieu du pré avec ses chevaux jusqu’à ce que les hommes partent.

Sur cette photo, on voit que l’un des chasseurs s’est volontairement placé à l’endroit où les chevaux accèdent au pré depuis leur coin d’ombre.

Dans les Alpes, une personne a raconté à La Relève et La Peste comment un petit groupe de chasseurs fait régner la terreur au sein de la population, jouissant de nombreux privilèges octroyés par la municipalité comme la location à bas prix d’un terrain communal avec un lac pour y mettre une cabane où ils se regroupent régulièrement.

« Ils chassent de début septembre à fin mars, les weekends, les jours fériés et les jeudis grâce à des dérogations préfectorales. Ils se permettent de faire des battues sans qu’elles soient affichées. Tout le monde est exaspéré de leur comportement mais personne n’ose dire quoi que ce soit de peur des représailles. J’ai déjà été mise en joue alors que je ramenais mon fils de l’école ! » a confié une source dont nous gardons l’anonymat à La Relève et La Peste

Tableau des dates de chasse créé par l’ASPAS

L’appel à témoignages de l’ASPAS intervient alors que la chasse vient de rouvrir en France. Selon les départements, les pratiques de chasse et le type d’espèces chassées, c’est parfois toute l’année que la population doit subir la chasse dans la forêt, créant parfois des accidents mortels.

A peine commencée, trois accidents de chasse ont déjà eu lieu ce dimanche 20 septembre dans les Landes. En tout, quatre personnes ont été atteintes par des coups de feu, dont trois chasseurs et un conducteur de 63 ans qui a reçu une balle perdue dans l’épaule alors qu’il conduisait sur l’autoroute ! En Corrèze, une balle de fusil afini sa course dans une maison, sans blesser personne heureusement.

« Cette situation ne peut plus durer. En plus des intimidations et des menaces, il y a des accidents et des homicides involontaires chaque année, ce n’est pas normal. Il faut des jours sans chasse pendant lesquels la population ne risque rien, mais surtout il faut réformer la chasse en imposant des visites médicales obligatoires, créer un délit pour punir la chasse en état d’ivresse et en finir avec les pièges non-sélectifs dangereux pour les promeneurs et leurs animaux de compagnie. » explique Madline Rubin, directrice de l’ASPAS, pour La Relève et La Peste

Nathalia entourée de ses chevaux

De nombreux écologistes, comme le naturaliste Pierre Rigaux qui a plusieurs fois été victime d’agression, la LPO ou l’ASPAS sont régulièrement l’objet de menaces de chasseurs irrités de les voir faire leur travail de protection de la nature dans « leur » territoire. Cette situation pose donc la question cruciale du partage des campagnes et de la coexistence entre différentes sensibilités et espèces animales.

A Compiègne, une pétition a ainsi été lancée par des habitants outrés de découvrir que certaines parcelles de la forêt ont carrément été fermées au grand public pour qu’une minorité de personnes y pratiquent la chasse à courre. Si cette pratique est décriée par une grande majorité de la population, Nathalia, elle, espère surtout que le jugement de l’intrus nocturne et armé qui aura lieu le 9 octobre permettra en finir avec l’impunité de certains chasseurs.

« J’ai eu énormément de soutiens, y compris de la part de gens qui chassent et ont trouvé la situation inadmissible. Malheureusement, les chasseurs qui ne tolèrent pas ce genre d’agressions ont beaucoup de difficultés à s’exprimer localement par peur des représailles. C’est une vraie mafia d’où je viens, et dans ces cas-là il faut que la justice cesse d’être clémente pour enfin libérer la parole et condamner ces actes. » conclut Nathalia pour La Relève et La Peste

Depuis fin août, des citoyens ont monté une ZAD pour défendre 110ha de zones humides dans l’estuaire de la Loire, abritant de nombreuses espèces protégées, aujourd’hui menacés par la bétonisation pour l’agrandissement du Grand port maritime Nantes-Saint-Nazaire. Ce projet est devenu le symbole de la résistance contre la bétonisation à outrance via les sites industriels clés en main lancés par le gouvernement partout sur le territoire. Au Carnet, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent.

Une convergence des luttes

La ZAD du Carnet s’est créée à la fin d’un grand weekend de convergence des luttes fin août. Depuis, la ZAD accueille chaque weekend des visiteurs pour leur faire découvrir la faune et la flore uniques du lieu. L’occasion pour les militants de faire des ateliers d’intelligence collective sur la meilleure façon possible de préserver cette zone humide.

« Ce weekend fin août était incroyable mais la confluence des luttes s’était déjà faite avant. En 15 jours, c’est juste dingue ce qui s’est implanté grâce à tout un réseau de copaines, de collectifs, et de tous les curieux qui tombent amoureux du site lors des balades de découverte et ont envie de le défendre. » sourit Yoann, porte-parole du collectif « Stop Carnet » auprès de La Relève et La Peste

Résultat d’un atelier lors d’un weekend au Carnet
Une balade de découverte de la zone humide

Cette solidarité s’est encore manifestée lundi 14 septembre, au Forum économique de Loire-Atlantique à la chambre de commerce et d’industrie (CCI) Nantes-Saint-Nazaire, où les militants ont essayé de sensibiliser les entrepreneurs et les élus présents à l’incompatibilité de la bétonisation avec les enjeux de « zéro artificialisation nette » du territoire.

En Loire-Atlantique, deux projets destructeurs ont engagé un bras-de-fer avec les écologistes. A Donges, le Village du Peuple est un collectif qui occupe un corps de ferme depuis plusieurs mois pour empêcher la bétonisation de 50 hectares de terres humides et agricoles au profit de « nouvelles grandes unités industrielles » dont l’activité est encore méconnue.

Une hérésie quand on connaît les enjeux liés autour de l’autonomie alimentaire du pays dans un contexte de crise écologique et climatique. Pourtant, la pression des forces de l’ordre y monte en puissance. Suite à un blocage des travaux, un des habitants a ainsi été expulsé de la ferme par les autorités et doit être jugé le 12 octobre.

Au Carnet, ce sont plus de 110 hectares qui sont menacés par le projet d’agrandissement du Grand port maritime Nantes-Saint-Nazaire. Au début censés être destinés à l’accueil d’un parc « éco-technologique » permettant le développement d’énergies renouvelables, le projet n’est en fait toujours pas fixe et devrait finalement s’orienter vers des activités liées à « l’hydrogène », « les piles à combustible » ou « les éléments de la voiture non-polluantes ».

Dans ces deux projets, un facteur commun : le fait de vouloir bétonner avant-même de préciser l’usage réel qui sera fait des sites, et donc ne pas justifier des raisons pouvant prévaloir d’intérêt public majeur. Cette façon d’aménager le territoire fait partie d’une stratégie gouvernementale pour implanter des sites industriels le plus rapidement possible : les projets « clé en main ». Un aménagement territorial mettant en danger le droit environnemental selon l’association juridique Notre Affaire à Tous, spécialisé dans les recours en justice contre les projets d’aménagement écocidaires.

La zone humide abrite de nombreuses espèces

Ré-industrialiser pour … quoi ?

Interrogée par FranceInfo, Christelle Monrançais, à la fois Présidente de la Région Pays de La Loire et dirigeante du conseil de surveillance du port de Nantes Saint-Nazaire, a défendu le projet en arguant qu’on ne pouvait pas ré-industrialiser la France sans espaces pour le faire.

Là où le bât blesse, c’est que le projet industriel n’est toujours pas clairement défini sur la zone du Carnet puisqu’il a été lancé avant même l’attribution de parcelles à des entreprises.

Pour bétonner des zones naturelles, il faut que les porteurs de projet acquièrent des dérogations leur permettant la destruction d’espèces protégées. Et celle obtenue en catimini en 2017, désormais inattaquable puisque les citoyens avaient deux mois pour un recours en justice, comprend de nombreux écueils.

« On a un réel problème avec la dérogation du site du Carnet qui n’est justifiée par aucun intérêt public majeur. Normalement, il faut foncièrement qu’on ait un projet et qu’on sache ce qui l’en est. C’est tout le problème avec la stratégie d’aménagement clé-en-main qui va précéder les projets, notamment sur les dérogations espèces protégées, où les industriels n’ont qu’à s’installer sur des dalles de béton sans devoir se justifier puisque tout est déjà détruit.

 Un tel mécanisme menace les procédures environnementales et affaibli, une fois encore, le droit de l’environnement au profit de la relance économique.

C’est pourquoi Notre Affaire à Tous dépose aujourd’hui un recours pour annuler les dérogations des 66 nouveaux sites « clés en main » annoncés par le gouvernement le 20 juillet 2020. Le Carnet est un exemple particulièrement frappant des écueils des sites clés en main, c’est un projet choquant en terme de destruction de la biodiversité permise sans raison. » explique Chloé Gerbier, membre de Notre Affaire à Tous, pour La Relève et La Peste

Pour cause, l’arrêté préfectoral concernant le Carnet permet une dérogation à la loi de l’eau sur les rejets d’arsenic lors du dragage de la Loire, le remblayage de 63 ha du Migron soit la construction sur un cours d’eau et un nivellement en-dessous du niveau de la mer alors que la montée des eaux va profondément bouleverser les littoraux, et surtout l’autorisation de destruction de seulement 24 espèces quand le Carnet abrite en fait 116 animale et végétales protégées !

« Je n’avais jamais vu un écart aussi grand entre les espèces recensées et celles présentes sur le site : 92 espèces oubliées ! » s’indigne Chloé Gerbier, membre de Notre Affaire à Tous, pour La Relève et La Peste

Parmi les espèces oubliées du promoteur : le Pélodyte ponctué, une grenouille minuscule, le crapaud calamite, plusieurs espèces d’oiseaux menacés comme le moins connu phragmite aquatique. Entre l’importance de préserver la biodiversité à l’heure de la sixième extinction de masse et celle de préserver les zones humides en crise climatique qui va s’empirant, la ZAD du Carnet fait la lumière sur des choix de société majeurs.

« Au final, notre message va plus loin que le cadre du Carnet : on dénonce aussi l’hypocrisie de la transition énergétique, ou la face cachée de la mondialisation avec les grands ports : le Port de St Nazaire est le premier port où arrive le soja d’Amérique Latine qui contribue à la déforestation de l’Amazonie. Beaucoup d’enjeux de société se jouent au niveau des grands ports, comme l’entreprise Yara à Montoir qui produit 600 000 tonnes de nitrates d’ammonium par an, notamment pour fabriquer des engrais pour l’agriculture industrielle, responsable de la destruction des écosystèmes. C’est ce qu’on essaie aussi de montrer aux militants du coin : si vous voulez luttez pour le climat, la cible énorme, c’est le Grand Port maritime de St Nazaire qui devrait revoir son mode de fonctionnement. » argumente Yoann, porte-parole du collectif « Stop Carnet » auprès de La Relève et La Peste

Et la mobilisation paie, puisque les discours sont déjà en train de changer comme le détaille un article de Reporterre. Depuis toujours fervente supporter du projet d’agrandissement, Christelle Montrançais a récemment déclaré qu’elle était prête à dialoguer avec les zadistes. Le président socialiste du conseil départemental de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, aurait précisé en marge d’une conférence de presse que le projet de Grand Port n’était « pas assez précis », et qu’il souhaitait « plus de clarté ».

Quant aux associations environnementales locales qui avaient concertées pour le projet, elles ont rappelé avoir émis un « avis réservé » et qu’elles restaient opposées à « toute destruction des espaces naturels dans l’estuaire de la Loire ». Résultat, interrogé par Reporterre, Olivier Tretout, le directeur du Grand port, a dit ne pas vouloir aller au contact avec les zadistes ou passer en force, et que le projet était « de facto en pause ». Jusqu’à quand ? Cela va dépendre de l’évolution du rapport de force.

De leur côté, Notre Affaire à Tous accompagne les écologistes sur leurs leviers juridiques mais aussi les riverains qui vont déposer un recours gracieux contre l’arrêté du maire qui a fermé toutes les voies 24h/24 jusqu’au 31 décembre, « une privation de liberté ». Les zadistes, eux, comptent bien défendre jusqu’au bout de lieu de vie unique.

Dans notre nouveau manifeste, intitulé « La Charge », l’avocat David Koubbi nous invite à nous réapproprier les fondements démocratiques de notre société pour en finir avec l’impunité de nos dirigeants. David Koubbi nous invite à unir nos contestations pour nous réapproprier la loi et en finir avec une justice à deux vitesses : celle qui punit les citoyens, mais protège les élites.

L’aggravation des inégalités en France

« La Charge » est d’abord un constat, implacable, qui démontre l’aggravation des inégalités en France accentuée par la crise économique et sanitaire que nous traversons actuellement. David Koubbi rappelle aussi une promesse, celle du Président Emmanuel Macron qui avait déclaré le 27 juillet 2017 :

« La première bataille, c’est de loger tout le monde dignement. Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus. »

En Mars 2020, alors que la France entière s’est confinée à l’arrivée de la pandémie sur le territoire, qui ont été les grands laissés-pour-compte des autorités ? Les 811 000 sans-abri et les 4 millions de personnes mal-logées en France, trois ans après cette promesse.

Si la question du logement est d’une importance vitale pour la dignité humaine, elle est aussi un facteur extrêmement révélateur de la violence de la société actuelle. Alors que des centaines de milliers de personnes dorment toujours dehors, 8% des logements nationaux sont vacants et appartiennent à des banques !

Quant au budget du fonctionnement annuel de l’Elysée, il a augmenté de 3,5% en un an, pour atteindre les 110 million d’euros. Quand un sénateur s’est inquiété de cette augmentation et en a demandé la justification, aucune suite n’a été donnée à sa demande.

Mesures arbitraires pour l’aménagement du territoire, cadeaux fiscaux accordés aux banques et aux industriels, accaparement des richesses par une minorité, le réquisitoire est bien connu, et explique la légitime colère d’une population flouée par ses dirigeants supposés être au service de l’intérêt général.

La vraie révolution

Dans le Savant et le Politique, Max Weber forge le concept politique de violence légitime en définissant l’Etat comme « cette communauté humaine, qui à l’intérieur d’un territoire déterminé revendique pour elle-même et parvient à imposer le monopole de la violence physique légitime ». Mais en quoi cette violence serait-elle légitime quand elle s’abat sur ceux qui ont le moins ?

« La vraie violence se mesure à l’écart qui existe entre la promesse de campagne et le travail perceptible dans la réalité. La violence n’est pas ailleurs et elle légitime, à mes yeux, toutes les autres en retour. Aborder ce sujet signifie de le faire avec honnêteté. Que signifient ces reportages sur les casseurs, sur les black blocs, en marge du mouvement des « Gilets Jaunes » par exemple ? Se faire rebattre les oreilles avec ces débordements, traités comme des faits divers, alors qu’il faut y voir les stigmates d’une détresse, est tout bonnement lamentable. » explique ainsi David Koubbi dans notre manifeste

La répression étatique à l’encontre des manifestations des gilets jaunes a été fermement condamné par les plus hautes instances de protection des droits de l’homme qui décrient les armes de guerre utilisée par les forces de l’ordre : emploi massif de gaz lacrymo, nasses, grenades explosives GLI-F4, grenades de désencerclement et lanceurs de balles LBD40 qui ont mutilé de trop nombreux citoyens.

« La vraie révolution consiste simplement à appliquer nos textes, tels qu’ils existent. Les appliquer oui, mais les appliquer à tous, sans distinction. Y compris à nos dirigeants. Faire en sorte que le droit les frappe lorsqu’ils dévient, aussi durement qu’il nous frappe, nous citoyens, lorsque nous dévions. » plaide David Koubbi

Et comme toute révolution, elle ne doit oublier personne : les humains et les autres animaux, et doit élever la population grâce à l’apprentissage collectif et la préservation de nos libertés, à l’heure où des mesures de plus en plus liberticides nous sont imposées au nom de la lutte sanitaire.  

Unir nos contestations et attaquer

Pour y parvenir, David Koubbi nous invite à s’allier avec ceux qui partagent nos indignations, c’est à dire regarder ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous divise. De nous rappeler que pendant que nous nous écharpons sur nos différences, une classe bien organisée et soudée continue de tenir les rênes du pouvoir.

Un exemple d’actualité et très concret de cette organisation de caste est le scandale qui frappe l’actuel ministre de la justice, Éric Dupond-Moretti, qui est, en tant que garde des Sceaux, accusé d’un double conflit d’intérêts lié, d’une part, au Parquet national financier (PNF) et, d’autre part, au futur procès pour corruption de l’ancien président Nicolas Sarkozy et de son avocat Me Thierry Herzog dans l’affaire « Bismuth ».

« Nous ne voulons plus de leur pacte de place faisant que leurs amis seront jugés moins sévèrement que n’importe quel citoyen. Le fait d’unir nos contestations n’implique en rien que nous soyons d’accord sur tout le reste. Exemple : nous avons que tel homme politique manque de probité, nous savons qu’il ne fait rien, jamais, pour mettre en œuvre tel point clé de son programme. Nous pouvons unir nos désapprobations pour le prier aimablement de disparaître du paysage, car il devient urgent de le remplacer par un citoyen honnête qui aura à cœur de servir l’intérêt commun. » développe David Koubbi dans le manifeste « La Charge »

Pour cela, il faut nommer, poursuivre et juger toutes les femmes et hommes politiques qui n’appliqueraient pas la voix du peuple. David Koubbi propose de créer des vigies citoyennes là pour surveiller le déroulement de chaque dossier judiciaire impliquant des personnages « importants » de la République ou de l’économie.

Nommer Jean Castex dont une enquête embarrassante sur sa gestion des déchets a été interrompue juste après sa nomination. Nommer le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin visé par une information judiciaire pour viol. Le même Darmanin qui a interdit la distribution de nourriture aux migrants à Calais. Nommer Olivier Véran, Agnès Buzyn et Edouard Philippe pour leur gestion de la crise du Covid-19. Et tou.te.s les autres.

Si les conflits d’intérêts peuvent sembler décourageants, David Koubbi souhaite rappeler que nombre de magistrats sont toujours intègres, et qu’il s’agit désormais de leur accorder crédit et leur apporter notre aide pour poursuivre les élites corrompues et fautives. Et de conclure :

« Décidons de ne plus aller de remaniement en remaniement, pour voguer, anesthésiés, vers l’élection d’après, pour que rien ne bouge. Le seul gouvernement qui puisse fonctionner est un gouvernement au service du Peuple, dirigé par le Peuple et contrôlé par le Peuple. »

Crédit photo couv : Gabrielle Cézard / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Découvrez le détail de ce texte percutant et exhaustif dans le Manifeste « La Charge »

Dans un nouveau rapport, l’ONG Oxfam montre comment la crise sanitaire a révélé un modèle économique inégalitaire et injuste dans lequel les grandes fortunes amassent toujours plus de richesses alors qu’une grande partie de la population est plongée dans la précarité. Oxfam dénonce le fait que cette accumulation de richesses se soit réalisée sur le dos des populations travailleuses les plus pauvres, et plaide pour une réforme des entreprises permettant de mieux répartir les richesses, notamment dans le cadre des plans de relance en cours.

Une inégale répartition des richesses

Dans son rapport intulé « Covid19 : les profits de la crise », Oxfam décrit les rouages d’une économie à deux vitesses. En 2020, les bénéfices de 32 des plus grandes entreprises du monde devraient ainsi connaître une hausse spectaculaire de 109 milliards de dollars que leur bénéfice moyen réalisé au cours des quatre années précédentes.

Sont concernées : Microsoft, Intel, Apple, Walmart, UnitedHealth, Facebook, Google, BHP, Nestlé, Merck & Co, CVS Health, Amazon, Procter & Gamble, Visa, Cisco Systems, Johnson & Johnson, Home Depot, Roche, Oracle, Deutsche Telekom, Reliance Industries

Une large partie de ces bénéfices a été reversée à de riches actionnaires pour des sommes astronomiques. Les 25 milliardaires les plus riches du monde ont vu leur richesse augmenter de 255 milliards de dollars entre la mi-mars et la fin mai seulement, soit une augmentation moyenne de 10 milliards de dollars.

En France, le milliardaire français Bernard Arnault a augmenté son patrimoine de 20 milliards de dollars, soit une hausse de 26%, entre le début de la pandémie et la fin du mois de mai.

En même temps, il est estimé qu’un demi-milliard de personnes dans le monde pourraient sombrer dans la pauvreté en raison de la crise économique engendrée par la pandémie. Quelque 400 millions de personnes ont déjà perdu leur emploi, et l’Organisation internationale du Travail (OIT) estime que plus de 430 millions de petites entreprises sont en danger, prévient l’ONG

« Il est révoltant de voir qu’en pleine pandémie, certaines entreprises versent des dividendes record à de riches actionnaires alors qu’elles ont reçu de l’aide publique destinée à protéger les emplois. Des ressources pourtant rares sont versées aux personnes déjà très riches, alors que des centaines de millions de personnes souffrent des conséquences de cette pandémie. Les femmes, les minorités raciales et ethniques et les populations migrantes sont fortement touchées. » a déclaré Chema Vera, directeur général d’Oxfam International

Selon les rapports d’activités des entreprises, depuis janvier, Microsoft a versé plus de 21 milliards de dollars à ses actionnaires, et Google 15 milliards de dollars. Tout comme le japonais Toyota qui a distribué aux actionnaires plus de 200 % des bénéfices qu’il a réalisés. En Allemagne, BASF, le géant qui a racheté Monsanto, a versé lui plus de 400 % de ses bénéfices aux actionnaires pendant les six derniers mois.

Et cette tendance n’est que le prolongement d’une politique court-termiste menée par les compagnies afin de fidéliser leurs actionnaires. De nombreuses entreprises ont ainsi versé de l’argent à leurs actionnaires alors que leurs comptes étaient au rouge. Durant les 3 ans avant la crise, les trois plus grandes structures hospitalières privées d’Afrique du Sud ont versé 163% de leurs bénéfices à leurs actionnaires. Résultat, pendant la crise, elles n’avaient pas les moyens de payer des fournitures médicales à leur personnel.

En France, 23 entreprises du CAC 40 ont tout de même décidé de verser des dividendes cette année, sans prendre en compte les appels à la modération du gouvernement. Oxfam précise ainsi que le CAC 40 aura versé au moins 37 milliards de dividendes pendant la crise. Au total, le patrimoine cumulé des 500 plus grandes fortunes de France a augmenté de 3 % en 2020, battant un nouveau record malgré la crise.

Comment mieux les redistribuer

Face à cette aggravation des inégalités, et alors que le plan de relance a été posé sur la table par le gouvernement, Oxfam appelle les gouvernements à taxer les entreprises qui ont réalisé des bénéfices exceptionnels pendant la crise et à créer une nouvelle régulation permettant de mieux répartir les richesses.

« Un impôt sur les bénéfices exceptionnels réalisés pendant la pandémie COVID-19, similaire à celui pratiqué pendant la Seconde Guerre mondiale rapporterait des milliards de dollars de recettes nouvelles, nécessaires pour répondre à l’aggravation des inégalités économiques, raciales et de genre engendrée par la pandémie. Si l’on se concentre uniquement sur les 32 entreprises mondiales qui profitent le plus de la COVID-19, on estime qu’il serait possible de lever 104 milliards de dollars de fonds en 2020 pour lutter contre la pandémie. Pour mettre ce montant en perspective, il permettrait de payer les tests de dépistage de la COVID-19 et les vaccins anti- COVID-19 pour chaque habitant de la planète et de disposer de33 milliards de dollars en plus pour investir dans le renforcement d’un personnel de santé de première ligne pour le 21e siècle. » explique ainsi l’ONG dans son rapport

En effet, la philanthropie affichée des grandes entreprises n’est souvent qu’une goutte d’eau dans l’océan de largesses qu’elle pourrait prodiguer. Au niveau mondial, les travaux d’analyse d’Oxfam ont révélé que les dons des plus grandes entreprises du monde au cours de la crise de la COVID-19 équivalaient en moyenne à 0,32 % de leur résultat opérationnel pour 2019.

Pour la France, l’ONG demande au gouvernement et aux parlementaires de conditionner l’octroi de l’ensemble des crédits du plan de relance à la mise en place d’objectifs socio-écologiques pour les grandes entreprises :

  • Refuser la baisse aveugle des impôts de production.
  • Publier un plan de transformation de l’entreprise comprenant : l’empreinte carbone directe et indirecte, une trajectoire de réduction de cette empreinte carbone alignée avec les objectifs de l’Accord de Paris et un plan d’investissement permettant le respect de cette trajectoire.
  • Interdire le versement de dividendes et de bonus PDG pour le prochain exercice budgétaire (2021).
  • Ne pas faire peser le financement du plan de relance sur les plus pauvres et au contraire de mettre à contribution celles et ceux qui ont le moins pâti de la crise.

Pour enfin cesser de privatiser les profits et mutualiser les pertes, l’ONG exhorte les gouvernements du monde entier à ne pas répéter les mêmes erreurs qu’en 2008.

La saga de lutte pour la biodiversité qui n’en finit plus ! En septembre 2019, l’Etat français avait provoqué les foudres des écologistes en autorisant l’abattage de 18 000 tourterelles des bois, une espèce menacée d’extinction. 10 mois plus tard, rebelote, le « nouveau » gouvernement autorise la chasse de… 17 460 tourterelles des bois dès la rentrée de septembre. Et ce, alors que la Commission Européenne l’a interdit début juillet et que 77% des citoyens répondant à la consultation étaient contre ! Finalement, le Conseil d’Etat a tranché ce 10 septembre : la chasse aux tourterelles des bois, c’est non ! Une victoire pour la biodiversité !

Une fois oui, une fois non

Vendredi 30 août 2019, la Ministre de la transition écologique et solidaire Elisabeth Borne avait signé un arrêté autorisant l’abattage de 18 000 tourterelles des bois, une espèce menacée au niveau mondial et placée sur la liste rouge de l’UICN. Ce quota avait été présenté par le gouvernement comme une avancée dans la « gestion adaptative » de l’espèce, dont plus de 90 000 individus étaient chassés l’an dernier.

Le 22 juillet 2020, la nouvelle Ministre Barbara Pompili continue sur la lancée de ses prédécesseurs en lançant une consultation publique qui autorise la chasse de 17 460 tourterelles, tout en se félicitant d’avoir réduit leur nombre par rapport à l’an passé.

Le 27 août 2020, le gouvernement français rend finalement sa décision à travers un arrêté publié au Journal Officiel : les chasseurs sont bien autorisés à un prélèvement maximal de 17 460 tourterelles des bois !

Le 11 septembre, suite aux recours de la LPO et One Voice, le Conseil d’État a finalement décidé de suspendre l’arrêté pris par la Ministre de la Transition Ecologique autorisant la chasse de 17 460 tourterelles des bois.

« Comment l’État pouvait-il exposer les tourterelles des bois, au bord de l’extinction, aux chasseurs qui, rappelons-le, les tuent pour leur récréation ? Les données fournies ne sont pas fiables, nous l’avons démontré. La chasse – ce passe-temps – ne fait qu’aggraver une situation très préoccupante pour ces oiseaux qui appartiennent au patrimoine commun de l’humanité. Au-delà des mentalités, il est grand temps de faire évoluer les actes ! Aujourd’hui, le Conseil d’État nous a donné raison, c’est un immense soulagement. » a réagi Muriel Arnal, présidente fondatrice de One Voice

Cette décision intervient alors que la Commission Européenne a expressément interdit à la France de continuer la chasse aux oiseaux protégés, et en premier lieu la Tourterelle des bois !

« Le juge des référés du Conseil d’État suspend aujourd’hui l’autorisation de la chasse de la tourterelle des bois pour la saison 2020-2021. Il note en effet que l’espèce a diminué de près de 80% en 15 ans, que les experts recommandent l’interdiction de la chasse de cet oiseau sauvage et que le Gouvernement n’a pas apporté d’élément permettant de justifier son autorisation. »

Tourterelle des bois – Crédit photo : NEVEU P/HorizonFeatures/Leemage

Une espèce en voie d’extinction

La population de la tourterelle des bois a chuté de 80% en Europe ces 40 dernières années. Face à cette situation critique, un comité scientifique mandaté par le gouvernement avait préconisé de ne plus chasser le volatile du tout. Et d’écrire dans ses conclusions : « même dans cette configuration restrictive, la probabilité que le déclin de la population se poursuive reste élevée (43%). »

Le quota de chasse et son suivi avaient donc fait polémique. La LPO dénonce notamment le fait qu’en 2019, les chasseurs n’ont pas déclaré toutes leurs prises et personne n’est en mesure de dire si le quota a été respecté ou non faute de contrôles suffisants. Le recours de la LPO contre cet arrêté ministériel du 30 août 2019 n’a toujours pas été examiné sur le fond.

« Les seules 4000 tourterelles déclarées tuées l’an dernier montrent que l’outil ChassAdapt n’est pas opérationnel et ne représente que les prises déclarées loin de la réalité du tableau de chasse effectif. Ainsi, ce 10 septembre, près de 7000 tourterelles tirées étaient déjà enregistrées sur l’application mobile des chasseurs. Qu’en est-il du tableau de chasse en réalité ? » a réagi la LPO

Un constat partagé par le Conseil d’Etat qui a observé que le quota de prélèvements fixés par l’arrêté, en très légère diminution par rapport à l’année précédente, avait été uniquement déterminé au regard du  constat d’une baisse tendancielle de la population européenne sur les décennies passées.

Or, selon le juge des référés, un tel constat aurait dû conduire le gouvernement à interdire la chasse à la tourterelle des bois, et non à réduire proportionnellement le quota maximal de prélèvements. D’où sa décision de suspendre la chasse.

One Voice rappelle également que le jour de l’audience, nous apprenions que 68% des vertébrés avaient été massacrés par les activités humaines en moins de 50 ans… Chasser une espèce menacée alors que la sixième extinction de masse est une menace directe pour la pérennité des conditions de vie sur Terre est donc un non-sens.

Malheureusement, entre le 27 août et le 11 septembre, près de 7 000 tourterelles ont déjà été massacrées dans ce laps de temps.

Pour la LPO, l’arrêté du 27 août était un grave manquement aux engagements que le Président Emmanuel Macron avait pris lors de la campagne présidentielle. Il avait ainsi promis à l’ONG de retirer de la liste des espèces chassables, celles en mauvais état de conservation.

Face aux errements du gouvernement sur la préservation de la biodiversité, les deux associations de protection de l’environnement, la LPO et One Voice, vont donc continuer leur combat.

« Le combat pour les oiseaux continue. Que les préfets et ministres se le disent avant de publier de nouveaux arrêtés concernant la chasse quelle qu’elle soit, au tir, à la glu ou la vénerie : nous serons là. À tel point que nous serons d’ailleurs de retour au Conseil d’Etat pour l’audience contre les chasses traditionnelles (six arrêtés sur le piégeage des oiseaux) le 16 septembre 2020 à 10h. » a réagi One Voice

Image à la une : Leemage via AFP

Comme tous les deux ans, la société Zoologique de Londres et WWF nous dévoilent les résultats de l’indice Planète Vivante, et le constat est de pire en pire. Entre 1970 et 2016, les activités humaines ont provoqué la mort de 68% des vertébrés – poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles – partout dans le monde. Ce chiffre était de 60% en 2018, de 58% en 2016 et de 52% en 2014. Une nette dégradation qui pointe de façon aigue l’immobilisme écocidaire de nos sociétés actuelles.

Une année de plus à compter les morts

S’il restait encore quelques personnes qui doutent de la gravité de la sixième extinction de masse et de notre responsabilité, le rapport (ironiquement) appelé Planète Vivante 2020 est là pour remettre les choses au clair : les activités humaines sont les principales responsables du déclin moyen de 68% des populations de vertébrés en moins d’un demi-siècle. 

« Déclin », un mot subtil qui pourrait faire penser à une fleur qui fane, si la réalité n’était pas aussi tragique. Des sols aux forêts jusqu’aux abysses des océans, pas une seule autre espèce animale n’est à l’abri de l’humain. Des plus emblématiques comme les gorilles de République démocratique du Congo ou encore les tortues luth de Guyane, aux plus discrètes comme les insectes, « ces petites choses qui font tourner le monde », le constat est le même.

« La nature décline à un rythme sans précédent. La façon dont nous produisons et consommons la nourriture et l’énergie, ainsi que le mépris flagrant de l’environnement inscrit dans notre modèle économique actuel, ont poussé les écosystèmes au-delà de leurs limites. » écrit Marco Lambertini, Directeur général du WWF International

La situation est particulièrement préoccupante dans les sous-régions tropicales des Amériques, qui connaît le déclin d’espèces le plus important jamais observé dans une région : -94% ! à cause de la conversion des prairies, des savanes, des forêts et des zones humides, la surexploitation des espèces, le changement climatique et l’introduction d’espèces exotiques. 

Egalement, la biodiversité d’eau douce meurt beaucoup plus rapidement que celle des océans ou des forêts, notamment en Amérique latine et dans les Caraïbes. La mégafaune y est la plus vulnérable comme l’esturgeon et le poisson-chat géant du Mékong, les dauphins de rivière, les loutres, les castors et les hippopotames.

« Sur la base des données disponibles, nous savons que près de 90 % des zones humides mondiales ont été détruites depuis 1700, et une cartographie mondiale a récemment révélé que des millions de kilomètres de rivières ont été modifiés par l’homme. » précise le rapport.

Avec les territoires d’Outre-Mer, la France abrite de nombreuses espèces animales et végétales dont certaines en danger d’extinction comme l’anguille européenne, le macareux moine, le coucou commun, la tortue luth en Guyane ou le moineau domestique.

Le pays a donc un rôle tout particulier à jouer pour empêcher l’extinction totale de la biodiversité. Et le temps presse, le rapport de l’IPBES montrait ainsi que nous détruisons la vie sur Terre à un rythme sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

Crédit : Anna Wangler

Pour respecter la biodiversité, respecter les peuples

Mais la responsabilité des Etats est loin de se limiter à leurs seules frontières, comme le précise le rapport. En effet, la production et consommation de biens et services des pays les plus riches a été possible grâce à la colonisation et à l’exploitation de ressources des territoires les plus pauvres.

Le rôle de l’Occident est désormais bien connu dans l’étalement agricole qui détruit les forêts primaires d’Amazonie pour la production d’huile de palme et de soja à destination des marchés européens. Ces échanges commerciaux délétères sont permis par les fameux traités de libre-échange qui mettent en danger les agriculteurs et la souveraineté alimentaire des pays importateurs, en plus des écosystèmes des pays producteurs.

« Le temps des seuls intérêts nationaux est révolu, l’internationalisme doit être notre approche et, ce faisant, aboutir à une plus grande égalité entre ce que les nations prennent au monde et ce qu’elles redonnent. Les nations les plus riches en ont pris beaucoup et le moment est venu de donner. » explique ainsi Sir David Attenborough pour TheGuardian

Et ce besoin de justice sociale et environnementale se traduit au sein-même des pays, à l’image des militants anti-chlordécone dans les Antilles françaises qui maintiennent leur combat malgré la répression judiciaire et policière qu’ils subissent.

La présence de l’humain sur Terre est telle qu’une poignée de pays seulement – la Russie, le Canada, le Brésil et l’Australie – hébergent la plupart des endroits sans empreinte humaine, les dernières zones terrestres sauvages de notre planète. Une ère désormais désignée sous le nom d’Anthropocène ou de Capitalocène, selon les différents mouvements de pensée.

« Depuis la révolution industrielle, les activités humaines n’ont de cesse de détruire ou dégrader les forêts, les prairies, les zones humides et autres écosystèmes vitaux, menaçant ainsi notre propre bien-être. Soixante-quinze pour cent de la surface terrestre libre de glace a déjà été considérablement altérée, la plupart des océans sont pollués et les zones humides ont perdu plus de 85 % de leur superficie. » explique le rapport

Planète Vivante 2020 liste ainsi les activités humaines responsables du carnage, par ordre de leurs impacts : la perte et la dégradation des habitats, la surexploitation des ressources (notamment la pêche, mais aussi la chasse, le braconnage), la pollution, les espèces invasives et les maladies.

Tout au long du rapport, WWF nous rappelle à quel point la santé des écosystèmes peut affecter la prospérité économique et la santé humaine, notamment en cette période de pandémie qui touche aussi les pays les plus riches de façon à ce qu’ils se sentent enfin concernés, une fois n’est pas coutume, par les conséquences de la surexploitation des ressources et de l’étalement humain.

« La biodiversité joue un rôle primordial en nous procurant nourriture, fibres, eau, énergie, médicaments et autres matériels génétiques. Elle est aussi essentielle à la régulation de notre climat, de la qualité de l’eau, de la pollution, des services de pollinisation, de la lutte contre les inondations et les tempêtes. En outre, la nature sous-tend tous les aspects de la santé humaine en contribuant aussi à des besoins immatériels – comme l’inspiration et l’éducation, le développement physique et psychologique, et la construction de nos identités – qui sont indispensables à la qualité de vie et à l’intégrité culturelle. » énumère le rapport

Crédit : Ray Hennessy

Ce qu’il nous reste à faire

La biodiversité n’est pas seulement la somme des êtres vivants, animaux ou végétaux, qui composent un écosystème, mais aussi les relations entre ces différentes espèces. Ces dynamiques sont l’objet de recherches passionnantes qui devraient nous rappeler l’humilité dont l’humain doit faire preuve dans la compréhension d’un écosystème, pour enfin cesser de se considérer comme un gestionnaire de la Nature (attitude qui nous conduit tout droit à notre perte au rythme actuel) mais bien comme une partie intégrante de la Nature.

« La biodiversité n’a jamais eu besoin que nous élaguions, coupions, tondions, tirions sur les animaux, mettions des clôtures… La nature n’a jamais eu besoin des humains. En revanche, les humains ont cruellement besoin d’écosystèmes en bonne santé pour survivre. La nature reprend ses droits lorsqu’on la laisse tranquille et qu’on lui donne un peu de temps. En atteste le retour du loup en France (disparu en 1939), du lynx (disparu en 1970), ou encore l’augmentation des populations de baleines à bosse quasiment éteintes au début des années 1980 et proches de 90 000 individus aujourd’hui… Mais encore faut-il au préalable préserver ces espèces de la disparition complète. » écrit Jean-Marc Gancille dans son livre Carnage

Pour être pérennes, la création de réserves naturelles ou de vie sauvage doit être pensé en respect des populations autochtones qui y vivent et en sont souvent les meilleurs gardiens.

Le WWF, auteur du rapport, est d’ailleurs l’un des premiers organismes à avoir un sérieux travail de fond à effectuer suite aux révélations du site d’information américain Buzzfeed qui avait délivré en 2019 une enquête accablante sur les tortures commises par les unités de lutte contre le braconnage mandatées par le Fonds mondial pour la nature (WWF).

En 2018, le rapport Planète Vivante expliquait que nous avions « deux ans pour agir » et inverser la tendance. Et si depuis le nombre d’espèces représentées a augmenté dans le rapport, « ce dont il faut tenir compte lorsqu’on compare les éditions les unes aux autres », la situation est loin d’être réjouissante malgré quelques victoires écologiques.

Deux ans plus tard, l’Amazonie n’a jamais autant brûlé, les vagues de chaleur se multiplient, créant des méga-feux de la Sibérie à la Californie, et les projets destructeurs continuent de voir le jour malgré les engagements « zéro artificialisation nette » du territoire pris par le gouvernement.

Crédit : Stephanie LeBlanc

A l’inverse des cinq extinctions de masse précédentes, le principal responsable du désastre dispose cette fois-ci d’une pléthore de rapports, d’experts et de citoyens engagés pour agir à la hauteur des enjeux.

Cette année encore, un espoir ténu est permis : il n’est toujours pas trop tard pour enrayer l’effondrement dramatique de la biodiversité et même l’inverser d’ici 2050.

En s’appuyant sur les travaux d’une étude scientifique parue dans la revue Nature, le rapport Planète Vivante 2020 en présente les résultats. Les sociétés doivent mettre en œuvre dès maintenant une action combinée autour de trois leviers : 

  • le renforcement des efforts de conservation
  • la transformation de notre modèle agricole industriel vers l’agroécologie et la lutte contre le gaspillage alimentaire
  • la réduction de 50% de la consommation de protéines animales

On voit dans ces trois mesures à quel point l’alimentation occupe une place primordiale pour enrayer le déclin de la biodiversité. Pour cause : depuis quelques décennies, le changement d’utilisation des terres, principalement la conversion d’habitats vierges en systèmes agricoles, constitue la cause directe la plus importante de perte de biodiversité terrestre, tandis que la surexploitation des océans est un désastre écologique.

Or, le temps presse. Car une biodiversité florissante sera la seule à-même de nous aider face à un autre péril écologique : la crise climatique. Le rapport prévient de plus que si à l’échelle mondiale le changement climatique n’a pas été jusqu’ici la principale cause de perte de biodiversité, il pourrait devenir plus important que les autres facteurs au cours des prochaines décennies.

« Un cinquième des espèces sauvages sont menacées d’extinction au cours du siècle en raison du seul changement climatique. Même avec des efforts d’atténuation importants, on anticipe des taux de perte parmi les plus élevés dans les « points chauds » de biodiversité. »

Quand les institutions prennent des décisions fortes, la régénération de la nature est possible, comme le prouve les étangs et marais des Salins de Camargue, où des travaux ont permis à la nature de reprendre ses droits. Mais ce nouveau rapport au monde doit s’accompagner d’une critique lucide et objective de notre modèle économique actuel.

« Contrairement aux modèles standard de croissance économique et de développement, nous placer nous-mêmes et nos économies au cœur de la nature nous aide à accepter que notre prospérité soit en fin de compte limitée par celle de notre planète. Cette nouvelle grammaire doit diffuser partout, des salles de classe aux salles de conférences, et des conseils locaux aux services gouvernementaux nationaux. Cela modifie en profondeur ce que nous entendons par croissance économique soutenable, et aide nos dirigeants à prendre de meilleures décisions qui nous assurent, ainsi qu’aux générations futures, des vies plus saines, plus vertes et plus heureuses que de plus en plus d’entre nous disent aspirer à. » conclut le rapport

Alors que les médias égrènent le nombre de cas et de décès liés au coronavirus quotidiennement, un rapport de l’Agence européenne de l’environnement (AEE) vient remettre les choses en perspective. En 2012, 13% des morts ont été directement causés par la pollution dans l’Union Européenne, soit un total de 630 000 décès. Le covid-19, lui, a causé la mort de 183 306 ressortissants européens à ce jour. Et les décès liés au coronavirus pourraient bien s’ajouter à la prochaine étude de ce genre. En effet, l’AEE rappelle que la pandémie COVID-19 est un exemple frappant des liens inextricables entre la santé humaine et la santé des écosystèmes dont il est grand temps de prendre soin.

Les multiples pollutions qui nous empoisonnent

Si les gouvernements des pays européens étaient si soucieux de la santé de leur population, ils feraient mieux de s’attaquer sérieusement à la pollution atmosphérique et sonore, aux causes du changement climatique et à l’omniprésence de produits chimiques dangereux dans nos sociétés.

Voilà ce que nous dit en substance l’Agence européenne de l’environnement dans un rapport justement intitulé« Un environnement sain, une vie saine : comment l’environnement influe sur la santé et le bien-être en Europe. » Il s’appuie largement sur les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et met en avant la manière dont la qualité de l’environnement en Europe a une incidence majeure sur notre santé et notre bien-être, les personnes les plus précaires étant encore une fois les plus sévèrement touchées.  

Parmi les pollutions déplorées dans le rapport, la pollution atmosphérique demeure la principale menace environnementale avec plus de 400000décès dus à la pollution atmosphérique chaque année au sein de l’UE. Vient ensuite la pollution sonore qui cause 12 000 décès prématurés et contribue à 48 000 nouveaux cas de cardiopathie ischémique chaque année.

Les effets du changement climatique sur la santé, eux, sont complexes et comprennent les dangers immédiats d’événements météorologiques extrêmes, dont certains particulièrement meurtriers comme les vagues de chaleur.

Mais ils entraînent aussi des menaces systémiques sur nos infrastructures ou notre production alimentaire. Le rapport cite ainsi en exemple la perte de biodiversité qui a des impacts indirects graves comme la réduction de la productivité agricole et la perte de plantes pouvant nous soigner.

D’autres pollutions, moins bien connues, sont également prises en compte dans le rapport telles que l’exposition aux produits chimiques, responsable d’un « large éventail de maladies chroniques » et d’autres effets sanitaires encore trop méconnus et tout aussi dangereux selon l’AEE. Le rapport pointe le manque de recherche sur les risques sanitaires liés à la synergie entre l’exposition aux produits chimiques dangereux et celle aux perturbateurs endocriniens.

Dans la même veine, l’AEE déplore que la multiplication des ondes électromagnétiques soit un danger sanitaire sous-estimé alors qu’elles provoquent des symptômes bien connus tels que la stimulation nerveuse et sensorielle des organes et l’échauffement des tissus. L’AEE s’inquiète de leurs effets à long-terme pour l’ensemble de la population, notamment avec le déploiement de la 5G sur le territoire sans étude sanitaire sérieuse.

Si le rapport souligne tout de même une bonne qualité générale de l’eau (à la fois de baignade et d’eau potable), il pointe cependant les rejets d’antibiotiques dont le rejet dans les eaux usées provoque des infections causées par des bactéries plus résistantes qui causent 25 000 décès dans l’UE chaque année.

Toutes ces pollutions environnementales entraînent une flopée de maladies comme des cancers, maladies cardiaques, AVC, maladies respiratoires et troubles neurologiques qui détériorent la qualité de vie des personnes atteintes et leur ont réduit plus de 20 millions d’années de vie en 2012, un chiffre si vertigineux qu’il en est difficilement appréhendable !

Les villes, un environnement particulièrement pollué

Malheureusement, la plupart des gens sont exposés à plusieurs pollution environnementales qui se combinent et, dans certains cas, agissent en synergie : comme la pollution de l’air et des températures élevées qui entraînent une hausse de la morbidité et de la mortalité lorsqu’elles sont associées.

Le rapport pointe notamment à quel point un milieu urbain peut être l’environnement délétère par excellence à cause de la surreprésentation des risques. Les habitants des villes sont plus exposés à la pollution de l’air, au bruit et aux produits chimiques tout en ayant moins d’accès aux espaces verts que les personnes vivant en milieu rural.

Une récente étude, parue dans Nature Communications, vient ainsi de dévoiler que les chaussées urbaines et l’asphalte sont responsables d’une pollution aux particules fines largement sous-estimée. Les chercheurs ont découvert que lorsque l’asphalte est exposé à des conditions estivales chaudes, il entraîne une augmentation de 300% des émissions d’aérosols organiques secondaires (SOA), un polluant atmosphérique !

La bétonisation à-tout-va crée aussi les parfaites conditions pour la multiplication des vagues de chaleurs en milieu urbain. Selon les scénarios actuels de réchauffement climatique, il pourrait y avoir plus de 130 000 décès supplémentaires dus aux vagues de chaleur par an.

L’AEE exhorte donc les responsables territoriaux à aménager le plus possible des espaces verts et bleus (conçus autour de l’eau) en milieu urbain qui auraient des conséquences bénéfiques pour la santé, la société et l’environnement. Concrètement, il faudrait alors que la tendance à la bétonisation à outrance soit radicalement inversée pour lancer une vaste opération de re-végétalisation et re-naturation des espaces urbains.

Parmi les projets possibles, une initiative grenobloise : le projet « Libre Cour » qui veut débitumiser, végétaliser et dégenrer les cours d’école. A l’école Clémenceau, ce sont 5000 mètres carrés de bitumes qui vont être complètement transformés pour accueillir 26 arbres et un potager, mais aussi un point « calme ».

Une initiative heureuse car ainsi que l’explique l’AEE : l’exposition aux espaces verts à l’école et autour de la maison favorise un développement physique, émotionnel et cognitif sain chez les enfants, garantissant des bienfaits pour la santé pour leur vie future.

Mais cette dichotomie ville/campagne ne doit pas faire oublier les nombreuses pollutions qui existent en milieu rural, notamment l’épandage de pesticides près des habitations, ou les rejets d’usines polluantes. A la ville ou à la campagne, les classes sociales les plus concernées par ces pollutions sont les plus pauvres, ce que le rapport décrit comme des injustices environnementales.

Crédit : Robert Collins

Les populations les plus précaires sont les plus touchées

Les communautés socialement défavorisées doivent généralement faire face à un triple fardeau : pauvreté, environnement de mauvaise qualité et mauvaise santé. Les communautés les plus pauvres sont souvent exposées à des niveaux de pollution et de bruit plus élevés ainsi qu’à des températures élevées, tandis que leurs conditions sanitaires préexistantes augmentent leur vulnérabilité aux risques écologiques pour la santé.

« Les personnes les plus pauvres sont exposées de manière disproportionnée à la pollution et aux conditions météorologiques extrêmes, y compris les vagues de chaleur et le froid extrême. Cela est lié à l’endroit où ils vivent, travaillent et vont à l’école, souvent dans des zones socialement défavorisées et des quartiers en périphérie des grands axes de circulation. » note le rapport.

Et ces injustices environnementales se vérifient aussi bien au sein des Etats membres que d’un pays à l’autre. Ainsi, la charge que représentent la pollution et le changement climatique varie au sein de l’Europe, avec de nettes différences entre les pays de l’est et de l’ouest de l’Europe.

Si la proportion la plus élevée des décès nationaux imputables à l’environnement a été enregistrée en Bosnie-Herzégovine (27 %), la plus faible a été relevée en Islande et en Norvège (9 %).

De la même façon, le statut socio-économique peut être un facteur de certains comportements mauvais pour la santé. Les groupes socio-économiques plus faibles étant plus susceptibles d’avoir une alimentation plus pauvre, d’être en surpoids, de moins faire de l’exercice et de fumer. En plus d’avoir un impact sur la santé, ces comportements rendent les gens plus sensibles aux facteurs de risque environnementaux.

« Parce que la destruction à grande échelle de notre planète a commencé par la colonisation et l’extension des capacités productives de l’Europe occidentale, l’exploitation de terres et de peuples asservis, voire exterminés. Parce qu’à ces dominations sociale, raciale et environnementale, qui se répandent au niveau planétaire, se superposent aussitôt des injustices locales. Très vite dans notre société productiviste, les violences environnementales (déchets toxiques, pollutions diverses, exclusion par l’urbanisme de populations entières d’espaces naturels) s’imposent et viennent se greffer sur les violences sociales, et les amplifier. Partout, des côtes du Bangladesh aux bassins miniers français, les plus précaires sont les plus exposés. » expliquent ainsi Marie Toussaint et Priscillia Ludoski dans leur livre « Ensemble nous demandons justice »

Pour l’AEE, des mesures générales visant à prévenir et à réduire la répartition inégale des risques environnementaux doivent être accompagnées de mesures plus ciblées afin d’améliorer les conditions environnementales des plus vulnérables en Europe, notamment avec la pandémie actuelle de covid-19 qui a frappé plus durement les populations précaires de tous les Etats membres.

Vue aérienne prise le 24 juillet 2003 d’une mine d’or près de Cayenne. (Photo by JACK GUEZ / AFP)

Le coronavirus, une maladie supplémentaire causée par l’impact de l’humain sur son environnement

Selon l’AEE, la pandémie COVID-19 fournit ainsi un exemple frappant des liens inextricables entre la santé humaine et la santé des écosystèmes. Il pour l’instant admis que cette nouvelle maladie serait apparue parmi les populations de chauves-souris en Asie, voyageant d’une espèce à l’autre pour finir par infecter les humains sur un marché de fruits de mer et d’animaux.

L’émergence de telles zoonoses est causée par la dégradation de l’environnement et des interactions humaines avec les animaux dans le système alimentaire. Pour l’AEE, la gravité de la pandémie de COVID-19 devrait donc renouveler les efforts pour s’attaquer aux facteurs de maladies infectieuses émergentes, en particulier la structure du système alimentaire et la demande de protéines animales.

« Il existe un lien évident entre l’état de l’environnement et la santé de notre population. Chacun doit comprendre qu’en prenant soin de notre planète, nous ne sauvons pas seulement les écosystèmes, mais aussi des vies, et plus particulièrement celles des plus vulnérables. » a déclaré Virginijus Sinkevičius, commissaire à l’environnement, aux océans et à la pêche.

Dans leur récent rapport, le Programme des Nations Unies pour l’environnement et l’Institut international de recherche sur l’élevage (2020) identifient sept principaux facteurs anthropiques de l’émergence des zoonoses, notamment :

  • Une demande accrue de protéines animales
  • Intensification agricole non durable
  • Utilisation et exploitation accrues de la faune
  • Utilisation non durable des ressources naturelles accélérée par l’urbanisation, le changement d’affectation des terres et les industries extractives
  • Voyage et transport
  • Changements dans les chaînes d’approvisionnement alimentaire
  • Changement climatique.

L’AEE dénonce aussi comment l’activité humaine continue de nuire à l’environnement européen :

« À moins que nous n’apportions des changements fondamentaux aux principaux systèmes sociétaux qui entraînent des pressions environnementales et climatiques, les perspectives de notre société ne sont pas positives. »

Ces systèmes clés comprennent nos systèmes d’alimentation, d’énergie, de mobilité et de production, ainsi que nos modes de consommation et nos modes de vie. Compte tenu des liens inhérents au comportement humain et aux modes de consommation, l’AEE explique que les nouvelles initiatives de science citoyenne fournissent un moyen utile de recueillir des données, d’impliquer le public et d’accroître la sensibilisation et l’action au niveau local et individuel.

S’il en fallait un de plus, ce rapport nous rappelle de façon criante l’importance primordiale de prendre soin du vivant et créer une civilisation régénératrice, pour sortir enfin d’un modèle de société écocidaire.

La veille de la présentation du plan de relance de la France, qui se veut plus verte, un article du Monde lance la polémique. L’Etat français s’apprête à financer via Bpifrance un gigantesque projet industriel gazier dans l’Arctique russe, porté par Total et le groupe russe Novatek. Les ONG dénoncent une incohérence du gouvernement qui promettait un plan de relance « vert », et alertent également sur l’impact de cette industrie dans une région du monde déjà bien trop fragilisée par la crise climatique. Pour cause, les industriels profitent de la fonte des glaces en Arctique pour ouvrir une nouvelle route maritime en prévoyant déjà de multiplier les infrastructures sur place.

La fonte des glaces comme moyen de développement industriel

Avec la fonte des glaces, l’Arctique russe est devenu un « eldorado gazier » de plus en plus accessible qui aiguise les appétits des industriels. En 2017, l’un des plus grands projets de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde, Yamal LNG, avait ainsi vu le jour dans le cercle polaire, avec des réserves de plus de 5 milliards de barils équivalent-pétrole.

Forts de ce premier méga-projet, le français Total et le russe Novatek ont décidé d’agrandir leur production en créant un deuxième site juste en face du méga terminal Yamal au nord de la Sibérie : Arctic LNG 2. Ce site industriel aura une capacité de production de 19,8 millions de tonnes par an (Mtpa) et le premier cargo de GNL d’Arctic LNG 2 est attendu pour 2023. Les deuxième et troisième trains démarreront respectivement en 2024 et 2026.

« D’une capacité de production de 19,8 millions de tonnes par an (Mt/a), soit 535 000 barils équivalent pétrole par jour (bep/j), Arctic LNG 2 permettra de valoriser plus de 7 milliards de bep de ressources d’hydrocarbures du gisement onshore de gaz à condensats d’Utrenneye. Le projet prévoit l’installation de trois plates-formes gravitaires (Gravity-based structures) dans l’Ob Bay qui accueilleront les trois trains de liquéfaction d’une capacité de 6,6 Mt/an chacun. » explique Total dans un communiqué

L’endroit est stratégique : comme pour Yamal LNG, le transport de la production d’Arctic LNG 2 vers les marchés internationaux sera assuré par une flotte de méthaniers brise-glace qui empruntera la route du Nord pour les cargaisons à destination de l’Asie, et le terminal de transbordement proche de Mourmansk pour les cargaisons destinées à l’Europe.

En clair : les industriels profitent de la fonte du pergélisol pour développer leur activité.

En effet, cette région du monde est déjà rudement impactée par la crise climatique. On peut y trouver des cratères créés par des explosions de méthane causées par la fonte du pergélisol qui relâche des gaz participant au réchauffement climatique, et des bactéries endormies comme l’anthrax qui a contaminé des milliers de rennes en 2016 mais aussi provoqué l’hospitalisation de dizaines de personnes et la mort d’un enfant de 12 ans.

Cette instabilité climatique met directement en danger les populations autchotones, notamment les Nenets, et les espèces végétales et animales endémiques de la région.

Le développement de l’activité gazière va non seulement y aggraver l’importance du dérèglement climatique, mais va aussi fragiliser encore plus le pergélisol et la banquise à grands coups de méthaniers brise-glace qui vont se frayer un chemin jusqu’en Asie.

Christophe de Margery, le méthanier brise-glace du site de Yamal

Un projet imaginé avec l’aval du gouvernement français

Révélée par Le Monde, la très probable participation financière de l’Etat français a déclenché les foudres des associations écologistes. D’un coût total de 17,6 milliards d’euros, Arctic LNG 2 pourrait bénéficier d’une aide de l’Etat Français sous forme de garanties à l’export, dans lesquels l’Etat se porte garant de prêts auprès des banques pour les entreprises françaises, par le biais de la banque publique d’investissement Bpifrance.

Pour l’heure, le dossier est en cours à Bercy. Et si l’on ne sait pas encore quand la décision officielle d’octroyer (ou non) une garantie au projet sera annoncée, l’affaire semble déjà bien engagée ainsi que l’explique Les Amis de la Terre :

« Malgré les engagements internationaux du Président de la République sur la protection des pôles, le soutien du gouvernement à Total pour ses projets gaziers en Arctique s’exprime à plus haut niveau. Emmanuel Macron était présent lors de l’entrée de Total dans le consortium Arctic LNG 2 et il avait essayé, en tant que Ministre de l’Economie et des Finances, de pousser les banques françaises à contourner les sanctions américaines pour financer Yamal LNG, en vain. En compensation, le gouvernement français avait subventionné ce premier projet gazier dans l’Arctique russe via son agence de crédit à l’exportation Bpifrance Assurance Export en 2017, en garantissant un prêt de 350 millions d’euros. » 

Dans une excellente enquête, l’Observatoire des Multinationales détaille ainsi comment l’Etat français avait permis aux industriels de contourner les sanctions américaines et européennes grâce à Bpifrance qui compte parmi les actionnaires de plusieurs entreprises impliquées dans le premier projet Yamal LNG : TechnipFMC, Nexans, entreprise spécialiste des câbles, de Vallourec qui a fourni des tubes pour les forages de Novatek, de Daher qui a fourni les valves, du groupe Gorgé qui a conçu la sécurité incendie des sites…

Tout laisse donc croire que cette opération financière va être renouvelée pour Arctic LNG 2. Ironie du calendrier, cette nouvelle alerte tombe en même temps que la présentation du plan de relance du gouvernement qui octroie « en même temps » 30 milliards d’euros pour la transition écologique, mais aussi une baisse des impôts de production sans aucune conditions sociales ou environnementales, le développement de la très controversée 5G ou encore un énième soutien financier aux secteurs de l’aéronautique et de l’automobile.

« Tout ça va se traduire dans le budget pour l’année prochaine, et on n’aura jamais un budget vert si le gouvernement ne décide pas la fin des subventions aux énergies fossiles. Non seulement le projet Arctic LNG 2 va augmenter la dépendance au gaz russe, mais il comporte également des risques climatiques et environnementaux majeurs. Le gaz naturel est une énergie fossile qui contribue directement au dérèglement climatique. Il serait donc incohérent et irresponsable de le soutenir financièrement. Bpi France se prétend être la banque du climat. Il est donc temps qu’elle cesse d’accorder des aides à l’export pour ce type de projet. » explique Cécile Marchand, Chargée de campagne climat et acteurs publics des Amis de la Terre, pour La Relève et La Peste

L’Etat français et Bpifrance vont-ils à nouveau apporter leur soutien moral et financier à un projet gazier titanesque dans une région soumise au péril climatique ? La question est loin d’être anodine, car le site d’Arctic LNG 2 n’est que la continuité d’une industrialisation effrénée dans l’Arctique Russe.

« Ce concept déployé sur sur Arctic LNG 2 pourra ensuite être déployé sur d’autres champs à gaz de la péninsule de Yamal et de celle de Gydan. » explique ainsi Arnaud Le Foll, directeur de Total E&P Russie.

Alors qu’il y a des vagues de chaleur de plus en plus extrêmes et que les pics de température entraînent une explosion de la demande énergétique, il faudrait avant tout repenser le mix énergétique français et surtout les usages qui en sont faits en réduisant les besoins pour briser un cercle vicieux, plutôt que de développer à tout-va l’exploitation d’énergies fossiles dans le cercle polaire.

Les Amis de la Terre et de nombreuses ONG veillent maintenant à la suite des négociations et appellent la nouvelle ministre de la Transition Ecologique Barbara Pompili à s’impliquer dans les arbitrages ministériels pour enfin supprimer les subventions publiques aux énergies fossiles.

Crédit photo couv : SEFA KARACAN / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

« Vue générale de l’usine de GNL de Yamal dans la ville de Sabetta, dans le champ sud de Tambey sur la péninsule de Yamal, en Russie arctique. JSC Yamal LNG est une joint-venture de Novatek, Total, CNPC et Silk Road Fund. L’installation produit du gaz liquéfié pour les marchés de l’Asie-Pacifique et de l’Europe. »

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