Perché dans un arbre

Dans le Gers, Thomas Brail s’acharnait depuis un mois avec un collectif de citoyens de Condom à préserver 25 platanes du centre-ville, dont la mairie a prévu l’abattage. Malgré de nombreuses sollicitations, ni le maire Gérard Dubrac, ni la sous-préfète n’ont accepté de le recevoir. Les messages envoyés au Ministère de la transition écologique restaient lettre morte. 

Il s’est alors rendu à Paris et a entamé le 28 août l’occupation d’un platane en face du Ministère de la transition écologique. Depuis, perché dans l’arbre, ce grimpeur-arboriste de 45 ans poste des vidéos sur la toile pour avertir les citoyens. 

« Je suis là pour protester contre le non-respect de l’article L350-3 du Code de l’environnement. Cet article protège les arbres d’alignement en bonne santé partout en France. Cet article est bafoué par un grand nombre d’élus de la République. Il y a des centaines et des centaines d’arbres qui tombent chaque semaine en France. Ces abattages sont payés avec l’argent du contribuable, en toute impunité. » 

Vie privée en pause

Père d’un petit garçon de 2 ans, Thomas n’a pas posé le pied au sol depuis presque un mois et a mis en pause sa vie familiale et professionnelle. Des associations et des volontaires se chargent de le ravitailler, il dort (mal) dans un hamac, attaché en permanence à son baudrier, et travaille depuis son portable. 

« On ne peut plus se permettre à l’heure du réchauffement climatique de perdre un seul arbre. Ce sont de véritables usines à dépollution. C’est aussi une source inestimable de biodiversité, surtout dans les vieux arbres. Ce sont des climatiseurs, on parle d’ailleurs d’îlots de fraicheur dans les villes. »

Soutien des citoyens

Son action recueille de plus en plus de soutien de la part des citoyens, dont Nicolas Hulot et Yann Arthus-Bertrand qui lui ont rendu visite au pied de l’arbre.

« On dit de moi que je suis un militant écologiste, je suis juste un grimpeur-arboriste, insiste-t-il. C’est mon travail, j’aime les arbres. J’avais pas prévu de venir embêter comme ça mais j’ai pas trouvé d’autre solution que de venir m’attacher. »

Un argument de poids

« Coca-Cola cache l’étendue de son empreinte plastique et refuse de prendre des mesures significatives pour empêcher la pollution de nos océans par ses produits » 

C’est sur ce préambule que débute un rapport publié par Greenpeace la semaine dernière, accompagné d’une action d’éclat sur le parvis du siège social de la société, à Londres : le message est assené de tout le poids (2,5 tonnes) d’une statue de l’artiste Jason de Caires Taylor, qui représente une famille de vacanciers sur une plage, indifférente aux oiseaux marins régurgitant avec peine du plastique à leurs pieds.

L’empreinte coupable de Coca-Cola

Dans son rapport, Greenpeace mélange les données publiées par Coca-Cola et des estimations de son cru pour les compléter. L’organisme rappelle que Coca-Cola vend plus 1,9 milliards de doses de soda par jour à travers le monde, ce qui élève sa production annuelle de bouteilles en plastique à environ 110 milliards de bouteilles. Comme l’a d’ailleurs reconnu la multinationale en 2010 dans son rapport écologique, ces produits « font partie des déchets que l’on peut trouver répandus à tort sur les littoraux à travers le monde » ; une masse de plastique qui pollue massivement les océans au rythme de l’équivalent d’une benne à ordure par minute.

Ces déchets ne sont pas seulement une gêne esthétique pour les amateurs de farniente l’été. Les plus gros morceaux sont ingérés par les requins ou les oiseaux marins, qui, incapables de les digérer, les régurgitent – s’ils n’en meurent pas avant – sous forme de microplastiques qui vont ensuite mettre en danger toute la chaîne alimentaire océane.

« Coca-Cola cache l’étendue de son empreinte plastique et refuse de prendre des mesures significatives pour empêcher la pollution de nos océans par ses produits »

S’ajoute à cette pollution des océans la pollution associée à la fabrication des bouteilles neuves, issue d’hydrocarbures polluants. En effet, le rapport montre que Coca-Cola est loin d’avoir atteint son objectif de 2015 de 25% des bouteilles fabriquées à partir de plastique recyclé (rPET), avec à peine 7% de ses produits emballés dans un tel matériau. La multinationale, ajoute le rapport, a même reconnu que cet objectif était devenu un « challenge » avec la diminution récente du coût du pétrole, matière première du plastique vierge. Pourtant, le plastique utilisé pour ces bouteilles est tout à fait recyclable et certains acteurs du secteur, comme PepsiCo sur la ligne 7Up, ont d’ores et déjà atteint le 100 % recyclé.

Trop de bouteilles à usage unique

Il apparaît que le cœur du problème n’est pas le matériau des bouteilles, mais bien l’usage qu’il en est fait. Là où Coca-Cola fait beaucoup d’effort pour réduire la quantité de plastique utilisée pour fabriquer une bouteille, Greenpeace appelle à un passage massif au packaging réutilisable.

Le principe est simple : au lieu de recycler une bouteille après une seule utilisation, l’entreprise peut encourager les consommateurs à rapporter la bouteille vide sur le point d’achat, où elle est récupérée contre une petite caution, nettoyée, remplie à nouveau et renvoyée sur les étalages du magasin. Ironie du sort, Coca-Cola était un pionner de ce système avec sa mythique bouteille de verre au début du siècle, avec un taux de réutilisation proche de 96% à la fin des années 1940.

Aujourd’hui, le constat n’est plus le même : depuis plusieurs années, la proportion de contenants réutilisables dans les ventes de Coca-Cola ne fait que diminuer ; de plus d’un tiers (33%) en 2008, celle-ci est passée à moins d’un quart (25%) en 2015. Pourtant, les systèmes de collecte efficaces sont aujourd’hui largement répandus, notamment en Allemagne, en Suède et au Danemark. Dans un tel système, une bouteille de verre peut être réutilisée 50 fois avant d’être recyclée, 15 fois pour une bouteille de plastique.

Résultats opaques et lobbying

Au lieu d’adhérer à ces modèles écologiques, Coca-Cola s’y oppose en secret, refuse de publier des statistiques précises sur son empreinte plastique et se cache derrière de nombreux efforts de « greenwashing ».

Dans ses pages illustrées d’oiseaux agonisants, le rapport accuse : « des courriels internes divulgués au printemps 2016 révèlent l’intention de Coca-Cola de résister à certains éléments du programme européen sur l’économie circulaire ». Ces données interceptées par Greenpeace indiquent les efforts déployés par la multinationale pour combattre la mise en place de système de collecte, en faisant une des cibles principales des 900 000€ qu’elle investit annuellement en lobbying au niveau européen.

Le plus effarant de cette affaire reste peut-être l’absurdité d’une telle démarche : certes, la mise en place généralisée de systèmes de collecte demanderait une adaptation de la part de Coca-Cola (et donc des coûts), mais le rapport de Greenpeace souligne qu’une telle adaptation s’est déjà faite avec succès dans plusieurs pays, sans menacer la santé de l’entreprise. Au lieu de tendre vers une solution logique et responsable, Coca-Cola se cache derrière un marketing « vert » bruyant et peu efficace, comme l’initiative « Keep America Beautiful », une organisation qui insiste sur le rôle du consommateur dans la pollution en éclipsant celui du fabricant.

En tant qu’acteur majeur du secteur, Coca-Cola devrait prendre la tête de la transformation écologique des modes de consommation, en favorisant un double mouvement : le passage au 100 % recyclé dans les matériaux d’emballage, mais aussi, plus important encore, la sensibilisation du public à la réutilisation et à la réduction maximale des emballages – car une bouteille, qu’elle soit en plastique recyclé, réutilisé ou bioplastique, reste une menace pour la vie des océans.

L’Amazonie brûle. Ainsi que la Sibérie, l’Indonésie

Plus personne ne peut ignorer la gravité de la situation. Les incendies en Amazonie ont presque quadruplé en 2019 par rapport à 2018, avec pas moins de 72 843 départs de feux enregistrés cette année ! (INPE)

Cette destruction a trois effets auxquels nous ne pouvons nous résoudre :

  • Elle affecte une immense réserve de biodiversité alors que nous vivons la sixième extinction de masse.
  • Elle aggrave la crise climatique : les forêts primaires sont des puits de carbone ; de plus elles purifient l’eau et leur disparition affecte les pluies. Ces deux phénomènes participent à l’emballement de la machine climatique.
  • Enfin, elle bafoue le droit à la vie des peuples autochtones.

Les raisons de ce drame sont connues : la déforestation permet d’ouvrir des espaces pour l’agrobusiness, afin de répondre à l’appétit des consommateurs, entre autres européens (élevage et soja destiné à l’alimentation animale) (sources en bas de page).

L’Amazonie qui brûle est donc l’illustration du risque existentiel qui pèse sur notre planète et sur l’humanité. Notre cohérence écologique individuelle est nécessaire mais ne suffira pas à nous sauver ; il faut entreprendre des mesures collectives.

En ce jour d’ouverture du G7, nous déclarons donc à nos dirigeants que nous ne nous satisferons plus de paroles ou de prières. Le temps est à l’urgence de l’action.

C’est pourquoi nous souhaitons répondre point par point aux propositions avancées récemment par Emmanuel Macron.

À la proposition concernant l’aide financière à la reforestation, nous affirmons que la reforestation massive, bien que nécessaire, ne saurait être efficace sans arrêt de la destruction. Nous demandons donc, en plus des engagements financiers, la suspension de l’importation de la viande de bœuf et du soja en provenance des terres déforestées en Amazonie. Le traité du Mercosur ne saurait être signé, et nos relations avec le Brésil dépendent de la mise en place de mesures contraignantes concernant les engagements climatiques. M Macron a déclaré que M Bolsonaro avait « menti ». Sa campagne électorale était pourtant très claire et nul mensonge n’est possible si il existe des mécanismes de contrôle, d’évaluation et de sanction.

À la proposition concernant la mise en place de mécanismes de prévention solides des incendies, nous demandons que le crime d’écocide-terme utilisé par M Macron soit enfin inscrit dans la loi française et dans les juridictions internationales. La nature doit devenir un sujet de droit, afin de pouvoir se défendre quand elle est attaquée.

Le G7 est une opportunité pour discuter de ce changement de paradigme. Nous demandons au Président français d’en faire la proposition.

À la proposition concernant l’amélioration de la gouvernance environnementale en y associant peuples autochtones et société civile, nous renvoyons le Président à la baisse d’accréditations délivrées aux ONG à ce sommet du G7, ainsi qu’à la gestion des territoires de Guyane française, où des permis d’exploitation ont été délivrés sur 360 000 hectares. Sur ce sujet comme sur les autres, nous demandons donc rapidement la cohérence et la mise en acte.

Ce G7 est l’occasion pour vous, Président Macron, de porter cet enjeu à l’échelle internationale au niveau des décideurs politiques. Nous serons au rendez vous du suivi et de l’évaluation de ces mesures, et demandons qu’elles soient assorties de mesures contraignantes. Nous serons aux rendez vous dans les urnes, par la campagne participative, par l’action, par la communication. C’est aujourd’hui qu’il faut sauver demain.

On est prêt.

Retrouvez la campagne #act4amazonia sur all4trees.org/amazonia

Signataires : all4trees, #Onestpret, Youth For Climate

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Sources :

Le capitalisme est mort. Et bien que ces terres encore vierges sur le point d’être broyées, que ces vies encore fragiles sur le point d’être noyées, ne verront peut-être jamais éclore leur lendemain, le capitalisme est bel et bien mort dans son essence, en tant que concept et force structurante de nos affects. Plus vite rendrons-nous les armes avec humilité devant cette incontournable réalité, plus densément la vie dans sa diversité aura de chances de se régénérer.

La démonstration ? Bien entendu, l’essor du capitalisme est indissociable des premières formes d’échange mondialisé, dont la plus marquante fut l’esclavage professionnalisé du commerce triangulaire entre l’Europe, les côtes d’Afrique de l’Ouest et l’Amérique.

Le capitalisme s’est ensuite imposé comme structure dominante de nos civilisations avec la Révolution Industrielle. Les conceptions économiques, ou courants idéologiques, qui l’ont théorisé se sont exprimés en 1776 avec la Richesse des Nations d’Adam Smith, acte intellectuel fondateur du libéralisme.

Crédit photo : Kit Suman

La « main invisible » y est postulée comme « mécanisme d’autorégulation induit par la rencontre d’une offre et d’une demande sur des marchés décentralisés », et où le point aveugle de l’oeuvre tient dans l’omission de l’esclavage, quand bien même ce soit la source principale d’enrichissement des marchands de Glasgow chez qui le professeur Smith vient apprendre l’essentiel de ce qu’il sait en économie. Ce qui fait écrire à Gaël Giraud qu’«autrement dit, la « main invisible » est une main de couleur noire, restée invisible aux yeux de l’analyste « éclairé » que fut Smith.»

Depuis lors, le capitalisme et ses différents courants de pensée libérale, s’est reposé sur trois piliers fortement inter-dépendants :

  • La propriété privée, notamment des moyens de production; 
  • Le libre échange sur des marchés;
  • La concurrence libre et non faussée.

Des siècles durant, de Proudhon à Makhno, en passant par Pelloutier ou Ferrer, à la fois créateurs de concepts et de pratiques de solidarité, de réciprocité et de complémentarité, c’est depuis les rangs des libertaires, artisans de la désobéissance civile jusqu’aux luttes révolutionnaires, que se sont dessinés les premières critiques radicales du capitalisme, et arrachées avec violence les premières revendications sociales d’une société humaine plus juste.

Ces artisans de la dénonciation et de la destruction méthodiques du capitalisme sont héroïques à plusieurs égards, mais se distinguent d’après moi pour l’avant-gardisme presqu’exclusivement intuitif de leur résistance contre ce système d’oppression totalitaire.

Aujourd’hui, les crises écologiques et climatiques sans précédent affrontées par le vivant, dont l’humanité, ont été modélisées, étudiées et confirmées depuis près de 50 ans. L’état le plus avancé de la recherche scientifique est capable de lire cette altération durable de notre planète dans l’atmosphère, dans les sédiments, dans les roches et dans les glaces. Pour la première fois dans son histoire, l’homme est en mesure de connaître avec une unanimité internationale les causes précises de sa proche extinction, mais aussi les trajectoires à suivre drastiquement s’il veut l’éviter.

Crédit photo : Sharon McCutcheon

En Novembre 2018, le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC), a publié un rapport spécial sur les effets du réchauffement de la planète de 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels et les voies d’émission de gaz à effet de serre (GES) connexes, dans le contexte du renforcement de la réponse mondiale à la menace du changement climatique, du développement durable et des efforts visant à éliminer la pauvreté.

Ce rapport répond à l’invitation des 195 pays membres de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), contenue dans la décision de la 21e Conférence des Parties (COP 21) pour adopter l’Accord de Paris signé en Décembre 2015.

Les recommendations de ce dernier rapport sont saisissantes, presque révolutionnaires, pour quiconque prenant la peine d’en comprendre les conséquences, malgré des tournures suffisamment policées pour être reprises par toutes les plus hautes instances du capitalisme, au premier rang desquelles se trouvent les banques. C’est à cet instant que s’est figée la contradiction dont elles ne pourront plus sortir, car enfermées dans un contexte de neutralité des émissions totales de CO2 d’ici 2050 auquel elles ont officiellement adhéré:

  • « D.7.1. Des partenariats impliquant des acteurs non étatiques publics et privés, des investisseurs institutionnels, le système bancaire, la société civile et les institutions scientifiques faciliteraient les actions et les réponses permettant de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C (très grande confiance). »

En 2014, le GIEC écrivait déjà dans ses recommandations que:

  • « L’atténuation efficace du changement climatique ne sera pas atteinte si chaque agent (individu, institution ou pays) agit indépendamment dans son propre intérêt égoïste (voir Coopération internationale et échange de droits d’émission), ce qui suggère la nécessité d’une action collective. »

Les révolutions conceptuelles du GIEC que l’on peut déduire sont doubles : (1) les sciences naturelles peuvent et doivent produire des recommendations aux dimensions sociale et humaine, en se basant sur ses constats physiquement mesurables (2) le partenariat et l’action collective, nécessaires à un très haut degré de confiance par la communauté scientifique internationale, sont incompatibles avec le troisième pilier du capitalisme: la compétition libre et non-faussée.

Déroger à cette règle est explicitement illicite dans le secteur bancaire alors que le GIEC suggère à demi-mot son abolition immédiate via une coopération internationale. Le récent Network for Greening the Financial System (NGFS) faisant suite au « One Planet Summit », regroupant superviseurs financiers et banques centrales afin d’accompagner le secteur dans une transition compatible avec l’Accord de Paris, n’en suggère pas moins dans ses Recommendations d’Avril 2019. 

Toujours en termes de réponses institutionnelles, c’est quelques semaines avant la COP 21, en Septembre 2015, que Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre déclare que :

« Le changement climatique menacera la résilience financière et la prospérité à long terme. Bien qu’il soit encore temps d’agir, la fenêtre d’opportunité est limitée et se rétrécit […] Nous aurons besoin de la collaboration du marché afin de maximiser leur impact ».

Il annoncera également dans ce discours fondateur ambitionnant de « briser la tragédie de l’horizon », la création future d’un groupe dirigé par l’industrie : Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD). Ce groupe de travail, présidé par Michael R. Bloomberg, a pour but d’entreprendre « une évaluation coordonnée de ce qui constitue une divulgation efficiente et efficace, et concevoir un ensemble de recommandations pour la divulgation financière volontaire des risques climatiques par les entreprises.» 

Dans leurs recommendations de Juin 2017, une seule métrique quantitative d’intérêt est suggérée de leur part et mise au coeur de leur schéma de divulgation des risques climatiques : l’émission de GES et l’empreinte carbone.  

Deux ans plus tard, en Juillet 2019, le TCFD admet le terrible aveu d’impuissance que « compte tenu des changements urgents et sans précédent nécessaires pour l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris, le Groupe de travail est préoccupé par le fait qu’un nombre insuffisant d’entreprises divulguent de l’information sur les risques et les possibilités liés au climat. » 

Crédit photo : Thomas Millot

Ceci était entièrement prévisible étant donné l’absence alarmante d’une quelconque forme de sanction légale ou économique dans ces initiatives endogames, complaisantes et basées sur le volontariat. C’est aussi avec la plus grande décontraction que ce rapport nous renvoie à un autre rédigé par les Nation Unis, où l’on apprend que « les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent culminer d’ici 2020 et diminuer rapidement par la suite pour limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale à 1,5 °C […]. Cependant, sur la base des politiques et engagements actuels,  » les émissions mondiales ne devraient même pas culminer d’ici 2030, et encore moins d’ici 2020.  » »

Ainsi, les seules institutions légitimes pour accompagner les plus hautes instances d’un « capitalisme devenu fou » dans des contraintes éco responsables sont impuissantes devant un secteur privé incontrôlable et hostile aux moindres formes de régulation.

Pourquoi une telle réticence de la part des banques et des plus grandes multinationales cotées à ne serait-ce que traquer leurs émissions de GES, et donc l’impact carbone de leur bilans financiers ? Car aucune de ces firmes ne tient à dévoiler publiquement la contre-partie meurtrière pour la Terre et les Hommes de leurs profits et valorisations toujours plus déconnectées de toute réalité physique. En outre, cela donnerait une mesure indiscutable de la toxicité d’un libre-échange toujours plus énergivore, pourtant second pilier du capitalisme.

Concernant le premier pilier, sans doute le plus coriace à remettre en question tant il déchaîne les passions, y compris dans le camp de ceux que le capitalisme oppresse plus qu’il n’enrichit, la vacuité de ses justifications théoriques est progressivement mise en lumière par une approche énergétique de la croissance qui ne peut que tendre à se populariser. Une fois ce constat établit et les liens tissés par l’incompatibilité des deux autres piliers avec les objectifs de neutralité carbone d’ici 2050, même les idéologues les plus charismatiques ne pourront plus désigner la propriété privé comme autre chose qu’un vol. Un vol auprès des peuples qui font vivre ces biens communs et sont condamnés à n’en récolter qu’une fraction des bénéfices, mais aussi auprès des espèces vivantes dont l’extinction de masse en cours fera comprendre bien assez vite aux plus irresponsables et inconscients ce que leur manque signifie pour nos écosystèmes fragiles.

Crédit photo : DDP

En d’autres termes, les trois piliers sur lesquels se sont appuyés le « progrès » de nos civilisations ont systématiquement occulté, volontairement ou non, la notion d’énergie primaire et humaine dans leurs chaînes de valeurs, les soumettant ce faisant à des arbitrages incontrôlables et dénaturés.

L’économie, voulant pourtant se travestir en science naturelle et donc quasi indiscutable hors des cercles les plus savants, s’est permise d’omettre les sciences physiques de ses équations financières, et son ignorance crasse en fait payer le prix à la Terre de manière irréversible, ainsi qu’un reste d’une humanité, réduits à l’état de « déchets ».

J’en viens au but de cette lettre. Celui-ci passe par une brève description de mon parcours personnel. 

En premier lieu concernant ma formation académique. Elle s’est formée autour des Mathématiques, de la classe préparatoire à la grande école d’ingénieur, aux Mines de Saint-Etienne. Après une première année de tronc commun, je prends l’option Data Science couplée à la spécialité Big Data en 2ème année, puis me dirige vers une 3ème année en double diplôme au « Master of Science in Risk Management and Financial Engineering » de l’Imperial College London. 

L’ambition étant de devenir un analyste quantitatif, ou quant. Ces ingénieurs et chercheurs modélisent des problèmes financiers : du pricing de produits dérivés aux stratégies de trading, en passant par la gestion des risques. Décidant de vouloir pousser la fibre mathématique qui m’y avait conduit car partiellement déçu du contenu technique de ce master, je décidais après un deuxième stage en finance, de poursuivre mes études par l’une des meilleures formations en mathématiques financières: le M2 « Probabilité et Finance », co-habilité par l’UPMC et l’Ecole Polytechnique, à Paris-VI. 

Trois ans plus tard, me voici à Londres, au siège de la banque HSBC, occupant depuis près d’un an le poste de quant dans le département des risques. J’y valide indépendamment les stratégies de trading algorithmiques élaborées par le front office, de la qualité des données à la gouvernance, en passant par les performances de l’algorithme.

Après plusieurs mois d’exposition médiatique intense des crises sociales et écologiques de notre monde, je n’arrive plus à me contenter de ces maigres éparpillements bénévoles auxquels je croyais pourtant profondément. Cette tendance nouvelle de la « Data For Good » en partenariats avec ONG et charités, nième anesthésiant de bonne conscience sur une plaie gangrénée qu’on ignore, dont les acteurs les plus sincères ne remettent jamais en question les fondements aliénants de notre civilisation.

Même la désobéissance civile aux méthodes jugées « radicales » d’Extinction Rebellion, à laquelle je pris partiellement part en Avril, n’y suffisaient évidemment plus. La passivité grossièrement déguisée de mon employeur pour faire face à ce désastre enfin médiatisé, qui plus est suivant la farce symbolique d’ un « état d’urgence climatique » décrété le 1er Mai par la Grande-Bretagne, a confirmé mes intuitions d’une impuissance passive et complaisante face au désastre en cours.    

C’est pourquoi j’ai élaboré un rapport de 50 pages sur l’inadéquation criante de la réponse des banques à la crise climatique, ainsi que plusieurs recommendations, et l’ai transmis Lundi 15 Juillet, à mon chef d’équipe, docteur en physique et ancien trader quantitatif aujourd’hui superviseur de validation de modèles.

Cet ultime condensé de faits et d’analyses indiscutables sur l’urgence de notre nécessité d’agir drastiquement avec courage, met également l’accent sur les réponses institutionnelles données par le secteur bancaire. Outre l’inefficacité et l’impuissance admises des mesures et structures élaborées par les régulateurs, superviseurs et banques centrales (TCFD – NGFS), ce sont les initiatives portées par HSBC, comme illustrative du secteur bancaire privé dans son ensemble, qui sont détaillées et soumises à leurs propres contradictions.

Suite à une description méthodique de l’inadéquation des réponses du secteur bancaire et financier aux urgences climatiques de notre époque, les engagements recommandés par les trois instances les plus légitimes à en émettre (TCFD–NGFS–GIEC), théoriquement reconnus par les banques dans un cadre non contraignant qu’elles ont signé et par rapport auxquelles elles ne manquent pas de communiquer avec emphase, sont rappelés. Enfin, une hiérarchisation en trois étapes graduelles de faisabilité d’implementation de ces recommandations est proposée selon des critères, cette fois-ci uniquement, personnels. Ces étapes consistent à: ENSEIGNER massivement – RECHERCHER abondamment – AGIR courageusement.

Comme je m’en doutais, plusieurs jours après la remise de ce rapport, dont une majeure partie ne devrait être autre chose qu’un rappel pour des scientifiques, qui plus est, rattachés au sytème financier international, l’effet est très limité et nous n’en avons pas reparlé.  

Je n’en attends pas plus de mon proche entretien avec l’un des plus hauts représentants de la banque, directeur mondial de la stratégie des risques et ayant participé de première main aux recommendations de la TCFD. Suite à ce cri d’alerte volontairement très dense, quantifié et documenté, afin de ne jeter aucun doute sur sa crédibilité, je pense qu’on s’excusera au mieux d’une forme d’impuissance devant la nécessité d’actions drastiques coordonnées, qu’on me montera au pire la direction de la sortie. 

Je suis prêt à prendre ce risque et à ce qu’il fasse écho dans ma communauté.  

Tout comme moi, la majorité des quant ou data scientist – deux titres auxquels je peux prétendre – pensent être très rationnels et guidés par la science. Nous ignorons pourtant déplorablement les alarmes retentissantes et toujours plus aigües de la communauté scientifique internationale. Et ce depuis des décennies. Par pudeur et humilité, les plus honnêtes d’entre nous pensions qu’il ne s’agissait pas de notre métier :

« Nous ne sommes pas économistes, nous ne devons pas nous engager sur les décisions de notre direction. »

Et c’est précisément par ce trou de serrure que s’est envolée notre conscience. Si quelques doutes persistaient, notamment grâce aux millions investis par les plus hostiles aux conséquences d’une prise de conscience radicale de la crise écologique, ils sont aujourd’hui impossibles.  

Encore une fois, je suis prêt à prendre le risque de confronter mon employeur à ses propres manquements, et d’en assumer les conséquences, tout en relayant l’absurdité de la situation au plus grand nombre via une version absolument non-violente de la propagande par le fait. 

Nous voici aujourd’hui au jour du dépassement, estimé pour la première fois de sa création en Juillet : le Lundi 29 Juillet 2019, la consommation de ressources de l’humanité pour l’année dépasse la capacité de la Terre à régénérer ces ressources pour cette année-là.

Devant cette conspiration internationale des puissances financières pour maintenir cet obscurantisme capitaliste meurtrier et endormir la conscience de ses meilleures ressources intellectuelles devant les causes et conséquences de notre crise écologique et climatique, je prends en ce jour la décision de démissionner publiquement à travers cette lettre ouverte. Je suis incapable, sachant ce qui précède, de perpétrer ce même mensonge glaçant en regardant ma conscience dans les yeux, et cesse donc dès aujourd’hui de collaborer avec ce totalitarisme sanguinaire. Mes chers collègues, ceux qui me connaissent et seront plus directement menacés par les conséquences de mon action, j’espère que vous comprendrez que ce n’est absolument pas vos personnes auxquelles je cherche à nuire, mais bien ce carcan d’illusions qui nous broie.

J’invite également ma communauté de chercheurs et d’ingénieurs, principalement ceux travaillant dans les banques d’importance systémique, mais aussi chez les géants du numérique, ceux pour qui les sirènes de l’argent n’ont pas fini d’envoûter leur sens de l’éthique et leur amour des sciences, à déclarer une grève générale le Vendredi 2 Août 2019, à renouveler tant qu’une stratégie de coopération internationale n’est pas actée par leur employeur (se servir des trois étapes E–R–A du rapport précédemment mentionné comme base de discussions à étoffer par la suite). 

J’invite aussi le plus grand nombre, convaincus de la nécessité vitale d’une résistance groupée et organisée contre ce système d’oppression tentaculaire qui est en guerre contre le vivant, à venir gonfler les rangs et les coeurs souillés par la propagande calomnieuse de nos derniers révolutionnaires, en initiant ou participant aux manifestations du Samedi 3 Août 2019.

Le mouvement social des Gilets Jaunes sera peut-être la dernière manifestation d’ampleur dénonçant les crimes quotidiens et étouffés d’un système oligarchique, obscurantiste et oppressif pour la Terre et les Hommes. 

Concernant le futur auquel j’aspire, et pour répondre par avance aux plus pauvres d’esprits qui croient sans doute qu’une révolte radicale et cohérente consisterait à fuir dans la nature avec l’optique d’auto-suffisance: je n’en ferai rien, pour le moment. Tout d’abord car comme l’indique Yves-Marie Abraham : 

« La « civilisation » n’a plus d’en-dehors où il serait possible de se réfugier. En outre, éco-communautés et « villages en transition » ne menacent absolument pas l’ordre en place. Ils lui laissent le champ libre et risquent même de contribuer à le renforcer en participant à la revitalisation économique des campagnes qu’il a dévastées. » 

Et deuxièmement car en tant que scientifique conscient de l’état de notre monde, fort d’un bagage cognitif et culturel capable de déconstruire méthodiquement le monstre que nos illusions de croissance infinie a nourri, je pense avoir une utilité au sein des derniers bastions de résistance disponibles dans notre civilisation : l’éducation et la recherche; plus précisément via l’activisme scientifique oeuvrant à une société humaine post-carbone. Le seul phare de portée internationale dans la nuit des appétits narcissiques de notre civilisation moderne est représenté par le GIEC. 

C’est aussi pourquoi je tiens à demander ici solennellement au GIEC, l’examen de ma candidature à leurs travaux, notamment concernant la revue de l’état de l’art scientifique sur l’adaptation du secteur financier à un monde neutre en carbone d’ici 2050. Je souhaiterai si possible conduire ma contribution depuis l’Ecole des Mines de Saint-Etienne où la composante humaine de notre expérience étudiante a su perduré bon gré mal gré face au productivisme expansionniste de nos consœurs parisiennes.

Mes convictions sont claires et évidement clivantes – au début, car l’objectif final est bien de coopérer malgré les réticences musclées de ceux qui n’ont rien à y gagner –, à l’image d’une lecture littérale de vos recommendations, que je n’ai fais que vouloir mettre en lumière de mon mieux. Mon éthique me faisant renoncer à un secteur bien plus lucratif et socialement respecté que celui d’enseignant-chercheur, j’espère vous convaincre que malgré ma prise de position, je n’aurai de cesse d’appliquer les plus hauts standards de rigueur que vous préconisez.

A ma mère que j’aime et qui nous a quitté trop tôt. Cela fera un an le Dimanche 4 Août 2019 à midi. Ce courage, aujourd’hui, vient de toi.

Jérémy Desir-Weber

Lien vers le rapport : https://www.fichier-pdf.fr/2019/07/29/meschersamis/

Version anglaise : https://www.fichier-pdf.fr/2019/07/29/mydearfriends/

Pour lutter contre le changement climatique, l’Ethiopie a organisé un immense défi dans le pays et ses ambassades du monde entier pour planter 353 millions d’arbres en une journée, ce lundi 29 juillet. Cette mobilisation spectaculaire fait partie d’un plan national de reboisement : le gouvernement veut planter 4 milliards d’arbres d’ici octobre.

Annoncé sur Twitter par Dr Getahun Mekuria, Ministre de l’innovation et de la technologie, l’Ethiopie affirme avoir planté 353.633.660 arbres en seulement 12 heures. Le précédent record était jusqu’ici détenu par l’Inde avec 60 millions d’arbres plantés en une journée en 2017. L’opération menée par l’Ethiopie fait partie de son plan de reboisement « Héritage Vert » dont le but est de planter 4 milliards d’arbres d’ici octobre, soit 40 arbres par habitant.

Pour réussir à battre le record, des millions d’éthiopiens ont été invités à participer au défi à travers tout le pays. Dans la capitale Addis-Abeba, les services de l’administration ont même été fermés pour que les fonctionnaires puissent eux aussi prendre part à la mobilisation. Dès les six premières heures, les autorités estimaient que 150 millions d’arbres avaient déjà été plantés, marquant la participation active de la population.

L’Ethiopie souffre déjà des effets de la crise climatique avec une perte des terres arables, une érosion des sols, des sécheresses et inondations récurrentes. D’après les Nations Unies, la couverture du pays est passé de 35% à seulement 4% en un siècle. Voilà 15 ans que des campagnes de reboisement sont lancées dans le pays, mais c’est la première cette ampleur. Si le pays a voulu viser plus grand, c’est pour pallier au manque de suivi des précédentes tentatives de reboisement, laissant beaucoup d’arbres mourir. 

« Les arbres aident non seulement à atténuer le changement climatique en absorbant le dioxyde de carbone dans l’air, mais ils apportent également d’énormes avantages pour la lutte contre la désertification et la dégradation des sols, en particulier dans les pays arides. Ils fournissent également de la nourriture, des abris, du carburant, du fourrage, des médicaments, du matériel et protègent l’approvisionnement en eau. Cet exploit vraiment impressionnant n’est pas la simple plantation d’arbres, il fait partie d’un défi énorme et complexe à prendre en compte les besoins à court et à long terme des arbres et de la population. La devise du forestier, « le bon arbre au bon endroit », doit de plus en plus prendre en compte les effets du changement climatique, ainsi que la dimension écologique, sociale, culturelle et économique. » a expliqué Dr Dan Ridley-Ellis, Chef du Centre pour les bois, la science et la technologie d’dinburgh Napier University, à The Guardian

Des détracteurs reprochent au Premier ministre M Abiy d’avoir voulu monter une opération de communication alors que des conflits ethniques ont forcé 2,5 million de personnes à fuir leurs foyers. Un de ses conseillers a expliqué qu’il s’agissait justement de « montrer l’unité du pays et sa capacité à se mobiliser autour d’une cause, sans distinctions communautaires » selon RFI.

Selon le ministère de l’Agriculture, plus de 2,6 milliards d’arbres ont été plantés dans presque toutes les régions du pays. Le ministère a déclaré qu’il y aurait une surveillance continue et des efforts ciblés pour identifier les jeunes plants qui ont poussé et qui ont été nourris par ceux qui les ont plantés, et surveiller où et quels arbres ne résistent pas.

« Qu’est-ce que c’est que toutes ces famines en Éthiopie ? Quel est le problème exactement ?  Le problème, c’est trop peu de terres pour trop de gens. » Sir David Attenborough

Les voix qui s’élèvent pour clamer que le monde est surpeuplé le font depuis plus de deux-cents ans, depuis une période où la Terre comptait peut-être un milliard d’habitants. Nous sommes environ huit fois plus nombreux aujourd’hui, et il est devenu normal de blâmer ces milliards de personnes – nous – pour les maux qui accablent la « nature ».

Nous sommes trop nombreux et nous épuisons les ressources de la planète. Mais est-ce la réalité ? Et que doit-on faire pour résoudre ce problème ?

Il est nécessaire de citer une série de chiffres si l’on veut parvenir à une réponse raisonnée. Le premier est bien sûr le nombre d’habitants dans une région donnée à une époque donnée. Ce chiffre, bien évidemment, change constamment avec la naissance de nouveaux enfants et la mort de personnes âgées.

Crédit photo : Wegener

Le deuxième facteur important est donc la cadence à laquelle la population mondiale croît. Voilà la base sur laquelle repose toute prévision. Si l’on s’attarde un instant sur ces deux chiffres, on se trouve face à une première surprise : la population globale est certes en augmentation, mais le taux de croissance, lui, est en régression depuis les années 1970.

Ce n’est pas tout, car le taux de fertilité lui aussi est en baisse. Dans le Nord global, soit dans les pays les plus riches (appelons-les simplement le Nord), il est passé en-dessous du seuil de renouvellement, comme d’ailleurs dans près de la moitié des pays du monde. Si l’on détachait cette moitié de l’autre, la population serait en fait en train d’y décroître. Des problèmes ne tarderaient alors pas à apparaître car il n’y aurait plus assez de travailleurs actifs pour prendre soin de tous ceux qui ont besoin d’aide, mais laissons cela de côté. 

Si ce n’est pas ce qui se passe en ce moment, c’est parce que la population totale dans le Nord ne diminue pas : elle augmente, bien que lentement (à un taux de 0,7% en Amérique du Nord et de 0,2% dans l’Union européenne). Cela est dû à l’arrivée de gens du Sud global (le Sud), soit de pays plus pauvres. Donc le Nord, en lui-même, ne connaît pas plus de problèmes de surpopulation qu’au cours des dernières générations. Mais les taux de croissance de la population dans le Sud sont plus élevés que dans le Nord, et dépassent le seuil de renouvellement.

La population dans son ensemble y est en croissance ; donc s’il existe réellement un problème de surpopulation, il faut le chercher dans le Sud. C’est ce que veulent dire la plupart des défenseurs de l’environnement quand ils pointent du doigt la « surpopulation ».

Ajoutons maintenant un autre facteur, celui de la densité de population, c’est-à-dire le nombre d’habitants par kilomètre carré. Si l’on considère uniquement l’Afrique subsaharienne (l’Afrique est le continent dont le taux de fertilité est le plus élevé, c’est donc un exemple clé), le taux de croissance de la population est élevé (2,7%), mais la densité de population est en réalité très basse. En fait, pour un carré de cent kilomètres de côté, il y a un demi-million d’habitants en Afrique contre plus de quatre millions en Angleterre. En termes de surpopulation, le problème de l’Afrique n’est donc pas du tout comparable à celui de l’Angleterre. Il est vrai que, si le taux de croissance se maintient au taux actuel, une surpopulation surviendrait dans le futur ; il est par ailleurs parfaitement vrai, comme peut le constater tout visiteur, que les grandes villes d’Afrique sont terriblement surpeuplées.

Crédit photo : Annie Spratt

Pourquoi le taux de croissance est-il très bas dans le Nord mais haut dans le Sud ? Les facteurs sont probablement multiples, mais une chose semble claire : le taux chute quand le niveau de vie augmente. Il y a bien sûr de multiples raisons pour avoir des enfants, mais certains principes de base semblent s’appliquer : lorsque les gens ont un niveau de vie élevé, ils ont un plus grand sentiment de sécurité et dépendent moins d’une famille nombreuse pour prendre soin d’eux dans l’infirmité ou la vieillesse.

Ils pensent également que leurs enfants risquent moins de mourir en bas âge. Quoi qu’il en soit – soit dit en passant, l’idée que les femmes africaines ne savent pas comment diminuer leur fertilité est aussi sotte que raciste –, on fait en moyenne moins d’enfants quand on est riche que quand on est pauvre. Donc, s’il est vrai que la population de l’Afrique subsaharienne est en forte augmentation, celle-ci a lieu dans une région du monde bien moins peuplée que le Nord global. 

Introduisons un autre facteur encore : la consommation. Il est crucial car la question de la population ne devient problématique que si elle dépasse le seuil jusqu’auquel un territoire peut fournir des ressources sans que son environnement soit dévasté. Le terme de « consommation » englobe évidemment bien plus de choses que ce que les gens mangent. Le plus important est peut-être la quantité d’énergie nécessaire à la production de nourriture, au logement, aux transports et à tout ce qui est consommé. Ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air.

Crédit photo : Doug Linstedt

Pour prendre un exemple, si vous avez une vieille voiture en piètre état qui utilise beaucoup d’essence polluante, mais que vous l’avez depuis des décennies et que vous ne voyagez que sur de courtes distances, vous utilisez peut-être moins d’énergie et causez moins de pollution que si vous possédez une voiture électrique que vous changez régulièrement. La même quantité d’énergie est utilisée pour fabriquer une nouvelle voiture que lorsqu’on en utilise une vieille pendant des années, et l’énergie nécessaire pour faire fonctionner les deux est grosso modo la même, que le carburant se trouve dans le réservoir embarqué ou qu’il provienne d’une centrale électrique.

Il y a bien sûr des centaines de variables, mais l’important reste que plus les gens consomment, plus leur impact sur l’environnement est grand. Il n’y a pas de bonne façon de mesurer cela mais, pour se faire une idée, on peut se tourner vers la manière courante de mesurer la richesse, le produit intérieur brut (PIB). Pour simplifier, on peut dire que les habitants des pays ayant un PIB élevé vont généralement consommer davantage que ceux des pays ayant un PIB modeste

Si l’on applique ce raisonnement à notre exemple de l’Afrique subsaharienne, nous voyons que le PIB par habitant aux États-Unis est environ quarante fois plus élevé que celui de l’Africain moyen. Alors oui, la population africaine croît rapidement, c’est vrai, mais le continent est peu peuplé et sa consommation par habitant est extrêmement basse.

Quelles que soient leurs aspirations, beaucoup de gens en Afrique ne monteront jamais dans un avion, ne rouleront jamais dans leur propre voiture, n’auront pas une nouvelle machine à laver ou un nouveau téléviseur tous les deux ans, utilisent peu d’électricité ou de carburants fossiles et ne jettent pas chaque jour des quantités astronomiques de nourriture.

Nous pouvons en conclure que, si la surpopulation est un problème parce qu’elle grève les ressources de la planète, alors le meilleur endroit où régler ce problème le plus efficacement n’est absolument pas en Afrique, mais au Nord, en réduisant la consommation, car le Nord utilise aujourd’hui bien plus que sa part de ressources. Ensuite, si les taux de croissance démographique continuent de chuter là où le niveau de vie augmente, le meilleur moyen de traiter la question – en Afrique même – est sûrement de stopper le flux massif de ressources qui quittent le continent et de faire en sorte qu’une plus grande part de ses immenses richesses naturelles restent sur place et bénéficient enfin à leurs propriétaires légitimes.

Crédit photo : Oladimeji Odunsi

En d’autres termes, pour traiter le problème de la « surpopulation », les pays riches doivent faire deux choses : consommer moins et cesser de piller les ressources de l’Afrique. Toutes les deux impliquent qu’il y en ait moins pour le Nord global, et c’est bien sûr là que le bât blesse avec mon explication simplifiée.

Celle-ci suggère en effet que la réponse à la surpopulation et à l’usage excessif de ressources précieuses n’a rien à voir avec une réduction du nombre d’Africains, mais simplement qu’il y ait des règles du jeu plus équitables entre eux et ceux d’entre nous dans le Nord qui prenons et consommons leurs richesses. Mais comme le mouvement de protection de l’environnement et sa crainte de la surpopulation viennent du même endroit, les pays riches, il sera toujours plus facile et plus gratifiant de rejeter la faute sur le trop grand nombre d’Africains pauvres et de fermer les yeux sur le vrai coupable, qui se reflète dans notre miroir. Le fait que l’accusé soit généralement noir et que l’accusateur soit généralement blanc ne devrait pas échapper à notre attention !

Et les famines en Éthiopie dont parle Attenborough ? En réalité, elles surviennent depuis des siècles, depuis une époque où le pays comptait infiniment moins d’habitants. Les famines bien connues des années 1980 – qui nous ont donné le refrain accrocheur et inepte du Band Aid de 1985, « Do they know it’s Christmas ? » – furent largement le fait de violentes politiques gouvernementales, du vol de terres et de ressources, et de la guerre. En 1984, la BBC parla d’une famine « biblique », ce qui aurait pu encourager Attenborough et d’autres à faire le lien avec l’Histoire.

Pourrait-on cesser d’accuser l’Afrique de surpopulation ?

Vous pouvez rejoindre le mouvement ici.

Credit photo : John Cairns / Creative commons

L’urgence climatique met chaque pays face aux limites de ses institutions.  En Belgique, les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique reposent sur des accords de coopération et non sur des lois. Mais sa voisine la France qui fonctionne plutôt à l’inverse, ne semble pas meilleure élève. Que peuvent les citoyens face à l’inaction de leurs gouvernements ? Et sont-ils tous prêts à faire face à l’urgence ?

En Belgique, où les grèves scolaires réunissent des dizaines de milliers d’étudiants chaque jeudi, plusieurs associations, parmi lesquelles Youth For Climate, Greenpeace, Le Biais Vert ou encore Act for Climate Justice, organisent depuis dimanche un Village du Climat.

Quelques centaines de personnes viennent s’asseoir place du Trône pour réclamer une loi ambitieuse pour le climat. Ils réclament notamment une modification de l’article 7bis de la Constitution belge, article qui énonce le principe de protection de l’environnement de la part du gouvernement, des régions et des communautés, mais sans donner d’objectifs spécifiques.

La modification de cet article permettrait d’étendre des moyens d’action, en unifiant l’action des régions et exigeant du gouvernement qu’il respecte les accords internationaux.

Le 1er février dernier, des universitaires et activistes ont déposé à la Chambre des Représentants une proposition de 20 articles proposant entre autres de créer de nouvelles institutions pour coordonner l’action contre le réchauffement climatique entre les régions, l’État fédéral et les communautés linguistiques de Belgique.

« Depuis 11 semaines, nous prenons le risque de rater les cours et certains d’entre nous mettent ainsi leur diplôme en jeu. Les hommes politiques ne comprennent pas qu’ils jouent avec notre avenir, ne nous écoutent pas et ne changent rien. Nous pourrions presque devenir dépressifs, mais nous allons continuer« , a assuré Adélaïde Charlier de Youth for Climate.

Mardi soir, c’est finalement à 9 voix contre 8 que la Commission de Révision de la Constitution a approuvé la révision de l’article. Mais il semble maintenant certain que la révision sera rejetée jeudi en séance plénière, car la majorité des deux tiers ne sera pas acquise. Le chemin est encore long et il n’est pas étonnant que nos démocraties n’aient pas les intitutions pour faire face au désastre sur lequel elles se sont bâties.

Un rapport intitulé « The Carbon Majors Database » publié par l’ONG Carbon Disclosure Project (CDP) montre que 100 entreprises liées à l’extraction d’hydrocarbures sont responsables de 71% des émissions mondiales de gaz à effet de serre depuis 1988. Pendant que de plus en plus de multinationales s’engagent pour atteindre un objectif de 100% d’utilisation d’énergies renouvelables, les entreprises les plus polluantes peinent à prendre le pas de la transition écologique. Et c’est navrant.

L’ONG environnementale britannique Carbon Disclosure Project et le Climate Accountability Institute ont publié cette semaine une étude faisant état du rôle des grandes entreprises spécialisées dans l’extraction d’hydrocarbures quant aux émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Le constat est plutôt troublant : 25 multinationales ou entreprises publiques (ramenées à 100 en comptant les filiales) sont responsables de 71% des émissions de CO2 depuis 1988 (l’année où la responsabilité humaine dans le changement climatique a été officiellement reconnue)

Il s’agit du premier rapport à classer les entreprises, et non les Etats, en fonction de leurs émissions de gaz carbonés. Pourtant, les premières entreprises polluantes qui apparaissent dans le classement sont des entreprises publiques ou bien financées par l’Etat : on trouve en pole position l’extraction de charbon en Chine (nationalisée) responsable de 14,3 % des émissions mondiales, suivie par la Saudi Arabian Oil Company (Aramco, compagnie nationale saoudienne) responsable de 4,5 %, Gazprom OAO (compagnie russe) à 3,9 %. On trouve ensuite les grandes entreprises privées que sont ExxonMobil, Shell, BP ou Chevron qui comptent entre 1,3 % et 2 % d’émissions mondiales. Total, la seule entreprise française présente dans le classement est responsable de 0,9 % des émissions mondiales de GES et se place à la 19ème position.

Crédit Photo : Juniper Photon

Dans une interview donnée au Guardian, Pedro Faria, le directeur technique et environnemental pointe ainsi la responsabilité des agents publics qui investissent massivement dans ces compagnies ultra-polluantes, et la nécessité de réduire les extractions d’hydrocarbures pour ces multinationales, sans quoi le réchauffement climatique progressera de 3 à 4 degrés au moins d’ici 2100 (contre l’objectif de moins de 2 degrés fixé par la COP21). Pourtant, les investissements publics et privés continuent d’affluer, dans une logique toujours court-termiste, pour extraire les hydrocarbures.

Quelques efforts sont réalisés par les compagnies qui commencent à investir timidement dans les énergies renouvelables, mais on est loin des résolutions nécessaires pour engager la transition écologique.

A l’inverse, de plus en plus de multinationales (dont le rôle dans l’émission de gaz à effet de serre est ridicule comparé aux compagnies citées précédemment) se mobilisent pour réduire drastiquement leurs émissions carbonées. Le RE100, une initiative globale et collaborative, est parvenue à rassembler 100 compagnies influentes qui s’engagent à court ou moyen terme à adopter un modèle basé sur le 100 % renouvelable. Parmi celles-ci on trouve Ikea, Google, Facebook, Apple, Coca-Cola et bien d’autres encore.

Pour Charlie Kronick, conseiller à Greenpeace UK, les investisseurs ont désormais un choix à faire :

« Le futur de l’industrie pétrolière est déjà écrit. Le choix est donc : est-ce que son déclin sera géré en réinvestissant le capital des actionnaires dans les véritables industries du futur ou est-ce qu’ils continueront à espérer ne pas être les derniers quand leur monde s’effondrera. »

Seulement 23 % des aides publiques apportées par la Chine en Afrique entre 2000 et 2015 profitent aux populations du continent. Preuve que Pékin cherche à contrôler une force géopolitique majeure.

Entre 2000 et 2014, la Chine a versé près de 355 milliards de dollars d’aides à travers le monde, soit près de 300 milliards d’euros. En décembre 2015 durant le sommet Chine-Afrique, le président chinois Xi Jingping a promis une aide de 60 milliards de dollars au continent, une somme colossale qui a pour but de financer différents programmes de coopération comme l’industrialisation, l’agriculture ou encore la réduction de la pauvreté. C’est d’ailleurs une promesse que n’a pas manqué de souligner le président de l’Union Africaine d’alors, Robert Mugabe :

« La Chine est en train de faire pour le développement de l’Afrique ce qu’aucun pays colonisateur n’a fait, ensemble nous allons maintenant nous battre pour une vraie démocratie aux Nations unies ».

Pourtant, cette générosité de Pékin a intrigué plus d’un spécialiste et amène à réfléchir sur les réelles motivations du géant asiatique.

Une politique d’investissements

Le programme de recherche américain Aid Data a publié en octobre une étude retraçant les aides internationales en Afrique par les différents pays. Aux premiers abords, les deux premières années de financement des projets de la Chinafrique, apportent une croissance moyenne de 0,4 %. Pourtant, la mise en pratique des aides aux projets révèle une dominance des investissements et non des aides. Le directeur d’Aid Data, Bradley Parks, explique la subtilité des financements :

« Ce sont souvent des prêts concessionnels avec de faibles taux d’intérêts et pour objectif de servir uniquement les intérêts économiques chinois »

Ainsi, les placements financiers de la Chine en Afrique apparaissent comme un poids dans les négociations à la table des Nations unies. En effet, l’étude d’Aid Data présente les différentes aides de la Chine selon la géographie de l’Afrique. Il suffit alors de se renseigner sur les liens politiques entre les différents pays du continent et la Chine pour observer que cette dernière aide en priorité les potentiels appuis et les sources de matières premières. À la table des négociations, la Chine peut désormais compter sur une multitude de pays qu’elle tient en quelque sorte sous son emprise financière.

Source : afrikakom.com

Un enjeu géopolitique

Historiquement, la relation entre la Chine et l’Afrique trouve une nouvelle ère en 1949. A cette époque où les indépendances africaines émergent petit à petit, la Chine intervient dans le cadre d’une solidarité tiers-mondiste, notamment à la suite de la conférence de Bandung de 1955 — le but étant également de contrer les puissances occidentales. Depuis, la Chine n’a cessé de se développer économiquement sur le territoire africain. Elle apparait même comme un partenaire essentiel, avec près de trente ambassades sur le continent. L’Afrique est depuis toujours considérée comme un puit de richesses par le reste du monde et la Chine n’échappe pas à la règle. Mainmise sur les sites pétroliers, exploitation du minerai, agriculture et chantiers de grande ampleur, l’Afrique est devenue en moins de 20 ans l’un des principaux terrains de jeu de la Chine.

Corruption et éducation

Les aides financières et les investissements de la Chine font ressortir différents aspects positifs et négatifs sur le continent. Parmi eux, la corruption et l’éducation. En effet, l’arrivée des projets chinois dans l’économie de certains pays a également apporté des codes de la mafia. C’est à la suite de l’étude d’Aid Data que les spécialistes ont pu confirmer une hausse des pots de vins dans un périmètre de 50 kilomètres autour des projets chinois, notamment les projets énergétiques. Permis de conduire, autorisation de travail et relation avec la police locale, des actions en proie à la corruption, notamment dans les pays en voie de développement.

D’un autre côté, les relations Chinafrique ont participé au développement de l’éducation internationale. En 2017, c’est près de 50 000 africains qui ont fait leur rentrée universitaire en Chine, soit vingt fois plus qu’il y a dix ans. En 2015, Pékin s’est engagé à distribuer près de 30 000 bourses supplémentaires d’ici à 2018. À ce rythme, près de 80 000 étudiants africains seront présents sur le territoire chinois. Pékin ne cherche plus seulement à investir financièrement sur le territoire, mais tisse également des liens étroits avec ses futurs alliés.

Crédits photo couverture : Ihsaan Haffejee / ANADOLU Agency / AFP

En Indonésie, la déforestation massive et la mise en place d’énormes exploitations de palmiers à huile menacent la survie du tigre de Sumatra. La détérioration de son habitat naturel a déjà conduit à la disparition des espèces voisines, les tigres de Bali et de Java, et sa préservation sur l’île de Sumatra va dépendre de la façon dont le gouvernement va protéger les espaces nécessaires à sa survie.

Depuis une trentaine d’années, l’archipel indonésien connait une transformation sans précédent. Avec l’explosion du marché de l’huile de palme, l’Indonésie a réorienté presque toute son économie sur ce marché, sans en évaluer les risques endémiques pour l’écosystème.

Crédit Photo : Paula Borowska

Environ 85 % de l’huile de palme est originaire des plantations d’Indonésie et de Malaisie. La Table ronde pour une huile de palme durable estime qu’entre 1990 et 2010, 8,7 millions d’hectares de forêt ont disparu à cause de sa culture. On déboise, souvent en brûlant, pour replanter des palmiers à huile, au détriment des quelques 70 000 derniers orang-outang notamment (Environ 14 000 à Sumatra et 55 000 à Bornéo d’après WWF), dont on détruit petit à petit le milieu naturel.

Vivant sur les îles de Bornéo et de Sumatra, le tigre de Sumatra est lui aussi aujourd’hui « en danger critique d’extinction ». D’après une étude publiée dans la revue Nature Communications, l’habitat naturel du tigre a été réduit de 17 % entre 2000 et 2012, ce qui a conduit à une diminution de 742 individus (adultes) à 618 sur la même période. Entre 1990 et 2010, c’est 40 % de la forêt primaire qui a été détruite, ce qui affecte également beaucoup les proies des tigres. D’après WWF,

« [Les tigres] se voient contraints de chercher de la nourriture dans les zones habitées, une situation qui alimente les conflits hommes-animaux»

La même étude publiée dans Nature Communications montre que les populations de tigres de Sumatra ont été subdivisées en petits groupes, ce qui les rend encore plus vulnérables. De même, il resterait seulement deux espaces suffisamment vastes (environ 400 km2, d’après les auteurs de l’étude) pour « accueillir des regroupements de 30 femelles reproductrices, seuil nécessaire à a survie de l’espèce ».

Crédit Photo : Vincent van Zalinge

Mais, un autre facteur expliquant la disparition chronique du tigre de Sumatra est le braconnage. En effet, en médecine chinoise traditionnelle notamment, on attribue à certaines parties du tigre des propriétés bénéfiques pour la vitalité et la virilité. D’après une enquête de TRAFFIC, le braconnage en vue du commerce était responsable de plus de 78 % de la mortalité des tigres de Sumatra (soit environ 40 individus par an) entre 1998 et 2002.

Ainsi, deux grandes mesures sont nécessaires pour assurer la préservation des tigres de Sumatra : d’une part, la protection des vastes espaces naturels restants contre l’appétit des exploitants d’huile de palme, et d’autre part, la lutte contre le braconnage et le commerce illégal. L’Indonésie – en collaboration avec le WWF – s’est d’ailleurs engagé à doubler la population de tigres d’ici 2022

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