BREVE – Fin mars, le gouvernement canadien a décidé d’ajouter le Parkinson à la liste des maladies professionnelles, reconnaissant ainsi qu’elle peut être causée par des pesticides. A ce titre, les victimes des pesticides atteints de Parkinson pourront désormais être indemnisées si elles ont souffert d’au moins 10 ans d’exposition à ces produits, la même durée reconnue par la France.

La maladie de Parkinson est une maladie neuro-dégénérative caractérisée par la destruction d’une population spécifique de neurones : les neurones à dopamine de la substance noire du cerveau, impliqués dans le contrôle des mouvements.

Si les causes précises de la maladie sont encore à l’étude, il est désormais prouvé que certains facteurs environnementaux et notamment l’exposition importante et prolongée (de plusieurs années) à des produits chimiques que sont les pesticides et certains solvants peuvent déclencher la maladie de Parkinson.

A tel point que depuis 2012, la maladie de Parkinson figure sur le tableau des maladies professionnelles du régime agricole en France. Selon Santé Publique France :

« Environ 1 800 nouveaux cas par an se sont déclarés chez les exploitants agricoles âgés de 55 ans et plus, ce qui correspond à une incidence de 13 % plus élevée que chez les personnes affiliées aux autres régimes d’assurance maladie. L’incidence était un peu plus élevée parmi les personnes résidant dans les cantons les plus agricoles, y compris parmi les personnes qui ne travaillent pas dans l’agriculture, et notamment dans ceux où la proportion de terres agricoles allouées à la viticulture est la plus importante. »

Au Canada, le jardinier municipal Serge Boily a épandu des pesticides dans les espaces verts de la Ville de Québec durant toutes les années 90. A 55 ans, il est aujourd’hui atteint par la maladie de Parkinson : il souffre de pertes de mémoire, de pertes d’équilibre, de difficultés à avaler, à se lever et même parfois à parler.

La reconnaissance de sa maladie comme pathologie professionnelle lui permettra désormais de toucher des indemnisations financières. En France, un tel dispositif a été mis en place depuis 2012 mais les agriculteurs peinent à faire reconnaître leurs droits : entre 2012 et 2017, la MSA n’a indemnisé que 196 agriculteurs frappés par la maladie de Parkinson.

En 2020, l’association française Phyto-Victimes a réussi à faire en sorte que le délai de prise en charge (c. à d. le délai entre la fin de l’exposition et la déclaration de la maladie) passe d’un an à sept ans pour permettre une augmentation des victimes indemnisées au titre de la maladie professionnelle.

Cependant, ni la France ni le Canada ne prévoient d’indemnisation pour les personnes qui auraient été exposées aux pesticides et développé cette maladie hors-cadre professionnel. Selon une étude de l’université de Sydney, publiée dans Nature Geosciences lundi 29 mars, 64 % des terres agricoles dans le monde sont contaminées par les pesticides.

Cette nouvelle reconnaissance du Canada prouve une fois de plus à quel point santé environnementale et santé humaine sont étroitement liées, et de l’importance de changer nos modes de production et consommation pour supprimer les pollutions faites à l’environnement.

Pour aller plus loin : « Cancer : le gouvernement ignore les risques liés à l’environnement dans sa stratégie de lutte 2021-2030 »

Il ne fait pas bon parler de limitations en ces temps où nos libertés, même les plus essentielles, sont mises à rude épreuve : et pourtant, le cadre des limites planétaires n’a jamais été aussi pertinent pour comprendre comment nos activités mettent en péril la stabilité des écosystèmes… et risquent de plonger nos sociétés dans des bouleversements en chaîne, irréversibles. Dont le Covid-19 est le signal faible ? Plongée dans un voyage au cœur des processus qui conditionnent l’équilibre du système-Terre. Un article d’Anne-Louise Nègre.

Les limites planétaires, un fragile équilibre

À l’instar de l’ensemble du vivant, nos corps possèdent leurs propres limites : ils ne peuvent courir à 100 km/h ou assimiler une quantité illimitée de calories sans que le métabolisme dysfonctionne — ou n’en meure. À l’échelle planétaire, nos écosystèmes aussi ont des limites à partir desquelles ils ne peuvent plus assurer leur équilibre.

© Illustration des limites planétaires par l’ONG Ex Naturea

Théorisé en 2009 par 26 chercheurs internationaux, dont Johan Rockström et Will Steffen du Stockholm Resilience Center, les limites planétaires (« planetary boundaries ») recouvrent les principaux processus qui régulent la vie sur Terre : le climat, la biodiversité, les cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore, l’acidification des océans, l’occupation des sols, l’utilisation de l’eau, l’ozone stratosphérique, la présence d’aérosols dans l’atmosphère et celle d’entités nouvelles dans la biosphère.

Pour chacun de ces processus, des seuils à ne pas dépasser ont été établis afin de garantir l’équilibre de la Terre, envisagée ici comme un ensemble de systèmes interdépendants. 

Tous ces processus sont intimement liés et en interaction. Par exemple, le changement d’occupation des sols a des effets sur tous les autres processus.

La déforestation au profit de l’agriculture intensive et de l’urbanisation déstabilise les cycles biogéochimiques : elle réduit les quantités de dioxyde de carbone (CO2) naturellement absorbées et stockées par les forêts, ce qui a un impact indirect sur l’acidification des océans. 

En même temps, la déforestation contribue à l’érosion de la biodiversité et altère le cycle de l’eau, rendant les forêts plus vulnérables aux incendies, qui en retour contribuent au dérèglement climatique en libérant dans l’atmosphère des quantités massives de CO2, qui elles-mêmes accentuent les sécheresses et l’érosion de la biodiversité… Et ainsi de suite, toutes les combinaisons étant possibles. 

En un mot, « sauver le climat » ne se réduit pas à diminuer les émissions de CO2, mais bien à limiter l’excès des pressions faites à tous les processus terrestres.

Carte du sol et de ses interactions, extraite de Terra Forma. Manuel de cartographies potentielles, Frédérique Ait-Touati, Alexandra Arènes et Axelle Grégoire, éditions B42, avril 2019.

Les conséquences mortifères des activités humaines

À l’échelle planétaire, quatre limites sont déjà dépassées : le dérèglement climatique, l’érosion de la biodiversité, la perturbation du cycle de l’azote et du phosphore. Il faut souligner que les pays ne sont pas tous égaux quant au respect de ces grands équilibres, comme en témoigne l’état des lieux de 150 pays au regard de ces limites, proposé par des chercheurs de l’Université de Leeds sur leur site

La France quant à elle dépasse six limites planétaires : le dérèglement climatique, l’érosion de la biodiversité, la perturbation du cycle de l’azote et du phosphore, mais aussi le changement d’occupation des sols (dû aux impacts français de la déforestation dans le reste du monde), et la surutilisation des ressources d’eau douces. 

Et pourtant, il n’y a pas encore eu d’effondrement radical ou d’effet en cascade, car ces basculements sont souvent longs, imperceptibles, globaux, imprévisibles, mais toujours réels et interdépendants. 

Gilles Boeuf, citant le biologiste Robert Barbault, compare le vivant et son érosion à un tissu : « Vous faites un beau pull-over au tricot puis vous coupez une maille et vous commencez à tirer sur un bout de fil de laine. Tout va partir, je ne sais pas ce qui partira en premier ou en dernier, mais tout se tient. Ça veut dire que si telle espèce disparaît, il y aura forcément un impact sur le reste. »

Les alertes concernant le dépassement de certaines limites ne datent pas d’hier : déjà en 1972, le rapport Meadows sur les limites de la croissance (The Limits to Growth) soulignait qu’un modèle de développement fondé sur une croissance infinie et exponentielle dans un monde aux ressources finies ne peut être soutenable.

© Le Monde Diplomatique, Will Steffen et al.

Le constat de l’accélération sans équivalent dans l’histoire humaine de nos activités ces 60 dernières années a cependant remis au goût du jour la notion de limites : en quelques décennies, l’humanité est devenue une « force géologique » à elle seule, capable de dégrader les grands cycles biogéochimiques millénaires et saper les conditions qui ont permis à nos civilisations de se déployer. 

« En modifiant les grands cycles chimiques, le cycle de l’azote, du carbone, du phosphore, de l’eau, l’homme a même une influence isostatique », c’est-à-dire sur la tectonique des plaques, souligne Dominique Bourg. « On agit, le système-Terre rétroagit, ajoute celui-ci. On est entré dans une époque où le boomerang nous revient dessus. » 

Nous sommes dans un nouveau « régime climatique », où l’incertitude et les basculements deviennent la règle.

La masse de ce qui est produit par l’homme (bâtiments, routes, voitures…) dépasse désormais celle du monde vivant sur la Terre.  Frémont, USA – Crédit : Sid Verma

Des effets en cascade

Le dépassement de certaines limites risque d’entraîner des effets en cascade sur l’ensemble des processus terrestres : les points de basculement (« climate tipping points») sont des seuils à partir desquels le système-Terre entier peut basculer dans un nouvel état, irréversible, et entraîner un effet domino sur tous les autres processus. 

On évoque souvent la fonte accélérée du pergélisol (le sol gelé en permanence dans l’hémisphère nord), qui va libérer d’énormes quantités de méthane, un gaz à effet de serre des dizaines de fois plus puissant que le CO2

Cela produirait un emballement climatique, rendant impossible de rester dans la trajectoire des accords de Paris sur le climat, même si des actions radicales de réduction des émissions de CO2 sont entreprises.

© Stockholm Resilience Centre

Nous mettons donc en jeu les conditions-mêmes de la stabilité de nos sociétés et de notre santé, et les signaux sont déjà là : artificialisation extensive, méga-feux, fonte accélérée des glaciers alpins et du pergélisol, le courant du Gulf Stream au plus bas depuis mille ans, tout comme la multiplication des pandémies. 

En ce sens, celle du Covid-19 peut aussi se lire comme un signal faible du dépassement des limites planétaires. Presque « 100 % des pandémies (par exemple, grippe, SRAS, Covid-19) ont été causées par des zoonoses », maladies transmissibles d’animaux à hommes, estime la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). 

Le risque de zoonoses et de pandémies est causé par les mêmes activités humaines qui sont à l’origine du dépassement des limites planétaires, comme le rappelle le rapport Échapper à l’« ère des pandémies » de l’IPBES (2020) : le dérèglement climatique, la perte de la biodiversité, tout comme «  les changements dans la manière dont nous utilisons les terres, l’expansion et l’intensification de l’agriculture », entre autres.

L’interdépendance étant l’apanage du vivant, il n’existe donc qu’une seule santé : la santé humaine est intimement liée à la santé animale et environnementale : c’est le concept de « One Health ».

« Ces signaux d’alarme précoces viennent nous rappeler que les capacités de la planète à absorber les pollutions et dégradations que nous lui imposons sont limitées. Et comme pour un sportif, approcher de trop près ces limites n’est pas sans danger… » alertent Natacha Gondran et Aurélien Boutaud, tous deux auteurs des Limites planétaires (éditions La Découverte).

Bien que scientifiques et planétaires, ces limites planétaires se veulent être un cadre opérationnel, comme en témoignent les nombreuses institutions et associations qui se l’approprient. De l’Union européenne au ministère de la Transition écologique en passant par l’association Wild Legal, les limites planétaires infusent progressivement la sphère publique. 

Néanmoins, le monde politique rechigne toujours à l’utiliser comme boussole pour orienter ses actions : la Convention citoyenne pour le climat (CCC) avait d’ailleurs proposé de légiférer le crime d’écocide dans le cadre des limites planétaires, et de créer une Haute Autorité des Limites Planétaires (HALP), déclinée en Hautes Autorités Régionales des Limites Planétaires (HARLP) pour garantir sa mise en oeuvre : ce projet a été évincé de la loi Climat et Résilience, en ce moment débattue à l’Assemblée Nationale.

Au concret, le Grand Lyon a mené, en 2019, une étude approfondie sur les conséquences du dépassement des limites planétaires à l’échelle de la métropole et sur les contributions possibles du territoire pour préserver ces équilibres. 

Plus récemment, la ville d’Amsterdam s’est inspirée des limites planétaires pour son plan de sortie de crise, s’appuyant sur la théorie du donut de Kate Raworth, dont le but est de définir « une boussole à l’économie pour permettre de répondre aux besoins des personnes dans la limite de ce que la planète peut offrir ».

© Oxfam France

Au-delà d’une représentation simplifiée des grands processus biogéochimiques, ce cadre invite à s’interroger sur le sens des limites, sur notre capacité en tant que société à nous autolimiter, c’est à dire à poser des limites aux pratiques qui mettent en danger la survie du vivant tel que nous le connaissons — et donc de nous-mêmes. 

« Une société vraiment libre, une société autonome doit savoir s’autolimiter, savoir qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire ou qu’il ne faut même pas essayer de faire », écrit Cornelius Castoriadis

À l’heure où l’on cultive frénétiquement l’illimité, l’urgence d’atterrir et de comprendre de quoi nous dépendons est plus que jamais saillante. Comme le rappelle le manifeste du Muséum national d’Histoire naturelle, Face aux limites, « cela demandera cependant un peu d’humilité et de lucidité : la reconnaissance des humains comme indissolublement ancrés en nature, petite partie d’elle (…) »

Les limites planétaires sont ainsi l’occasion d’entrer dans la complexité (et la beauté) de nos liens avec tous ces processus, avec le vivant. Un appel à la sobriété, à la décélération, à la juste mesure. 

Ce 7 avril marque la journée mondiale de la santé. Le Collectif Inter-associations pour la Santé Environnementale, regroupant 40 associations et 500 000 adhérents, lance un appel pour que la santé environnementale devienne un pilier du système médical à travers le soutien de politiques gouvernementales et citoyennes. Pour contrer l’arrivée de nouvelles crises sanitaires d’origines infectieuses et limiter le nombre croissant des maladies chroniques, il est urgent de changer de modèle. Nous publions aujourd’hui leur tribune.

La pandémie de Covid-19 exacerbe les crises environnementale et sociale préexistantes. Elle doit nous conduire à repenser notre politique de santé pour faire face au dé de futures crises sanitaires d’origine infectieuse.

Si le système de soins résiste, jusqu’à présent à la crise, avec difficulté et grâce au dévouement d’un personnel soignant en grande souffrance, il est urgent de le soulager du poids croissant des maladies chroniques, en établissant le second pilier du système de santé complémentaire au système de soins : la santé environnementale.

La crise sanitaire révèle encore davantage les liens très forts entre l’environnement et la santé. Si la naissance des zoonoses apparaît liée à la destruction et l’exploitation de la biodiversité, les conditions de leur développement sont liées à plusieurs facteurs parmi lesquels la fragilisation des populations atteintes de maladies chroniques.

Dans de telles circonstances, la santé publique ne peut se focaliser uniquement sur le curatif, certes indispensable, mais doit d’urgence intégrer la prévention primaire, pour permettre à chacune
et à chacun de ne pas tomber malade à cause de son environnement.

Lire aussi : Des chercheurs français démontrent que certains cocktails de pesticides sont un risque de cancer du sein

Il est urgent de revoir notre modèle de santé, de changer de paradigme et de référentiel, de penser la santé par une approche « Une seule santé », alliant les santés humaine et animale, ainsi que celle des écosystèmes, favorisant la perpétuation des espèces et des humains dans de bonnes conditions reproductives.

Il est essentiel de réduire les pollutions d’origine humaine, qu’elles soient chimiques, physiques ou biologiques, et leurs potentiels effets cocktail. Il est urgent de préserver et restaurer la qualité de l’alimentation, des eaux, de l’air ou des sols, sans oublier de prévenir les causes de troubles de la santé mentale sur le long terme, en forte croissance dans le contexte de la pandémie de Covid-19.

La Commission européenne a axé l’objectif « Zéro pollution en 2030 » et l’Assemblée générale de l’ONU a adopté en 2015 dans les Objectifs
de Développement Durable, la diminution de la mortalité par maladies chroniques de 30 % et l’arrêt de la progression de l’obésité et du diabète.

Le moment est venu de provoquer le « big bang » des institutions sanitaires et sociales et d’y associer les mouvements citoyens pour parvenir à ces objectifs et éviter que de nouvelles crises ne surviennent avec leurs conséquences désastreuses pour la société.

Lire aussi : « Cancer : le gouvernement ignore les risques liés à l’environnement dans sa stratégie de lutte 2021-2030 »

Nous, collectif d’associations citoyennes de défense de l’environnement, de la santé, des femmes, des droits, des consommateurs, d’associations familiales, de professionnels et de malades, de collectifs et de syndicats, réunis au sein du Collectif Inter-associations pour la Santé Environnementale, demandons aux autorités de tout mettre en œuvre pour que l’environnement dans lequel nous évoluons garantisse notre santé, celle de nos enfants, de nos proches, de la population tout entière.

Nous décidons de nous rassembler pour :
• Dénoncer les lacunes des politiques publiques actuelles en termes de santé environnementale.

• Porter une voix collective dans les médias et les relais de communication, auprès du Gouvernement, des institutions et des personnalités politiques, pour défendre une vision partagée de la santé environnementale.

• Peser auprès des forces politiques à l’occasion des élections départementales, régionales et présidentielles pour que soit proposée
une politique de santé environnementale lors des prochaines échéances électorales.

• Proposer des solutions opérationnelles, notamment institutionnelles, pour construire une politique publique de santé environnementale en France.

• Innover en termes de participation citoyenne en faisant remonter depuis les territoires, les volontés citoyennes, notamment en fédérant de grandes conférences citoyennes régionales de santé environnementale, en mobilisant et en sensibilisant le grand public.

Nous nous engageons, chacune et chacun, à faire de la santé environnementale un pilier du système de santé.

Personnes et associations signataires :

Mallory ANDRIANTAVY GUYON et Muriel AUPRINCE, Coll’Air Pur Santé
Arnaud APOTEKER, Justice Pesticides
Alain BAZOT, UFC-Que Choisir
Thomas BOURDREL, Collectif Strasbourg Respire Gérard BAPT et Chantal L’HOIR, Association Française des Malades de la Thyroïde
Michel BESNARD, Collectif de soutien aux victimes des pesticides Ouest
René CADOT, Action Santé Solidarité
Elisabeth CARBONE, Miramap
André CICOLELLA, Réseau Environnement Santé
Alain COLLOMB, Association Santé Environnement France Nathalie DELPHIN, Syndicat des Femmes Chirurgiens-Dentistes
Laure DUCOS, Greenpeace France
Cathy et Richard FAITG, CES 74
Chloé FOURCHON, Les Petites Z’étincelles
Laura GERARD, Confédération syndicale des familles Lamia KERDJANA, Jeunes Médecins
Christian KHALIFA, Indecosa CGT
Philippe LADOUGNE, Warrior Enguerrand
Laurent LALO, Collectif Regards
Malik SALEMKOUR, Ligue des Droits de l’Homme
Didier LAMBERT, E3M, campagne Pour des vaccins sans aluminium
Christine MALFAY-REGNIER, SOS-MCS
Agnès MAURIN et Philippe PALAT, Ligue Contre l’Obésité
Véronique MOREIRA, WECF France
François MOURGUES, C2DS
Guillaume MULLER, Collectif Air Santé Climat
Tania PACHEFF, Cantine sans plastique France
Sophie PELLETIER, PRIARTEM Ondes-Santé-Environnement
Alice PILLOT, PEPS’L
Virginie RIO et Céline FOURDRINOY, Association Collectif BAMP !
Carole ROBERT, Fibromyalgie France
Marie-Odile SOYER-GOBILLARD, HHORAGES France
Ghislaine SICRE, Convergence Infirmière
Jacques TESTART, Sciences Citoyennes
Marie THIBAUD, Collectif Stop aux cancers de nos enfants
Mathé TOULLIER, Association des Familles Victimes du saturnisme
Stéphane VEDRENNE, Eva pour la Vie, Fédération Grandir sans Cancer
Francois VEILLERETTE, Générations Futures
Stéphanie VILLE, Aidons Marina, Fédération Grandir sans Cancer

Fin février, la France a enfin adopté une « charte de transparence » sur l’expérimentation animale. Un maigre engagement comparé à l’omerta qui règne encore en maître dans les laboratoires pratiquant l’expérimentation animale. En France, cette pratique a lieu sur environ 2 millions d’animaux par an, et 12 millions en Europe – en plus de ceux qui sont tués pour étudier leurs tissus ex vivo. Face au manque de transparence, des associations écologistes luttent à présent pour mettre fin à ces pratiques barbares et développer des alternatives éthiques. Un article de Liza Tourman.

L’expérimentation animale, un projet détourné par les industriels

Dans un passé pas si lointain, à l’ère de la toutepuissance de l’industrie du tabac où cette dernière nous rendait encore en bonne santé ; une partie de la communauté scientifique se rassemblait afin de prouver ce que l’on peut nommer sans scrupules une majestueuse entourloupe.

Comment ces derniers s’y prenaient-ils ? En sollicitant une aide précieuse et innocente : celle des animaux. Ils badigeonnaient les souris de goudron, engendrant ainsi des cancers ou encore en forçant des singes attachés solidement au cou à fumer en non-stop.

Depuis, fort des combats des associations de protection des animaux, il y a eu des avancées sur la réglementation encadrant l’expérimentation animale. Mais qu’en est-il entre réalité et dissimulation ? Et surtout, des points de vue qui séparent les individus dans leur rapport aux animaux ?

Au sein de l’union européenne, la répartition des cobayes utilisés est faite ainsi : 90 % sont des souris, des rats, des poissons ou encore des oiseaux ; 10 % sont des lapins, des cochons d’Inde ou encore des poulets. Et un infime pourcentage mais représentant tout de même des dizaines de milliers de victimes sont des chiens, des chats ainsi que des singes.

En 2017, plus de 30 % des primates subissant des expériences dans l’Union européenne se trouvaient ainsi en France. De même, notre pays est le plus gros « consommateur » de chats parmi nos voisins, deuxième plus important pour les chiens après le Royaume-Uni.

Avec l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France, La Belgique est l’un des pays de l’UE le plus concerné par cette thématique. Aujourd’hui, plus de 538 000 animaux sont soumis chaque année à des expérimentations dans ses laboratoires.

S’appuyant sur l’argument de la biologie fondamentale, les chercheurs justifient les tests comme ceux de toxicité, de virologie, de traitements oncologiques (anti-cancéreux) comme nécessaires à la recherche et au développement.

En 2017, 1856 tests ont été effectués sur des chiens, et 82 536 expériences ont été considérées par les chercheurs comme octroyant des souffrances « graves » aux animaux. Enfin, 157 496 souris ont été élevées et tuées sans avoir subi d’expériences.

Les défendeurs de l’expérimentation animale se targuent qu’elle est le b.a.-ba des avancées scientifiques et la panacée de la lutte contre les maladies graves. Permettant de comprendre ces dernières et de développer ainsi les moyens de les éviter ou de les soigner.

Pourtant, une analyse récente publiée dans le BMJ a souligné le manque d’éléments convaincants qui prouveraient que les essais sur les animaux sont bénéfiques aux humains ou constituent une utilisation efficace des moyens à disposition de la recherche.

En 2015, PETA avait défrayé la chronique en révélant les expérimentations menées sur des chats par un laboratoire de l’Université de Wisconsin–Madison. Face à la polémique, l’expérience s’était terminée et les félins relâchés. Crédit : PETA

La trop faible réglementation de l’expérimentation animale

En Belgique, la mise en place du code Wallon le 1er janvier 2019 élaboré par le ministre Di Antonio, encadre désormais l’expérimentation animale. Les établissements doivent être agréés, les chercheurs soumettre leur projet de recherche à l’autorisation préalable d’une commission d’éthique locale, et une check-list de contrôle est élaborée par un expert qui transmet un rapport trimestriel au département du bien-être animal.

Aussi, une cellule locale est mise en place pour appliquer les recommandations du dit expert. Les utilisateurs doivent désormais appliquer le principe des 3R : Remplacement, Réduction, Raffinement.

Son but ? Limiter les nombres d’animaux utilisés et recourir à des méthodes alternatives qui n’utilisent pas d’êtres vivants ou le moins possible. Pourtant, les chiffres, en constante augmentation des dernières années, prouvent qu’il n’y a pas de réelle volonté de trouver d’alternative à ces pratiques.

Ainsi, derrière cet écran de fumée insufflé par la mise en place de lois, réglementations et de démonstrations de bonne volonté des chercheurs, on décèle une réalité moins idéale que celle écrite sur le papier.

Penchons-nous du côté des associations de défense des animaux qui se battent au quotidien pour révéler aux citoyens les sévices que subissent les animaux et qui sont payés en partie par leur impôt ; alors qu’un récent sondage a démontré que 68 % des européens sont opposés à ces méthodes cruelles.

En 2016, une membre de Gaïa a infiltré l’université libre néerlandophone de Bruxelles (VUB) au campus de Jette. Grâce à une caméra cachée, elle révèle au monde les atrocités qui y sont perpétrées : les comportements anormaux et démentiels des rongeurs dus à des conditions de vie plus qu’insalubres.

Parfois à plus de 17 dans les cages, les animaux se battent, s’automutilent, se dévorent entre eux et se blessent alors même qu’ils n’ont subi aucune expérience.

Après avoir questionné plusieurs chercheurs, il s’avère que les trois-quarts d’entre eux ne peuvent même pas quantifier le niveau de douleur qu’ils infligent aux animaux entre 1 et 4. Quand il y a surplus d’animaux, on les décapite ou on les euthanasie en les plaçant dans des congélateurs pour qu’ils meurent.

Pendant la période couverte par cette enquêtrice, elle n’a pu constater qu’un seul contrôle. Le responsable avait été prévenu une semaine à l’avance, laissant amplement le temps aux chercheurs de camoufler la vérité.

De nombreuses associations comme Gaïa, PETA, S.E.A, One Voice, 30 millions d’amis ou XR Animal se mobilisent pour l’arrêt de de la recherche effectuée sur les animaux :

« La plupart d’entre nous n’accepterait pas que des millions d’êtres humains naissent chaque année dans le seul but d’être soumis contre leur gré à des tests dangereux et invasifs. Alors, pourquoi accepterions-nous que des animaux non humains soient privés de nourriture, d’eau ou de sommeil, ou bien soient empoisonnés, brûlés, gazés ou électrocutés avant d’être enfin tués ?», estime Peta.

Crédit photos : AvyWildRebel

Pour répondre à ces attentes sociétales, les laboratoires se tournent désormais vers des animaux génétiquement modifiés qui ressentiraient moins la douleur, comme les poissons zèbres. Seulement, cette « alternative » fait face à deux écueils.

D’un point de vue éthique, nous pouvons ouvertement nous poser la question de la légitimité de ces expériences à partir du moment où souffrance il y a, peu importe sa quantification.

D’un point de vue pratique, ces fameux poissons zèbres ne partagent que 75 % du patrimoine génétique humain. Sachant que des expériences sur d’autres animaux avec un patrimoine génétique plus proche du nôtre sont invalidés par la science, la question de leur pertinence se pose largement.

De plus, les coûts engendrés par les conditions d’élevage sont terriblement élevés. Privilégier la libération de fond pour la recherche de méthodes alternatives sans animaux et moins coûteuses s’avère donc être la solution.

Pour l’heure, les habitudes ont la peau dure et les politiques tardent à mettre en place des mesures nécessaires à un changement structurel, comme en témoigne le gel du projet proposé par la ministre du bien-être animal belge Céline Tellier et qui constitue le chapitre VIII du code Wallon.

Ce dernier propose de taxer l’expérimentation animale, de prévoir un financement en faveur de méthodes innovantes sans animaux (travail en culture cellulaires humaines (in vitro), l’analyse de génome humain, la bio-informatique ou l’utilisation de la « banque d’organoïdes » etc …) qui seraient fiables dans la mesure où le patrimoine génétique serait humain.

Sous la pression tenace de nombreux scientifiques, la ministre a dû suspendre son arrêté pour le repousser au mieux à 2022/2023. Il serait donc convenable de se demander pour quelles raisons tant de voix se sont élevées contre ce projet alors que ces mêmes protestations se disent engagées et ouvertes à l’amélioration de la cause animale. Duplicité ?

Dans ce contexte obscur, de nombreux militants et experts du monde animal luttent pour que les citoyens et les autorités compétentes et indépendantes (vétérinaires, associations de protection de animaux, etc.) s’emparent de ce sujet si important et éthique et établissent eux-mêmes des lois régissant les questions sur l’expérimentation animale.

Des associations comme XR Animal (Collectif extinction Rébellion animale), ont ainsi récemment mené une action dans plusieurs universités belges dont celles de Liège pour dénoncer l’opacité et l’absence de démocratie qui flottent autour de ces institutions : un cimetière animal, une procession mortuaire, des stèles avec des photos de souris, de chiens, de singes, de poissons ont été déposées dans ces institutions, lieux symboliques de ce combat.

Crédit : Cruelty Free International – SOKO-Tierschutz.

En France, l’association One Voice a révélé en mars 2021 le rôle de la plateforme Silabe, un établissement de l’Université de Strasbourg, dans le commerce international des singes pour l’expérimentation animale.

Selon les informations recueillies par l’ONG et Action for Primates, cette plateforme importe et revend chaque année plus d’un millier de macaques à longue queue à d’autres laboratoires de recherche européens.

 » Ce sont de très jeunes primates qui font le voyage. Beaucoup de ceux venus de Maurice ont à peine un an et demi. De très frêles individus pesant deux kilos environ sont envoyés par « lots », dans des caisses sans confort, loin de l’attention et de la protection de leur mère. Le temps et les conditions de transport sont terriblement éprouvants pour les petits : stress, peur, etc. Et qu’est-ce qui les attend ? Les paillasses carrelées froides des laboratoires, des trépanations, des contentions insupportables, des produits irritants, des électrodes inquiétantes, des médicaments-poisons… Les singes ayant beaucoup de valeur pour les chercheurs, les survivants sont parfois vendus à d’autres laboratoires pour encore des années d’expériences. Pour finir, l’euthanasie ou l’abattage les attend, sans qu’ils entrevoient la moindre issue, la moindre retraite… » explique One Voice

Maigre consolation, la France a adopté fin février 2021 une « charte de transparence » sur l’expérimentation animale. En effet, les amendes prévues en cas de non-respect de certaines règles sont tellement dérisoires (d’un maximum de 450 à 750 euros), et si peu mises en oeuvre, qu’il n’existe aucun véritable garde-fou pour contrôler les expérimentations animales dans l’Hexagone.

A l’aube de la sixième extinction de masse, du réchauffement climatique qui se rapproche de nous à vitesse grand V. Au milieu d’une pandémie où la course aux vaccins représente plus qu’une question d’actualité, n’est-il pas évident que la thématique de l’expérimentation animale est devenue plus urgente que jamais ? Souhaitons-nous vraiment que les animaux soient les victimes de nos erreurs ou les épargnerons-nous en mettant nos efforts et notre argent dans la recherche de méthodes alternatives à l’expérimentation en laboratoire sur des êtres vivants et doués de sensibilité ?

La hausse des températures due au changement climatique a pour conséquence la baisse de l’enneigement moyen en montagne, en particulier à basse et moyenne altitude. Les stations de ski qui y sont situées sont ainsi menacées : même la neige artificielle, nécessitant des périodes de froid pour pouvoir en produire, ne peut permettre de pallier l’inexorable réduction du manteau neigeux. Parmi ces stations, le domaine skiable de Métabief, dans le Jura, a commandé une étude de son « avenir climatique » en vue de gérer ses investissements. Le résultat est sans appel : à l’horizon 2030-2035, la pratique du ski alpin ne sera plus rentable, condamnant la station. Le syndicat mixte qui l’exploite a pris la difficile et courageuse décision de prévoir la fermeture du domaine et surtout, de mettre en place un plan de « transition climatique » pour continuer de faire vivre ce territoire, malgré une baisse significative des revenus touristiques. Une première en France.  Une enquête de Loïc Giaccone.

Le ski en France

La France est l’une des principales destinations pour les sports d’hiver : elle se place dans le top 3 mondial, chaque année au coude-à-coude avec l’Autriche et les États-Unis, autour des 50 millions de « journées-skieur », l’unité de mesure de la fréquentation des stations. 

D’après Domaines Skiables de France (DSF), la chambre professionnelle qui rassemble une majorité d’entre elles (250 sur les un peu plus de 300 que compte le pays), plus de 120 000 emplois directs et indirects dépendent de l’ouverture des stations. L’économie du ski représenterait au total autour de 10 milliards d’euros par saison. 

Ces chiffres impressionnants (qui permettent de prendre conscience de l’ampleur de la crise provoquée par la Covid-19, les domaines étant fermés cet hiver) masquent une situation très hétérogène en fonction des stations et des massifs. 

Les Alpes rassemblent 86% de la fréquentation, les Pyrénées 8% et les Vosges, le Massif central et le Jura, 2% chacun. Un petit nombre de grands et très grands domaines skiables représente 78% du marché, essentiellement situés dans les Alpes, et en particulier dans les Alpes du nord.

Également, le ski reste une pratique assez chère et ainsi,fortement marquée socialement : seuls 17% des français partent régulièrement en vacances en hiver, dont 8% vont à la montagne. 

Parmi eux, les cadres, les diplômés du supérieur, les plus aisés et les habitants des grandes villes sont surreprésentés. Ces moyennes masquent cependant des spécificités de clientèles propres à chaque station : locales, de séjour, « excursionnistes », etc.

Le « moment de puissance » est l’unité de mesure de capacité des remontées mécaniques – Crédit : Atlas environnemental des stations de ski et des communes supports de stations

Ski et changement climatique

La hausse des températures due au changement climatique a de nombreux impacts en montagne : baisse de l’enneigement, dégel du pergélisol (sols et parois gelés en permanence à haute altitude, ce qui entraîne des écroulements rocheux), fonte et recul des glaciers, remontée progressive de la biodiversité en altitude et en latitude, augmentation du risque incendie en été… La liste est longue.

La réduction du manteau neigeux est le problème principal des stations de ski. Bien que les précipitations, au-delà de leur forte variabilité interannuelle, restent à peu près constantes, l’augmentation de la température moyenne provoque la diminution des chutes de neige, qui ont lieu de plus en plus souvent sous forme de pluie. 

L’enneigement est ainsi de moins en moins conséquent et sur une durée de plus en plus courte, essentiellement à basse et moyenne altitude (en-dessous de 2000 m). Cela touche donc en premier lieu les stations situées dans ces secteurs.

Les domaines skiables, appuyés par les collectivités, ont fortement investi ces dernières années dans la neige artificielle : faite à partir d’eau et d’air sous pression (nécessitant infrastructures et énergie), elle permet de pallier le manque de neige. Cependant, il n’est possible d’en produire qu’en-dessous d’une certaine température. 

Crédit : SMMO

De plus, l’impact environnemental des canons à neige est titanesque. Pour produire 2m3 de neige de culture, il faut 1m3 d’eau. Pour un hectare de neige, sur une épaisseur de 60 centimètres, il faut donc compter 4 000 m3 d’eau. Soit l’équivalent d’une piscine olympique ! Chaque année, les enneigeurs pompent ainsi 28 millions m3 d’eau environ, ce qui équivaut à la consommation annuelle en eau potable d’un demi-million de Français, estime le site Bastamag

Les canons à neige nécessitent également de l’énergie (1 à 3 kWh par m3 produit) et des infrastructures à installer, canalisations et surtout retenues collinaires d’altitude. Enfin, ces investissements sont pour la plupart largement soutenus par les pouvoirs publics, parfois sans prise en compte de leur pertinence au regard de la menace climatique.

Avec le réchauffement en cours, les domaines les plus bas risquent d’être menacés à court terme, même en y ayant recours. Une étude effectuée pour le département de l’Isère a montré qu’à l’horizon 2050, les stations les plus hautes et aux capacités financières importantes de ce secteur pourraient continuer d’être « viables ». À condition que la clientèle soit toujours au rendez-vous pour venir skier de plus en plus souvent sur des bandes de neige artificielle… 

Une autre étude effectuée par la même équipe de chercheurs mais cette fois-ci, à l’horizon 2100 et à l’échelle de la France, dresse un tableau plus noir : dès le milieu du siècle, de nombreuses stations situées à basse et moyenne altitude seront en difficulté, notamment dans les Pyrénées. 

Mais surtout, durant la seconde moitié du siècle, la situation dépendra des émissions de gaz à effet de serre : elle évoluera peu si l’on suit un scénario « optimiste » avec de fortes réductions ; en revanche, si l’on suit un scénario « pessimiste » avec la poursuite de la hausse des émissions, seule une vingtaine de domaines skiables pourraient offrir des conditions de ski en 2100, tous situés dans les Alpes et à haute altitude.

Crédit : SMMO

La situation à Métabief

Métabief est l’une de ces stations de ski aux avant-postes du changement climatique. Située dans le Haut-Doubs, dans le massif du Jura et non loin de la Suisse, ses pistes et remontées mécaniques sont relativement basses : le front de neige est à 900 m, et le point culminant à 1400 m.

C’est une station de taille moyenne, gérée par le Syndicat Mixte du Mont d’Or (SMMO). Elle ouvre l’été pour le VTT, cette activité représentant environ 10% du chiffre d’affaires annuel.

La station a un poids économique important, au-delà de la seule vente des forfaits : avec les retombées économiques directes et indirectes, elle représente 25% à 30% de l’économie touristique du pays du Haut-Doubs. À cela, il faut ajouter le ski nordique, également menacé par la hausse des températures, une pratique importante dans le Jura : il pèse autour de 20% de cette économie touristique.

Après une quinzaine d’années de laisser faire au niveau de la gestion du domaine avec peu d’entretien et d’investissements, le syndicat mixte a repris les choses en main à partir de la fin des années 2000, en commençant par investir dans la neige artificielle. Les remontées mécaniques ont été entretenues, cependant, la question de leur remplacement se posait de plus en plus. 

Or, le changement climatique se faisait de plus en plus prégnant, notamment sur le terrain dans les ressentis du personnel responsable des canons à neige, qui voyaient les périodes de froid devenir de plus en plus courtes et rares. La question de la pertinence de ces investissements importants s’est alors posée.  

Crédit : SMMO

Dès 2016, grâce aux données du portail DRIAS de Météo-France, le personnel a pu avoir une première estimation de la fin provisoire de la station, autour de 2040.

Les chercheurs ayant réalisé les études sur l’évolution de l’enneigement des stations de ski, ont développé un outil, ClimSnow, qui permet d’analyser très précisément cette évolution pour un domaine précis : piste par piste, secteur par secteur, au fil des décennies et en fonction des scénarios climatiques.

La station de Métabief a été la première à bénéficier de cette expertise, et le résultat a été sans appel :

« – A l’horizon 2040-2050, la viabilité du ski alpin est nettement remise en cause => à cet horizon, les modèles prédisent clairement la fin de l’activité économique liée au ski alpin,- A l’horizon 2030-2040, seules les pistes équipées de neige de culture résistent aux aléas climatiques croissants => à cet horizon, la fréquence de mauvais hiver serait très élevée et même si la neige de culture permettrait de proposer un minimum de ski, cela n’engendrerait pas suffisamment de recettes pour équilibrer l’exploitation. Un déficit chronique s’installerait, insupportable pour les collectivités membres du SMMO. Le modèle économique lié au ski alpin doit donc anticiper une fin potentielle du ski alpin à l’horizon 2030-2040. » (extrait de la synthèse des consultations du SMMO, octobre 2020)

Un extrait de l’étude climatique ClimSnow, présentant l’évolution du nombre de jours d’enneigement pour les différents secteurs de la station à l’horizon 2040

Un nécessaire deuil, en vue de passer à « l’après » 

L’étude climatique produite par ClimSnow acte de manière froide et scientifique la fin de la station de ski de Métabief, sous 10 à 15 ans. Pour les personnes qui travaillent et vivent dans ce village depuis des années voire des décennies, avec un certain attachement à la station et ses activités, c’est forcément un coup dur. 

Olivier Erard est le directeur du syndicat mixte et l’un des acteurs principaux de la transition de Métabief. Il explique que cela a été difficile pour tous :  

« Quand on commence à se dire « dans 10-15 ans, c’est terminé », c’est le choc. Celui qui prévaut au deuil. Il s’ensuit donc une réaction de déni, voire de colère. Et comme tout le monde ne réagit pas au même rythme, c’est forcément une période d’instabilité, d’inconfort. »

Le personnel de la station, étant sur le terrain tout au long des saisons et donc confronté à la problématique, a progressivement compris et accepté la situation. Cela a été un peu plus compliqué pour les élus, avec lesquels il a fallu faire preuve de patience et de pédagogie. 

Pour le directeur du SMMO, il est important que le porteur de la « mauvaise nouvelle » soit légitime, qu’il provienne de la station elle-même, afin d’être entendu. Il raconte :

« J’ai vu clairement des moments-clés se dérouler devant moi. Lorsque l’un des plus fervents détracteurs de notre projet d’arrêt des remontées mécaniques s’est levé un jour en réunion pour mieux comprendre ce que je projetais à l’écran, qu’il a verbalisé tout haut son cheminement intellectuel et qu’il s’est retourné en disant : « c’est vrai, on n’a pas le choix », j’ai su que c’était bon. Quand j’ai vu les élus du Département aussi impliqués lors du rendu de l’étude ClimSnow, j’ai su que c’était gagné. »

Car Olivier et ses équipes ne venaient pas les mains vides : ils avaient préparé un plan de « transition climatique » pour la station de ski, qu’ils présentaient aux élus et aux socioprofessionnels après leur avoir annoncé la fermeture future du domaine skiable.

« La station de Métabief se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire. » (extrait du rapport sur la contribution du SMMO à la transition climatique du modèle touristique du Haut-Doubs, avril 2020)

Dans ce plan de transition accepté et soutenu par les élus, la fermeture de la station de ski est actée à l’horizon 2030-2035. Durant le délai que cela laisse, le syndicat mixte va travailler sur deux axes : entretenir le domaine afin de maintenir l’activité de ski alpin pour les 10 à 15 prochaines années, et engager une diversification de ses activités.

Le fait de prolonger l’activité ski « jusqu’au bout » permet d’avoir du temps pour mettre en place cette diversification. 

Au niveau du ski alpin, la station va investir 6 millions d’euros durant les cinq prochaines années : maintenance des installations, renforcement de la neige de culture sur certains secteurs identifiés comme stratégiques, évolution des zones d’apprentissage pour les débutants. 

Concernant la « transition » proprement dite, les membres du syndicat mixte ont dû composer avec deux contraintes :
– L’environnement sensible du Massif du Mont d’Or, riche en biodiversité et en paysage remarquables,
– Un parc de remontées mécaniques peu adaptées à d’autres usages que celui du ski alpin, avec une seule remontée utilisable en été par les piétons et les VTTistes (la seule remontée qui restera en place après la fermeture).

Le but était de ne pas retomber dans les pièges développementistes des années 70 et 80. Il n’était pas question de construire un grand restaurant au sommet, ou un stade aquatique sur le lac du Morond. 

Crédit : SMMO

En tenant compte de ces critères, le SMMO a choisi de travailler sur trois activités :
– La luge quatre saisons, en investissant pour remplacer la vieille luge d’été actuellement en place,
– Le VTT de descente, en améliorant et diversifiant les pistes existantes, mais sans pour autant en créer de nouvelles ce qui nécessiterait d’aménager des espaces naturels,
– Et surtout, la randonnée « contemplative », avec un projet d’aménagement de la partie sommitale du domaine.

Ce dernier point se fera de la manière la plus intégrée à l’environnement possible, dans le but de permettre aux promeneurs de découvrir l’espace naturel du Mont d’Or, tout en le préservant. Cette partie « diversification » du plan est de 7 millions d’euros, le plan total faisant 13 millions d’euros.

Le SMMO estime que le chiffre d’affaires que permettra de générer cette nouvelle « station » sera d’environ un tiers de celui généré par la station de ski. Cela équivaut à une baisse de 20% pour l’économie touristique du territoire, atténuant l’impact de la fermeture mais ne pouvant la compenser intégralement. 

Si l’on ajoute la fin potentielle du ski nordique, la baisse pourrait atteindre 40%. Le SMMO invite donc le territoire, c’est-à-dire les collectivités, les socioprofessionnels et les habitants à continuer le travail afin de se préparer et anticiper leur avenir touristique et économique.

La transition, c’est maintenant

Le cas de Métabief permet de bien comprendre que pour certaines stations de ski, leur avenir est menacé à court terme. Il est urgent d’enclencher le travail de transition dès aujourd’hui afin d’anticiper l’arrêt futur des remontées mécaniques et atténuer le choc que subira l’économie locale. 

La mise en place d’une transition de ce style ne se fait pas en une saison, on l’a bien vu cet hiver avec la crise de la Covid-19, qui a paralysé l’industrie des sports d’hiver.

La diversité des contextes locaux empêche de simplement « calquer » un modèle de transition d’un endroit à un autre. Le document méthodologique produit par la station de Métabief pour relater son expérience présente de nombreux critères dont les opérateurs des domaines et les élus doivent tenir compte afin de développer leur propre voie de transition : situation géographique, installations et infrastructures existantes, endettement, compétences techniques internes, clientèle, hébergements, dépendance économique du territoire au domaine, environnement naturel et disponibilité des ressources en eau. 

Olivier Erard insiste pour que les stations prennent en main leur destinée, alors que le changement climatique atteint déjà les +1,2°C :

« Je dirais à toutes les stations qu’elles ont la responsabilité de bien connaître leur montagne, son environnement, ses enjeux liés à l’eau et ses perspectives climatiques. Cela doit faire partie des fondamentaux et non plus des options. Tout le monde dispose maintenant des outils pour accéder à la connaissance, il n’y a pas d’excuse. »

De nombreux représentants de l’industrie des sports d’hiver ainsi que des élus et des membres du gouvernement étaient réunis à Métabief les 16 et 17 mars dernier pour un colloque organisé dans le cadre de la Stratégie de l’Union européenne pour la région alpine (SUERA), intitulé « Les stations de ski face au changement climatique »

Les associations Mountain Wilderness et Transition des Territoires de Montagne y ont lancé les États généraux de la Transition du Tourisme en Montagne. Le syndicat mixte a présenté l’expérience de la station et le plan de transition qu’elle vient de mettre en place. Olivier y était :

« Cet événement avait pour vocation de passer tous nos messages, et nous avons été entendus. Nous n’avions rien à vendre, juste à témoigner et à partager. Au début des rencontres, il y avait un sentiment de méfiance. Après les rencontres, le fond de la démarche a été unanimement reconnu. Je pense que la transition est pour tout le monde une occasion de trouver de nouvelles opportunités, à condition d’avoir des approches différenciées, territoire par territoire, de ne pas chercher la « solution miracle ». 

L’industrie du ski peut se transformer, les acteurs du tourisme peuvent innover. C’était un moment émouvant, un instant historique pour la montagne ! »

En ce printemps 2021, le mouvement « Les soulèvements de la Terre » a décidé d’occuper les terres pour les protéger de la bétonisation. Ce grand mouvement de résistance débute par une manifestation à Besançon le 27 mars pour défendre « Les Jardins des Vaîtes », un lieu emblématique de la Ville qui héberge de nombreux potagers et vergers, mais aussi des espaces boisés et zones humides abritant des espèces protégées. Depuis quelques années, les jardiniers des Vaîtes résistent avec succès à la menace des bulldozers qui veulent tout raser pour constuire un écoquartier. Nous relayons aujourd’hui leur cri du cœur pour sauver ce bien commun.

Les Vaîtes et les Lentillères sont deux luttes sœurs. Des terres maraîchères, des jardins populaires, des espaces autogérés, dans les deux cas menacés par des projets de bétonisation qui avancent sous le signe d’un capitalisme peint en vert en s’appelant éco-cité, ou éco-quartier.

Les Vaîtes, 34 hectares de terres menacées à Besançon par un « éco-quartier », les Lentillères 9 hectares à Dijon qui font face au béton froid et gris de la première phase en cours de réalisation de l’écocité « des Maraîchers ».

Ce qui nous relie, c’est une même résistance. Une résistance à l’artificialisation des terres qui partout avance. Une résistance au phénomène de métropolisation qui touche ces deux villes et met en concurrence des territoires entre eux.

Les habitant·es subissent toujours et partout les mêmes formes d’urbanisme mondialisé qui lissent et homogénéisent les vies urbaines.

Contre ces logiques de concurrence, les Vaîtes et les Lentillères incarnent une solidarité et une entraide entre territoires en lutte contre une logique destructrice et conscients de la nécessité d’un changement sociétal profond.

Nous, collectifs, associations, paysan·nes, territoires en luttes, nous nous reconnaissons dans cette volonté de dépasser les clivages concurrentiels. Nous avons un autre modèle à proposer : celui de la coopération, de la défense du vivant, de la défense des terres et de l’agriculture paysanne, celui du droit à cultiver son jardin même sans titre de propriété.

Avoir accès à la terre en ville, c’est aussi donner les moyens aux plus précaires, qui n’ont pas le luxe de pouvoir s’échapper à la campagne quand bon leur semble, de cultiver et récolter des légumes.

Jardins des Vaîtes – Crédit : Anaïs Florin

Nous voyons cette lutte conjointe des Vaîtes et des Lentillères comme un pas vers un horizon désirable. Un horizon dans lequel se développe un rapport sensible au vivant qui dépasse les expertises scientifiques.

Un horizon où la ville n’est pas que densification et la campagne que désertification. Un horizon où les liens tissés entre jardinièr·es, habitant·es et non-humains ne sont pas du superflu « non essentiel ».

Ce sont des petits morceaux de monde à préserver face à l’avancée des pelleteuses.

Jardins des Vaîtes – Crédit : Anaïs Florin

Des pans de forêts entiers brunissent sous l’effet du réchauffement climatique. La biodiversité s’effondre. L’équivalent d’un département de terres agricoles ou naturelles disparaît tous les 7 ans sous le béton.

Les politiques qui favorisent l’épuisement et l’artificialisation des sols, l’accaparement des terres, le développement des industries polluantes et toxiques sont une fuite en avant suicidaire. Cela ne peut plus durer. Que ce soit en zone urbaine ou rurale, il nous faut stopper l’artificialisation.

« Nous ne nous résoudrons pas à contempler la fin du monde,impuissants, isolés et enfermés chez nous. Nous avons besoin d’air, d’eau, de terre et d’espaces libérés pour explorer de nouvelles relations entre humains comme avec le reste du vivant. » (extrait de Soulèvements de la Terre – Appel à reprendre les terres et bloquer les industries qui les dévorent)

Aux Vaîtes, comme aux Lentillères, et ailleurs, nos luttes apportent aussi la preuve que la mobilisation permet de gagner. Qui aurait parié sur l’abandon de l’écocité à Dijon ? Qui pensait que France Nature Environnement 25-90 et l’association Les Jardins des Vaîtes obtiendraient au Tribunal Administratif puis au Conseil d’Etat le blocage des travaux depuis un an et demi ?

Nous réaffirmons que le projet de bétonisation des Vaîtes est un projet écocide, inutile, et qu’il doit être totalement abandonné, pas revu à la baisse ou réaménagé. Nous n’avons plus le luxe de nous satisfaire d’une destruction moindre face aux défis environnementaux. Si les travaux devaient reprendre, nous serions mobilisé·es pour nous y opposer.

Le 27 mars, nous défilerons dans la ville et rejoindrons les Vaîtes pour fêter et réaffirmer l’engagement qui nous lie à cette terre. RDV à 11h00 le samedi 27 mars, place de la Révolution à Besançon  

Aujourd’hui aux Vaites à Besançon, les 10 et 11 avril à Rennes au Prévalaye (cultures collectives vs zones de loisirs), les 22 et 23 mai au Perthuis en Haute Loire (paysans expropriés vs construction d’une déviation routière), les 19-20-21 juin à St Colomban en Loire Atlantique (défense du bocage menacé par les carrières de sable et le maraîchage industriel), nous nous retrouverons pour nous soulever ensemble et dessiner un avenir à la hauteur des défis écologiques et sociaux.

Collectifs signataires :

Association Les Jardins des Vaîtes, Quartier Libre des Lentillères, Confédération paysanne Bourgogne Franche-Comté, Confédération paysanne 25/90, Confédération paysanne 21, Confédération paysanne 39 , Extinction Rebellion Besançon, Extinction Rebellion Dijon, Solidaires 25, Solidaires 21, Solidaires 89, France Nature Environnement 25-90, MIRAMAP (mouvement Inter-Régional des AMAP), Réseau des AMAPs Bourgogne-Franche-Comté, GAB 25/90 (Groupement des Agriculteurs Biologiques), UNL du Doubs (Union Nationale Lycéenne), Coordination contre les center parcs NINA (ni ici ni ailleurs), Le Pic Noir (Poligny – 39), La zone du dehors (39), Les Jardins de l’Engrenage (Dijon), L’Espace Autogéré des Tanneries (Dijon), SVP Héricourt (Sauvegarde du Vivant du pays d’Héricourt), Collectif Franche-Comté sans OGM, Vigilance OGM 21 , RISOMES (Réseau d’Initiatives Solidaires Mutuelles et Ecologiques – 21), APPEL (Association pour la Protection du Patrimoine Environnemental Local – 68), ATTAC Besançon, Alternatiba/ANV COP21 Besançon, Les Amis de la Terre 21 , ARPENT (Association pour la Restauration et la Protection de l’Environnement du Tonnerrois – 89), Adret Morvan (protection de la forêt – 58), L’écolieu du Carrouège (58), Librairie associative l’Autodidacte (Besançon), Ledokiosque (Lons le Saunier – 39), CNT Jura, GAF Besançon (Groupe d’Actions Féministes), SolMiRé Solidarité Migrants Réfugiés (Besançon), Biocoop Vesonbio (Besançon), Association Village Tarragnoz (Besançon), Trivial Compost (Besançon), ÉCO-lié·e·s (Jeunes pour le climat Besançon)

Fermes signataires :

La Ferme du Mouton Noir (25), GFA citoyen Champs Libres (21), Caracoles Sagar (88), Pré Vélot (21), Le Jardin des Maraîchères (21), Les potes en ciel (25), Le jardin d’Hélène(70), La Ferme de l’Iserole (39), Les jardins de Vauvenise (70), Les jardins de Grusse (39), Le potager des culs fouettés (39), De ville en jardin (70), La Ferme des Prés (70), Jardin o reve de terre (39), Les Maraîchers de Montain (39), La Ferme de Champandré (39), Lods à la bouche (25), Au petit jardin (25), La ferme de la POMMERAIE (39), Ciboulette – Agriculture Biologique à Savagna (39), Le Jardin de Nath (25), Gaec de la Semilla (25), Au Jardin de Marchaux (25), La Ferme du Chat noir (39), Les Tilles légumes (21)

Parmi les nombreux opposants à la 5G, un collectif de 500 citoyen.ne.s a assigné en justice les 4 opérateurs français (Free, Orange, Bouygues Telecom, SFR) afin d’obtenir un véritable débat démocratique sur le sujet. Et le temps presse : les opérateurs ont déjà activé plus de 10 000 antennes sur le territoire. Après avoir contraint les opérateurs téléphoniques à participer à une médiation avec le Collectif des 500, le tribunal judiciaire de Paris a finalement fait volte-face. Il a décidé de débouter le Collectif des 500 sous prétexte que la requête aurait dû être portée devant le tribunal administratif, alors que les procédures judiciaires étaient lancées depuis plus de six mois. Un désaveu démocratique pour le Collectif des 500 qui a décidé de faire appel.

Depuis plusieurs mois les citoyens, collectivités et associations s’inquiètent du déploiement de la 5G en France, en pleine incertitude sur ses potentiels impacts, tant au niveau sanitaire qu’écologique. Plusieurs personnalités et collectifs réclament la mise en place d’un débat démocratique éclairé sur le sujet. Procès 5G France a donc décidé de recourir à la justice afin d’exiger des réponses de la part des 4 opérateurs télécoms français.

« Les enquêtes ont montré que le niveau de connaissances des français sur les impacts, les avantages et les inconvénients de cette technologie est aujourd’hui quasiment nul. Les citoyens ont pourtant leur mot à dire car cette avancée technologique porte en elle un projet de société, invisible du grand public. »

« À quoi ressemblera notre France ainsi connectée ? Personne ne le sait et pourtant, la 5G se déploie… » dénonce le Collectif des 500

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En vertu du principe de précaution, le 26 mai 2020, le Collectif des 500 a assigné les 4 opérateurs français (Free, Orange, Bouygues Telecom, SFR) en référé expertise auprès du tribunal judiciaire de Paris. Ce collectif est défendu par Me Jean-Marc Descoubes et représenté par Côme Girschig, 25 ans, ambassadeur pour le climat à l’ONU et porte parole du mouvement On Est Prêt.

Alors qu’il avait dans un premier temps forcé les opérateurs téléphoniques à accepter une médiation, le tribunal judiciaire de Paris a rendu sa décision le mardi 16 mars 2021 dans l’après-midi : le Collectif des 500 a été débouté. Le tribunal considère en effet que la requête aurait dû être portée devant le tribunal administratif.

Un désaveu pour les requérants, qui considèrent que la décision du tribunal judiciaire est expéditive et insuffisamment motivée.

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« Malgré plus de 6 mois d’échanges de conclusions entres les parties (plusieurs centaines de pages de conclusions cumulées), une procédure de médiation, et 3 mois de délibération en formation élargie, le tribunal s’est simplement déclaré incompétent. »

La décision du tribunal se base en effet sur une petite partie de la demande du Collectif des 500 (expertise sur les aspects sanitaires) et ignore les trois autres axes de l’expertise demandée (environnement, cybersécurité, et libertés individuelles).

« Justice n’a pas été rendue. Le délibéré du tribunal est truffé d’erreurs de procédures. La décision en elle-même est surprenante alors que ça fait près de huit mois que les procédures sont lancées. Il y a une sorte d’irrespect, presque, de la mobilisation et du travail d’information qui a été mené depuis tout ce temps. Pour se déclarer incompétent, il se fonde sur l’aspect individuel car aucun des membres de notre collectif n’habite près d’une antenne. Mais c’est d’appliquer le principe de précaution sur un projet de société dont nous parlons. » Côme Girschig, ambassadeur pour le climat à l’ONU et porte parole du mouvement On Est Prêt, à La Relève et La Peste

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Pour le collectif des 500, le tribunal n’a pas compris leur demande : ils n’attaquent aucun acte administratif mais bien la responsabilité contractuelle ou délictuelle des opérateurs privés.

« Un exemple utile pour comprendre est celui des procès contre la firme Monsanto en France : malgré le respect des normes environnementales et sanitaires fixées par l’État, le juge a accordé une expertise judiciaire et engagé la responsabilité délictuelle de la firme. » explique le Collectif

Constatant les multiples erreurs de procédures ainsi que le caractère particulièrement expéditif du jugement, le Collectif a décidé de faire appel dans les deux semaines qui viennent.

A la veille de l’examen du projet de loi « Climat et Résilience » en séance plénière à l’Assemblée nationale, plus de 120 manifestations sont prévues partout en France pour dénoncer son manque d’ambition et exiger un texte à la hauteur de l’urgence écologique. Nous relayons aujourd’hui l’appel à la mobilisation de plus de 400 organisations qui s’unissent pour une Marche pour une Vraie Loi Climat ce dimanche 28 mars.

Alors que le projet de loi est très loin de répondre à l’objectif de 40% minimum de réduction d’émissions de gaz à effet de serre inscrit dans la feuille de route de la Convention Citoyenne pour le Climat, et encore moins le nouvel objectif européen de -55%, plus de 400 organisations (un record) se mobilisent pour dénoncer un projet de loi qui n’est pas à la hauteur de l’Histoire.

D’Alternatiba à la CFDT, de Greenpeace à Makesense, en passant par de nombreuses personnalités comme Cyril Dion, Yann Arthus-Bertrand, ou encore l’actrice Lucie Lucas, les appels à mobilisation s’intensifient. 

« Chaque jour qui passe sans que nous ne faisons rien aggrave le dérèglement climatique et nos conditions de vie sur Terre : malgré la pandémie mondiale, 2020 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée. Aucune mesure ambitieuse n’a été prise sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, et ce dernier texte législatif concernant l’environnement le confirme une fois de plus. » dénonce Elodie Nace, porte-parole d’Alternatiba.  

Tous les observateurs sont unanimes : les 150 membres de la Convention citoyenne pour le Climat, d’abord, qui ont attribué une note de 2,5/10 à l’action gouvernementale en réponse à leurs propositions.

De nombreuses organisations ensuite, tout comme le Conseil national de la transition écologique, le Conseil économique, social et environnemental ou encore le Haut Conseil pour le Climat, ce dernier jugeant que l’Etat s’engage dans des délais « manifestement incompatibles avec le rythme attendu de l’action contre le changement climatique ».

Lire aussi : « Pour le Haut Conseil pour le Climat, le projet de loi Climat et Résilience n’est pas à la hauteur de la crise climatique »

« J’ai traversé cette Convention avec, à l’esprit, l’amour pour mes enfants et petits-enfants, leur avenir dans un monde habitable, sûr, et socialement juste. Rejoignez-nous dans la rue pour réclamer un projet de loi à la hauteur de la crise climatique qui s’annonce, et donner ainsi un avenir à ceux qui viennent après nous », explique Guy Kulitza, membre tiré au sort de la Convention citoyenne pour le Climat. 

Le gouvernement, qui a pourtant été reconnu coupable d’inaction climatique à deux reprises récemment, a mis de côté ou considérablement amoindri les propositions de la Convention citoyenne pour le climat que cette loi était censée reprendre.

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En ce sens, Emmanuel Macron a trahi sa parole donnée aux citoyen·nes de la Convention Citoyenne pour le Climat, et confirme le bilan très faible de son quinquennat sur le plan environnemental. 

« La Convention Citoyenne pour le Climat est un exercice démocratique inédit qui a permis à 150 citoyens, représentatifs de la société française, de se former et de trouver des consensus pour proposer un socle minimum pour une autre société plus résiliente et respectueuse du vivant. Ne pas respecter leur travail aujourd’hui est un déni de démocratie. » rappelle Magali Payen, d’Onestprêt.

Car le gouvernement a usé de tous les stratagèmes possibles pour empêcher les députés d’améliorer le texte : passage en procédure accélérée, temps législatif programmé réduisant les débats au maximum, article 45 de la Constitution interprété de manière stricte (44% des amendements déposés ont été déclarés irrecevables, le plus haut taux de tout le quinquennat).

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Les lobbys, qui n’avaient pas pu agir directement sur le processus de la CCC, ont également tout mis en œuvre pour affaiblir le texte, menant à des situations ubuesques comme le débat sur l’aide à l’achat de véhicules neufs pour les ménages précaires évacué en 10 minutes après une heure et demi de débats sur l’admission des voitures de collection dans les Zones à Faibles Emissions.

Dans le cadre des nouvelles mesures sanitaires, il est à noter que les mobilisations sont bien maintenues partout en France, les rassemblements en extérieur demeurant autorisés. A Paris, le rendez-vous est donné place de l’Opéra à 14h. Le cortège festif se dirigera jusqu’à la Place de la République.

Les organisateurs des mobilisations du 28 mars. Le lien de l’événement.

Crédit photo couv : Jerome Gilles / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Les Grévistes de la Faim pour un Avenir Possible lancent aux citoyennes et citoyens un appel solennel à se joindre à leur action, dans chaque pays. Nous relayons ici leur tribune. Ce collectif se décrit comme un mouvement de citoyens bouleversés, indignés ou révoltés par le manque d’ambition politique face au réchauffement climatique mondial et à l’effondrement systémique de la Nature.

La crise écologique mondiale se confirme sous nos yeux : l’année 2020 a été la plus chaude jamais enregistrée dans de nombreux pays, les catastrophes liées au dérèglement climatique se sont multipliées partout (méga-feux, ouragans, inondations, atteinte aux productions agricoles…) et la sixième extinction de masse, qui concerne tous les pans du Vivant, s’est poursuivie et aggravée.

Depuis des décennies, des centaines d’études scientifiques (travaux du « Club de Rome », du GIEC, de l’IPBES, etc.) alertent sur cette crise globale à venir. Pourtant, nous constatons que la plupart des gouvernements ne prennent pas de mesures assez fortes dans la bataille mondiale engagée pour la protection du climat et de la biodiversité.

La crise sanitaire en cours montre à chacun d’entre nous, quel que soit son pays d’origine, sa couleur de peau, son âge, son métier, ses revenus, qu’un effondrement systémique de nos sociétés est possible.

Ce qui se passe avec le COVID 19 n’est qu’un petit avant-goût de l’ensemble des conséquences liées au réchauffement climatique et à l’érosion de la biodiversité.

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Cette crise sanitaire aurait dû être l’occasion d’engager davantage l’ensemble des nations dans la transition écologique. Pourtant, nous constatons que la majeure partie des efforts financiers actuels vise au maintien des systèmes économiques existants plutôt qu’au développement de systèmes adaptés aux enjeux futurs.

Le Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies a récemment appelé à la mise en place d’un état d’urgence climatique mondial jusqu’à atteindre la neutralité carbone et a déclaré : « Si nous ne changeons pas de cap, cest du suicide ! ».

Or, nous ne changeons pas suffisamment vite de cap. Notre stagnation est même un facteur fortement limitant de nos chances d’avenir.

La grève de la faim effectuée à partir d’octobre 2020 par le Rapporteur Général du Budget Européen, pour dénoncer le misérable montant alloué à la résolution de la crise climatique et exiger une taxation de la spéculation financière, a lancé une véritable vague d’indignation dont notre mouvement est issu.

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Depuis novembre 2020, en France, en Belgique et dans d’autres pays, 150 personnes de tous horizons ont entamé des grèves de la faim pour exiger le déblocage des moyens nécessaires à la transition écologique mais aussi à la santé, à l’éducation et à l’emploi.

Notre mouvement de grévistes de la faim est spontané, notre organisation informelle, non partisane et solidaire. Nous sommes des citoyens déterminés à peser sur les décisions de ceux qui nous dirigent et à contribuer à engendrer une prise de conscience collective.

La grève de la faim est une forme de mobilisation radicale, c’est précisément pourquoi nous l’avons choisie. Elle exige un engagement physique et mental fort qui préfigure les difficultés alimentaires qui attendent une grande partie de l’Humanité.

Chacun est libre de s’engager au sein du collectif dans une grève pour un jour, vingt jours ou plus, puis de s’interrompre et de recommencer quand bon lui semble.

Notre grève est collective et permanente : nous nous passons le relais. Quand certains s’engagent dans une grève de durée indéterminée, d’autres choisissent la date de son terme, d’autres encore s’impliquent par un jeûne de protestation, récurrent ou ponctuel.

Le but n’est pas de nous mettre en danger mais d’interpeller en conscience nos concitoyens et la classe politique qui ne prend pas suffisamment la mesure de la gravité et de l’urgence de la situation.

Les Grévistes de la Faim pour un Avenir Possible sont responsables, à l’écoute de leur corps, au service du Vivant. Nous nous engageons également dans d’autres actions publiques : Cercles de Silence pour un Avenir Possible, rencontres avec les médias et les élus de nos communes, actions de convergence des luttes avec d’autres collectifs au niveau national et international.

Nous proposons aux citoyen(ne)s de s’organiser dans chaque pays en collectifs et de profiter de leur agenda politique (grands rendez-vous institutionnels sur le climat, votes de lois sur le climat et la transition écologique, échéances électorales, etc.) pour organiser des actions collectives de grèves de la faim, dans une démarche non-violente et pacifique, en s’associant aussi souvent que nécessaire aux actions d’autres collectifs et ONG engagés dans ces domaines, pour prendre soin du Vivant et de notre avenir.

Les citoyens des grandes villes comme ceux des villages peuvent engager le dialogue et l’action auprès de leurs responsables politiques locaux pour inscrire la lutte pour le climat, la transition écologique, la résilience au cœur de leurs programmes et de leur quotidien.

Nous devons exiger collectivement des dirigeants du monde entier qu’ils engagent la totalité des moyens légaux, économiques et financiers nécessaires pour affronter l’urgence écologique et sanitaire et enrayer le chaos planétaire annoncé par la communauté scientifique.

La spéculation financière, par exemple, n’a aucune justification économique. Pourtant, elle est moins taxée que le pain. Nous exigeons notamment la mise en place d’une taxe d’au moins 1% sur les transactions financières spéculatives, partout dans le monde, ainsi qu’une taxation de tous les produits financiers qui échappent à l’impôt alors qu’ils devraient contribuer à la construction d’un futur acceptable, juste, sur une planète habitable. Mais ce n’est là qu’un exemple de ce qui peut être mis en place par les gouvernements.

Le jugement historique rendu pour « l’Affaire du Siècle » par le tribunal administratif de Paris le 3 février 2021, qui condamne l’inaction climatique de l’État français, conforte tous les ONG et collectifs engagés dans la bataille pour le Climat.

« À hauteur des engagements qu’il avait pris et qu’il n’a pas respectés dans le cadre du premier budget carbone, l’État doit être regardé comme responsable (…) d’une partie du préjudice écologique constaté », ont tranché les juges.

A chaque collectif d’imaginer ses actions et stratégies de mobilisation.

Pour suivre les actions de notre collectif, nous contacter et nous informer de vos actions : notre page FB.

Solidairement,
Les Grévistes de la Faim pour un Avenir Possible

Signataires

Le collectif des Grévistes de la Faim pour un Avenir Possible

et parmi eux :

BARDOU Magali – Paris – Géographe, musicienne

BARRET Françoise – Pas de Calais – Conteuse, comédienne, autrice

BETINSKY Elinka – Bordeaux (Gironde) – Naturo-art-thérapeute

BILLET Morgane – Sarthe – Artiste lyrique

BONNET Pierre – Saint Etienne (Loire) – Retraité, éducateur médico-social

BOUZON Anaïs – Mezos (Landes) – Ingénieur, explor.actrice des transitions

BREUKEL Julie – Le Mas d’Azil (Ariège) – Médecine traditionnelle tibétaine et ethno-médecine, co-fondatrice Centro Lungta

BROWAEYS Dorothée – Essonne – Journaliste scientifique, directrice de Tek4Life

CANOBBIO Pascale – Joigny (Yonne) – Graphiste

CLABE Aude – Nouvoitou (Ile et Vilaine) – Potière

COUTANCE Virginie – Avallon (Yonne) – Jardinière, formatrice en permaculture

DELCOURT Cyril – Landéda (Finistère) – Moniteur de voile

DUBUCQ Maroussia – Corbais (Belgique) – Kinésiologue, consultante climat environnement transition

DUSSON Jean Baptiste – Paris – Ingénieur en transition

EBERHARDT Françoise Zoé – Bourbach le Haut (Haut-Rhin) – Commerciale

EHL Fanny – Paris – Designer, doctorante géographie, aménagement & urbanisme

FAVRE Isabelle Jeanne – Lyon (Rhône) – Géographe

GARBISU Jean Pierre – Uza (Landes) – Ingénieur telecoms, plasticien

GUYARD Nicolas – Mezos (Landes) – Ingénieur Environnement

LENOIR Eric – Montholon (Yonne) – Pépiniériste-paysagiste, auteur

NAHON Florence – Paris – Bibliothécaire

NOUALHAT Laure – Joigny (Yonne) – Journaliste, auteure, réalisatrice

MAASS Nini-Inka – Gard – Réseau Hortus

MOREAU Amélie – Yonne – Fileuse de laine

MUHLETHALER Clara – Joigny (Yonne) – Violoniste

PICHERAL Luc – Ploneour Lanvern (Finistère) – Récoltant d’algues

SERVIGNE Pablo – Drôme – Agronome et biologiste, auteur

SUTTER Béatrice- Paris – Journaliste, fondatrice de la revue ADN

Signataires de soutien

AZIOSMANOFF Nils – Yvelines – Directeur culturel

BERQUE Augustin – Palaiseau (Essonne) –  Géographe, orientaliste, auteur

BIROULES Julie – Saint Maurice le Vieil (Yonne) – Réalisatrice radio

BOURG Dominique – Pully (Suisse) – Philosophe, professeur honoraire à l’UNIL de Lausanne

CAMPANA Louis – Carcassonne (Aude) – Président-fondateur de Gandhi International, auteur

CAVARRETTA Fabrice – Paris – Professeur de management

CINGAL Georges – Cagnotte (Landes) – Secrétaire Général Fédération Sepanso Aquitaine

COCHET Yves – Ille-et-Vilaine – Mathématicien, homme politique

DEBOVE Laurie – Tosse (Landes) – Rédactrice-en-chef de La Relève et La Peste

FABUREL Guillaume – Gard – Enseignant-chercheur en géographie à l’Institut d’Urbanisme de Lyon, auteur

FLIPO Fabrice – Paris – Maitre de conférences en développement durable à l’Institut Mines Telecom, auteur

FREROT Olivier – Lyon (Rhône) – Ancien haut-fonctionnaire du ministère de l’Équipement, conférencier-essayiste

GRISEL Laurent – Yonne – Auteur

GROSSET Claude – Yonne – Alternatiba Yonne et Collectif citoyen C3V

ITO WAIA Edouard – Bourail (Nouvelle Calédonie) – Artiste Kanak, Gardien de la Terre, secrétaire du conseil des clans de la tribu d’Azareu

LABRO Camille – Paris – Journaliste et fondatrice de L’école comestible

LACOMBLEZ Sébastien – Charleroi (Belgique) – Designer-urbaniste-paysagiste

LARROUTUROU Pierre – Bruxelles (Belgique) – Ingénieur agronome, fondateur de Nouvelle Donne, député européen

LE GUEN Jo – Brest (Finistère) – Navigateur

LEYA Johnny – Bruxelles (Belgique) – Architecte

LIBOUBAN Jean Baptiste – Joncels (Hérault) – Ancien responsable général de l’Arche de Lanza del Vasto, initiateur des Faucheurs Volontaires

MOLLO Pierre – Quimper (Finistère) – Biologiste marin

MORRONE Frida – Lyon (Rhône) – Comédienne

NICK Christophe – Paris – Producteur, réalisateur, journaliste

NOWAK Régine – Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle) – Retraitée, jardinière

OUSSOU LIO Appolinaire – Bénin – Environnementaliste, Gardien de la Terre, fondateur du GRABE-BENIN

PAQUIN Pascal – Yonne – Co-rédacteur du site d’informations l’Yonne l’autre

PINOT de VILLECHENON Louis – Paris – Co-fondateur de la Convention des Entreprises pour le Climat

PROST Richard – Joigny (Yonne) – Cinéaste

RENOU Xavier – Beaumont-sur-Oise (Val d’Oise) – Formateur, fondateur du collectif des Désobéissants

RENOUARD Cécile – Paris – Fondatrice du Campus de la Transition de Forges, philosophe et professeur à l’Essec et à l’Ecole des Mines

SETO Momoko – Montreuil (Seine-Saint-Denis) – Réalisatrice

STEUDLER Barbara – Préverenge (Suisse) – Fondatrice de NiceFuture et de la

Fondation pour le Vivant

TRAORE Fousseny – Bamako (Mali) – Militant écologiste, porte-parole de Fridays for Future Mali et Citoyens pour le Climat-Bamako

Crédit photo couv : VPEREMEN

Francis Hallé est un biologiste, botaniste et dendrologue français. Il porte un projet exceptionnel : reconstituer une forêt primaire de 70 000 hectares en Europe de l’Ouest. Lorsqu’il a appris que le milliardaire ELon Musk voulait lancer « le plus grand prix de l’histoire » en matière de lutte contre le changement climatique, en attribuant 100 millions de dollars à quiconque trouverait la meilleure technologie pour capter et stocker le CO2, l’éminent naturaliste n’a pas hésité longtemps à concourir. Il nous explique sa vision ici.

La démarche d’Elon Musk ne vise-t-elle pas plutôt à éviter de remettre en question notre modèle de croissance ?

Francis Hallé : « Exactement et c’est très pernicieux. Supposez qu’on trouve la machine dont rêve Elon Musk. Ce serait dramatique puisque nous n’aurions plus aucune raison de diminuer nos émissions de GES. Or il faut les diminuer, c’est impératif !

Mais essayons plutôt de répondre à son challenge : si nous avions des grandes forêts avec des grands arbres de gros diamètre, on stockerait le carbone de façon très efficace et durable.

Notez d’ailleurs que si nous avons de grandes quantités de gaz carbonique dans l’atmosphère actuellement, c’est en grande partie lié à la destruction des forêts. Il y a aussi la combustion des carburants fossiles, qui eux-mêmes étaient des forêts au départ.

Une étude réalisée en 2019 par des chercheurs de l’école polytechnique de Zurich (publiée par la revue Science) révèle qu’à l’échelle de la planète nous pourrions « reforester » une surface d’environ 900 millions d’hectares – équivalente au Brésil – et ainsi capter plus de 200 milliards de tonnes de CO2 (les activités humaines ont généré 43 milliards de tonnes de CO2 en 2019). Face à cette capacité bien documentée des forêts, les alternatives industrielles sont-elles crédibles ?

Elles sont anecdotiques voire illusoires si on intègre toutes les conséquences sur l’environnement d’une telle industrialisation – bilan carbone des installations, artificialisation des sols, paysages défigurés…

La solution forestière reste à mon sens, et de loin, la meilleure solution. Faisons sur ce point une distinction qui me paraît essentielle entre les plantations d’arbres qui sont faites dans le but d’être exploitées, et les forêts qui se développent librement sur le très long terme, on parle de millénaires.

Dans les forêts les arbres vivent généralement très longtemps et pour eux les changements climatiques, y compris celui que nous vivons actuellement, c’est la routine !

On observe pourtant beaucoup de massifs forestiers en dépérissement…

Pourtant les arbres se portent plutôt bien dans l’ensemble. Sauf effectivement dans les espaces plantés d’espèces uniques, véritables monocultures où les parasites se régalent. Mais ces espaces auxquels vous faites référence, ce ne sont pas des forêts mais des cultures !

Lire aussi : « Ce ne sont pas les forêts qui meurent, mais surtout des plantations d’arbres »

Crédit : Maxx Gong

Quand on parle de « reforestation » parmi les solutions, l’homme y joue généralement un rôle d’acteur, via la plantation d’arbres. A-t-on un rôle à jouer dans la reconstitution des forêts ?

Certains vous diront que oui. Dans la logique de ce que je viens d’évoquer nous avons besoin de bois pour satisfaire nos besoins dans de nombreux domaines et dans ce cadre, effectivement, l’humain joue un rôle actif d’agriculteur. On parle d’ailleurs de « récolter le bois ».

Mais cela n’a rien à voir avec les forêts en libre évolution qui elles sont indispensables pour stocker le CO2 et régénérer la biodiversité.

Il est d’ailleurs choquant qu’en France, comme à l’échelle du monde, on refuse cette distinction en confiant chez nous la question des forêts au ministère de l’agriculture et à l’échelle de l’ONU à la FAO.

J’appelle de tous mes vœux la création d’une structure ministérielle ad hoc qui s’occupe exclusivement de la forêt, avec une structure similaire à l’échelon mondial. Et laissons le ministère de l’agriculture gérer les plantations d’arbres.

Revenons à Elon Musk. Si celui-ci vous répond qu’il cherche avant tout des innovations, que lui direz-vous ?

Je lui dirai que la photosynthèse reste la meilleure innovation en matière de captation du carbone. D’ailleurs si j’en juge aux recherches qui sont menées par des startups en vue comme Climeworks, on est sur des modèles qui ne sont pas très éloignés de ceux des arbres.

Or la biomimétique devrait plutôt nous inciter à utiliser les systèmes vivants que d’imaginer des imitations artificielles.

L’innovation n’est plus dans cette industrialisation, qui évoque plutôt le « monde d’avant » pour reprendre une formule à la mode. Comme l’expliquent très bien les scientifiques Béatrice et Gilbert Cochet qui soutiennent notre projet, innover consiste désormais à miser sur les dynamiques extrêmement puissantes de la nature – forêts et océans en tête – pour trouver des solutions efficaces face à la crise climatique.

Pièges à CO2 développés par la startup Climework. Source : Climeworks.

De nombreuses voix s’élèvent pour inventer un autre système de comptabilité économique que celui fondé sur la seule croissance du PIB. Un modèle qui intègre les services rendus par la nature…

Il faudrait en effet faire le bilan entre ce qu’on gagne à détruire la nature et ce qu’on perd. Le déduire des gains industriels, car on n’intègre jamais dans ces comptabilités fallacieuses la perte de tous les services que nous rend la nature. Or une fois qu’elle est détruite, on n’a plus tous ses services.

J’appelle donc à faire évoluer cette comptabilité et je ne doute pas que les économistes trouveront mieux que le PIB, beaucoup travaillent d’ailleurs sur ces questions.

Il faut ensuite que les acteurs économiques intègrent ces données, mais là c’est une autre histoire. Pour l’instant, c’est une question de volonté politique et de suite dans les idées.

Ma conviction est que le jour où le PIB intègrera les services rendus par la nature, notre forêt primaire vaudra de l’or. Et on sera imité partout ! Avis aux investisseurs…

Lire aussi : « Remplaçons le PIB par l’indicateur de vie heureuse, longue et soutenable »

Crédit : Dmitry Gladkikh

Justement, en parlant d’investisseurs, Warren Buffet a dit un jour « quelqu’un s’assoit à l’ombre aujourd’hui parce que quelqu’un d’autre a planté un arbre il y a longtemps. » Un conseil que pourrait méditer Elon Musk ?

C’est vrai, en précisant que l’arbre est peut-être venu tout seul… puisqu’on n’a pas toujours besoin de le planter !

Le même Warren Buffet a dit que « quand des gens intelligents expliquent leurs idées à un orang-outang, cela améliore la qualité de leur prise de décision. »

Je l’encourage donc vivement à expliquer à cet orang-outang – qui lui connaît bien la nature – qu’il veut investir dans des technologies coûteuses pour un résultat hypothétique, alors que la nature – qui elle a fait ses preuves – fait tout le boulot gratuitement…

Comment imaginer qu’Elon Musk n’y ait pas déjà pensé ?

C’est une idée qui lui a sans doute échappé…

Imaginons à présent qu’il vous appelle pour vous attribuer les 100 millions de dollars. Qu’en faites-vous ?

Oh je ne serais pas du tout en peine ! On pourrait commencer par se procurer des terrains pour les laisser en libre évolution. Et laisser faire la nature. Tout simplement. »

Cette interview a été initialement publiée sur le site de l’association de Francis Hallé, partagée avec toutes autorisations.

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