Toujours en cours à Pantin, l’action Fin de Chantiers est menée par un regroupement de plusieurs collectifs. Ils ont bloqué la production de trois sites industriels du BTP pour dénoncer l’impact écocidaire de cette industrie et son rôle majeur dans la crise climatique.

La contestation

Aux premières lueurs ce lundi 17 février, 400 personnes se sont rendues sur les quais d’Issy les Moulineaux, près de Paris, pour une action directe de désobéissance civile : bloquer la production de deux sites des cimentiers Lafarge et Cemex (filiale d’un groupe mexicain).

Pendant 8 heures, 400 personnes ont investi les lieux avant de repartir en fin de journée alors qu’un groupe, suivi de près par des CRS, a rejoint l’assemblée nationale où se tenait un rassemblement contre la réforme des retraites.

Parmi les militants : des citoyen·ne·s ignoré·e·s des grands projets, architectes et ingénieur·e·s conscient·e·s de la crise écologique. Les activistes ont bloqué la sortie des camions-bétonnières devant alimenter des chantiers en cours, en les aspergeant de peinture et y inscrivant des slogans comme « 1 tonne de ciment = 900 kg de CO2 ». Certains, harnachés de matériel d’escalade, ont déployé des banderoles depuis le sommet des tours de stockage pour exiger « la fin des écocides ».

« Après l’occupation de Châtelet, on avait vraiment envie de cibler des industries précises avec des actions appuyées par des chiffres scientifiques les concernant. S’il était un pays, le béton serait le 3ème pollueur mondial, responsable de 8% des émissions mondiales de CO2 ! Trois cimenteries nationales, dont Lafarge, qui est aussi accusée de corruption et de crime contre l’humanité, font ainsi partie des dix plus gros pollueurs en terme d’émissions de GES et CO2 ! C’est pour ça que nous avons choisi ce premier site qui alliait à la fois les problématiques liées au béton et au ciment. » explique Léa, une rebelle architecte de métier, pour La Relève et La Peste


En effet, 4,6 milliards de tonnes de ciment sont produites chaque année dans le monde, soit 2 kg/personne/jour ! A la base de cette production : le sable, particule élémentaire indispensable à notre développement moderne, et déjà menacé d’extinction, nos sociétés voraces le consommant bien plus vite que sa capacité de régénération. L’érosion des littoraux tellement accélérée que 75% à 90% des plages sont menacées d’extinction.

L’artificialisation des sols est également la cause majeure de la destruction et de la fragmentation des écosystèmes, et de la sixième extinction de masse.

En France, le phénomène est tel que l’artificialisation croît trois fois plus rapidement que la population, avec un rythme de + 1,4 % en moyenne par an entre 2006 et 2015 ! Aujourd’hui, il est estimé que seulement 52,7 % du territoire métropolitain français reste peu anthropisé.

La proposition

Sur place, les militants ont échangé dans une ambiance chaleureuse avec les salariés présents, pour mieux leur expliquer leurs revendications. Ils ont ainsi réalisé des happenings et des interventions de spécialistes de l’urbanisme ou de la construction écologique, pour détailler les possibilités et avantages de matériaux telle que la paille, le bois ou la terre, participant à la capture de CO2 et moins énergivores.

Selon une étude de l’ADEME, la rénovation d’anciens bâtiments consommerait en moyenne 80 fois moins de matériaux que la construction neuve !

« Dans mon métier, j’ai fait un choix depuis une dizaine d’années : ne travailler que sur de la rénovation, des réhabilitations, sur tout ce qui est ré-emploi de matériaux. En plus d’utiliser moins de ressources, la rénovation permet de bâtir une nouvelle économie locale qui favorise les compétences et savoir-faire artisanaux. En ce moment, je travaille sur le projet de réhabilitation d’un grand bâtiment de 7000m2 qui date du XIXème siècle à Rennes. On a mis en place tout un circuit pour que le ré-emploi soit au cœur du projet que ce soit les ardoises, lavabos, ou la menuiserie, et ça marche ! » explique Léa, rebelle et architecte, pour La Relève et La Peste

Autres inquiétudes sur le site Lafarge-Cemex, celles du collectif des riverains de Javel qui se sont vus imposer le projet d’extension du site Lafarge Mirabeau qui souhaite tripler son volume de production sur place. Depuis 1 an ½, les riverains mènent un combat judiciaire contre ce projet car les permis de construire ont été validés à la va-vite, sans prendre en comte toute la pollution générée par ces sites dans la Seine, les écoles environnantes et le quartier.

Galvanisés par la réussite d’hier, un plus petit groupe d’une trentaine de personnes bloquent encore, à eux seuls, toute l’activité d’un autre site cimentier aujourd’hui à Pantin. L’Action Fin de Chantiers a sonné le coup d’envoi d’une grande mobilisation contre les Grands Projets inutiles.

Crédit Photos : Yanis Langeraert – Fanny Dollberg – Maya

A la suite du round-up, c’est le pesticide dicamba qui est incriminé. Un cultivateur de pêches a vu quasiment tout son verger détruit après que le vent ait apporté le pesticide utilisé par des fermes voisines dans ses champs. Bayer et BASF ont été condamnés à lui verser 244 millions d’euros de dédommagement.

Samedi, le jury du tribunal fédéral de Cape Girardeau a donné raison au fermier Bill Bader contre Bayer et BASF. Propriétaire d’un des plus grands champs de pêchers du Missouri, Bill Bader explique avoir subi des pertes colossales après que ses arbres aient été atteints et tués par un pesticide aspergé dans les champs voisins : le dicamba.

Selon l’agence Bloomberg, il s’agit du premier procès autour du pesticide dicamba aux Etats-Unis. Les groupes allemands Bayer et BASF ont été condamnés par le tribunal américain à verser un dédommagement de 265 millions de dollars (244 millions d’euros) à Bill Bader. Bayer envisage de faire appel de la décision, prétextant que le produit est inoffensif lorsqu’il est bien employé.

Produit par les groupes allemands Bayer et BASF, le dicamba est un pesticide beaucoup utilisé mais réputé pour sa tendance à tuer les cultures dans les champs avoisinants. Avec le vent, il se répand très vite et frappe les plantes qui n’ont pas été conçues pour lui résister.

Les agriculteurs utilisent le dicamba depuis plus de 50 ans. Mais depuis que Monsanto – racheté par Bayer en 2018 – a mis sur le marché du coton et du soja tolérants au dicamba, l’utilisation du désherbant est devenue plus répandue, ce qui a conduit à davantage de plaintes de fermes voisines dont les cultures non-résistantes ont été tuées par la dispersion dans les airs du dicamba.

En réaction, l’Agence de Protection de l’Environnement des Etats-Unis ainsi que de nombreux Etats ont imposé de plus en plus de restrictions sur l’utilisation du pesticide controversé ces dernières années. De leur côté, d’autres agriculteurs ont également porté plainte contre Bayer pour des pertes subies à cause du dicamba, environ 140 autres poursuites judiciaires ont ainsi été lancées aux Etats-Unis.

Des millions d’hectares de culture auraient été détruits à cause du dicamba aux Etats-Unis. Cette décision pourrait ainsi être la première d’une longue série et mettre à mal le groupe Bayer après tous les scandales liés au Round-Up.

Jeudi 13 février, Xavier a été condamné à détruire sa cabane dans les arbres dans laquelle il vivait depuis 8 ans. Son long combat personnel est maintenant devenu collectif avec la création d’une coalition qui défend une liberté : celle de vivre dans un habitat léger.

Une cabane condamnée à être détruite

Elle est belle comme son rêve, la cabane en l’air de Xavier Marmier. Cet élagueur de formation, devenu monteur de chapiteaux pour le cirque Plume, avait toujours voulu vivre dans une cabane perchée dans les arbres.

« L’envie d’une cabane est née pour plusieurs raisons. Déjà, un rêve d’enfant et d’utopiste qui veut ne pas impacter son milieu en ayant un mode de vie qui respecte ses idéaux : c’est l’image de la jolie petite maison accrochée à son arbre qui essuie toutes les tempêtes. Puis, l’idée technique : voir comment évoluait un arbre avec un poids sur lui, une masse qui bouge. Quand j’ai construit la cabane, j’ai modelé toutes les contraintes techniques en m’adaptant à l’arbre pour qu’il puisse continuer de grandir à son rythme. Et enfin, une raison économique : je n’ai jamais eu de gros besoins matériels, j’avais envie d’une vie simple. » confie Xavier Marmier à La Relève et La Peste

La cabane perchée – Crédit : Xavier Marmier

Avec l’aide d’un ami ingénieur et le soutien de la Maire de l’époque, Chantal Guet-Guillaume, Xavier avait donc construit sa cabane de rêve sur une parcelle forestière de 1ha qu’il avait achetée dans la commune de Cléron (Doubs). En symbiose totale avec l’hêtre d’environ 70 ans qui la porte, la cabane a permis le développement d’une vie foisonnante (loirs, martres, renards, mulots) et a rendu son hôte plus résistant aux sécheresses grâce à l’évacuation des eaux de Xavier et sa compagne.

Mais en 2016, une nouvelle équipe municipale, menée par Jean-Marie Doney, décide de porter l’affaire devant les tribunaux en arguant que la cabane se situe en zone Natura 2000 (ce qui n’est pourtant pas un problème pour des projets industriels ou touristiques) et qu’il n’y a pas eu de permis de construire réglementaire. D’abord rejeté par le tribunal de grande instance, la Cour de cassation a fini par donner raison à la commune ce jeudi 13 février en ordonnant la destruction de la cabane. Malgré cette nouvelle, Xavier reste calme.

« Je ne peux pas leur en vouloir car c’est l’ignorance qui les a poussés à agir comme ça. C’est un manque d’ouverture et de vision globale sur le monde. Pour eux, je suis un doux-dingue. Au-delà des 8 ans de rêve où j’ai vécu dans cette cabane, j’espère surtout que mon histoire peut apporter un changement dans la loi. C’est primordial de faire l’habitat léger car c’est une démarche intelligente dans une période empreinte de crises écologiques et sociales. » explique Xavier pour La Relève et La Peste

L’intérieur de la cabane – Xavier Marmier

L’habitat léger, une réponse aux enjeux écologiques et sociaux de notre époque

Xavier n’est plus seul dans son combat. En plus d’une pétition atteignant presque 150 000 signatures, il est désormais soutenu par un collectif de juristes, d’associations et de personnes qui militent pour mieux faire connaître le droit autour de ce mode de vie : la coalition pour l’habitat léger.

« Avoir un habitat léger, ce n’est pas s’installer n’importe où. On a beaucoup échangé avec de nombreux élus, et on comprend bien le besoin d’encadrer l’habitat léger. Ce mode de vie est une réponse complète aux enjeux écologiques et sociaux du XXIème siècle. Ce qui se joue vraiment, c’est de lutter contre la spéculation immobilière et permettre l’accès à la propriété pour peu cher sans que cela coûte beaucoup d’argent à la collectivité, à l’inverse des logements sociaux. » explique Xavier Gisserot, du collectif Les Hameaux Légers, à la Relève et La Peste

Niveau national, les habitats légers semblent dans le viseur du gouvernement qui a passé, en décembre 2019, une nouvelle loi permettant notamment aux maires d’infliger une amende de 500 euros par jour aux contrevenants aux règles de l’urbanisme, sans passer par le juge. Tous ceux vivant dans des habitats alternatifs (yourte, caravane, camion, cabane, kerterre), souvent des populations pauvres, environ 250 000 personnes en France, se retrouvent alors dans une situation encore plus précaire.

La cabane en terre de Jon et Caroline – La Désobéissance Fertile

« Malgré cette nouvelle législation, une majorité d’élus soutiennent ce mode de vie ou sont ouverts à l’accueil. Alain Gibert, le maire de Rocles en Ardèche, en a même été l’un des plus grands défenseurs. Il a été l’un des premiers à mettre à disposition un terrain communal pour accueillir un collectif en hameaux légers, en se servant du dispositif de la Loi ALUR : les parcelles STECAL. Il a tout de suite compris que cela permettrait aux jeunes et aux familles à faibles revenus d’accéder au foncier, et de lutter contre une spéculation immobilière forte créée par le tourisme. » développe Xavier Gisserot, du collectif Les Hameaux Légers, à la Relève et La Peste

En plus de promulguer et d’expérimenter un mode de vie plus sobre, autonome et résilient, l’habitat léger permet donc d’atténuer les inégalités économiques, et de faire vivre des communes tout au long de l’année, en permettant l’émergence de nouvelles activités économiques qui ne dépendent plus du seul tourisme.

Encore sous le choc, Xavier ne se résout pas tout de suite à détruire sa cabane, en profitant de la trêve hivernale, et espère un miracle. Il envisage de saisir la cour européenne des droits de l’homme pour y invoquer l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme qui proclame le droit de toute personne au respect « de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ».

En seulement une semaine, l’Antarctique a battu ses records de chaleur avec deux températures anormalement élevées : 18,3°C puis maintenant 20,75°C ! Cette situation inquiète les scientifiques sur les conséquences d’une telle instabilité climatique dans le plus grand dépôt de glace au monde.

Le 9 février, les scientifiques brésiliens ont enregistré une température de 20,75 ° C sur l’île Seymour, connue aussi sous le nom de Marambio, ce qui en fait la température la plus élevée enregistrée sur cet endroit de l’Antarctique, avec quasiment un degré de plus que le précédent record de 19,8°C, enregistré sur l’île Signy en janvier 1982.

« Nous observons la tendance au réchauffement dans de nombreux sites que nous surveillons, mais nous n’avons jamais rien vu de tel. » a déclaré Carlos Schaefer, qui travaille sur Terrantar, un projet du gouvernement brésilien qui surveille l’impact du changement climatique sur le pergélisol et la biologie dans 23 sites de l’Antarctique.

Carlos Schaefer a ainsi expliqué que la température de la péninsule, des îles Shetland du Sud et de l’archipel James Ross, dont l’île Seymour fait partie, a été irrégulière au cours des 20 dernières années. Après s’être refroidie au cours de la première décennie de ce siècle, elle s’est réchauffée rapidement.

Ces enregistrements devront être confirmés par l’Organisation Météorologique Mondiale, mais ils sont conformes à une tendance plus large sur la péninsule Antarctique qui fait partie des régions du monde où le réchauffement climatique est le plus rapide, avec presque +3 °C sur les 50 dernières années.

Ce réchauffement bien plus rapide a des conséquences très fortes sur la quantité de glace de l’inlandsis antarctique : la vitesse à laquelle il perd sa glace a au moins sextuplé entre 1979 et 2017. La perte de glace est causée essentiellement par des incursions d’eau de mer relativement chaude sous les barrières de glace qui s’érodent donc par en dessous, en particulier sur la côte ouest de l’Antarctique et, dans une moindre mesure, le long de la péninsule et de l’Antarctique oriental.

En tout, environ 87 % des glaciers situés sur la côte ouest de la péninsule sont en recul depuis 50 ans, le retrait des glaces s’étant accéléré ces 12 dernières années pour la plupart d’entre eux.

Le 10 février, l’Agence spatiale européenne a ainsi signalé qu’un morceau de glace de près de 300km2 s’était détaché du glacier de Pine Island, l’un des glaciers les plus menacés du continent.

Le continent antarctique représente 90 % des réserves d’eau douce de la planète, assez pour faire monter de 60 m le niveau de la mer s’il devait fondre entièrement et changer dramatiquement les conditions de vie sur la planète Terre.

Au Royaume-Uni, le projet d’extension de l’aéroport de Bristol a été rejeté par les conseillers de North Somerset à la suite d’une mobilisation populaire mettant en avant ses conséquences néfastes par rapport à l’urgence climatique, la santé des populations, la faune et la flore. Une décision historique qui donne espoir à l’international, notamment en France.

Agrandir un aéroport, une décision écocidaire en ces temps de crise

C’est un article de The Guardian qui a fait remonter la nouvelle. Apportée et recommandée par un organisme public, l’expansion de l’aéroport de Bristol devait être approuvée par le conseil de North Somerset qui avait été informé que l’autorité pourrait enclencher une enquête publique coûteuse s’il refusait le projet d’agrandissement.

Mais après une réunion de quatre heures et demie à Weston-super-Mare, les conseillers ont décidé de rejeter les plans d’expansion par 18 voix contre sept. Le plan d’agrandissement prévoyait d’augmenter la capacité de l’aéroport de 10 à 12 millions de passagers à l’année, en construisant notamment un nouveau terminal, des voies de taxis et un parking de 3000 places qui auraient détruit la ceinture verte qui entoure l’aéroport existant.

Adrian Gibbs, consultant en environnement, a déclaré lors de la réunion spéciale du comité de planification et de réglementation du conseil que l’aéroport aurait eu besoin de planter des millions d’arbres chaque année pour compenser le CO2 généré par l’extension. Il a ajouté :

« Notre maison est en feu. Agrandir un aéroport, c’est y jeter du carburant. »

Il y a deux ans, la Ville de Bristol avait déjà marqué un engagement fort en faveur de l’écologie en déclarant l’urgence climatique. La décision du Conseil de North Somerset réaffirme sa volonté de privilégier la résilience et le maintien des conditions de vie sur Terre, plutôt que des intérêts économiques court-termistes.

« Politique de l’Autruche », la manifestation contre le projet d’agrandissement aéroportuaire de Bristol – Crédit : XR UK

La lutte contre les projets d’agrandissement aéroportuaires en France

Les militants écologistes ont qualifié la décision d’historique et espèrent qu’elle incitera d’autres autorités à rejeter les plans d’expansion d’aéroport partout dans le monde.

« Le saviez-vous ? Il est possible de prendre ou faire prendre des décisions courageuses suite à une exigence et une mobilisation de la population. On s’y met en France ? Justement, une douzaine d’extension d’aéroports sont prévues chez nous également et des collectifs se battent contre ça : rejoignez-les donc sur superlocal.team» a ainsi réagi Victor Vauquois, l’un des organisateurs du mouvement Superlocal

Parmi ceux-ci, l’aéroport de Nice Côte d’Azur veut ainsi agrandir le terminal 2 sur 25 000m2 pour accueillir 4 millions de passagers supplémentaires par an. Trois associations de défense de l’environnement – Collectif citoyen 06, France Nature environnement PACA et Alpes-Maritimes et Capre 06 – ont déposé un recours au tribunal administratif mercredi 5 février pour exiger que les travaux soient « suspendus immédiatement » et protéger la zone Natura 2000 dans laquelle doit être construite l’extension.

En Ile-de-France, 62 maires ont envoyé une lettre au Président de la République, Emmanuel Macron, pour lui demander l’abandon du projet de terminal T4 de Roissy qui devrait entraîner « une augmentation de 40% du trafic aérien avec 500 vols supplémentaires par jour et 40 millions de passagers par an », et « une augmentation considérable des émissions de CO2 pour lesquelles la France a pourtant pris l’engagement de les réduire à 230 millions de tonnes d »équivalent CO2 d’ici 2037. »

Partout sur le territoire, la lutte contre les projets d’agrandissement aéroportuaires est donc lancée, espérons que la décision courageuse de Bristol ramène les soutiens de ces projets à la raison.

Ce weekend, toutes les personnes administratrices de la page Extinction Rebellion France ont été bannies, instantanément, sans aucun préavis et en même temps du réseau social Facebook. Ce n’est pas la première fois que le réseau social frappe ainsi des pages militantes. En Marche vers la censure ?

XR France privé de sa page Facebook

Facebook censure-t-il le compte d’Extinction Rébellion France ? C’est bien ce qu’il semble après qu’une dizaine de membres d’Extinction Rébellion aient découvert, ce weekend, que leur compte personnel Facebook avait été désactivé pour violation des règles du réseau social sans aucun préavis, ou justification.

Tous ces comptes étaient administrateurs ou éditeurs de la page nationale d’Extinction Rébellion France : Extinction Rebellion France. Aucun d’entre eux n’a été épargné par cette « purge ». Si la page officielle est donc toujours en ligne, elle est pour l’instant « morte », aucun membre n’y ayant plus accès. Il leur est pour l’instant impossible de communiquer aux 94 000 abonné·e·s qui les suivaient les activités de l’organisation, les articles scientifiques, les formations et conférences sur l’un des plus puissants des GAFAM.

« La mission de notre mouvement non-violent, à savoir informer et mobiliser autour de la catastrophe écologique en cours, est aujourd’hui empêchée. Cette neutralisation fait suite à la suppression cette semaine de deux autres pages créées par des rebelles d’XR, la page du groupe local PACA et celle du squat MER de Cenon. Cette série d’attaques en règle contre notre mouvement est intolérable. Aucun de nos posts n’enfreint les règles imposées par le réseau social. Si cet acte n’est pas une simple mesure de vérification de compte ou une erreur, il a tous les aspects d’une manœuvre politique de censure. Nous réclamons la réactivation immédiate des comptes de nos rebelles visé·e·s par cette tentative de censure inacceptable. » a réagi l’équipe dans un communiqué publié sur leur site web

Si les militants écologistes sont aujourd’hui touchés, c’est loin d’être la première fois que Facebook décide du maintien ou non de contenu critiquant le système capitaliste et élitiste dominant.

Crédit : Markus Spiske

La censure des comptes qui dérangent

En effet, en septembre 2019, une vingtaine de pages militantes avaient été censurées par le réseau social de façon beaucoup plus pernicieuse. Toutes ces pages avaient un point commun : la critique de l’exécutif en place, le suivi des luttes sociales et la dénonciation des violences policières. « Nantes Révoltée » avait ainsi vu son audience subitement divisée par 1000 sur le média, sans explication. La Relève et La Peste avait aussi fait les frais de cette baisse d’audience non-expliquée.

« Lille Insurgée, Cerveaux non Disponibles, et bien d’autres. Un grand nombre de pages engagées ont été concernées. C’est une censure qui ne dit pas son nom, une manœuvre sournoise. La page n’est pas supprimée, elle est « déréférencée » : elle n’apparaît plus sur les comptes de ses abonnés. » avait ainsi réagi Nantes Révoltée

Chez Mr Mondialisation, ce sont des abonné-e-s qui ont lancé l’alerte : la page du média disparaît purement de leur abonnement après une période « x », la page est « délikée » ou vous les informations n’apparaissent plus en premier dans leur fil d’actualité.

L’opération menée contre Extinction Rebellion France par Facebook a lieu à un moment où le mouvement intensifie ses actions : création de la Maison de l’Ecologie et des Résistantes à Cenon, près de Bordeaux, blocage « avenir en feu » ayant lieu aujourd’hui et convergence avec plusieurs mouvements pour le grand blocage « Fin de Chantiers » qui aura lieu le 17 février.

Le pouvoir exécutif français crée de nombreux liens avec le mastodonte américain depuis le début de son mandat. La Loi Anti-Haine récemment dénoncée par de nombreuses associations comme une atteinte à la liberté d’expression en est l’un des exemples le plus flagrant. Certains observateurs se demandent ainsi si la censure a été causée par l’entrée en application de cette loi ?

Cette nouvelle opération de censure appelle donc chacun à la plus grande vigilance sur l’utilisation de ce réseau social, et prouve une fois de plus la nécessité de reprendre l’habitude de s’informer autrement, notamment en allant directement sur les sites d’information que l’on soutient, sans passer par la plateforme.

De leur côté, XR France a appelé ses abonné-e-s à les rejoindre sur les réseaux libres Diaspora, Mastodon et Peertube.

Océane et Léa sillonnent depuis 3 ans et demi les routes des Landes et du Pays Basque avec Willy, leur camion. Avec lui, elles ont monté la Vrac Mobile : une épicerie itinérante, bio, locale et zéro déchet !

Travailler en accord avec ses valeurs

Il y a presque quatre ans, Océane et Léa travaillaient chez Surfrider Foundation Europe, à Biarritz, tout particulièrement sur la problématique des plastiques. Là-bas, elles ont rencontré Jérémie Pichon, de la famille Zéro Déchet, qui commençait tout juste leur défi. Elles ont alors décidé de tenter le challenge et se sont rendues compte qu’il y avait un manque de magasins adéquats sur leur territoire. Une soirée arrosée et un film inspirant plus tard, elles ont alors eu une idée : pourquoi pas créer une épicerie zéro déchet itinérante ? La Vrac Mobile !

« L’idée, ce n’était pas que proposer une épicerie zéro déchet mais surtout une démarche complète de consommation : vrac, bio, locale et humaine, en sachant à qui on achète et comment sont faits les produits. On s’est lancés à la recherche de producteurs et d’artisans qui remplissent tous les critères. Ce qui nous a d’abord surpris puis tout de suite conforté dans notre idée, c’est d’arriver à construire un projet à la hauteur de nos valeurs : on a fixé la barre hyper haut et on a trouvé une multitude de produits et producteurs ! » raconte Océane, accoudée au comptoir de Willy, au marché de Labenne, pour La Relève et La Peste

Océane et Léa, les deux fondatrices

Que ce soit à travers les annuaires bio, les réseaux de producteurs ou le bouche-à-oreille, Océane et Léa ont ainsi pu monter une gamme très complète de produits : du riz qui vient de Navarre ou de Camargue, et pas d’Asie, des lentilles blondes et même du quinoa des Landes. Elles ont reçu un accueil chaleureux de producteurs passionnés par leur métier et leur terroir, qu’ils soient basques ou landais.

L’intérieur de Willy

Faire société autrement

Il y a 4 ans, le terme « zéro déchet » arrivait tout juste en France et tout le monde n’était pas engagé autour de cet enjeu. Océane et Léa ont réussi à trouver des solutions avec certains producteurs pour réduire leurs déchets et emballages. Cela a permis aux producteurs de démarcher par la suite d’autres commerces en proposant du vrac, avec l’ouverture d’une nouvelle gamme. « Au final, certains étaient même soulagés de livrer un gros sac en kraft de 25kgs plutôt qu’une multitude de petits sachets plastiques de 500g. » sourit Océane

« On s’est toujours dit qu’on voulait que notre entreprise serve notre vie personnelle et pas le contraire. Donc ce projet, c’était d’abord beaucoup de liberté, puis surtout une aventure humaine incroyable. Là, on a été en panne pendant un mois et demi, et on a réalisé à quel point le contact avec les clients et les commerçants des marchés nous manquait. On n’est pas seules, on a rencontré plein de gens formidables qui font de la nourriture ultra-qualitative et locale. Et ça donne une force incroyable. » confie Océane, co-fondatrice de la Vrac Mobile, pour La Relève et La Peste

Océane et la Vrac Mobile au Marché de Labenne

Aller sur les marchés a aussi permis aux deux vraqueuses de rencontrer un public non-convaincu : des papys-mamies « qui aiment bien le côté petite quantité, pas de gaspi et gestion du budget », des jeunes qui font les fins de marché en récup et se complètent à la Vrac Mobile en céréales et légumineuses, puis des passants ou des touristes qui découvrent les produits locaux comme les pâtes au piment d’Espelette.

Après trois ans et demi d’aventure, Océane et Léa ont bientôt atteint leur objectif : avoir une activité stable qui leur permette de se verser deux salaires décents. Pour elles, pas question de franchiser le projet ou ouvrir une boutique pour l’instant, elles veulent rester à taille humaine pour maintenir un contact de proximité avec leur réseau.

Puis depuis, cette idée a fait son chemin : une cinquantaine d’épiceries du genre existe maintenant dans toute la France. Une carte est ici pour trouver « votre Vrac Mobile ».

Lancé il y a un an, le collectif « Arch Crowd » récupère des matériaux inutilisés aux industriels locaux pour fabriquer des modules habitables. L’objectif de cette démarche écologique et solidaire : fournir une solution de transition aux sans-abri.

Offrir un abri-d’urgence aux plus précaires

L’idée est partie d’un des membres d’Arch Crowd. En début d’hiver dernier, 20 personnes sont mortes de froid dans les rues de Toulouse. Face à cette tragédie, Yassin a eu l’idée de construire de petites arches habitables afin de leur offrir une première étape pour que les sans-abri puissent se poser et trouver des solutions plus pérennes. Ingénieur de profil, il s’est donc rendu dans un fablab pour commencer à faire des prototypes qui ont attiré l’attention d’autres jeunes présents qui se sont regroupés pour l’aider. Arch Crowd était né.

« On évolue dans une société qui a énormément de moyens et d’énergie. C’est totalement amoral d’avoir autant de personnes dans la rue. Ce n’est pas l’Arche qui est importante, c’est la démarche. » raconte Aymeric, l’un des membres d’Arch Crowd, pour La Relève et La Peste

Avec 6 membres actifs, 5 garçons et 1 fille, ces trentenaires ont aggloméré autour d’eux un réseau solidaire qui les aide à rechercher et récupérer des matériaux (bois de palette, bâches en plastique, tissus, chambres à air de vélo de roues crevées) un peu partout sur Toulouse et sa périphérie pour les re-transformer et fabriquer des abris de survie : les arches.

Leur initiative met au centre du débat le sujet du mal-logement, notamment parce qu’ils fabriquent tous les abris en organisant des chantiers participatifs.

Un des chantiers participatifs – Arch Crowd

« A Toulouse, il y a des arrêtés anti-bivouac contre les tentes des migrants. Si ça peut faire évoluer le débat sur l’habitat léger comme solution pour les personnes dans l’urgence, ce serait une vraie victoire pour nous. » explique Aymeric, l’un des membres d’Arch Crowd, pour La Relève et La Peste

Et il ne s’agit pas pour le collectif de placer des arches au hasard dans la ville. Arch Crowd adapte leur projet en fonction des demandes des sans-abris qu’ils rencontrent pour savoir où les disposer. En avril 2019, Arch Crowd a ainsi livré une première arche en à une femme SDF qui l’avait installée en forêt dans une ville périphérique.

« En y passant tout l’été, elle nous a raconté que l’arche lui a apporté une certaine sécurité et intimité qu’elle n’avait pas dans la rue. Ça l’a aidé à sortir du flou de l’urgence quotidienne.  Aujourd’hui, elle a réussi à se re-sociabiliser et n’a plus besoin de l’arche, on a donc récupérée l’arche pour la donner à un réfugié bulgare qui a 4 enfants : Stoyan, un mec en or. » sourit Aymeric, l’un des membres d’Arch Crowd, pour La Relève et La Peste

Cette première réussite les a encore plus encouragés à en fabriquer d’autres, et ils peaufinent aujourd’hui le concept pour trouver les matériaux de récupération qui fonctionnent le mieux en terme d’isolation.

Une arche finie – Arch Crowd

Concevoir des habitats répondant aux enjeux écologiques actuels

Car leur démarche n’est pas seulement solidaire, mais aussi profondément écologique. D’abord en utilisant des matériaux considérés comme des déchets industriels, et aussi en ayant conçu l’Arche avec une dizaine de modules qui sont chacun réparable et interchangeable, et donc le plus durable possible.

La plus petite arche mesure 2 mètres 40 sur 1 mètre 20, avec une hauteur d’1 mètre 20. Composée de 13 modules, sa construction demande 1 à 2 semaines de travail. L’assemblage se fait en moins d’1 heure.

Ici, le montage d’une arche en 40 min. – Arch Crowd

Leur seul impact écologique : les vis et les écrous qu’ils achètent, et l’énergie utilisée pour aller chercher les matériaux et les re-transformer. Jusqu’au-boutistes, ils récupèrent les clous des palettes qu’ils revendent à un ferrailleur, et mettent tous leurs déchets dans le plancher pour alourdir la structure. La réflexion des arches est profondément low-tech, et ils profitent des chantiers participatifs pour essaimer l’envie et le goût de bricoler au plus grand nombre.

« Avec la crise climatique, on va être amenés à avoir de plus en plus de réfugiés : qu’est-ce qu’on fait ? Où on les loge ? et comment on va s’adapter à cette demande ? On amène aussi ce débat pendant les chantiers, on souhaiterait qu’il y ait un vrai éveil citoyen par rapport à ce sujet. » prédit Aymeric, l’un des membres d’Arch Crowd, pour La Relève et La Peste

Les arches sont légères mais pas encore facilement transportables, le collectif planche beaucoup sur le sujet. Ils sont installés depuis septembre au tiers-lieu la Maison du Peuple à Toulouse qui abrite des projets citoyens innovants comme leur atelier, mais aussi une friperie gratuite, et des repas solidaires plusieurs fois par semaine.

Un des rêves, l’Arche à vélo – Arch Crowd

Arch Crowd s’inscrit ainsi dans un écosystème local qui réfléchit à une nouvelle économie, une nouvelle politique, et des projets d’innovation sociale pour élargir le cadre de tout ce que la société française propose.

« On a tous quitté notre boulot pour faire ce projet. On fait de la récup’ de nourriture, on vit de pas mal de gratuité, certains touchent le RSA et d’autres le chômage. Ce serait un beau rêve de pouvoir s’alimenter grâce à Arch Crowd mais ce n’est pas le but premier. On s’est engagés dans ce mode de vie car on est convaincus que cette démarche est indispensable pour répondre aux enjeux écologiques et sociaux du XXIème siècle, et pallier à la future dégradation de nos conditions de vie. » prédit Aymeric, l’un des membres d’Arch Crowd, pour La Relève et La Peste

Pour que leur projet puisse proposer des habitats pleinement fonctionnels et durables, Arch Crowd a tout récemment lancé une campagne de crowdfunding. L’objectif : ignifuger les arches, leur donner accès à l’eau et l’électricité mais aussi avoir un camion atelier pour pouvoir les déployer et partager le concept au plus grand nombre. Car tout le monde a le droit de s’abriter dans des conditions décentes.

crédit photo couverture : Sergio Di

En France, des milliers de dauphins sont tués chaque année dans les filets des pêcheurs industriels durant l’hiver. Pour faire connaître au grand public cette silencieuse hécatombe, Sea Shepherd France a apporté leurs cadavres en centre-ville. L’ONG se retrouve attaquée en justice par l’une des villes pour « transport illégal d’espèce protégée ».

Une menace pour la survie des dauphins

Chaque hiver, le Golfe de Gascogne est le théâtre d’une sinistre hécatombe. Des milliers de dauphins se retrouvent prisonniers dans les filets des chaluts industriels. Remontés à bord, ils sont découpés pour les dégager des filets, et rejetés morts ou blessés dans la mer, d’autres fois ce sont leurs poumons qui explosent. Répertoriée par l’Observatoire Pélagis, l’hécatombe s’intensifie d’année en année pour atteindre le triste record de 11 500 dauphins communs tués par capture accidentelle en 2019.

Avec « l’Opération Dolphin bycatch », l’ONG Sea Shepherd envoie chaque année des bateaux patrouiller les mers pour limiter les drames et s’assurer que les pêcheurs respectent les réglementations. En effet, un taux de mortalité lié aux activités humaines dépassant 1,7% n’est pas soutenable pour une population de petits cétacés.

Or, dans l’état des choses actuelles, le taux de mortalité des dauphins dans le Golfe de Gascogne est une menace pour la survie de l’espèce à moyen terme !

Pour alerter le grand public sur ce problème, Sea Shepherd France a lancé cette année une opération de sensibilisation choc en allant exposer les cadavres de dauphins tués dans les centre-villes. En retour, le Parquet des Sables d’Olonnes a décidé de poursuivre l’ONG en justice pour « transport illégal d’espèce protégée ». Le risque maximal encouru est de 3 ans de prison ferme et 150 000 euros d’amende.

« Nous irons en prison s’il le faut pour continuer à alerter le grand public sur l’hécatombe qui a lieu en France. Ces milliers de dauphins sont tués chaque année par des bateaux de pêche qui prétendent vouloir être transparents mais qui continuent de refuser farouchement les caméras à bord des navires pour identifier les bateaux responsables. » a réagi l’ONG Sea Shepherd France

Rien que ce weekend, 16 dauphins ont été retrouvés morts, et il s’agit seulement des cas échoués signalés, combien y en a-t-il vraiment eu au total ? Le taux d’échouage enregistré par les scientifiques est 30 fois supérieur au taux normal. Avec une fourchette moyenne de 6000 dauphins tués par an sur la façade atlantique, le taux de mortalité qui ne doit pas être dépassé sur une année entière l’est en un mois seulement !

La criminalisation des militants

En France, le dauphin est une espèce protégée depuis l’arrêté de 1970 qui stipule que : « il est interdit de détruire, de poursuivre ou de capturer, par quelque procédé que ce soit même sans intention de les tuer, les mammifères marins de la famille des delphinidés (dauphins et marsouins) ». Et le problème du Golfe est bien connu des autorités.

La préfète de la région Nouvelle-Aquitaine a même tout récemment interdit la pêche au chalut dans la réserve naturelle du plateau de Rochebonne, à la demande des ONG et de la population. Dans le reste du Golfe, les bateaux doivent maintenant être équipés de « pinger », un dispositif acoustique créé pour repousser les cétacés, qui ne fonctionne malheureusement pas toujours.

Crédit : Dauphin tué le vendredi 24 janvier malgré les pingers – Sea Shepherd France

« La solution c’est d’interdire les méthodes de pêche non-sélectives. Il y a des milliards d’euros (22 milliards en 2018 pour l’Europe) dépensés pour le secteur de la pêche. Donc que cet argent serve à la reconversion des pêcheurs qui sont impliqués dans les pêcheries destructrices. Pour les consommateurs, il faudrait qu’ils arrêtent de manger du poisson, c’est ce qu’il y a de plus radical et de plus efficace. Ou vraiment se contenter du poisson pêché à la ligne. » explique Lamya Essemlali pour France Slash

Les bateaux de Sea Shepherd sont également sous étroite surveillance, suivis par des navires de la gendarmerie lors de leurs missions en mer. Depuis leur départ de La Rochelle le 21 Janvier dernier, leur navire Sam Simon est ainsi escorté par le bâtiment de la Marine National Thétis. Il a ensuite été rejoint par la vedette de la Gendarmerie Maritime de Concarneau Élorn et par un avion de surveillance de la Marine Nationale. L’ONG n’a pas été informée des raisons de cet accompagnement et s’interroge :

« De quoi le gouvernement a t-il peur ? De Sea Shepherd ou d’un autre dérapage de la part des pêcheurs ? »

Le fait que l’ONG soit aujourd’hui surveillée par la gendarmerie et attaquée en justice est symptomatique de la facilité des autorités à criminaliser les militants, plutôt que prendre des mesures structurelles pour pallier à un problème écologique et sociétal.

Une société toujours plus connectée, toujours plus rapide et toujours plus énergivore… Quand appuierons-nous enfin sur la pédale de frein ?

Vite, vite, vite

Alors que la 4G était toujours en cours de déploiement en France en 2019, le cap est déjà fixé pour la 5G : en 2020, entre cinq et dix villes françaises doivent être couvertes par cette nouvelle génération de standards en téléphonie mobile. L’objectif : que tous les opérateurs couvrent les grandes villes et les principaux axes en 2025, pour une couverture complète en … 2030 !

Les promesses de la 5G par rapport à la 4G : une capacité de téléchargement 10 fois plus élevée, une latence divisée par 10, et plus de connexions simultanées permises. Mais pourquoi une telle précipitation et en a-t-on vraiment besoin ? Pour le gouvernement, il s’agirait d’un enjeu stratégique et d’un projet industriel majeur, seulement aucune étude ou feuille de route ne précise les usages qui vont en être faits, et encore moins ses conséquences pour notre société.

« Ne sommes-nous pas en train de confondre, comme un gamin excité à la veille de Noël, ce qui est nouveau avec ce qui est utile, ce qui semble urgent avec ce qui est important ? Est-il normal, maintenant que la décarbonation est dans tous les esprits, que la mise en place de la 5G ne s’accompagne en France d’aucune évaluation mettant en balance le supplément de service rendu avec les inconvénients environnementaux additionnels – car il y en a ? Et, alors que les effets négatifs de la « prolifération numérique » sur le bien-être personnel – notamment des enfants – et le bien vivre collectif commencent à être bien documentés, devons nous en rajouter sans même prendre le temps de savoir dans quoi nous nous lançons ? » interrogent dans une tribune les experts de la transition énergétique, Hugues Ferreboeuf et Jean-Marc Jancovici

En effet, si la majeure partie de la population va surtout utiliser la 5G pour regarder plus facilement des vidéos (qui représentent déjà 1/5 des émissions GES du numérique) ou jouer en ligne, les industriels espèrent s’en servir pour développer une multitude d’objets connectés comme des automobiles autonomes, de la chirurgie à distance, et des « villes intelligentes ».

Boom de la consommation d’énergie et épuisement des matières premières

Mais les villes connectées ne sont pas des « nuages de données » dans lesquels flotter gaiement : elles nécessitent des infrastructures monstrueuses (terminaux, serveurs, objets numériques) et des minerais qui vont bientôt s’épuiser, au rythme où va la demande. C’est le cas des fameux métaux rares, dont l’extraction se fait déjà à un coût environnemental et humain exorbitant ! Pire, les fonds marins sont en ce moment sondés par les industriels qui veulent en extraire toujours plus de minerais (deep-sea mining), activité qui pourrait bien achever définitivement l’océan.

Olivier Vidal, chercheur au CNRS, a ainsi réalisé une étude calculant la quantité de métaux nécessaires à moyenne échéance pour soutenir nos modes de vie high-tech. La conclusion paraît invraisemblable : puisque la consommation mondiale de métaux croît à un rythme de 3 à 5 % par an, « pour satisfaire les besoins mondiaux d’ici à 2050, nous devrons extraire du sous-sol plus de métaux que l’humanité n’en a extrait depuis son origine ».

Cela signifie que nous allons consommer davantage de minerais durant la prochaine génération qu’au cours des 70 000 dernières années ! Et la 5G, avec toutes les infrastructures (trois fois plus que pour la 4G) et smartphones supplémentaires qu’elle demande, va purement et simplement empirer les choses.

Même déviance avec une hausse de la consommation d’énergie délirante par rapport à la 4G : un équipement 5G consomme trois fois plus qu’un équipement 4G. Au final, la consommation d’énergie des opérateurs mobiles serait multipliée par 2,5 à 3 dans les cinq ans à venir avec la 5G.

« Cet impact n’a rien d’anecdotique puisqu’il représenterait environ 10 TWh supplémentaires, soit une augmentation de 2 % de la consommation d’électricité du pays. » précisent Jean-Marc Jancovici et Hugues Ferreboeuf dans leur tribune

Crédit : Joshua Leal

Risques sanitaires

Outre les risques concernant la cybersécurité, qui méritent un article entier à eux seuls, la 5G pose aussi de graves questions sur les impacts qu’elle va avoir sur notre santé. En effet, l’Anses a tout récemment conclu dans un rapport préliminaire qu’il y a pour l’instant « un manque important voire à une absence de données scientifiques sur les effets biologiques et sanitaires potentiels liés aux fréquences autour de 3,5 GHz ». Autrement dit, il lui est impossible d’évaluer les risques liés à la 5G.

Pourtant, l’un des premiers risques est évident : celui de contribuer encore plus au phénomène de burn-out avec la cadence de travail à laquelle elle va nous soumettre. Le grand mensonge d’une société connectée, c’est de nous faire croire qu’on gagne du temps grâce à des outils qui calculent super-vite alors qu’on nous impose de devenir aussi efficaces et multi-tâches que des machines, sans aucun respect pour notre rythme biologique.

Enfin, la 5G et son armada de données pourraient bien en brouiller d’autres, vitales celles-ci : les études météorologiques. A cause d’une de ses fréquences d’émissions, la bande de 26Ghz, la 5G pourrait dégrader les prévisions météo « de l’ordre de 30% », alors que nous avons plus que jamais besoin de mesures fiables pour prévenir l’arrivée des évènements climatiques extrêmes qui s’intensifient de plus en plus.

Face aux inquiétudes, le patron de l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse) a évoqué la possibilité d’organiser un débat civil pour débattre des enjeux sociétaux posés par la 5G… en juin 2020.

Ce déploiement précipité rappelle l’implantation du nucléaire en France qui s’était fait sans consulter la population, et dont on connaît aujourd’hui le lourd héritage. La 5G sera-t-elle la technologie qui nous mènera définitivement à un écocide national ?

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