Une lanceuse d’alerte nous a contacté pour nous faire part de ce qui l’a poussé à démissionner du Programme alimentaire mondial (PAM), l’organisme d’aide alimentaire de l’ONU. 821 millions de personnes, soit plus d’une personne sur neuf dans le monde, n’ont pas assez à manger. Le PAM intervient dans près de 80 pays pour aider les populations souffrant de faim et de malnutrition. Mathilde Wateau dénonce aujourd’hui ses dysfonctionnements les plus mortifères : en ignorant totalement la crise climatique, le PAM conduit des missions humanitaires qui renforcent le problème au lieu de le résoudre.

Surtout, elle dénonce une volonté de ne rien changer, de s’adapter à la marge et de favoriser la croissance économique, aux dépens des populations, à la fois par son équipe mais plus largement par les Nations Unies. Et ce, quelles que soient les situations de crise en cours ou à venir, qui ne feront que s’accentuer. Nous relayons aujourd’hui sa lettre de démission pour l’aider à déclencher une prise de conscience collective sur les verrouillages de nos sociétés occidentales, au sein de ses plus hautes institutions prétendument humanitaires.

Chers collègues,

Le principal mode de transport de la logistique du Programme Alimentaire Mondiale (PAM) est par voie terrestre, afin de lutter contre la faim dans le monde en fournissant une aide alimentaire dans les situations d’urgence. En 2011, le PAM a développé sa propre flotte de camions, gérée par l’équipe de la Flotte Mondiale (FM), chargée de proposer des camions aux pays en situation d’urgence comme solution de dernier recours, et que j’ai rejoint en 2017. Or, il est prouvé que le changement climatique va radicalement accroître cette tendance, et les zones sinistrées touchés par l’insécurité alimentaire se propagent déjà.

D’ici 2050, le nombre de personnes menacées par la faim en raison du changement climatique devrait augmenter de 20 %.  

En septembre 2019, pour la première fois, une nouvelle discussion sur les initiatives écologiques entreprises par mon équipe est lancée. Cela faisait écho à ma conviction personnelle sur la nécessité de considérer davantage la mobilité durable (c’est-à-dire au minimum décarbonée), en vue du mandat historique du PAM d’éradiquer la faim d’ici 2030, dans le contexte de la crise environnementale et climatique actuelle.

Source

Par la suite, au cours de diverses discussions, tant formelles qu’informelles, j’ai soulevé des sujets et des réflexions sur la manière dont nous pourrions analyser la situation de façon plus critique, afin de commencer à construire le changement systémique nécessaire dans les pays en développement, mais aussi peut-être surtout ― dans les pays développés. 

En d’autres termes, comment pourrions-nous assurer la sécurité alimentaire et éradiquer la faim grâce à une mobilité durable ? J’ai été désignée comme point focal du projet « Greening the Fleet« . Ce projet consistait à examiner les documents partagés par l’équipe Environnement du PAM, afin de fournir à la FM des conclusions et des propositions clés pour la conception de stratégies coopératives d’atténuation et de résilience, qui seraient éventuellement étendues au Service de la Logistique.

Ainsi, après plus d’un mois d’efforts intensifs, j’ai partagé un rapport présentant un plan, mettant de côté les solutions insatisfaisantes (en termes d’omissions d’analyse du cycle de vie complet et de contraintes de ressources, de violation documentée des droits de l’homme, de dégradations écologiques, etc.) et soulignant les plus prometteuses, pour la FM et, plus largement, pour nos partenaires du secteur des transports.

Ce rapport était basé sur la documentation fourni par l’équipe Environnement du PAM et sur d’autres sources officielles. Toutefois, j’attends toujours des retours concrets de la part de l’équipe, et ce malgré mes derniers rappels.

Suite à l’émergence de la pandémie COVID-19, David Beasley, le Secrétaire Général du PAM, a déclaré au Conseil de Sécurité des Nations Unies que nous étions au bord d’une pandémie de la faim et que « nous pourrions être confrontés à de multiples famines de proportions bibliques dans un court laps de temps ».

Alors que les ressources indispensables à notre activité économique s’épuisent, les conséquences tragiques de la sixième extinction massive et du changement climatique, entre autres, sont désormais plus que tangibles.

Les conditions historiques qui ont permis au système alimentaire industrialisé et à l’aide alimentaire humanitaire de prospérer sont assurées de s’effondrer pour les années à venir. Pourtant, nous n’avons toujours pas prévu de solutions concrètes pour nous détourner des pratiques intensives dépendantes de combustibles fossiles et pour régénérer le monde naturel.

Haïti après un tremblement de terre – UN Photo/Logan Abassi

La pandémie COVID-19, qui ne fait qu’exacerber les dysfonctionnements de nos systèmes et s’ajoute à tous les risques auxquels nous sommes déjà confrontés en termes de sécurité alimentaire, a renforcé ma conviction que le moment était venu pour nous de reconsidérer la manière dont nous allons relever ces défis majeurs.

Un appel à l’humanité tout entière pour que nous fassions les choses d’une manière radicalement différente…

Au cours des neuf derniers mois environ, j’ai fait de mon mieux pour analyser rigoureusement et méthodiquement la situation dans laquelle nous nous trouvons, en essayant d’être persuasive notamment via l’élaboration de ce rapport complet, détaillé et fortement référencé, avec des propositions ambitieuses mais réalisables. Bien sûr, le PAM ne devrait pas être le premier à réduire de manière drastique sa dépendance aux combustibles fossiles tant que ses missions sont directement concernées.

Sommairement : pour éradiquer la faim dans le monde, le PAM s’appuie sur un secteur (le transport) — sur ses infrastructures et ses actifs alimentés aux combustibles fossiles — comme le moyen le plus efficace de remplir son mandat ambitieux, mais c’est aussi le moyen le plus efficace d’amplifier considérablement l’ampleur du changement climatique, de la détérioration des sols, des catastrophes environnementales, de l’insécurité alimentaire, et par conséquent la portée de cet ambitieux mandat.

Néanmoins, et comme je le proposais, notre organisation pourrait user de sa forte légitimité pour s’exprimer auprès de ses partenaires privés et publics, sur ces questions, en dénonçant par exemple les premiers postes de dépense énergétique par nature insoutenables (agriculture intensive, industrie minière, 5G, etc.) afin d’accroître la pression sur leur démantèlement.

Malheureusement, je suis arrivé à la conclusion qu’il vous serait structurellement impossible, pour des raisons organisationnelles propres au PAM, ou par manque de volonté personnelle, de consacrer suffisamment de temps à l’approche de ces sujets, que ce soit avant ou après la pandémie COVID-19.

Et je crois que c’est ici que tout ou presque se joue : l’un des points de blocage permanent avec la destruction du climat, c’est au mieux l’ignorance, au pire le cynisme.

Pour aller plus loin, la première étape préalable à la mise en œuvre de mes propositions était de fournir aux membres de la FM une connaissance de base appropriée sur les impacts du secteur des transports sur le changement climatique, les contraintes liées à l’énergie, aux matières premières — auxquels nous sommes pourtant confrontés dans notre travail quotidien — et les conclusions des derniers rapports du GIEC.

Bien sûr, un tel niveau minimum de connaissances ne nous permettra pas à lui seul de résoudre les défis les plus difficiles auxquels l’humanité n’ait jamais été confrontée. Mais commencer par s’assurer que le plus grand nombre possible de personnes, en particulier au plus haut niveau stratégique et décisionnel, reçoivent un enseignement approprié sur ce qui se passe, c’est une condition nécessaire (et probablement suffisante) pour commencer à espérer autre chose que l’accélération d’un chaos programmé. Or, vous avez refusé de déclencher l’ébauche d’un processus de formation, sans en débattre ensemble de manière informée et constructive. Or l’amplification des crises a, et aura, un impact direct sur nos activités.

Récemment, l’approbation pour le projet de développement de véhicules autonomes pour la FM en tant qu’alternative « écologique » et économique aux défis du transport de l’aide humanitaire, réalisé sans la moindre étude d’impact et sans ma consultation, a anéanti mes derniers espoirs.

Matt Murphy, U.S. State Department – Source

Ne vous méprenez pas, je sais parfaitement que les solutions que j’ai proposées ne sont pas facilement appréhensibles, et la prise de conscience de ce à quoi nous sommes confrontés est profondément déstabilisante. Mais comme ces problèmes sont complexes, protéiformes et multidimensionnels, les solutions sont tout aussi complexes, protéiformes et multidimensionnelles, et doivent être entreprises collectivement.

Et pour cela, nous devrions cesser de concentrer nos efforts uniquement sur l’espoir que l’éco-conduite, le recyclage des pneus, la réduction de la consommation de carburant et l’optimisation de la gestion de flotte ― qui sont des mesures nécessaires, à très court terme, mais marginales ― seront suffisantes pour compenser les conséquences négatives de nos opérations et de nos activités.

Il est urgent d’user de notre voix pour réduire l’efficacité et la taille des flottes des pays développés (qui n’ont pas réussi à atteindre une mobilité durable sans aggraver leur impact environnemental) et de changer drastiquement notre paradigme centré sur la route.

 Kasturi Laxmi Mohit

Nous devrions continuer à restaurer le monde naturel en poursuivant nos efforts sur les initiatives d’aide alimentaire avec les agences onusiennes basées à Rome (FAO et IFAD), en mettant l’accent sur les supply chain courtes et sur un approvisionnement alimentaire sans combustibles fossiles.

Comme l’a récemment déclaré le Secrétaire Général des Nations Unies, António Guterres, pour lutter contre la pandémie COVID-19 et la « menace existentielle imminente de la crise climatique », la seule réponse crédible est « un leadership courageux, visionnaire et collaboratif ». La crainte de perdre nos emplois, en exposant des faits dérangeants, ne doit pas prévaloir, d’autant plus (dois-je vous le rappeler) que notre objectif ultime est de ne plus être pertinent d’ici 2030, date à laquelle la faim devrait être effectivement éradiquée.

L’idée de résoudre nos problèmes avec des technologies (plus ou moins) vertes n’est pas une solution réaliste. Les problèmes auxquels nous sommes confrontés ne se prêtent pas à des solutions technologiques parce qu’ils sont le résultat de la culture industrielle technologique en premier lieu.

Les objectifs et les promesses de la haute technologie, dont on ignore souvent la complexité et donc l’inadéquation pour une communauté véritablement démocratique, sont sans rapport avec les réalités biophysiques, sociales et environnementales.

Malgré l’impact désastreux, rigoureusement documenté, de l’agriculture intensive et des géants de l’agroalimentaire, notamment soutenus par la Fondation Bill et Melinda Gates et les entreprises agrochimiques, nous continuons de souffrir de conflits d’intérêts en dépendant des milliardaires et des multinationales par le biais de nos partenariats.

Malgré l’accumulation de preuves que la croissance économique est à l’origine du changement climatique, nous continuons de promouvoir une croissance économique éternelle par le biais de notre SDG8 (bien que brièvement critiqué dans la Politique Environnementale du PAM).     

L’écologie se résume aujourd’hui, même aux Nations Unies (et ce malgré notre « devoir de vigilance »), à la mise en place de centrales solaires, de parcs éoliens, de centrales à biomasse, de voitures électriques, de marchés ou de mécanismes de compensation carbone hasardeux, et de technologies de CSC (capture et stockage du carbone), etc. qui n’entravent en rien la destruction du monde naturel, ni l’exploitation de l’homme par l’homme dans le contexte de sociétés toujours plus inégalitaires, puisque ces « solutions » y contribuent.

Peut-être n’ai-je pas pu exprimer assez clairement la détresse que je ressens face à notre incapacité à prendre des mesures concrètes, peut-être ma démission le permettra.

Compte tenu de ce qui est en jeu, par cette lettre, je présente ma démission.

La découverte d’un jeune ours mâle abattu en Ariège a relancé le débat sur la présence de l’ours dans les Pyrénées. Comme le loup, la présence des grands mammifères et leur cohabitation avec les éleveurs est une éternelle question qui n’a jamais été résolue, et qui nous interroge sur notre rapport au monde sauvage et notre capacité à vivre avec, mais surtout sur notre manière de traiter le sujet.

La réintroduction de l’ours dans les Pyrénées

Parmi la population, les prédateurs jouissent d’une bonne image grâce au travail des associations depuis des années. Ils font partie des grands mammifères, majestueux, mystérieux, exerçant une fascination et représentant la nature sauvage telle que nous ne la retrouverons jamais. La part du mythe joue beaucoup, à en juger par la différence de mobilisation pour protéger les insectes ou les poissons.

La conscience accrue de la nécessité de protéger la biodiversité dans un contexte de changement climatique, de catastrophes écologiques, joue aussi un grand rôle. Derrière l’écran et devant la belle image de ces magnifiques animaux, l’engagement est facile à prendre. Mais quand on se rend sur le terrain, la réalité devient plus complexe.

Le parquet de Foix a ouvert une enquête pour destruction d’espèce non domestique protégée. Un ours mâle d’environ cinq ans a été retrouvé sur la commune d’Ustou en Ariège, abattu par arme à feu. L’ours n’a pas encore été identifié car il ne portait ni puce ni collier GPS. On ne connaît pas encore les circonstances de cet abattage, mais en cette période de transhumance, plusieurs ovins ont été retrouvés morts.

Tuer une espèce protégée est une infraction qui encourt jusqu’à 150.000 euros d’amende. Des associations et l’État déposent plainte.

L’ours brun est présent dans les Pyrénées depuis 250 000 ans. À la fin du XIXème siècle et au début du XXème, les ours étaient prélevés par les montreurs d’ours et la chasse était primée. Interdite en 1962, elle n’a toutefois pas cessé et les braconnages ont continué.

La souche pyrénéenne n’a pas survécu et plusieurs individus de la race slovène y ont été introduits en 1996 et en 2006. Les populations d’ours sont particulièrement réduites en Europe du Sud tandis qu’elles sont plus importantes en Europe centrale.

L’Office français de la biodiversité a présenté en avril dernier les derniers chiffres de recensement. 52 ours seraient présents dans les Pyrénées françaises : 23 femelles et 22 mâles ont été identifiés. L’ours a été observé 40 fois l’année dernière. Son territoire s’étend sur 10.400km carrés. Si l’évolution est encourageante, les associations soulignent que pour qu’une population soit viable il faut 50 individus adultes avec une diversité génétique suffisante.

Les ours sont solitaires et ne se rencontrent qu’à la fin du printemps pour l’accouplement. Les femelles mettent bas tous les 3 à 5 ans et les portées sont en général limitées à 2 ou 3 oursons. L’ours est un omnivore opportuniste : son territoire va déterminer ce qu’il mange : à plus de 80%, des végétaux et des baies. Son régime carnivore contient bien plus de poissons insectes et de petits mammifères que des gros.

L’ours est très craintif et évite autant que possible les contacts avec les humains. La dernière attaque d’un homme par un ours remonte à 1850 en France.

La mortalité des oursons est très basse dans les Pyrénées, de l’ordre de 25% de mortalité la première année, ce qui est un très bon chiffre : ils peuvent mourir de maladie, de faim, de froid, ou tués par des mâles pour ré-enclencher les chaleurs de la femelle. Le dernier ours mort par cause humaine était Cannelle en 2004, dernière représentante de la souche pyrénéenne.

L’ours donc se porte bien. Il est suivi par radio, et par des pièges génétiques : on enduit des arbres d’une essence de thérébentine, le smola, qui attire l’ours qui vient s’y frotter, et on recueille ses poils et son ADN. Les analyses génétiques ont permis d’individualiser 15 ours en 2010. Les prises de vue et la collecte de témoignages permet de compléter des informations.

Depuis la réintroduction de l’ours, les éleveurs ont bénéficié de mesures d’aides par l’État : clôtures, chiens de troupeaux, accompagnement par des bergers itinérants. Les clôtures servent à contenir les troupeaux, c’est surtout le chien qui agit comme repoussoir pour les prédateurs. Pour être efficace, le chien doit pouvoir avoir accès à un troupeau contenu.

Maman ours et son petit, en forêt de Slovénie – Marco Secchi

Un problème de comptage des pertes des éleveurs

Pourtant, la tension reste extrême, en particulier en Ariège, département où l’ours a été retrouvé tué. Quand on consulte les chiffres de la Préfecture, on voit que 2019 fut la pire année, avec 214 dossiers concernant les pertes causées par l’ours. Sauf que dès qu’on parle de chiffres il y a un gros problème dans le comptage.

En effet, il y a une confusion entre le nombre d’animaux indemnisés et le nombre d’animaux tués par l’ours. Quand un éleveur fait constater un décès, il n’est pas nécessaire de prouver que l’ours est la cause pour être indemnisé. Dans ce cas, si l’éleveur est en zone de présence de l’ours, on écrit la mention « ours non écarté. » L’ours est en quelque sorte « présumé coupable ». Rappelons que les pertes des brebis en estive sont importantes en général, de l’ordre de 3 à 5 %, soit entre 18 et 30 000 brebis qui meurent chaque été, principalement de chutes.

Si tous les dossiers se révélaient effectivement dus à l’ours, cela représenterait sur les pertes totales, 5%. Pourtant sur les estives du Couserans, la région où l’ours est le plus présent, le nombre de brebis transhumantes a augmenté de 15% en 3 ans, d’après le rapport « Évolution du pastoralisme dans le Couserans : Propositions d’évolution des mesures d’accompagnement aux éleveurs confrontés à la prédation de l’ours et aux difficultés économiques du pastoralisme » établi par le Conseil Général de l’environnement  et du développement durable et le Conseil  général de l’alimentation de l’agriculture et des espaces ruraux. 

« Il est remarquable de constater que de 2014 à 2017, il y a eu une nette progression globale des effectifs (+15 %). (…) Cette augmentation des effectifs contredit les propos tenus par les professionnels qui prédisent, à l’inverse, une rapide disparition du pastoralisme dans le massif du fait de la présence de l’ours. »

Les locaux n’hésitent pas à parler de « guerre ».

Manif anti-ours – Source

Des éleveurs contre l’ours

L’Association pour la Sauvegarde du Patrimoine d’Ariège-Pyrénées a pour but de lutter « Contre la confiscation de nos montagnes par les grands prédateurs réintroduits pour nous chasser de nos vallées ». Elle présente ainsi l’ours :

« Un animal noble à connaître (…) Les prédations sur troupeaux montrent l’impossibilité de coexistence hommes/grands carnivores et les conflits se développent. Les Ours actuellement dans les Pyrénées sont la résultante d’une véritable manipulation et l’accumulation de mensonges de la part de quelques fonctionnaires visionnaires, écologistes extrémistes et sectaires avec parfois des objectifs très lointains de l’écologie telle la financiarisation de la nature au profit de quelques groupes d’entreprises et de financiers »

Comme nous l’avons précisé plus haut, l’ours brun n’est pas carnivore mais omnivore. L’association soutient également, contre toute les études scientifiques, que le loup est un animal dangereux pour l’homme. L’association ne donne toutefois pas de références exactes ni de preuves à l’appui. Suite à la mort de l’ours la semaine dernière, l’association indique dans un communiqué :

« Nos pensées vont tout d’abord vers les centaines de brebis qui pâturaient paisiblement et qui ont été tuées par cet ours et ses congénères. Elles vont vers ces éleveurs qui seront momentanément épargnés de la mort d’une partie de leur troupeau auquel cet ours a fini de faire du mal. De l’autre côté du fusil, il y a d’abord les associations pro-ours pyromanes, manipulatrices de l’opinion publique et engraissées à l’argent du contribuable. (…) De l’autre côté du fusil, il y a ensuite la technocratie de l’ours qui de Bruxelles en passant par Paris jusqu’à Foix a noirci des pages de théories fumeuses sur l’illusoire cohabitation entre des ours carnivores et des troupeaux. (…) Enfin de l’autre côté du fusil c’est bien l’Etat jacobin qui est resté sourd aux alertes des élus locaux malgré des centaines d’heures de pseudo-consultation. »

Un berger a pris en photo un ours qui fuit après avoir été repéré devant une carcasse de brebis – Source

Tandis que l’association de protection de l’ours Ferus déclare dans un communiqué :

« Le nouveau pas franchi dans la violence s’inscrit dans un contexte d’impunité des opposants à l’ours radicaux et violents que nos associations dénoncent depuis des années. Il n’est pas admissible dans un état de droit que certains cherchent à imposer par la violence un point de vue qu’ils n’ont pas réussi à faire valoir par les voies démocratiques et légales. »

Derrière ces positions, il y a plusieurs fractures. Celle entre éleveurs et écologistes n’est que le résultat du manque de confiance entre montagnards et administration, entre Paris et régions, entre le local et les directives de l’Union Européenne.

Car les décisions de protection relèvent du ministère. Pour beaucoup d’éleveurs – comme pour les écologistes sur d’autres sujets – la décision revient à des personnes qui ne connaissent pas la réalité du terrain ni de la vie à la montagne. Pris dans le tourbillon des normes européennes dans tous les aspects de leurs métiers, dont ils sont à la fois esclaves et dépendants, puisque sans les subventions européennes, ils ne pourraient pas vivre, les éleveurs voient dans la protection de l’ours une énième marque de leur dépendance.

Ours brun à bosse en Finlande – Crédit : Zdeněk Macháček

Nous avons joint l’un des membres de l’association ASPAP.

Quel sont les chiffres des pertes de brebis tuées par l’ours ?
En 2018 il y avait eu 500 bêtes tuées, en 2019 1170 bêtes tuées.

Comment être sûr que c’est bien l’ours ?
Ah ça…

Quels sont les fonctionnaires qui ont intérêt à ce que l’ours soit réintroduit ?
C’est une accaparation du territoire. Les pouvoirs publics veulent ensauvager des terres agricoles. On veut faire des Pyrénées une frontière sauvage, et développer une forme de tourisme vert. Les associations écologistes sont financées par l’État. Ils ont des théories et ils viennent nous apprendre comment garder nos troupeaux. Moi je n’ai jamais donné des leçons à un instituteur ou à un médecin. Le pastoralisme ce n’est pas enseigné dans des bureaux parisiens. C’est une des plus anciennes pratiques qu’on nous a transmise.

Comment se sortir de cette situation ?
Il faut sortir du débat pro/anti ours. Moi je ne suis pas un anti ours. Je pense qu’il fallait laisser l’ours là où il était, en Slovénie. Mais jamais le pastoralisme ne cohabite avec les prédateurs. Chaque fois qu’on veut nous mettre autour de la table, on nous dit ours et pastoralisme. Déjà ça pose problème. Moi je ne vais pas à la table où on dit ça. Ce n’est pas et c’est ou. Ou c’est eux ou bien c’est nous. Que l’État prenne ses responsabilités : soit les ramener en Slovénie, soit les tirer.

Maman et ses petits qui mangent de l’herbe – Crédit : Ilja Nedilko

Des éleveurs avec l’ours

Ce sont ceux dont on n’entend pas beaucoup parler. C’est que la question de l’ours ou du loup sont des sujets juteux pour les médias, et qu’il est toujours plus efficace de présenter des éleveurs mécontents que des éleveurs qui s’adaptent, comme Elise Thébault qui a eu le courage de prendre la parole publiquement.

L’Association pour la Cohabitation Pastorale était un regroupement d’éleveurs bergers et apiculteurs, favorables à la préservation de la biodiversité et soucieux de développement un pastoralisme durable. Cette association s’est arrêtée suite à des pressions, actes de vandalisme et menaces.

En 1988, Etienne Lamazou, un berger transhumant pyrénéen, publiait L’ours et la brebis, un livre où il parlait de son métier et de la cohabitation possible avec l’ours. Il écrivait : « L’ours n’a jamais été mon ami mais je n’ai jamais souhaité sa disparition. » (citation rapportée par l’association Pays de l’Ours).

Nous avons contacté l’association Pays de l’Ours située en Haute Garonne.

À quoi sert l’ours dans la chaîne alimentaire ?
Une espèce animale n’a pas besoin d’avoir une utilité aux yeux de l’humain pour avoir le droit d’exister. C’est un patrimoine pyrénéen qu’il nous faut protéger. C’est une vision du monde et de la biodiversité.

C’est pourtant le patrimoine pyrénéen que les éleveurs aussi souhaitent défendre.
Mais nous ne sommes jamais positionnés contre le pastoralisme. Le pastoralisme fait autant partie du patrimoine pyrénéen que l’ours. Je pense que depuis qu’il y a l’ours dans les Pyrénées, il y a moins de mortalité chez les brebis. Car les subventions pour embaucher des bergers, avoir des chiens et des clôtures permettent de protéger les brebis.

Dans les Pyrénées, ce sont près de 500 bergers qui doivent leur emploi au retour de l’ours. Le nombre de brebis en estive en Ariège est en augmentation. Si on supprimait tous les ours et donc toutes les subventions les éleveurs seraient contre.

Y a-t-il des éleveurs avec qui ça se passe bien ?
Bien sûr ! Mais on ne les entend pas car ils ont subi des pressions, des menaces, des dégâts sur leur matériel. Ils nous le disent, ils ne peuvent plus continuer à prendre la parole en public. Les autres, ceux qu’on entend le plus, c’est très difficile. Il y a beaucoup de violences et d’agressions.

Des États Généraux de l’Environnement avaient été organisés à la Bastide de Sérou et a subi les menaces et agressions de certaines associations. Quand nous avons organisé Les Automnales du Pays de l’Ours en 2005 à Massat, nous avons vu des arbres abattus en travers des routes, des barrages avec les tracteurs. Les gendarmes ne sont pas sortis.

Quelles sont les solutions mises en place et leur efficacité ?
Ce qui est efficace : c’est la présence humaine en permanence, les chiens et les clôtures. En 2021, l’Europe qui a déjà dépensé des millions, va rendre obligatoires ces protections, sinon les éleveurs ne seront pas indemnisés. Sauf que … on est en France. Donc il y aura des exceptionnalités et des conditionnalités. Autant dire que cela ne servira à rien, des éleveurs pourront choisir de ne pas se protéger.

Et pourtant, tout éleveur qui souhaite s’équiper peut aller voir la Pastorale Pyrénéenne qui lui fournit des chiens formés, les croquettes, l’accompagnement gratuit pendant 2 ans, des bergers itinérants peuvent leur donner un coup de main pour mettre en place les structures et pour faire de la surveillance. Tout cela sans que les éleveurs dépensent un centime. Sur les 300 nuits que les bergers itinérants ont passées près du troupeau, savez-vous combien il y a eu de prédation ? Une seule.

Thomas Bonometti

Pour en sortir : se questionner, écouter et aller voir

Cette histoire va donc bien au-delà d’une posture pour ou contre. Malheureusement, l’ours comme le loup sont des sujets médiatiquement juteux, où les positions tranchées sont toujours plus spectaculaires. Sommes-nous toujours condamnés à être pour ou contre, à choisir un camp plutôt que l’autre, et à écarter d’un revers de main la réalité de l’autre ?

L’association pour la protection des espèces menacées AVES a fait du chemin et nous en parle. Sur son site, on peut lire dans la page consacrée à l’ours :

« Il nous a fallu du temps, mais nous avons beaucoup évolué sur ce dossier. Alors qu’à l’époque nous souhaitions imposer des réintroductions, et avons même contribué à une plainte contre l’Etat français pour défaut de protection des ours dans les Pyrénées, nous pensons aujourd’hui que l’avenir est à la concertation. Il faut renouer le dialogue et répondre aux préoccupations de chacun. Mes années de vie en Roumanie m’ont prouvé que la cohabitation entre l’élevage et les grands prédateurs était possible, mais aussi que rien ne peut se faire sans échange et respect. Aussi, AVES France participe au financement d’un projet ambitieux basé sur l’échange et le dialogue. Il est temps d’enterrer la hache de guerre, pas seulement pour l’ours, mais pour toute la biodiversité pyrénéenne. »

Quelles étaient vos positions au début ?
J’avais 15 ans lors des premières réintroductions. On était dans une urgence : soit on laissait l’espèce disparaître, et dans ce cas on sait qu’il y a très peu de chances pour pouvoir la faire revenir, soit on se lançait dans des renforcements de populations. Il est plus juste de parler de renforcement de la population que de réintroduction, car il restait quelques spécimens d’ours pyrénéens, donc la branche s’est éteinte avec la mort de l’ourse Cannelle en 2004.

Mais la décision de renforcement est venue de l’État sans concertation locale : ils se sont appuyés sur la Convention de Berne et sur l’Europe. Donc ça a donné une image aux pastoraux que c’est une administration lointaine qui ne les comprenait pas et qui leur imposait de vivre avec les ours alors que leurs ancêtres ont tout fait pour les en chasser. C’est là le péché originel.

Quels sont les endroits où la cohabitation se passe bien ?
En Slovénie, quand il y a des attaques d’ours, les agents se rendent sur le terrain, mais pas seulement pour constater. Ils mettent en place des clôtures, ils installent des caméras de surveillance pour analyser ce qu’il s’est passé. Ils se sont par exemple rendu compte que la taille des clôtures était trop basse, ou que la tension n’était pas suffisante car l’ours se jetait sur la clôture, prenait le choc, et ensuite y revenait.

Moi aussi au début je pensais avant que si les éleveurs voulaient vraiment, ils le feraient. Mais il ne faut pas oublier quelque chose de très important : les Pyrénées, c’est la haute montagne. Et là, tout est plus difficile : on parle de conditions où parfois la brume tombe en quelques minutes, où on ne voit plus rien. Les chiens ne sont efficaces que sur des troupeaux très regroupés, mais en Ariège, les brebis peuvent être sur de grandes distances dans un milieu très escarpé. Sur des terrains comme ceux-là il est très difficile de clôturer et de regrouper les troupeaux. La culture du pastoralisme, c’est un berger seul avec son troupeau. Or un berger ne peut pas surveiller tout seul 1000 bêtes, c’est impossible.

Que faudrait-il faire ?
Cela fait des années qu’on propose aux éleveurs les mêmes moyens de protection, et on voit que ce n’est pas applicable partout. Il va falloir proposer de nouveaux systèmes adaptés à la haute montagne. La réponse de l’État ne doit pas être que financière, elle doit être dans une réflexion et rétablir une relation de confiance.

On n’achète pas la paix sociale par des indemnisations. La preuve, 25 ans plus tard, on en est au même point. Certes il y a plus d’ours aujourd’hui, mais la tension est toujours aussi vive. Et ce qu’il s’est passé la semaine dernière nous le prouve. Si on ne fait rien, 50 ours ça n’est pas grand chose, si on veut les éliminer ça peut aller très vite.

Dispositif de protection des troupeaux : des clôtures et des chiens – Éleveuse en Arriège

Questionner d’abord, être à l’écoute de l’autre, et aller voir sur le terrain la réalité, pour envisager des solutions ensemble. Mais là où anti et pro ours sont d’accord, c’est que l’État a failli dans sa mission. Tout récemment, une consultation publique a été mise en place par l’État sur l’effarouchement des ours par moyens sonores, olfactifs, lumineux, par des tirs non létaux et par des chiens.

Ces mesures ne peuvent être accordées que par les préfets car elles sont dérogatoires. Les résultats de la consultation sont unanimes : 97% des 2319 participants en 3 semaines se sont prononcés contre. Les associations ont soutenu cette démarche et déploré que l’État ait proposé ces mesures sans avoir préalablement évalué leur efficacité. Le collège d’experts a dit non à l’unanimité, ce qui est très rare.

L’État se retrouve donc dans une posture à subventionner à la fois les mesures de protection de l’ours, à dédommager les éleveurs et à proposer des mesures d’effarouchement, toujours dans une posture régalienne d’intervention par subventions pour compenser les dégâts. Au lieu d’aller à la base du problème chercher de réelles solutions.

Des associations comme AVES cherchent à mettre en place des programmes et des appels d’offres pour que des chercheurs se penchent sur la question, pour proposer de nouvelles solutions. Mais dans tous les cas, ce sera aussi sur le terrain des postures et des idéologies qu’il va falloir évoluer.

Nous relayons aujourd’hui l’appel à agir contre la réintoxication du monde qui a lieu dans toute la France demain, mercredi 17 juin.

Nous avons aperçu pour la première fois dans nos existences ce qui serait encore possible si la machine infernale s’arrêtait enfin, in extremis. Nous devons maintenant agir concrètement pour qu’elle ne se relance pas. 

Certes, nous ne reviendrons pas sur les espèces disparues, les millions d’hectares de terres ravagées, de forêts détruites, sur les océans de plastique et sur le réchauffement planétaire.

Mais de manière inédite dans le capitalocène, les gaz à effet de serre ont diminué partout ou à peu près. Des pans de mers, de terres ont commencé doucement à se désintoxiquer, tout comme l’air des villes suffoquées de pollution. Les oiseaux sont revenus chanter.

Alors, pour qui se soucie des formes de vie qui peuplent cette planète plutôt que d’achever de la rendre inhabitable, la pandémie mondiale dans laquelle nous sommes plongé.es, en dépit de tous les drames qu’elle charrie, pourrait aussi représenter un espoir historique.

Nous avons paradoxalement vu se dessiner le tournant que l’humanité aurait dû prendre depuis bien longtemps : faire chuter drastiquement la nocivité globale de ses activités. Ce tournant, même les incendies de territoires immenses, les sécheresses consécutives ou les déflagrations à la Lubrizol des mois derniers n’avaient pas réussi à nous le faire prendre. 

Cependant, ce tournant que nous désirions tant, nous n’avons généralement pas pu l’éprouver dans nos chairs parce que nous étions enfermé.es. Car mis à part dans certains territoires ruraux et espaces urbains solidaires où existent déjà un autre rapport au collectif, à la production ou au soin du vivant, le confinement a été pour la majorité de la population le début d’un cauchemar. Une période qui renforce encore brutalement les inégalités sociales, sous pression policière.

Et le drame absolu c’est que, malgré tout ce que la situation a de bouleversant, nos gouvernants n’en étaient pas moins déterminés à relancer dès que possible tout ce qui empoisonne ce monde et nos vies – tout en nous maintenant par ailleurs isolé.es et contrôlé.es dans des cellules numériques, coupé.es de ce qui fait le sel et la matérialité de l’existence.

Rien ne les fera bifurquer, si on ne les y contraint pas maintenant

Au cours des deux derniers mois, les exposés et tribunes se sont accumulés sur nos écrans à une rapidité inversement proportionnelle à notre capacité à se projeter sur des actions concrètes. 

Les analyses nécessaires ont été faites sur le lien entre cette épidémie et les flux économiques mondialisés et leurs dizaines de milliers d’avions, la déforestation et l’artificialisation des milieux naturels qui réduisent les habitats des animaux sauvages ou encore l’élevage intensif.

Tout a été dit sur la dimension annonciatrice de la pandémie, sur la suite de confinements et de désastres à venir si nous n’en tirons pas les leçons. D’autant que la marche courante de l’économie et des productions sur lesquelles reposent notre mode de vie, va continuer à tuer dans les décennies à venir bien davantage et plus durablement que le covid-19 (1).

Mais pour l’État et pour les lobbys agro-industriels, aéronautiques, chimiques ou nucléaires qui guident ses politiques, les conséquences à tirer de la crise sanitaire sont visiblement toutes autres.

Ils en ont tout simplement profité pour faire sauter quelques lois environnementales et déverser des pesticides encore plus près des maisons, pour relancer la construction d’avions ou l’extraction minière en Guyane… Il est donc maintenant avéré qu’aucune crise, aussi grave soit-elle, ne les fera dévier du nihilisme absolu de leur obsession économique. Nous avons eu deux longs mois pour nous en rendre compte. A nous maintenant d’agir et d’y mettre fin.

Le gouvernement parle du mois de juin comme d’une “nouvelle marche” dans un déconfinement qui n’est pour lui qu’une remise en marche de l’économie et de la destruction du vivant. La seule “marche” sensée, c’est au contraire d’agir concrètement pour l’arrêt des secteurs de productions les plus empoisonnants. Nous appelons donc à une première série de mobilisations simultanées le mercredi 17 juin.

Comment agir ? 

Le déconfinement en cours doit être un élan historique de reprise en main sur nos territoires, sur ce qui est construit et produit sur notre planète. Il doit permettre de dessiner ce qui est désirable pour nos existences et ce dont nous avons réellement besoin.

C’est une question de survie, davantage que toutes les mesures et tous les nouveaux types de confinements que l’on nous fera accepter à l’avenir.

Cela signifie construire de nouvelles manières d’habiter le monde, chacun de nos territoires, mais aussi accepter de rentrer en conflit direct avec ce qui les empoisonne. Il y a des industries qui ne se sont pas arrêtées pendant le confinement et qui doivent aujourd’hui cesser. Il y en a d’autres qui ont été interrompues et dont l’activité ne doit pas reprendre.

Cela ne pourra se faire sans constituer chemin faisant des liens avec les travailleurs qui en dépendent économiquement. L’urgence sociale c’est de penser avec elles et eux les mutations possibles des activités et les réappropriations nécessaires des lieux de travail.

C’est aussi de contribuer à maintenir un rapport de force permettant de garantir les revenus pendant les périodes de transition et les besoins fondamentaux de ceux dont la crise aggrave encore la précarité. Nous n’atteindrons pas immédiatement toutes les productions qui devraient l’être. Mais il faut commencer, en stopper un certain nombre aujourd’hui pour continuer avec d’autres demain.

Nous appelons en ce sens, les habitant.e.s des villes et campagnes à déterminer localement les secteurs qui leur semblent le plus évidemment toxiques – cimenteries, usines de pesticides ou productions de gaz et grenades de la police, industrie aéronautique, publicitaire ou construction de plates-formes amazon sur des terres arables, unité d’élevage intensif ou installations de nouvelles antennes 5G, clusters développant la numérisation de l’existence et un monde sans contact avec le vivant, destructions de forêts et prairies en cours…

Nous invitons chacun.e localement à dresser de premières cartographies de ce qui ne doit pas redémarrer, de ce qui doit immédiatement cesser autour d’eux, en s’appuyant sur les cartes et luttes existantes. Puis nous appelons le 17 juin à une première série d’actions, blocages, rassemblements, occupations…

Blocage du site Lafarge à Paris

Viser sérieusement à se défaire de certains pans du monde marchand, c’est aussi se doter des formes d’autonomies à même de répondre aux besoins fondamentaux de celles et ceux que la crise sanitaire et sociale plonge dans une situation de précarité aggravée.

Nous appelons donc aussi le 17 juin, dans la dynamique des campagnes covid-entraide et « bas les masques », à des occupations de terres en villes ou dans les zones péri-urbaines pour des projets de cultures vivrières, ainsi qu’à de réquisitions de lieux pour des centres de soins et redistributions.

Nous devons trouver des formes de mobilisations adéquates à la situation. Nous traversons une période où chacune d’entre elle peut avoir une portée décuplée. On peut initier beaucoup à peu mais on doit aussi se donner les moyens d’être nombreux-ses.

Nous nous appuierons sur la ténacité des zads, la fougue des gilets jaunes, l’inclusivité et l’inventivité des grèves et occupations climatiques d’une jeunesse qui n’en peut plus de grandir dans un monde condamné. Nous agirons en occupant l’espace adéquat entre chaque personne et pourquoi pas masqués.es quand cela s’avère nécessaire pour se protéger les un.es les autres, mais nous agirons !

Vous trouverez ci-dessous une liste des premiers collectifs, syndicats, associations, territoires en lutte co-signataires et engagés sur cet appel. Si vous souhaitez le signer aussi, nous envoyer un appel à mobilisation locale ou un texte d’analyse complémentaire, vous pouvez écrire à 17juin@riseup.net. Ils seront mis à jour et apparaîtront entre autres sur le site https://17juin.noblogs.org/ et la page facebook https://www.facebook.com/Agir17juin-101907081540247/
Merci pour tout relais !

(1) multiplication des cancers dus aux pesticides et aux substances toxiques, surpoids, diabète et hypertension tous trois liés à l’alimentation industrialisée (qui touche un tiers de l’humanité et se trouve être aussi la principale co-morbidité des malades atteints du covid-19), morts prématurés de la pollution atmosphérique, multiplication des maladies environnementales telles que l’hypersensibilité chimique multiple (MCS), résistance bactérienne liée à la surconsommation d’antibiotiques, et à une échelle autre qu’humaine, effondrement de la biodiversité, sixième extinction de masse, un milliard d’animaux tués dans les incendies australiens sans fin l’été dernier.

Premiers signataires : Youth For climate Paris, Génération Climat (Belgique), Notre-Dame-des-Landes Poursuivre Ensemble (44), Revue Parade, Extinction Rebellion Pepps, Union Syndicale Solidaires, Solidaires 44, Sud Rail, le Front de mères, Partager C’est sympa, des habitant.e.s de la zad de Notre-Dame-des-Landes, Youth for Climate Lyon, Espace autogéré des tanneries (21), la Cagette des terres (44), Assemblée des écologistes en lutte, Attac 44, la commune de Chantenay (44), Collectif pour le Triangle de Gonesse (95), la Dérive social club (44), Longo Maï Association européenne, Pour une Ecologie Populaire et Sociale, RISOMES (Réseau d’Initiatives Solidaires Mutuelles et Ecologiques) (21), des opposant.es aux projets de Center Parcs en Isère, Jura et Saône-et-Loire, collect’IF paille (île de France), Extinction Rebellion Nantes, groupe Marcuse (Mouvement Autonome de Réflexion Critique à l’Usage des Survivants de l’Économie), La Mine collectif Cévenol membre du réseau HALEM, Attac Flandre, Cinémas Utopia (34, 31, 10), Coordination antinucléaire du sud-est/CAN-SE, collectif antinucléaire de Vaucluse/CAN84,  ABC’éditions Ah Bienvenue Clandestins ! (46), Pays de Retz Environnement (44)collectif Faire Commune, l’Asso’Loucionne (43), Attac Alès Cévennes (30), Collectif Nantais contre le Surf Park de Saint-Père-en-Retz, collectif Destocamine (67), Extinction Rébellion Ardèche, Peuple Révolté, ZAD d’Arlon, Extinction Rebellion Marseille, Résistance 5G nantes, Climat Social, Anarchistes LGBT France, CycloTransEurope, Collectif C100fin (Vexin), Theatre de l’ADN (Arrêt du Nucléaire), Colère 44, Informations Pesticides Belle Ile (56), Attac 89, l’institut Momentum, Attac Moselle, Attac France, Association Contre le Projet commercial “village de marques” et pour la Défense des Habitants du Quartier du Viaduc Timbergues les Aubugues de Souillac, Groupe de Greenpeace à Montpellier, CycloTransEurope, Emancipation – tendance pédagogique et intersyndicale, Direct des manifestations, Attac Vendée (85) , CNT Éducation Social-Services 34, SOS MCS, Alerte Pesticides Haute Gironde (33), France Nature Environnement Haute-Loire – FNE 43, ATTAC Moselle (57), Extinction rébellion Montreuil (93), Arrêt du nucléaire 34, Collectif contre les poulaillers des 120 000 poulets de Langoëlan + Collectif contre le poulailler des 178800 poulets de Plaudren (56), Résistance écologiste rennes (35), Extinction Rébellion X-RER-B-Sud, Comité ANV et Résistances de la ZAD de Beynac /Fayrac (24), ANV COP21 Montpellier (34), collectif Red de Resistencia y Rebeldia_Mujeres y la Sexta en la otra Europa, LA VIGIE – association de veille citoyenne et écologique de Bretignolles-sur-Mer (85) , Extinction Rebellion Val d’Oise (95), collectif les Philosophes Publics – Marseille (16), Collectif Stop Carnet (44), GIGNV (44), Alternatiba Nantes (44), Attac Reims (51), Tout brûle déjà Rouen (76), Association de Défense de la Vallée du Gambon (27), Extinction Rebellion Reims (51), Extinction Rebellion La Rochelle (17), Extinction Rebellion Montpellier (34), Résistance à l’agression publicitaire Rouen (76), PARC (59), FêteLaFriche (59), Free The soil, Ass. Les Jardins des Vaîtes, Besançon (25), CAPE (Comité d’Alerte Pour l’Espiguette) Gard (30), Vigilance OGM 21, Attac Clermont-Ferrand (63), Extinction Rebellion Besançon (25), Association Non aux JO 2024 à Paris, Collectif Voisins directs (09), Collectif Ras le Rallye (05), Collectif Balance ton port la nouvelle (11), collectif Action Neyrpic (38), Les Amis de la Terre France, Anv-Cop21 Reims (51), collectif ACCAD (AntiCompteursCommunicantsArtoisDouaisis), ANV-COP21 Besançon (25), collectif ADN – STOP Nucléaire Drôme-Ardèche, RadiAction, collectif Tours Bure-NDDL (37), CAPE (Comité d’Alerte Pour l’Espiguette) Gard (30), Comité Bure en Retz (44), CAPRE 06 Collectif Associatif pour des Réalisations Ecologiques dans le 06, Le groupe d’écologie sociale-Liège (Belgique), Le Réveil Citoyen et Populaire du Bergeracois, La Convergence Citoyenne de Dordogne, Les Amajaunes du Bergeracois, Extinction Rebellion Tours (37), Sortir du nucléaire Touraine (37), Association Vivre Ici Environnement Vallée du Rhône, Association Sauv-Natur (95), ANV-COP21 Tours (37), Alternatiba Touraine (37), Alternatiba ANV/COP21 Grenoble, Coordination Antinucléaire du Sud-Ouest, Collectif Citoyen Pour Le Climat Niort (79), Campagne Glyphosate 33, STOP nucléaire 26-07, Restes ensemble (93), ANVCop 21 Marseille, Technopolice Marseille, Groupe d’Intervention Grotesque et Nanarchique (13), Association Vertitude (40), Le Cri des Terres – Dijon (21), Magazine Escape The City, Extinction Rebellion Strasbourg, Extinction Rebellion Vercor, Collectif Non au Salon du 4×4 (65)

Ceci se passe aux États-Unis, « Terre des hommes libres et patrie des braves ». * Steven Donziger, avocat américain, est depuis le mois de juillet 2019 retenu dans son appartement de New York avec un bracelet électronique à la cheville. Il n’a commis aucun crime mais il est aujourd’hui suspendu de l’Ordre des avocats de New York et empêché de gagner sa vie, sans même avoir été entendu par le Conseil de l’Ordre. Il risque, en plus, d’être définitivement radié et mis en prison.

Steven Donziger est le héros involontaire de l’un des plus importants procès bâillon de notre époque. Un procès qui a pour but d’assurer l’impunité des entreprises polluantes, pétrole, gaz de schiste, industries chimiques, mines… en intimidant les avocats qui travaillent dans le domaine de la justice environnementale.

La pollution historique de Chevron en Equateur

Steven Donziger est l’un des trois avocats qui ont osé, en 1993, attaquer au nom des communautés autochtones équatoriennes le géant pétrolier américain Chevron qui avait volontairement pollué et empoisonné leur région pendant 28 ans. Après presque 20 ans de procédure, en 2011, ils ont gagné.  

Dans la petite salle d’audience de Lago Agrio, un village de la jungle torride amazonienne, Chevron a été condamnée par un juge équatorien, Nicolás Zambrano, à payer 9,5 milliards de dollars de dommages et intérêts aux habitants des zones dévastées pour leur permettre de tenter de remédier aux terribles destructions et à l’empoisonnement de leurs forêts, de leurs terres et de leurs rivières.

Cette année-là, Chevron affichait un chiffre d’affaires de 253 milliards de dollars et un bénéfice de 27 milliards de dollars. La compagnie a refusé de payer.

Payer équivaudrait en effet pour les dirigeants de Chevron à admettre leur responsabilité, ce qui pourrait créer un précédent et ouvrir la porte à d’autres procès, car les sites où l’exploitation pétrolière a engendré de graves pollutions sont nombreux.

En plus, « Le vrai problème ici, c’est que l’Équateur a maltraité une entreprise américaine », a déclaré un lobbyiste de Chevron qui a demandé à ne pas être identifié, « Nous ne pouvons pas laisser de petits pays niquer de grandes entreprises comme la nôtre, des entreprises qui ont fait de gros investissements partout dans le monde. » En se défendant, Chevron défend aussi toutes les industries extractives.

Chevron a donc fait appel, jusqu’à la Cour suprême équatorienne qui, en 2013, a confirmé la condamnation. Le géant pétrolier a alors rapidement vendu tous ses actifs équatoriens pour qu’on ne puisse pas les saisir, et elle a quitté le pays. Elle a entamé une violente campagne contre les victimes et contre l’État de l’Équateur, notamment une série de procès en arbitrage privé, sur la base de traités commerciaux bilatéraux entre l’Équateur et les États-Unis qui a culminé par l’annulation de l’amende. Elle a lancé aussi une campagne de calomnie contre l’équipe des avocats, centrée sur Steven Donziger, le seul avocat américain de l’équipe.

Steven Donziger with his clients in the Amazon in 1993. Source

L’acharnement judiciaire de Chevron contre Steven Donziger

En 2013, Chevron attaque pour extorsion et racket devant le juge new-yorkais Lewis Kaplan, ex avocat connu pour avoir défendu l’industrie du tabac. Le juge s’autorise à juger seul, sans la présence d’un jury. Il accepte d’entendre le témoignage d’un ex-juge équatorien en disgrâce pour corruption, Alberto Guerra qui devient le témoin star du procès.

Il affirme que Donziger et un des avocats équatoriens, Pablo Fajardo, lui ont offert un pot-de-vin de 500 000 $ et qu’ils ont rédigé le jugement final contre Chevron, remis au juge de Lago Agrio. Nicolás Zambrano, qui a lui-même rédigé son jugement et rendu la décision en Équateur, a nié le témoignage de Guerra, mais Kaplan ne l’a pas écouté.

Basant sa décision sur le témoignage de Guerra, le juge Kaplan a déclaré Donziger et ses clients équatoriens coupables de corruption et de fraude, ce qui rend extrêmement difficile pour les plaignants de recouvrer leurs dommages aux États-Unis.

Il a condamné Donziger à payer à Chevron des amendes qui atteignent 5 milliards de $, ce qui l’oblige à redonner à Chevron tout ce qu’il pourrait gagner pendant tout le reste de sa vie sur n’importe quel dossier. Le juge Kaplan a aussi fait saisir ses comptes bancaires, bloquant le peu d’argent que Donziger possédait.

De l’avis des témoins, l’hostilité de Kaplan envers Donziger était parfaitement visible dans la salle d’audience lambrissée du Tribunal new-yorkais. Il a qualifié le procès en Équateur comme n’étant « pas un litige de bonne foi » et a traité les paysans de Lago Agrio de « soi-disant plaignants », raconte Martin Garbus, avocat qualifié de « légendaire » par le magazine Time et « l’un des meilleurs avocats du monde » par le Guardian.

Garbus fait partie, à 86 ans, de l’équipe juridique de Donziger. Il dit aussi que : « Kaplan a montré une rage, une fureur contre Steve, il a essayé de l’humilier. Pas besoin d’être un expert en droit pour le voir. C’était brutal. Je n’ai jamais vu un gars éviscérer comme Kaplan a essayé d’éviscérer Steve. »

Dans un article publié par The Nation le 31 mars 2020, James North cite une déclaration du juge Kaplan qui montre son parti pris en faveur de Chevron :

« Une entreprise d’une importance considérable pour notre économie qui emploie des milliers de personnes dans le monde, et fournit des produits indispensables, essence, mazout, et autres carburants et lubrifiants, dont chacun de nous dépend chaque jour. Je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un dans cette salle d’audience qui veuille garer sa voiture dans une station-service pour faire le plein et découvrir qu’il n’y a pas d’essence. »

En 2015, Alberto Guerra a reconnu devant un autre tribunal qu’il avait menti sous serment. Il a déclaré qu’il avait été payé et coaché par Chevron.

Il a dit aussi avoir rencontré au moins 53 fois des représentants de la compagnie pour mettre au point son témoignage. Chevron a reconnu avoir payé Guerra et l’avoir déménagé lui et sa famille dans un endroit secret aux États-Unis, mais ses dirigeants maintiennent néanmoins leurs accusations contre Donziger. Pour eux, seule la version des faits exposée dans le jugement du juge Lewis Kaplan est valable, et celui-ci continue son harcèlement qui provoque l’indignation de nombreux grands juristes américains.

Richard Friedman, reconnu comme l’un des meilleurs trial lawyer (avocat plaidant) des États-Unis est l’un des avocats qui ont accepté de défendre gratuitement Steven Donzinger :

« Ce qui est arrivé et ce qui arrive à Steven Donziger est le plus grand abus du système judiciaire que j’aie jamais vu. C’est vraiment honteux. Je ne pourrais pas me regarder dans la glace, étant témoin de cette injustice, si je n’essayais pas de la réparer. Et puis, la crise environnementale que nous vivons va exiger que nous fassions tous tout ce que nous pouvons, chaque fois que nous le pouvons, pour devenir de meilleurs gardiens et protecteurs du monde qui nous a été confié. Défendre Steven est l’une des choses que je peux tenter de faire, quel que soit le résultat. Il mérite d’être soutenu et que l’injustice de ce qui se passe doit être connue de tous. »

Flaque de pétrole en Equateur – Source

Treize mois de réclusion pour un prétendu délit

En juin 2019, prétendant vérifier que Donziger ne dissimulait pas des rentrées d’argent qu’il aurait dû envoyer à Chevron, le juge Kaplan a soudain exigé de Steven Donziger qu’il lui donne son passeport, son téléphone et son ordinateur. Donziger a remis son passeport, mais il a refusé de donner son ordinateur et son téléphone, invoquant le secret professionnel et le respect de la vie privée de ses autres clients.

Le 6 août, le juge Kaplan a annoncé qu’il le poursuivait pour outrage criminel à magistrat mais les procureurs officiels de New York ont tous expressément refusé de se charger du dossier. Le juge Kaplan a alors nommé un avocat pour tenir le rôle de procureur, Rita Glavin du cabinet Seward & Kissel, notoirement lié à l’industrie pétrolière. L’avocat de Donziger a demandé en janvier 2020 d’enquêter sur le possible conflit d’intérêt entre Seward & Kissel et Chevron mais Rita Glavin a affirmé que :

« Même si cela est vrai, cela ne crée pas de conflit ou de loyauté conflictuelle dans cette affaire pénale. »

Le juge Kaplan a ensuite nommé la juge Loretta Preska, du Southern District of New York pour suivre l’affaire, et c’est elle qui a mis Donziger aux arrêts domiciliaires au prétexte qu’il pourrait s’enfuir en Équateur.

Steven Donziger est donc enfermé chez lui depuis le mois d’août 2019, attendant une audience qui était prévue pour le 15 juin.

Invoquant l’épidémie de Covid, la juge Preska a renvoyé son procès à septembre en raison de la pandémie de COVID. Elle a maintenu le régime de la détention provisoire de Steven Donziger à son domicile de Manhattan jusqu’au procès, soit un total de 13 mois de privation de liberté, un record pour une accusation contestée d’outrage au tribunal.

En septembre, Donziger aura vécu treize mois dans ces conditions :

« Le sommeil est difficile parce que mon bracelet de cheville clignote et parle. Une voix me rappelle de recharger la batterie. Le bracelet est comme une griffe noire géante qui s’accroche au bas de ma jambe. Je sais qu’il permet à l’État de surveiller chacun de mes mouvements. Ce rappel constant de la punition –injuste- me désoriente psychologiquement. Il est évident que Chevron et le juge Kaplan veulent que je sois absorbé par ma survie pour m’empêcher de continuer à aider les autochtones de l’Équateur qui n’ont toujours rien obtenu et continuent de vivre dans la pollution. »

Un lac de pétrole, vestige de la pollution de Chevron en Equateur – Source

Chevron, entreprise tyran de l’année

Continuant son harcèlement, le juge Kaplan a poussé en août 2019 le Comité des griefs du barreau de New York à suspendre la licence d’avocat de Steven Donzinger. Un tribunal statuera sur son cas, à la lumière du rapport que l’arbitre John Horan a remis en février 2020. Ancien procureur fédéral, celui-ci recommande : « …de mettre fin à sa suspension provisoire et de lui permettre de reprendre l’exercice du droit. » Il ajoute que :

« L’ampleur de son harcèlement par Chevron est tellement extravagante, et à ce stade si inutile et punitive que, bien que cela ne soit pas un facteur dans ma recommandation, elle en est néanmoins le contexte. »

Il ajoute que « L’évaluation du caractère n’est pas une science exacte, mais nous pouvons tous convenir que les éléments essentiels en sont l’honnêteté, l’intégrité et la crédibilité. Or il est loin d’être clair que [Donziger] manque de ces qualités comme le fait valoir le Comité. Les témoins que j’ai entendu ont mis en jeu leur réputation en témoignant, et ne parlent pas à la légère. …Et si c’est son désir de gagner de gros honoraires qui le rend suspect, alors tous les avocats devraient l’être aussi ! »

En novembre 2019, neuf des plus grandes organisations de défense des droits humains et de l’environnement ont publié une déclaration condamnant son assignation à résidence.

Les groupes qui ont signé la déclaration en faveur de Donziger sont Greenpeace USA, Amazon watch, Global witness, The Civil liberties defense center (Centre de défense des libertés civiles), EarthRights international, International corporate accountability roundtable (ICAR Table ronde internationale sur la responsabilité des entreprises ICAR), Rainforest action network (Ran), etc.

En France, Donziger est soutenu par la Fondation France Liberté de Danielle Mitterrand, par l’avocat des Droits humain William Bourdon, par le moine bouddhiste et photographe Matthieu Ricard, par Yann Arthus-Bertrand et bien d’autres.

Plusieurs de ces organisations ont créé une coalition appelée « Protect protest »« protégez ceux qui protestent » — pour lutter contre les procès baillons intentés par les entreprises pour attaquer et harceler les militants et leurs avocats.

Cette coalition a récemment nommé Chevron « Entreprise tyran de l’année » pour son agressivité et son harcèlement juridique envers les activistes et les avocats qui tentent d’obtenir justice.

29 lauréats du prix Nobel ont publié le 17 avril 2020 une Déclaration par laquelle ils demandent « à tous ceux qui luttent pour sauver notre planète de se joindre à nous pour soutenir les plaignants équatoriens et leur avocat Steven Donziger, injustement privé de liberté depuis plus de huit mois ».

Le 18 mai 2020, plus de 75 ONG internationales, dont plusieurs Organisations juridiques internationales et les principaux réseaux de défense des Droits humains, ont signé une lettre ouverte en soutien à Steven Donziger. La lettre identifie son cas comme « l’un des plus importants cas de responsabilité des entreprises et de droits humains de notre époque ».

Les soutiens augmentent aux États-Unis et dans le monde

Pour Marty Garbus, la décision de refuser sa libération est « stupéfiante pour quiconque croit en la primauté du droit », et que le fait de lui refuser un jury et un tribunal impartial est « une violation du droit international et des droits humains universels, une façon d’obtenir une condamnation lorsqu’on manque de preuves. »

Simon Talyor co-fondateur et directeur de l’ONG Global witness est, lui aussi, profondément choqué par les efforts visant à criminaliser Steven Donziger.

« En l’absence d’une meilleure explication, je trouve impossible de ne pas considérer qu’il s’agit d’une vengeance. N’ayant commis aucun crime, Steven est puni pour avoir eu le courage de démontrer que Chevron est responsable du désert toxique laissé en Équateur, désastre qui empoisonne encore aujourd’hui des milliers de personnes. »  

Cette affaire nous concerne tous, citoyens et entreprises. Certaines entreprises veulent pouvoir, comme l’a fait Chevron, extraire au plus bas prix possible. Si les manœuvres de Chevron réussissent et que la compagnie et ses dirigeants échappent à la condamnation qui leur impose de dédommager les habitants des zones dévastées par son mode d’exploitation, il sera très difficile, où que ce soit, d’obliger une entreprise à une conduite responsable et respectueuse envers la terre et les gens.

Jody Williams, qui a reçu le Prix Nobel de la paix pour sa Campagne internationale pour l’interdiction des mines antipersonnel terrestres en 1997, conclut :

« Chevron a décidé de diaboliser Steven Donziger avec l’aide de leur allié judiciaire, le juge de district américain Lewis A. Kaplan, utilisant leurs milliards de dollars pour harceler Steven Donziger et sa famille. Ils veulent montrer aux écologistes, et aux militants du monde entier ce qu’il en coûte de s’opposer à des entreprises puissantes, et de vouloir défendre ce que nous croyons être vrai et juste. »

L’étrange système de justice américain est-il en train de créer le Nelson Mandela du capitalocène ?

Reportage par Élisabeth Schneiter, journaliste et auteure du livre « Les Héros de l’Environnement »

Sur facebook https://www.facebook.com/freestevendonziger/
Pour ajouter votre nom à ceux qui le défendent : https://www.makechevroncleanup.com/support-steven-donziger
Pour soutenir Donziger financièrement : https://www.donzigerdefense.com/Appel à soutenir l’avocat Steven Donziger privé de liberté pour avoir défendu les communautés indigènes face à Chevron
Complément d’info : L’histoire en 3 minutes de vidéo

* un des vers de l’hymne national des États-Unis StarSpangled Banner (La Bannière étoilée)

Crédit photo couverture : RODRIGO BUENDIA / AFP

Priscillia Ludosky, l’initiatrice de la pétition sur la taxe carbone, en lance une nouvelle face à l’omniprésence d’un éditorialiste au discours dangereux dans les médias français : Eric Zemmour. Cette pétition s’adresse au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. Bien que le CSA ne peut normalement être saisi que pour un programme précis sur une chaine précise, Priscillia Ludosky espère faire jurisprudence sur cette affaire. Combattant fermement toute incitation à la haine, nous avons choisi de relayer le contenu de sa pétition ici. Voici le lien pour la signer.

Quand faire de l’audience est plus important que défendre les droits humains.

C’est sans doute la philosophie des médias mainstream qui, depuis des années, offrent une tribune à Eric Zemmour sous l’aval bienveillant du CSA – Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, du Ministère de la Culture et des Organes Judiciaires qui n’ont que trop tardé à « sévir » lorsqu’ils ont été saisi de plaintes.

Nous le savons, les grandes chaines, radios et journaux offrent un accès direct aux foyers de France. Une tribune extrêmement large qui reçoit instantanément les messages diffusés par ceux qui ont accès à ces médias.

Les débats, les interviews, les entretiens, sont censés nourrir le débat public afin que chacune et chacun se saisissent des sujets de société, se renseignent davantage pour se forger ensuite une opinion, qui peut être amenée à évoluer.

Seulement, accorder toujours aux mêmes le privilège de s’exprimer en plateaux tv/radio/presse, c’est contribuer à influencer discrètement les esprits à ne recevoir que le même type de message : progressivement le lavage de cerveau s’installe et finit par se saisir des esprits les plus vulnérables.

Exemple : depuis des années, les chaînes « d’information » diffusent en continu et EN BOUCLE des images spécifiquement sélectionnées en vue de manipuler l’opinion publique. Une manifestation qui aurait duré 5h dans une ambiance festive, joyeuse bien que revendicatrice, n’aurait pas été diffusée comme telle sur ces chaînes, car celles-ci se seraient focalisées uniquement sur les éventuels débordements survenus en fin d’évènement, sans nulle intention d’en expliquer les raisons, le contexte et sans recevoir sur les plateaux TV les militants eux-mêmes.

Il aura fallu que certains officiers de police se montrent en plein jour, pendant le mouvement des gilets jaunes, en train d’éborgner des manifestants sans raison pour qu’une partie de la France se rendent compte que les habitants de quartiers populaires disaient vrai : les bavures policières existent, elles sont courantes, sont dissimulées. Et comme la police enquête sur la police en violation du point 59 du code européen d’éthique, les coupables ne sont jamais sanctionnés.

Avant cela ? Leur technique consistait à ne montrer que les actes de révoltes, moyens d’expression de contestation évidemment incomprises par beaucoup.

Les médias ne vont jamais titrer :  « Des poubelles ont été brulées en signe de contestation car cet officier a tiré 8 fois sur un jeune désarmé ! »  Non ! il est plus vendeur et plus arrangeant pour les gouvernements et les chaînes décisionnelles des corps de police de titrer : « Des actes d’une violence inouïe dans les quartiers populaires ! »

Il ne faut pas que les téléspectateurs sachent que, depuis toujours, on tire à coup de LBD sur les jeunes de ces quartiers, que des chasses à l’homme ont lieu, que beaucoup sont morts dans des circonstances troubles et que jamais les familles n’ont obtenu justice.

Puis ensuite, c’est un personnage comme Eric Zemmour qu’on invite pour donner son avis, qui justifie de manière ignoble les bavures policières en propageant des « arguments » tels que:

« c’est normal, c’est un délinquant ; c’est normal, il roulait sans casque ; c’est normal, il était drogué etc etc etc. »

Et ce sont ces discours que vous retrouvez sur les réseaux sociaux. 

On vit dans un pays où on accepte qu’un homme dise qu’il est normal de tuer une personne au regard de ces supposés antécédents judiciaires, de son parcours de vie, de ses erreurs passées.

On vit dans un pays où on accepte qu’un homme dise qu’il est normal qu’un jeune succombe à un plaquage ventral provoqué par un officier de police au regard de ses supposés antécédents médicaux.

On vit dans un pays où on accepte qu’un homme propage des fake news racistes à coup de stats bidons (comme celles relatives au taux de délinquances aux USA qu’il a récemment exprimé).

On vit dans un pays où on accepte qu’un homme continue de s’exprimer régulièrement à la télévision et à la radio quand on sait qu’il s’applique à toujours attiser la haine envers les populations noires et arabes et plus spécifiquement de confession musulmane.

On vit dans un pays se disant « contre la peine de mort » mais qui laisse cet homme dire que les jeunes qui sont tués méritent leur sort.

On vit dans un pays où on laisse cet homme frustré, se croyant détenteur de la vérité et des faits historiques, instruire les lecteurs et téléspectateurs.

Par exemple, tout récemment il a dit que c’était un « acte raciste » de déboulonner les statues de Victor Schoelcher et que les Antilles françaises devraient s’estimer heureuses car elles ont des routes, des services publics et que l’Etat français y « fait son travail » !

« Comme quoi lire des livres et en écrire n’empêche pas la stupidité ! Puisque c’est précisément l’Etat français qui a empoisonné les terres antillaises à coup de chlordécone, qui laisse les hôpitaux à la dérive, qui ne réagit à la pénurie d’eau potable et des militante(s) y ont  effectivement récemment déboulonné la statue d’un homme qui a contribué à faire indemniser les esclavagistes lorsque la traite a été abolie. Et non, ce n’est pas la « colonisation qui a arrêté l’esclavage » comme il le dit, mais bien les multiples révoltes dissimulées par les livres d’histoire de la République, anomalie à laquelle d’ailleurs l’Etat doit remédier mais ne le fait pas en violation de l’article 2 de la loi Taubira !« 

On vit dans un pays où les gens qui écoutent le discours d’Eric Zemmour vous disent que si certaines personnes ont été tuées ou éborgnées, c’est qu’elles n’avaient pas à : fuir, répondre, résister ou manifester. Des gens qui ne se rendent pas compte qu’il sont clairement en train de dire que si leurs enfants /ado font des bêtises ou s’ils osent revendiquer des droits, ou s’ils résistent à un contrôle de police musclé ou à un énième contrôle au faciès, ils méritent de mourir.

Voilà le type de pensées que provoque Eric Zemmour, voilà ce que le CSA , la justice et le gouvernement laissent faire.

Nous pouvons donc raisonnablement nous demander quel intérêt autre que financier (pour les médias) ont le gouvernement, le CSA et la justice à laisser cet homme s’exprimer continuellement.

La Liberté d’expression n’est pas l’incitation à la haine de l’autre.

Texte de Priscillia Ludosky
Crédit photo couv : JOEL SAGET / AFP

Article co-écrit par Maud Barret Bertelloni, membre du Mouton Numérique, et Augustin Langlade, journaliste à La Relève et La Peste.

La crise sanitaire se révèle un marché juteux pour un secteur numérique influent, accompagné par un État guidé par la défense des entreprises dans des choix aussi essentiels que ceux de ses politiques numérique et sanitaire, aux dépens du service public, des citoyens et de leur santé.

L’application StopCovid, approuvée mercredi et jeudi dernier par le Parlement, vient aujourd’hui, mardi 2 juin, d’être mise en service. L’instrument national de contact tracing aura pour fonction de repérer les éventuels cas de contamination au Covid-19, grâce au croisement des signaux Bluetooth de nos téléphones portables.

Porté contre vents et marées par le secrétaire d’État au numérique, Cédric O, ce projet aussi ambitieux qu’incertain rassemble quelques « fleurons » de l’industrie française, réunis dans un consortium public-privé : Dassault Systèmes pour le stockage des données, Capgemini pour l’architecture de l’application, Lunabee Studio pour son développement mobile, Orange pour la diffusion, Withings pour les objets connectés, ainsi qu’Accenture, Thalès, Atos, Bertin Technologies et d’autres.

En tout, une centaine de représentants d’une petite trentaine d’entreprises auront participé de près ou de loin à l’application, dont les plus ardents défenseurs prétendent qu’elle pourrait ni plus ni moins sortir la France de la crise.

Un tel état d’esprit traduit à merveille l’époque que nous traversons. L’application StopCovid, très médiatisée, ne représente que l’une des innombrables technologies numériques mobilisées pour répondre à l’épidémie.

Drones, caméras de reconnaissance automatique d’images, sites et applications de téléconsultation, partage et traitement de données, scanners thermiques, logiciels de surveillance des examens, objets connectés, aucun outil n’aura été négligé.

Saisissant l’opportunité qui s’offrait à lui, le monde de l’innovation a rivalisé d’ingéniosité et d’ardeur pour se présenter, une fois de plus, comme la panacée à toutes les difficultés que pose cette situation nouvelle.

Ce déploiement inédit de technologies, dont certaines s’étaient jusqu’ici cantonnées au domaine de l’armée, du renseignement ou du maintien de l’ordre, n’a pas manqué de nourrir l’inquiétude des défenseurs des libertés publiques, qui craignent une extension sans précédent de la surveillance et de nouvelles atteintes au respect de la vie privée.

Cependant, alors que le débat s’acharne à savoir si l’on préfère mourir libres ou vivre surveillés, un aspect est systématiquement passé sous silence : quels acteurs et quels intérêts se croisent dans les coulisses de ces technologies ?Ne faut-il pas poser la question de la logique qui préside à leur bourgeonnement ? 

Crédit : Rishabh Varshney

Quand lurgence sanitaire rencontre la transition numérique à marche forcée

La liste des technologies recensées depuis le début de l’épidémie est longue et bigarrée. Outre le fameux contact tracing, les applications de diagnostic et de télésuivi médical ont prospéré, parfois associées à des objets connectés reconvertis dans le domaine médical, comme la ScanWatch de Withings ou l’Apple Watch, à présent capables de mesurer le taux de saturation en oxygène du sang.

Certaines technologies militaires et de maintien de lordre ont été transposées dans le domaine civil sans consultation.

De Nice à Paris, de Lille à Saint-Malo, les drones ont peuplé les cieux français pour faire respecter le confinement ; des caméras équipées de reconnaissance automatique d’images ont été installées pour assurer le port de masque dans les marchés et les bus à Cannes, ainsi qu’à la station Châtelet-les-Halles à Paris.

En Belgique, les bracelets électroniques de Rombit ont été imposés à des salariés afin de leur faire respecter les distances physiques sur leur lieu de travail. Sans parler de la fortune des plates-formes de livraison, de visioconférence, de contact, de formation, qui ont connu une prodigieuse explosion du fait du confinement et du télétravail : Amazon, UberEats, Deliveroo, Doctolib, Zoom, GoToMeeting, Tixeo, Google Meet, Udacity, Coursera, Datascientest ; un fourmillement de “solutions” aux difficultés de la crise sanitaire qui ne doit rien au hasard…

À quelques exceptions près, chacune de ces technologies trouve son origine dans une entreprise privée, qui a saisi la crise comme une excellente occasion de proposer ses produits tout en bénéficiant dune image exemplaire.

Les défenseurs comme les critiques de la technologie semblent parfois l’oublier : tous ces outils ne tombent pas du ciel ; ils sont au cœur d’un marché aussi florissant que féroce.

Si, malgré la récession qui s’amorce, le secteur du numérique se prépare à la croissance et recrute à tout-va, c’est au prix d’une lutte pour la survie, les entreprises les plus grandes et agressives s’accaparant la majorité des marchés et absorbant les plus petites, dans une nouvelle phase de sélection et de compétitivité redoublée.  

La stratégie de conquête, que les PME de province comme les géants du web suivent unanimement, passe en premier lieu par un marketing audacieux et une courtisanerie à la limite de l’impertinence, aspirant comme de coutume à ce que la société fasse un bond en avant drastique dans la technophilie et lève ses quelques garde-fous.

Il n’a échappé à personne que les grossiers appels du pied d’Orange, qui a publié les données anonymisées de géolocalisation des Franciliens, quelques jours après l’exode urbain du confinement, ne visaient qu’à proposer au gouvernement les services de cette masse de données qu’il rechigne à laisser exploiter.

Dans une autre mesure, des start-up à la recherche de profits soudains n’ont pas tardé à imposer aux aéroports, aux gares et à bien d’autres lieux de grande fréquentation des scanners qui mesurent la température des passants, comme c’est le cas en Belgique, en Chine, en Italie ou à l’aéroport de Roissy. Les tristes règles du lobbying high-tech ne connaissent pas d’exception. 

D’autres entreprises ont trouvé le moyen de se faire de la publicité en offrant gratuitement leurs services, selon une stratégie de marketing commune à Pornhub, qui a proposé un mois d’abonnement gratuit aux populations confinées, Bending Spoons, la start-up qui a développé gratuitement « Immuni », l’application de traçage italienne, ainsi que de petites sociétés telles que Pradeo (sécurité des terminaux mobiles) ou Intrasense (imagerie médicale) à Montpellier, dont les outils ont été mis gracieusement à disposition des administrations publiques et des particuliers.

Dans le secteur privé comme public, c’est une véritable stratégie du choc pandémique qui est à l’œuvre, ainsi que la décrit Naomi Klein aux États-Unis. Dans une société déroutée par les événements, subissant de plein fouet le bouleversement ou la suspension de ses activités ; alors que le gouvernement cherche à multiplier les moyens de lutte contre l’épidémie ; tandis que les patrons et les directeurs d’établissements privés craignent d’être mis en cause pour négligence, les acteurs du numérique, eux, vent debout, s’unissent et se mobilisent pour imposer leurs produits et exploiter l’effet d’aubaine unique que leur fournit la crise.

Les lobbies du secteur, comme Syntec Numérique, Tech in France ou France Digitale, ont fourni à Bercy leurs propositions pour « le monde d’après », qui ressemblent à s’y méprendre à une extension considérable du monde d’avant : équipement des ménages (notamment ceux du troisième âge), couverture du territoire en très haut débit, investissement public et privé dans les start-up, numérisation des services de l’État, transition vers un monde hyperconnecté par leurs soins. 

Crédit : Adam Nieścioruk

L’État, paladin des entreprises de la French Tech

Une grande partie des technologies mobilisées pendant la crise auront été largement financées ou promues par l’État, en aval comme en amont. En amont, car la Start-up Nation fait l’objet d’importants investissements publics, à travers la Banque publique d’investissements (BpiFrance), premier soutien de l’innovation « disruptive », à l’origine du plan extraordinaire de 4 milliards d’euros, spécialement destiné à renflouer les trésoreries des start-up pendant la crise.

En aval, car l’État (à travers différents organismes publics) figure parmi les premiers acheteurs de ces technologies, comme on l’a vu pendant la période trouble de l’épidémie, qui accélère à nouveau la « transition numérique » de la société

Les technologies achetées par l’État sont la plupart du temps destinées aux services publics, sous-traitant ce marché immense financé par les contribuables et s’en dépossédant du même coup. L’exemple le plus frappant est sûrement celui de l’une des rares licornes françaises, Doctolib.

Dopée par l’urgence et recommandée par le gouvernement, la plate-forme n’a fait qu’une bouchée du marché des téléconsultations, dont le nombre a explosé pendant le confinement. C’était l’occasion que la start-up attendait, puisque sa valeur est désormais passée au-dessus d’un milliard d’euros.

Sa foudroyante progression est le fruit d’une lente pénétration du système de santé français, d’un démarchage ininterrompu de particuliers, d’établissements et d’hommes politiques par des centaines de courtiers, d’une succession de contrats juteux avec l’AP-HP ou l’Assurance-maladie ayant mis peu à peu hors jeu la concurrence. De sa position quasi monopolistique, Doctolib s’apprête maintenant à inaugurer la sous-traitance du domaine de la santé, dont l’État n’avait pas encore réussi à se débarrasser. 

Dans ce contexte, ce n’est pas la silhouette d’un État totalitaire qui ressort, cherchant à connaître et à contrôler sa population par des technologies de surveillance, mais les maigres restes d’un État actionnaire, qui se déleste de ses responsabilités et se contente d’être un soutien de l’innovation privée.

Plutôt que d’investir dans de nouvelles structures et infrastructures, il soutient le développement des technologies qu’il achète et dont les éléments essentiels, comme les données, lui échappent. 

Crédit : Rafamunez

Sur la scène internationale, l’État se cantonne au rôle de paladin des industries du numérique sur les marchés européens et mondiaux. Ainsi, dans leur tribune conjointe, le secrétaire d’État au numérique Cédric O et ses homologues italien, allemand, espagnol et portugais déclaraient la nécessité de garantir la « souveraineté technologique européenne » face à des GAFAM récalcitrants.

Une souveraineté dont la définition laisse perplexe : « La souveraineté numérique constitue le fondement d’une compétitivité européenne durable » ; souveraineté réduite, donc, à la défense de l’industrie nationale sur les marchés européens ou de l’industrie européenne sur les marchés mondiaux.

GAFAM non, French Tech oui : ce cas de figure n’est pas sans rappeler le rapport protectionniste que la France entretient avec son industrie militaire, envoyant son chef de l’État en tournée comme représentant commercial des entreprises, pour n’en retirer, maigres bénéfices, que le maintien des emplois et quelques revenus fiscaux accommodants. 

Du point de vue national, cela revient à favoriser les acteurs privés, quitte à écarter les agences publiques capables de développer des technologies pour le service public.

La trajectoire de l’application StopCovid illustre parfaitement cette dynamique. Alors que la réalisation de l’application de tracing avait été initialement confiée à la direction interministérielle du numérique (DINUM), ainsi qu’à son incubateur, celle-ci a été progressivement écartée en faveur du consortium actuel, composé d’industriels chapeautés par l’INRIA, elle-même accompagnée par la vigilance de l’ANSSI en matière de sécurité — ce qui revient dans les faits à donner aux instances publiques un simple rôle consultatif, tout en laissant les entreprises privées aux commandes de l’application.

Malgré un bras de fer infructueux avec Google et Apple au sujet du protocole de l’application, à cause duquel celle-ci rencontrera d’importantes difficultés sur le petit tiers d’iPhones des Français, et malgré les critiques qui en dénoncent les risques, Cédric O et son « consortium » ont continué de développer leur outil, dont l’efficacité sera testée en cours de route.

Jusqu’à présent, il faut le rappeler, le bilan des systèmes de traçage est accablant : échec à Singapour, en République tchèque, en Norvège, en Islande… En Australie, trois semaines et six millions de téléchargements n’auront permis de détecter qu’un cas, un unique “vrai positif”.

Ainsi, des enjeux comme le positionnement et la réputation de ces industries sur les marchés compétitifs des données de santé semblent prendre le pas sur l’intérêt général et la santé publique. 

Tram à Montpellier faisant la promotion de la FrenchTech, 2015 – Crédit : Peter

Technologie pour le service public ou technologie pour le marché 

Dans cette course aux profits, à la croissance et à la compétitivité dont l’État et les entreprises se passent le relais, il semblerait qu’un détail aussi embarrassant que fondamental soit perdu de vue : tout développement, toute utilisation de technologies représente essentiellement un choix de société.

Prenons l’exemple d’un moteur de recherche. Celui-ci peut se contenter d’indexer les pages web et de faire remonter les informations aux utilisateurs, à la manière de Qwant ; ou bien, comme le fait Google, il peut s’ingénier à fournir un service qui lui permet de s’accaparer les données du plus grand nombre d’utilisateurs possible et de les monétiser sur les marchés de la publicité ciblée.

La technologie, quoi quen disent les technophobes actuels, est par nature ouverte et plastique, c’est-à-dire qu’elle s’adapte aux usages quon en fait, à nos aspirations et à nos principes, le même outil pouvant fournir un service public ou simposer aux dépens de lutilisateur.

Dans le contexte actuel, par exemple, on peut se demander si Withings, fournisseur des objets connectés de StopCovid, n’a pas avant tout intérêt à ce que l’État achète et distribue ses montres connectées, quitte à déployer cette application manifestement inutile. Les montres, elles, resteront, et Withings pourra par la suite en collecter les données. 

En ce sens, faire le choix dune technologie de profit plutôt que dune technologie destinée au service public est un choix politique. Il faut le dire. À chaque fois que le gouvernement achète les gadgets que les lobbies du numérique lui suggèrent, à chaque fois quil écarte une agence publique pour la remplacer par des acteurs privés dont il défend les intérêts, à chaque fois quil sous-traite un service public aux entreprises du numérique, il fait le choix dune politique technologique de marché

Si l’on obéit à une telle doctrine, rien ne sert vraiment le bien commun. Une technologie apparaît et demeure quand elle est rentable et pilotée par la croissance, voilà tout. Le choix politique actuel consiste à ne jamais développer d’infrastructures technologiques publiques (comme le cloud pour le stockage des données), ou de capacité à mettre sur pied des logiciels, des plates-formes, des services.

En abandonnant le numérique, le gouvernement accepte que le développement et les formes de la technologie ne soient régis que par des intérêts économiques ; un paradoxe, puisqu’il prétend naviguer à pure rationalité.

Parmi les outils les plus efficaces pour contrer l’épidémie se trouvent de nombreuses low, voire très low-tech : les masques, les imprimantes 3D qui ont permis de fabriquer du matériel de protection et des respirateurs, enfin les gestes barrières, ce sont là des technologies qui auront davantage contribué à ne pas avoir sur la conscience « les morts supplémentaires et le reconfinement », spectres agités par Cédric O pour faire passer en force son application. 

Il ne faut pas croire qu’un État impliqué dans les technologies ressemblerait à la Chine, comme si le choix ne reposait qu’entre surveillance d’État et libre marché. On peut parfaitement en imaginer un développement par des organismes indépendants dans leurs statuts, avec une protection juridique forte, et une propriété publique et de communs. La logique des communs, comme le soulignait l’ambassadeur du numérique Henri Verdier, n’est pas incompatible avec l’action publique.

Bien au contraire, l’emploi de l’open source par l’administration permet par exemple d’épargner de coûteuses licences d’utilisation et de développer des outils ajustés aux besoins spécifiques de chaque acteur. De la même manière, l’ouverture des données publiques peut améliorer les services de l’État tout en laissant le champ libre à la civic tech, la contribution technologique citoyenne. 

Cette politique requiert un brin d’imagination, en ce qu’elle met en cause un état de fait et une idéologie qui voudrait que la technologie soit affaire de spécialistes et d’entreprises privées, et non un outil puissant du service public. C’est en ce sens que la première question des technologies n’est ni éthique ni philosophique, mais simplement politique : préfère-t-on que les affaires publiques de santé et de numérique soient guidées par l’intérêt général ou par la quête du profit privé ? Car pendant la crise du Covid-19, le déploiement des outils technologiques, plutôt que de protéger la population et d’améliorer ses conditions de vie, n’aura servi qu’à vendre les citoyens et leurs données aux entreprises privées, comme choix politique assumé.

Crédit photo couverture : Riccardo Milani / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Communiqué de presse : Aujourd’hui les Amis de la Terre France, Notre Affaire à Tous, Wild Legal et Maiouri Nature Guyane déposent un recours devant le Conseil d’Etat afin d’obtenir l’annulation du décret du 8 avril 2020, qui généralise le droit des préfets à déroger à de nombreuses normes réglementaires, notamment en matière environnementale.

Le décret, adopté en plein confinement, permet aux préfets de contourner les normes existantes pour prendre des décisions dans des domaines étendus, tels que l’aménagement du territoire, l’environnement et la construction, ainsi que l’octroi de subventions.

Le décret étend à la France entière une procédure instaurée en décembre 2017 à titre expérimental dans certains départements et régions, dont les Amis de la Terre France avaient déjà demandé l’annulation.

Au moins 183 arrêtés dérogatoires ont alors été adoptés, parmi lesquels de nombreux cas inquiétants : cette période d’expérimentation a notamment permis l’installation d’une unité de méthanisation dans une zone protégée dans l’Yonne, ou encore à la construction d’une digue et d’un parc d’éoliennes en Vendée en passant outre l’obligation de réaliser une étude d’impact environnemental.

Le décret du 8 avril accorde dorénavant à tous les préfets ce pouvoir de dérogation sans aucune limite de temps.

Pour Louis Cofflard, membre du Conseil fédéral des Amis de la Terre France et avocat du recours :

“Ce décret fige dans le droit commun, sans information ni consultation du public minimale, un dispositif réglementaire rétrograde laissant à l’arbitraire de chaque préfet le soin de garantir une application inégalitaire du droit de l’environnement.

Pour Chloé Gerbier, juriste de l’association Notre Affaire à Tous :

“Dans une période de “relance économique”, où les projets polluants sont amenés à se multiplier, ce décret peut être dévastateur en matière environnementale. En effet sous couvert d’intérêt général et de procédure accélérée, certains projets pourront être exonérés de procédure d’autorisation, et donc parfois même d’étude d’impact” .

Cette procédure de passe-droit est particulièrement dangereuse sur certains territoires déjà soumis à une forte pression de la part des industriels. En Guyane, les militants anti-mine du collectif Or de question et de l’association Maiouri Nature Guyane s’inquiètent fortement de cette tendance alors que les compagnies minières mettent toujours plus de pression sur l’administration pour obtenir de nouveaux permis.

Marine Calmet, juriste des associations Maiouri Nature Guyane et Wild Legal confirme :

“Ce nouveau décret illustre parfaitement la tendance mortifère de détricotage du droit de l’environnement actuellement en cours en France.”

Malgré les dangers directs et graves de ce texte en terme écologique, ni les autorités environnementales ni le public n’ont été consultés avant l’adoption du décret.

De plus, un tel dispositif est profondément contraire à la Constitution. D’une part, les porteurs de projets qui obtiendront des dérogations seront nécessairement ceux qui réussiront à faire valoir leur dossier auprès du préfet, et des projets identiques seraient soumis à des obligations différentes selon les départements, ce qui remet en question le principe d’égalité devant la loi.

D’autre part, le décret ne respecte pas la séparation des pouvoirs, car il permet à l’exécutif – le préfet – de délivrer, au cas par cas, des “dispenses” de législation qui sont d’ordinaire, du domaine réservé du législateur. Enfin, la formulation imprécise du décret et son champ d’application vaste vont à l’encontre de l’objectif de clarté et d’intelligibilité de la loi.

La date à laquelle les associations auront une suite de recours n’est pas encore connue, nous vous tiendrons au courant de leur progression.

A l’occasion de la journée internationale de la diversité biologique, les associations écologistes des Sciences Po lancent un appel pour que leurs écoles soient à la hauteur des enjeux écologiques et sociaux. Soutenues par plusieurs personnalités, notamment l’eurodéputée Manon Aubry, le philosophe Dominique Bourg, la juriste Valérie Cabanes, le climatologue Jean Jouzel et l’ancienne Ministre de l’Environnement Corinne Lepage, mais aussi par différentes organisations comme Youth For Climate France ou le REFEDD (liste des signataires complète à la fin), elles appellent de leurs vœux une transition écologique et sociale concrète, ambitieuse et collective dans leurs établissements. Constituées en un collectif écologiste inter-Sciences Po, elles ont établi 10 mesures à prendre d’urgence.

La crise sanitaire que nous vivons rappelle la vulnérabilité de notre modèle de civilisation, déjà fragilisé par la crise écologique et sociale. Au vu de l’urgence, les Sciences Po doivent s’engager dans une transition écologique concrète, ambitieuse et collective.

Les Sciences Po, qui aspirent à former leurs étudiant·e·s aux grands enjeux contemporains, doivent prendre en compte les défis environnementaux, sociaux et démocratiques que pose la crise écologique. Ils ont la responsabilité d’agir, dès aujourd’hui, pour engager, aux côtés d’autres institutions de l’enseignement supérieur, une transition écologique concrète et planifiée.

Depuis des décennies, la communauté scientifique, relayée par la société civile, nous alerte. Plus que jamais, nous devons engager un changement conséquent de nos modes de vie. Or, jusqu’ici, les efforts faits à la marge ne sont pas suffisants pour atteindre les objectifs des accords internationaux et rectifier la trajectoire écocidaire sur laquelle nous nous sommes engagé·e·s. Le temps des petits pas est désormais révolu.

Artificialisation des sols, dérèglement climatique, effondrement de la biodiversité, inégalités climatiques : la crise écologique et sociale fait désormais partie de notre quotidien. Il est temps d’agir. Collectivement. Face à la mesure du changement à atteindre, nous appelons nos établissements à prendre leurs responsabilités et à agir de manière participative et concrète.

Nous souhaitons aujourd’hui répondre à l’appel lancé par les étudiant·e·s de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye pour une convergence des mouvements écologistes dans tous les Sciences Po. Pour ce faire, nous avons constitué un collectif composé de l’ensemble des associations écologistes des Sciences Po. De manière concertée, nous avons donc établi une liste de 10 propositions à mettre en œuvre d’urgence. 10 propositions pour une transition écologique concrète et planifiée. 10 propositions pour que les Sciences Po soient enfin à la hauteur des enjeux écologiques.

Pour une gouvernance écologique, inclusive et éthique

1. Écrire une Charte contraignante et commune à tous les Sciences Po , faisant des enjeux écologiques et sociaux une de leurs priorités. Conditionnée à la participation de la communauté étudiante, enseignante et des membres du personnel, la rédaction de la Charte doit être précédée de la réalisation du « Grand Baromètre » (créé par le collectif Pour un réveil écologique) .

2. Faire rédiger, ou mettre à jour, le « Plan Vert » (loi Grenelle I, 2009) par le Comité mentionné dans la proposition 3, en se basant sur le Référentiel et le Canevas de « Plan Vert » afin d’établir des moyens et objectifs précis. Il doit faire l’objet d’une révision régulière, adaptée aux spécificités de chaque campus.

3. Créer un comité de planification de la transition écologique et sociale , chargé d’élaborer le « Plan Vert » de l’établissement et de contrôler sa mise en œuvre. Il doit être composé à 1⁄3 d’étudiant·e·s, 1⁄3 de membres de l’administration (direction, équipe pédagogique, équipe administrative, membres du personnel) et 1⁄3 de scientifiques extérieur·e·s à l’établissement.

4. Créer dans chaque campus des Sciences Po, selon le mode de gouvernance correspondant, un poste de chargé·e de mission de la transition écologique, aux compétences décisionnaires. Accompagné·e du Comité, iel est chargé·e de mettre en œuvre le « Plan Vert » de l’établissement. Membre du Conseil d’Administration, il veille à ce que toutes les décisions soient désormais pensées à travers le prisme des enjeux écologiques et sociaux.

Pour un enseignement et une recherche à la hauteur des enjeux écologiques

5. Intégrer les enjeux écologiques et sociaux à tous les enseignements. Nous attendons notamment un corpus sur les limites planétaires et l’écologie scientifique, sur les humanités environnementales, sur l’histoire, l’économie et les pensées écologiques ; avec une attention particulière portée aux problématiques sociales. Il doit être établi sur l’ensemble des années de formation des étudiant·e·s. Ouvrir le champ des projets professionnels en relation avec la transition écologique et sociale aux étudiant·e·s dès la 1ère année.

6. Créer un pôle de recherche liant les sciences sociales et l’écologie. Il doit être commun aux Sciences Po et à des établissements de recherche dans le domaine des sciences de la Terre et du vivant.

7. Développer des partenariats avec des établissements de l’enseignement professionnel, technologique et d’ingénierie afin d’adopter une approche pluridisciplinaire, écologiste et sociale, notamment dans les domaines suivants : rénovation thermique, conservation de la nature, gestion de l’eau et méthodes de recyclage.

Pour des campus éco-responsables

8. Décarboner les activités des Sciences Po , en réalisant notamment dans chaque campus un bilan carbone annuel public ainsi qu’une réduction des déplacements obligatoires polluants (mobilité internationale des étudiant·e·s, déplacements obligatoires des salarié·e·s, professeur·e·s et intervenant·e·s).

9. Éco-responsabiliser les campus , en prenant en compte leurs spécificités respectives. Il s’agit, entre autres, de réduire les déchets, mais aussi de développer une restauration soutenable, éthique et locale en collaboration avec les acteurs concernés.

10. Conditionner les partenariats financiers, logistiques et professionnels à un cahier des charges public établi par le comité de planification de la transition écologique et sociale.

Nous demandons la mise au vote d’une déclaration de principes reprenant nos 10 propositions lors du prochain conseil d’administration de nos écoles respectives.

Notre collectif s’est rassemblé pour faire résonner la voix de l’écologie dans les Sciences Po, et interpeller nos directions dans une démarche publique et transparente. Nous espérons ainsi contribuer, comme d’autres étudiant·e·s l’ont fait auparavant, à la mobilisation et à la transformation écologique de l’enseignement supérieur français.

Signez l’appel du Collectif écologiste inter-IEP

Liste des premiers signataires :

Associations écologistes des Sciences Po de France
Association pour la Protection de la Nature et des Animaux (APNA) et Sekoïa de Sciences Po Aix, Echo’logik de Sciences Po Bordeaux, Agir Alternatif de Sciences Po Grenoble, La Ruche de Sciences Po Lille, Volonterre de Sciences Po Lyon, Collectif pour la Décroissance, Ecophilia, Sciences Po Environnement et Sciences Po Zéro Fossile de Sciences Po Paris, Les Décaenté·e·s et Révol’vert de Sciences Po Rennes, le Comité d’Action pour le Système-Terre (CAST) et Solidarités de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, Alter’bureau de Sciences Po Strasbourg, Gaïa de Sciences Po Toulouse.

Personnalités
Yann Aguila – Juriste, avocat et professeur de droit public, Manon Aubry – Eurodéputée La France Insoumise et co-présidente du groupe parlementaire confédéral GUE/NGL, Dominique Bourg – Philosophe et directeur de la rédaction de la revue La Pensée écologique, Valérie Cabanes – Juriste internationaliste et présidente d’honneur de Notre Affaire à tous , Marine Calmet – Juriste, présidente et co-fondatrice de Wild Legal , Alain Grandjean – Économiste et président de la Fondation pour la Nature et l’Homme , Jean Jouzel – Climatologue et directeur de recherche émérite au CEA, Arthur Keller – Expert et consultant des vulnérabilités systémiques et de la résilience, Corinne Lepage – Avocate et ancienne Ministre de l’Environnement, Marie Toussaint – Eurodéputée Europe-Ecologie – Les Verts .

Associations et organisations de jeunesse
CliMates, Pour un Réveil Écologique,RÉseau Français des Etudiants pour le Développement Durable (REFEDD), Together For Earth, Youth For Climate France, Résilience

Cette tribune paraît également chez nos confrères·sœurs de Socialter, de Mr Mondialisation et de Kaizen .

Dimanche 17 mai, la journaliste Ysis Percq a été violemment prise pour cible, dans l’exercice de ses fonctions, par des militants du groupuscule d’extrême droite la « Ligue du Midi ». Leur rassemblement a eu lieu alors qu’il était normalement interdit. Si les forces de l’ordre ont été tolérantes pour cette manifestation, elles ont en revanche empêché une manifestation de gilets jaunes la veille, toujours à Montpellier. Face à cette différence de traitement injuste et dangereuse et au nom de la liberté d’informer, nous relayons ici le communiqué du Syndicat National des Journalistes et de plusieurs organismes de défense de la liberté de la presse, liste en bas de page.

Mandatée par l’AFP pour couvrir le rassemblement identitaire organisé ce dimanche 17 mai à Montpellier par le groupuscule d’extrême droite la « Ligue du Midi », notre consoeur Ysis Percq a été prise pour cible, dans l’exercice de ses fonctions, par des militants.

Menacée, intimidée physiquement, la journaliste s’est également fait voler son téléphone. Toutes les images de ce rassemblement ont été effacées. La journaliste a déposé plainte et a pu récupérer son téléphone suite à l’interpellation de l’auteur du vol. Une enquête doit être ouverte par le Parquet de Montpellier.

Nous condamnons fermement les lâches exactions menées par ce groupuscule identitaire qui sévit régulièrement dans la région montpelliéraine, sans conséquence judiciaire. En plus d’avoir bafoué la liberté de la presse, la Ligue du Midi a justifié ses agissements en renvoyant notre consoeur à ses cours de déontologie journalistique. Nous en profitons pour rappeler à la Ligue l’un des droits démocratiques le plus fondamental: la liberté d’informer.

Cette manifestation, comme celle des Gilets Jaunes, était pourtant interdite par la préfecture. Samedi 16 mai, 25 verbalisations ont été dressées et sept Gilets Jaunes montpelliérains ont été interpellés. Mais, le rassemblement de la Ligue du Midi, le lendemain, a, lui, bénéficié d’une étonnante tolérance de la part des policiers.

Richard Roudier, leader du groupuscule, s’est même vu accordé « 5 minutes » de discours, drapeau identitaire à la main, par un membre des forces de l’ordre qui se félicitent d’avoir « noué un bon contact avec les organisateurs ». Un « deux poids, deux mesures » inquiétant lorsqu’on connaît le passif de cette organisation (coups de couteau, intimidations de la population locale, saluts nazis, actions coups de poing racistes etc).

Ainsi, nous nous alarmons aujourd’hui de la banalisation idéologique de l’extrême-droite, tant sur le plan médiatique que politique, parfois même jusqu’au plus haut sommet de l’Etat.

Si Eric Zemmour a pu s’entretenir durant 45 minutes avec le Président de la République, nous constatons malheureusement qu’Ysis Percq n’a pas eu droit au « soutien » d’Emmanuel Macron. 

Renforcés par certains choix éditoriaux, à l’image de la nouvelle émission religieuse lancée le 10 mai sur CNEWS et animée par Charlotte d’Ornellas (coqueluche de la fachosphère), qui répandent leur idéologie, les militants d’extrême droite s’attaquent à celles et ceux qui documentent leurs actes.

L’intimidation de notre consoeur Ysis Percq en est un exemple parmi tant d’autres. Partout, la presse est ciblée.

En janvier dernier, le journaliste allemand Thomas Jacobi, correspondant à Athènes pour le quotidien français La Croix et la chaîne allemande Deutsche Well, était violemment agressé par des membres du parti néo-nazi Aube dorée, durant un rassemblement anti-migrants.

Les manifestations françaises anti-PMA d’octobre 2019, ont également été le théâtre d’agressions d’extrême-droite contre des journalistes. Deux anciens membres du FN, Yvan Benedetti (Oeuvre Française) et Hervé Lalin (ex-GUD) avaient alors intimidé verbalement puis physiquement une équipe de l’émission Quotidien (TMC) avant de casser leur matériel.

Nous réitérons notre soutien à Ysis et exigeons des réactions fortes de la part des pouvoirs publics. Si, Philippe Saurel, maire de Montpellier, s’est fendu d’une réaction sur son compte Twitter, nous regrettons le silence du Préfet Jacques Witkowski sur ces faits intolérables dans un Etat de droit. Il en va de la liberté de la presse et de la démocratie.

Pour que vivent le droit à l’information et le droit d’informer !

La crise sanitaire que nous traversons confirme la fragilité de notre société face aux crises écologiques et sanitaires à venir, exacerbant des inégalités croissantes et inacceptables. Aujourd’hui, plus de 70 organisations lancent un appel commun à une reconstruction écologique, sociale et sanitaire. Nous relayons leur interpellation de la société civile, ouverte à la signature de tous, fondée sur des propositions concrètes, et une campagne de mobilisation citoyenne à destination des élus.

Nous aimions nous croire invulnérables.
La réalité nous a rattrapés.

La crise sanitaire que nous traversons a interrompu brutalement le cours de nos vies. Elle a imposé le confinement de la moitié de la planète et perturbé toutes nos habitudes. Des millions de personnes ont perdu leur emploi. Beaucoup ont dû dire adieu à des proches. Avec la crise, nos préoccupations ont profondément changé.

Aujourd’hui, le gouvernement prend des mesures extraordinaires pour sauver des entreprises. Demain, il organisera la relance de l’économie. Mais la grande erreur serait de reconstruire notre monde en conservant les méthodes d’hier. Notre société s’est révélée fragile, alors que nous sommes face à de nombreux autres périls. En plus des crises sanitaires, les désastres écologiques nous menacent et les inégalités sociales nous rendent toujours plus vulnérables.

Regardons en face nos vulnérabilités.

La destruction de la biodiversité augmente considérablement le risque de pandémie. La déforestation et le braconnage créent une proximité forcée avec des animaux sauvages et nous exposent à des crises sanitaires. Nos systèmes de santé ne peuvent pas y faire face.

Certaines activités économiques conduisent à d’autres désastres environnementaux qui nous menacent directement. Les bouleversements climatiques, l’épuisement des ressources, les pollutions entraîneront inévitablement des situations parfois plus meurtrières que le Covid-19: pénuries alimentaires, canicules, catastrophes naturelles plus fréquentes, raréfaction de l’eau douce, mais aussi augmentation des inégalités, migrations climatiques, etc.

Nous appelons donc nos décideuses et décideurs à revoir nos priorités dans la reconstruction qui s’annonce pour éviter les catastrophes à venir.

Le temps est venu de garantir la pérennité des activités essentielles assurées par nos services publics.

Investissons massivement dans notre système de santé, dans l’éducation et dans la recherche. Revalorisons enfin ces métiers, plus que jamais nécessaires.

Le temps est venu de développer les activités et métiers nécessaires à une reconstruction écologique et sociale.

Investissons massivement, formons et créons des emplois dans les activités écologiquement et socialement responsables, comme la rénovation thermique des bâtiments et les transports décarbonés. Passons à des modèles industriels, agricoles et alimentaires de proximité accessibles à tous. Relocalisons les activités utiles à notre société sans pour autant bannir nos échanges avec le reste du monde.

Le temps est venu d’imposer le ralentissement des activités qui nous mènent à des désastres écologiques et sociaux.

Conditionnons strictement le sauvetage de certains secteurs, comme l’automobile, à l’alignement de leurs activités avec nos objectifs écologiques. Engageons les secteurs incapables d’y parvenir suffisamment rapidement, comme l’aviation et le tourisme de masse, à suivre des impératifs écologiques et sociaux très forts, et à réduire progressivement leur activité. Mettons en place ces mesures dans le respect des engagements climatiques pris par la France. Accompagnons également la formation et la reconversion des salariés qui ne doivent pas subir les conséquences des choix industriels effectués par le passé.

Ne ratons pas le rendez-vous de la reconstruction

Le monde de demain dépend plus que jamais des décisions que nous prenons en ce moment. Pour assurer une reconstruction écologique et sociale de notre société, interpellons nos élus !

Soyons optimistes ! L’État vient de montrer qu’il est capable d’écouter la communauté scientifique et de mobiliser des moyens financiers exceptionnels lorsque la situation l’impose. En tant que citoyens, nous montrons que nous sommes capables d’accepter de changer radicalement notre mode de vie quand l’intérêt général est en jeu. Depuis 2019, la ​Convention Citoyenne pour le Climat prouve qu’un collectif réunissant des citoyens tirés au sort qui se forment aux questions écologiques peut faire des propositions constructives.

L’État doit désormais intégrer les enjeux écologiques et sociaux dans la reconstruction de notre société. Il est de son devoir d’associer la société civile aux débats et aux prises de décision qui vont avoir un impact décisif sur notre futur. Nous sommes nombreuses et nombreux à vouloir participer à la construction d’un avenir désirable.

Décideuses, Décideurs, il est temps d’agir !

Ils portent l’appel :

Alter’Actions Animafac APF France handicap Association Nationale des Etudiants en Médecine de France Association négaWatt Association pour la Protection des Animaux Sauvages ATD-Quart Monde Avenir Climatique B.A.-BA FAEAP Campus de la Transition Citoyennes.ens Lobbyistes d’Intérêts Communs Citoyens Pour Le Climat CliMates Colibris Collège des Directeurs de Développement Durable Comité 21 Confédération Nationale des Junior-Entreprises Convergence Infirmière COP2 étudiante Earth Uprising France Emmaüs Enseignant.e.s Pour La Planète Entrepreneurs d’Avenir Extinction Rebellion – Groupe ACR FAGE Fédération Nationale des Etudiant.e.s en Soins Infirmiers FIDL Filière Paysanne Fondation Nicolas Hulot Football et Ecologie Forum Français de la Jeunesse France Nature Environnement Gilets Citoyens Greenlobby Groupe SOS Transition écologique Il est Encore Temps Institut Rousseau Institut Veblen Jeunes Ambassadeurs pour le Climat La Fresque du Climat Labos 1.5 Latitudes Les Greniers d’Abondance Les Shifters Low Carbon France Makesense Miramap Mycelium NOISE Notre Affaire A Tous On Est Prêt Paris-Bascule Pour un réveil écologique Printemps Ecologique Profs en Transition REFEDD Réseau Action Climat Réseau Environnement Santé Resilience Sciences Citoyennes SOS Maires Together For Earth Terra Nova The Shift Project UNEF UNICEF France Unis Pour La Planète URIOPSS Nouvelle-Aquitaine WARN WWF Yon A Lot – L’Un à l’Autre Youth For Climate France

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