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C’est un véritable coup de massue pour le collectif d’associations et les commissions parlementaires qui ont porté ce projet. Avant même sa création, le fonds destiné à financer une partie des dépenses de réparation des consommateurs (appareils électroniques, jouets, meubles et équipements), pourrait voir son enveloppe divisée par deux si un décret est appliqué. Un article de Cécile Tonnerre.

Un projet de décret menace le fonds

En 2019, on estime que seulement 10% des appareils électroniques et électroménagers tombés en panne hors garantie ont fait l’objet d’une réparation par leurs propriétaires. C’est face à ce constat préoccupant et le besoin d’élargir les domaines de la réparation qu’est né le dispositif du Fonds de réparation.

Voté en 2020 dans le cadre de la Loi anti gaspillage et pour l’économie circulaire, il vise à prolonger la durée de vie des produits et encourager les consommateurs à réparer grâce à la prise en charge de 20% des coûts de réparation par un éco-organisme financé par les producteurs.

Alors qu’il est censé voir le jour en janvier 2022, le fonds de réparation est déjà menacé. Un décret publié le 21 septembre et soumis à une consultation publique, propose d’abaisser le taux de prise en charge des coûts de réparation de 20 à 10 %. Il prévoit également de supprimer une enveloppe visant à développer une filière de réparation des jouets.

Résultat d’un lobbying marqué de la part des industriels des produits électroniques, ce décret est considéré comme un véritable « sabotage » pour le collectif d’associations qui a porté ce projet (Zero Waste France, Halte à l’Obsolescence Programmée, Les amis de la Terre…etc.) Leurs responsables s’inquiètent de la mise en place d’un dispositif anecdotique, dans une tribune et un courrier destinés à Barbara Pompili. 

Selon eux, ce revirement de situation est dangereux et si le décret est promulgué le dispositif perdra tout son sens.

« Un montant de prise en charge de 10% risque d’avoir un effet déceptif, à la fois pour les consommateurs, mais aussi pour les réparateurs. Il est fortement possible, qu’avec un montant trop faiblement incitatif, bon nombre de réparateurs considèrent que le bénéfice à retirer ne sera pas suffisant face aux contraintes opérationnelles induites par le dispositif et ne souhaitent dans ces conditions pas y participer. » explique Laetitia Vasseur, dans un communiqué de Halte à l’Obsolescence Programmée.

Crédit : Blaz Erzetic

Un rétropédalage digne de « l’ancien monde »

Selon l’Ademe, chargée de réaliser une étude préalable sur les pratiques de réparation des français, le principal frein psychologique pour la réparation réside dans son prix. Pour une majorité de citoyens, l’option de la réparation ne semble envisageable dès lors que le coût de celle-ci n’excède pas les 33 % du prix d’achat neuf.

« Si la réparation n’est pas rendue financièrement accessible aux consommateurs et consommatrices, elle ne pourra pas se développer » explique Zéro Waste France.

Alors qu’au départ, le Fonds de réparation avait pour objectif de faciliter et encourager le développement des réseaux de réparateurs agréés, le signal envoyé par le gouvernement avec ce décret, semble à contre-courant. Il questionne sur les moyens réellement donnés pour privilégier le prolongement de la durée de vie des produits plutôt que l’achat neuf.

« La réparation ce n’est pas une « lubie », ça a la vertu d’allonger le cycle de vie de produits lourds d’impacts carbone, ce n’est pas anodin d’un point de vue environnemental. Avec 90% des produits électroniques qui ne sont actuellement pas réparés, nous avons une immense marge de manœuvre pour faire progresser le secteur. » explique Ronan Groussier de l’association Halte à l’obsolescence programmée.

La commission pour l’aménagement du territoire du Sénat, qui a soutenu le travail des acteurs associatifs, s’est également exprimée sur la décision du gouvernement, qui a selon lui « bafoué l’intention du législateur ».

Le président de la commission, Jean‑François Longeot, précise qu’ »au‑delà des annonces, le Gouvernement semble ici faire le choix de l’ancien monde, celui du tout jetable

Suite à un appel à la mobilisation lancé par les associations (Zero Waste France, HOP !..etc.) la consultation publique autour du décret a bénéficié des nombreuses contributions de la part de la société civile. Prenant fin le 14 octobre, la consultation est désormais close, le dernier mot reviendra donc à l’État, dont la décision déterminera l’avenir et la viabilité du dispositif.

Sept activistes du mouvement citoyen Alternatiba Paris et du collectif Non au Terminal 4 entrés sur le tarmac de Roissy pour dénoncer le projet d’extension de l’aéroport, étaient convoqués le 7 octobre devant la 16ème chambre du tribunal de Bobigny. L’audience a eu lieu presque un an jour pour jour après leur action de désobéissance civile. Devant les juges, ils et elles ont rappelé la responsabilité du secteur aérien dans la crise climatique et l’urgence d’agir pour réduire le trafic. Le procureur a requis des peines lourdes allant de 400 à 600€ d’amende et 1 à 3 mois de prison avec sursis pour entrave à la circulation d’un aéronef, dégradations matérielles en réunion et refus de prélèvement ADN. Le délibéré sera rendu le 12 novembre 2021 à 13H00. Face à ses poursuites judiciaires, ils s’expliquent. Voici leur communiqué.

Une audience de 5 heures

Après un report de l’audience initialement prévue le 24 juin, le procès de sept militants climat d’Alternatiba Paris et du collectif Non au Terminal 4, a eu lieu ce jeudi 7 octobre.

Les activistes, qui encourent des peines allant jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 18 000 euros d’amendes, ont rappelé aux trois juges la légitimité de leur action face à l’urgence climatique et l’irresponsabilité du secteur aérien.

Au cours de l’audience, qui a duré cinq heures, Sixtine Dano, Côme Mazin et Gabriel Boutan, respectivement âgés de 25, 22 et 20 ans, ont décrit ne pas avoir eu le choix que de désobéir à la loi pour se faire entendre par un gouvernement, qui restait jusqu’ici sourd aux demandes d’abandon du projet d’extension de l’aéroport Roissy.

Sous la pression citoyenne et en pleine crise sanitaire, le gouvernement a demandé à ADP en février dernier de revoir ses plans initiaux, visant à accueillir 40 millions de passagers supplémentaires par an d’ici à 2037.

Néanmoins, la menace d’un nouveau projet qui permettrait quand même d’augmenter les capacités de l’aéroport plane.

Audrey Boehly, figure de la lutte contre le projet d’agrandissement de l’aéroport, a rappelé : “Aujourd’hui, face à la crise climatique, des citoyennes et des citoyens comme nous n’ont pas d’autres choix que de prendre de tels risques pour obliger l’Etat français à respecter ses propres engagements. Ce n’est pas normal que nous devions nous rendre sur le tarmac d’un aéroport pour demander l’application par l’Etat français de l’Accord de Paris, accord international signé et célébré en 2015 en grandes pompes sur notre propre sol !”

Les témoignages d’Elisabeth Michel (climatologue), Dominique Bourg (philosophe et professeur à l’Université de Lausanne), Florian Simatos (enseignant chercheur à l’école d’aéronautique l’ISAE Supaero) et Françoise Brochot (Présidente de l’ADVOCNAR, association de défense des riverains de Roissy) se sont succédés.

C’est l’action trop lente de l’État qui pousse les citoyens, conscients de l’urgence climatique, à des actions spectaculaires. Je remercie tous les citoyens qui alertent sur les mauvais projets et les mauvaises décisions et font pression pour les abandonner au profit de politiques publiques alignées sur la Stratégie Nationale Bas Carbone.” a déclaré à la barre Elisabeth Michel, climatologue, en revenant longuement sur les conclusions alarmantes du dernier rapport du GIEC, publié le 9 août dernier.

Les activistes et leurs soutiens avant le procès – Crédit : Benoît Derouet

Lire aussi : La crise climatique s’accélère et s’intensifie à un rythme sans précédent, alerte le GIEC

En amont de l’audience, un rassemblement de soutien était organisé en présence de Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France et Nicolas Bourdeau, étudiant en aéronautique.

Le jour-même, plusieurs organisations représentant le secteur dont la coordination de la CGT aéronautique ont publié une tribune demandant au gouvernement de prendre ses responsabilités pour réguler le trafic aérien et planifier la reconversion des emplois avec les salariés.

Dans le tribunal, un des prévenus, Robin Cadeddu, a souligné:

« Nous n’avons pas le choix, nous devons réduire le trafic aérien. Et plus tard on le fera, plus les conséquences seront brutales pour les salariés« .

En parallèle, un collectif regroupant plus de 2000 scientifiques a publié une autre tribune de soutien à Jérôme Guilet, astrophysicien qui lui aussi poursuivi.

Par ses actions, Jérôme a su incarner une forme de responsabilité des scientifiques que nous devrons continuer à faire vivre.” écrivent-ils.

Les activistes et leurs soutiens avant le procès – Crédit : Benoît Derouet

La criminalisation des activistes

Le procureur a requis des peines allant de 400 à 600€ d’amende et 1 à 3 mois de prison avec sursis pour entrave à la circulation d’un aéronef, dégradations matérielles en réunion et refus de prélèvement ADN.

Des peines sévères qui traduisent la volonté du ministère public de réprimer les militants climat et d’empêcher la contestation en matière de lutte contre le dérèglement climatique” selon Maître Arié Alimi, qui a plaidé aux côtés de Me Chloé Seynac et Me Alexis Baudelin l’état de nécessité et la liberté d’expression pour obtenir une relaxe.

Le jugement sera rendu le 12 novembre 2021 à 13h00, dernier jour de la COP26.

Six ans après la COP21 et alors que la France viole ses propres engagements internationaux sur le climat, le ministère public n’a-t-il vraiment rien d’autre à faire que de criminaliser des citoyens qui mènent des actions non-violentes pour alerter sur l’irresponsabilité de nos gouvernants ?” s’interroge Sixtine Dano, activiste d’Alternatiba Paris poursuivie dans ce procès.

Aéroports de Paris, qui s’est porté partie civile, a demandé un euro symbolique.

La répression des activistes dénonçant l’impact du secteur aérien sur le climat ne se limite pas à ces poursuites pénales. D’autres participants à l’action du 3 octobre 2020 font l’objet de procédures administratives. La somme des amendes encourues s’élève à 88 500 euros.

Le 4 novembre prochain, ce sont les activistes de Greenpeace France ayant repeint un avion en vert pour dénoncer le greenwashing du gouvernement qui seront à la barre.

En juillet dernier, le gouvernement a introduit un nouveau délit dans une loi fourre-tout visant directement les actions de désobéissance civile menées sur le tarmac des aéroports.

Une tentative claire de la part du gouvernement pour nous museler au lieu de prendre ses responsabilités face à la crise climatique” conclut Sixtine Dano.

Crédit photo couv : Benoît Derouet

Aujourd’hui s’ouvre un procès exceptionnel : celui de quatorze personnes accusées d’avoir contribué à l’assassinat du président du Burkina Faso Thomas Sankara et de membres de son entourage en 1987. Avec un absent de marque : Blaise Compaoré, l’ex-ami de Sankara, qui lui avait succédé lors de ce putsch. Trente ans après la mort de ce héros africain, la légende de Thomas Sankara a dépassé les frontières de l’Afrique de l’Ouest. Portrait d’un dirigeant humaniste mais sulfureux, qui fit beaucoup pour l’affirmation d’une identité africaine, et pour la construction du Burkina Faso.

Une figure de l’humanisme

« Je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger » ;

en 1984, Thomas Sankara concluait avec ces mots, empruntés au poète latin Térence, son discours face aux Nations unies.

Avide de liberté pour les peuples, radicalement insoumis et incarnant une droiture exemplaire, cet ancien dirigeant du Burkina Faso est aujourd’hui considéré comme une icône dans toute l’Afrique de l’Ouest, même trente ans après son assassinat dans des conditions mystérieuses.

Né le 21 décembre 1949 en Haute-Volta (ancien nom colonial du Burkina Faso), Thomas Sankara est un militaire de formation : formé à l’Ecole militaire inter-armée (EMIA) de Yaoundé au Cameroun, aux côtés de son compagnon Blaise Compaoré (qui sera président du Burkina Faso de 1987 à 2014), il dirige pendant l’essentiel de sa carrière la formation des commandos burkinabés.

A partir de 1981, il se lance en politique dans un contexte extrêmement tendu : depuis l’indépendance du pays, proclamée en 1960, les coups d’Etat militaires se succèdent (3 entre 1960 et 1982).

Ancien premier ministre de Jean-Baptiste Ouédraogo, Sankara est limogé, sans doute sous pression du gouvernement français, qui redoute ses positions. Le militaire décide alors de prendre le pouvoir par les armes, se plaçant à la tête d’un Conseil national révolutionnaire, d’inspiration marxiste.

En quatre ans à la tête du pays, Thomas Sankara bouscule largement l’ordre hérité de la colonisation : il rebaptise le pays « Burkina Faso », ce qui signifie « pays des hommes intègres », et mène une politique anti-impérialiste, tiers-mondiste et d’inspiration communiste.

Parmi ses initiatives les plus populaires, on compte l’abolition du travail obligatoire pour les petits paysans, la promotion de l’égalité des sexes, l’interdiction de l’excision et de la polygamie, le lancement de chantiers de logements sociaux, l’instauration de la vaccination de masse, la rénovation du réseau ferroviaire, le combat pour l’alphabétisation (passée de 5% à 20% pour les hommes en quatre ans).

En termes de gouvernement, Thomas Sankara a aussi mené une politique exemplaire d’éloignement de la France : prêchant la droiture, se déplaçant en Renault 5, il lutte contre la corruption, tient tête au président Mitterrand, et expérimente la démocratie participative avec les Comités de défense de la révolution (CDR).

Il se fera enfin tête de file du Mouvement des non-alignés, prononçant de nombreux discours historiques aux Nations unies en faveur de l’indépendance du Tiers-monde et contre l’assujettissement à la dette, qu’il considère comme un cadeau empoisonné de la colonisation :

« la dette sous sa forme actuelle, est une reconquête savamment organisée de l’Afrique, pour que sa croissance et son développement obéissent à des paliers », plaide-t-il dans son discours.

sankaratop

Le côté obscur de la force

Pourtant, aussi vertueux que l’était Thomas Sankara, sa façon de gouverner n’était pas exempte de zones d’ombre. Même si son engagement et ses actions ont fait date dans l’histoire du Burkina Faso, il était exigeant et impatient.

Sous son gouvernement, les syndicats et partis politiques étaient interdits, les exécutions n’étaient pas rares, selon le principe qu’il faut « démocratiser le violence pour mieux l’assumer » ; droit, honnête et éclairé, le gouvernement de Sankara n’en était pas moins une dictature.

Cet état de fait n’est, selon le journaliste François Soudan, pas étranger à la mort brutale de Sankara. En effet, celui-ci est assassiné de douze balles le 15 octobre 1987, lors d’une réunion au Conseil de l’Entente (une organisation régionale de l’Afrique de l’Ouest).

Cet homme a, comme le dit bien le chroniqueur Abdourahman Waberi, « donné voix et corps à la force morale d’un peuple, à sa capacité d’indignation et à son désir d’être libre ».

Portrait de Thomas Sankara – Source

Un mystère bientôt percé

Trente ans après, la mort du charismatique dirigeant et de ses douze compagnons reste largement inexpliquée. En effet, l’enquête a longtemps été bloquée par Blaise Compaoré, le président du Burkina Faso de 1987, année de la mort de Sankara, à 2014, date de la seconde révolution burkinabè.

En 1987, Thomas Sankara aurait dit : « Si un coup d’Etat a lieu contre moi, cela ne peut venir que de Blaise. Il connaît toutes mes habitudes. » `

Le procès qui s’ouvre aujourd’hui à Ouagadougou doit déterminer si Blaise Compaoré, lui-même renversé par une insurrection populaire en 2014 après être resté au pouvoir durant 27 ans suite au décès de son compagnon d’armes, est bien l’homme qui a ordonné l’assassinat de Thomas Sankara.

Après la chute de M. Compaoré, l’affaire a été relancée par le régime de transition démocratique. Un mandat d’arrêt a été émis contre lui par la justice burkinabée en mars 2016. En février 2020, une première reconstitution de l’assassinat de Sankara s’est déroulée sur les lieux du crime, au siège du Conseil national de la révolution, à Ouagadougou.

Blaise Compaoré vit actuellement en Côte d’Ivoire, où il s’est enfui après sa chute et dont il a obtenu la nationalité. Il a annoncé qu’il ne se présentera pas devant les juges. Me Pierre-Olivier Sur, son avocat français, boycottera de la même façon ce rendez-vous judiciaire. Il devrait donc être jugé par contumace.

Pour l’avocat de la famille Sankara, Me Prosper Farama, ce procès reste important : « Même sans la présence de Blaise Compaoré, il est important qu’il se tienne. Cela fait trente-quatre ans que le peuple burkinabé a soif de justice. »

Morceau de l’affiche du film documentaire « Capitaine Thomas Sankara »

Aujourd’hui, le Burkina Faso traverse une grave crise sécuritaire, marquée par la multiplication des attaques terroristes et des violences intercommunautaires. Cette période de crise rend ce procès d’autant plus intense pour les Burkinabés qui devront faire face à un épisode sombre de leur histoire.

Pour rendre la situation plus complexe, il faut aussi prendre en compte l’implication possible de la Côte d’Ivoire et de la France dans l’affaire. En effet, avec les démêlés qui opposaient Sankara et Mitterrand depuis son voyage au Burkina Faso en 1986, le gouvernement français avait tout intérêt à le voir disparaître.

Les archives nationales de la France sur le sujet étaient protégées par le secret d’Etat, et ce jusqu’à 50 ans après les faits. En novembre 2017, Emmanuel Macron s’était engagé devant des étudiants de Ouagadougou à déclassifier des documents « secret-défense » pour les transmettre au juge burkinabé chargé de l’enquête afin d’étudier le rôle éventuel de la France dans cette affaire.

Pour François-Xavier Verschave, auteur de La Françafrique (Stock, 1998), ce rôle ne fait aucun doute :

« Jacques Foccart [grand architecte de la “Françafrique”, un système politico-économique fait de contrats juteux et de barbouzeries] et l’entourage de Kadhafi convinrent, en 1987, de remplacer un leader trop intègre et indépendant par un Blaise Compaoré infiniment mieux disposé à partager leurs desseins. L’Ivoirien Houphouët fut associé au complot.

Une figure mythique

Depuis sa mort tragique, Thomas Sankara est entré dans la légende pour de nombreux jeunes, aux côtés de Nelson Mandela, à l’image de Che Guevara. Parce qu’il a brièvement incarné la voie du peuple, et vécu en accord avec cette condition, il est aujourd’hui le héros d’innombrables images, vidéos, reportages, BD, ou encore chansons (notamment Underground System de Fela Kuti ou Sankara d’Alpha Blondy).

Malgré son passé et ses méthodes tumultueuses, Thomas Sankara incarne une Afrique libérée du colonialisme et fière de sa condition. Cet homme a, comme le dit bien le chroniqueur Abdourahman Waberi, « donné voix et corps à la force morale d’un peuple, à sa capacité d’indignation et à son désir d’être libre ».

A l’heure où une grande partie de l’Afrique connaît encore de paresseuses dictatures postcoloniales, tandis qu’une autre est ravagée par la guerre civile et le terrorisme, une figure comme celle de Thomas Sankara, pour qui « seule la lutte libère », est une promesse de révolte et d’émancipation.

Crédit photo couv : DOMINIQUE FAGET / AFP

Ce matin, une vingtaine d’activistes de Greenpeace France ont occupé l’esplanade du Louvre à Paris pour dénoncer le partenariat entre le musée du Louvre et la multinationale TotalEnergies. Ils ont notamment déployé une banderole géante de 27x6m portant le message «Climat : Total criminel, le Louvre complice». Cette action veut mettre en lumière l’initiative citoyenne européenne lancée par les ONG pour mettre fin aux publicités, partenariats et mécénats pour toutes les entreprises vendant des biens et services fossiles. Voici leur communiqué.

Dénoncer la complicité du Louvre avec TotalEnergies

Plusieurs activistes se trouvent devant la pyramide du Louvre avec des banderoles « Faisons une loi pour un monde sans pétrole » ou encore « Ban fossil fuel propaganda ». Ils ont érigé un faux derrick de 8 mètres de haut crachant une fumée noire non toxique pour symboliser l’implantation de la multinationale pétrolière et gazière au sein du musée.

Plus loin, 10 activistes ont déployé sur le bâtiment du Louvre une bannière : « Climat : Total criminel, le Louvre complice ».

Les activistes sur l’esplanade du Louvre. Crédit : Joseph Melin / Greenpeace

« Nous sommes ici aujourd’hui car les partenariats avec les entreprises responsables du changement climatique, comme Total, ne sont plus acceptables. Les publicités teintées de vert, le sponsoring sportif et le mécénat culturel sont un écran de fumée dressé par les entreprises fossiles. Derrière lui, elles continuent leurs activités destructrices dans le pétrole et développent leurs investissements dans le gaz, dont l’impact climatique est tout aussi catastrophique. Les institutions culturelles telles que le Louvre ont un devoir d’exemplarité vis-à-vis de la société. Comment peuvent-elles rester silencieuses ? », déclare Edina Ifticène, chargée de campagne pétrole à Greenpeace France.

Cet été, Greenpeace France a écrit à la nouvelle présidente-directrice du musée du Louvre, Laurence des Cars, afin de lui rappeler sa responsabilité dans l’acceptabilité sociale de TotalEnergies.

Avec sa campagne « Libérons le Louvre », l’association 350.org s’était déjà mobilisée durant plusieurs années contre le partenariat entre la multinationale et le Louvre. Pour l’ONG, il est temps que le musée sorte de son mutisme et y renonce publiquement.

Et pour cause : le logo de Total est à l’intérieur même du musée. Sur son site internet, le Louvre affiche sans ambiguïté « La Fondation Total, mécène principal de La Petite Galerie du Louvre ».

Derrière cette philanthropie se cache une stratégie de soft power bien ficelée, permettant à TotalEnergies d’asseoir son pouvoir et ses positions stratégiques, mais aussi de signer de nouveaux contrats grâce à la diplomatie internationale que lui offre le musée du Louvre.

Pour comprendre la stratégie d’influence de la multinationale, Greenpeace France a mené l’enquête sur TotalEnergies. La multinationale n’hésite pas à s’associer à de grands événements sportifs comme la Coupe du Monde de Rugby 2023 pour optimiser son capital sympathie, ou bien à s’imposer au cœur de l’Ecole polytechnique pour influencer les élèves.

Lire aussi : « Sportwashing » : les sponsors des sportifs sont les principaux responsables de la crise écologique

En 2020, le groupe a investi plus de 16 millions d’euros dans le domaine de la culture et du patrimoine. TotalEnergies finance ainsi le musée du quai Branly, l’Institut du Monde Arabe, le Centre Pompidou… et ce schéma se répète à l’international avec d’autres instituts culturels, et d’autres majors pétrolières.

Des activistes de Greenpeace France ont occupé l’esplanade du Louvre à Paris pour dénoncer le partenariat entre le musée du Louvre et la multinationale TotalEnergies.
Crédit : Joseph Melin / Greenpeace

Un mouvement européen contre la propagande de l’industrie fossile

En mai 2021, l’Agence Internationale de l’Énergie appelait à renoncer à tout nouveau projet fossile pour répondre à l’urgence climatique. En août, le GIEC lançait une nouvelle alerte rouge. Le mois dernier, une étude parue dans Nature concluait que pour respecter l’accord de Paris, il fallait réduire drastiquement l’extraction d’énergies fossiles.

Pour les ONG, le message est clair, mais les majors pétrolières freinent des quatre fers. C’est pour cette raison que 20 associations et ONG européennes ont lancé, lundi 4 octobre, une initiative citoyenne européenne pour l’interdiction des publicités, partenariats et mécénats pour toutes les entreprises vendant des biens et services fossiles.

Greenpeace France mène la mobilisation tricolore. Cette ICE est également soutenue par les associations Résistance à l’agression publicitaire (R.A.P), les Amis de la Terre France et Communication et Démocratie (CODE).

Lire aussi : Après une mobilisation citoyenne exceptionnelle, la Commission européenne s’engage à mettre fin à l’élevage en cage

Selon un nouveau rapport de Greenpeace Pays-Bas rendu public le 4 octobre, près de deux tiers des publicités des principales majors pétrolières sont en réalité du greenwashing. Une façon de se donner une image plus verte, alors que leur activité reste majoritairement liée aux énergies fossiles. Et ça fonctionne : les publicités boostent les ventes, augmentant au passage les émissions de gaz à effet de serre du secteur. 

Lundi, des activistes de Greenpeace Pays-Bas bloquaient l’entrée de la raffinerie de Shell à Rotterdam. Aujourd’hui Greenpeace France est au Louvre pour dénoncer sa complicité avec TotalEnergies. Le mouvement ne fait que démarrer.

Car oui, la fin de ces publicités, partenariats et mécénats est possible, l’Union Européenne l’a déjà fait. C’était en 2003, avec l’industrie du tabac. Les associations ont un an pour réunir 1 million de signatures à travers l’Union européenne et ainsi obliger la Commission européenne à se saisir du dossier.

« Notre demande est simple : en faire de même pour l’industrie des énergies fossiles, qui détruit à la fois la santé, la biodiversité et le climat. Les citoyennes et citoyens européens ont le pouvoir de faire face aux mastodontes du pétrole et du gaz », explique Edina Ifticène, chargée de campagne Pétrole pour Greenpeace France.

D’ores et déjà, le vent tourne pour les majors pétrolières : plusieurs institutions culturelles telles que le Royal Shakespeare Theatre et le Tate museum au Royaume-Uni ou le musée Van Gogh aux Pays-Bas ont pris les mesures et engagements nécessaires en cessant leurs partenariats avec des entreprises productrices d’énergies fossiles.

« Le musée du Louvre va-t-il enfin s’emparer de l’enjeu climatique, préoccupation majeure de notre siècle, plutôt que de continuer à cautionner l’industrie fossile ? » interrogent les activistes de Greenpeace

Pour les ONG et associations, l’initiative citoyenne européenne est une occasion unique de réduire l’emprise de l’industrie fossile sur la société : une fois l’objectif du million de signataires atteint, la Commission européenne sera contrainte d’examiner la demande des citoyennes et citoyens européens. Elle a quatre mois pour se prononcer sur le fond et expliquer ce qu’elle compte faire.

Des activistes d’Extinction Rebellion, des Amis de la Terre et de Youth For Climate ont perturbé le défilé de Louis Vuitton pour dénoncer l’impact de l’industrie de la mode sur le changement climatique. Ils exigent que le Gouvernement français impose une réduction immédiate des niveaux de production dans le secteur alors que 42 vêtements par habitant ont été commercialisés en France en 2019. Voici leur communiqué.

Une trentaine d’activistes d’Extinction Rebellion, des Amis de la Terre et de Youth For Climate ont perturbé le défilé à Paris, ce 5 octobre 2021. Des activistes sont montés sur le podium en brandissant des messages dénonçant l’impact colossal de l’industrie de la mode sur le changement climatique et l’inaction du Gouvernement :

« Climate is a Fashion Fictim », « No Fashion on a dead planet », « LVMH Macron : complices dans l’inaction ».

Deux d’entre eux ont été interpellés. À l’extérieur, les activistes ont organisé leur propre défilé, rapidement écourté par la police : des mannequins portant des masques à gaz ont défilé dans une fumée noire, symbolisant les méga-incendies qui se multiplient du fait du changement climatique, accompagnés du message :

« Notre planète brûle : la mode regarde ailleurs ».

Tandis que le GIEC donne 10 ans à la communauté internationale pour réduire de moitié ses émissions afin d’éviter le pire, l’industrie de la mode refuse d’agir sérieusement. Elle représente jusqu’à 8,5% des émissions de gaz à effet de serre mondiales, et plus de 30 millions de tonnes de CO2 importées en France chaque année.

Le textile utilise par ailleurs 11% des pesticides consommés dans le monde et provoque 20% de la pollution des cours d’eau. Dans le cadre du Fashion Pact, les entreprises de la mode s’abritent derrière des initiatives de recyclage et de reforestation anecdotiques et refusent de reconnaître que seule la réduction des niveaux de production – absolument colossaux dans le secteur (2,88 milliards de pièces commercialisées en France en 2019. Plus de 100 milliard à l’échelle mondiale) – permettra de réduire leurs émissions.

Alma Dufour porte-parole des Amis de la Terre France explique : « 2,88 milliards de vêtements, soit 42 vêtements par habitant ont été vendus en France l’année dernière. Cette surproduction est incompatible avec les limites planétaires. Année après année, la mode produit toujours davantage. Si elle ne baisse pas rapidement sa production, les émissions de gaz à effet de serre vont continuer à augmenter dans les prochaines années ! ».

Les acteurs du luxe, et LVMH en premier lieu, participent activement à ce saccage.

Pour Maya porte-parole de Youth for Climate : « LVMH : le plus grand groupe de luxe du monde définit les tendances, matraque l’espace public de publicité et inspire un désir de surconsommer à l’ensemble de la population, y compris ceux qui ne peuvent s’offrir de tels produits ».

Extinction Rebellion, les Amis de la Terre et Youth For Climate dénoncent surtout la responsabilité du Gouvernement d’Emmanuel Macron qui refuse de contraindre les acteurs du textile à respecter l’Accord de Paris.

Ils demandent des actions urgentes pour imposer aux acteurs de la mode de réduire leur production, d’améliorer considérablement leur impact environnemental et de respecter les droits humains dans les pays de fabrication.

Chalou porte-parole d’Extinction Rebellion conclut : « Emmanuel Macron est très doué pour organiser des grands sommets sur le climat, mais en réalité il sert avant tout les intérêts des grandes entreprises françaises, et notamment ceux de LVMH. Nous ne sommes pas dupes et demandons des actions fortes et rapides ! »

Premier producteur européen de chanvre (presque 17 000 ha), la France se réconcilie -progressivement- avec une plante qui n’avait jamais vraiment quitté ses sols. Alors que ses fibres solides et robustes étaient utilisées pour assurer près de 70% de la production de papier et la majorité des voiles de bateau en 1800, elles ont été remplacées par des matières synthétiques au cours du 20ème siècle.  Après près d’un demi-siècle de diabolisation et une pénalisation à l’échelle mondiale, l’amalgame répandu entre « ressource naturelle » et « drogue récréative » semble enfin s’estomper face au potentiel de cette plante qui a tout pour amorcer une révolution. Un reportage de Cécile Tonnerre.

Une culture ancestrale au service de la résilience des territoires

Depuis plus de 10 000 ans, les hommes cultivent le chanvre pour exploiter ses multiples propriétés. De la tige et son bois (chènevotte) aux feuilles en passant par la graine (chènevis), toutes les parties du chanvre procurent des matériaux et substances actives exploitables pour combler nos besoins primaires.

Alimentation, santé, bâtiment, textile, et même biomatériaux sont des domaines qui pourraient entreprendre une réelle transition écologique grâce à une production de chanvre relocalisée et la mise en place de filières spécifiques sur le territoire.

« Le chanvre nous forme à une vision holistique et arrive comme une vraie solution pour changer de paradigme. C’est LA plante qui offre des vraies solutions, de quoi arrêter de puiser dans le sable pour fabriquer du ciment, remplacer le plastique et arrêter de puiser du pétrole, mais aussi on arrête de se soigner avec des molécules qui nous causent des dommages énormes. » Vincent Lartizien, fondateur des Chanvres d’Aquitaine.

Aujourd’hui près d’un tiers de la production française de chanvre est centralisée par la coopérative « La Chanvrière » basée à Saint Lyé dans l’Aube. Première coopérative de chanvre en Europe, elle regroupe plus de 500 producteurs et dispose d’un outil industriel permettant de procéder au défibrage du chanvre ainsi qu’à la transformation du bois en paillage.

Avec une production de presque 100 000 tonnes de chanvre par an, la coopérative approvisionne plusieurs industries, notamment la papeterie, l’industrie automobile, le bâtiment, mais aussi la plasturgie. Depuis 1973, la coopérative agit en faveur d’un retour du chanvre dans l’agriculture française et le retour d’une image positive.

Corde en chanvre – Pixabay

Mais son modèle de développement industriel tourné vers l’export est aux antipodes de la petite révolution qui s’opère à l’échelle dans le reste de la France.

De fait, pour la grande majorité des quelques 1400 producteurs de chanvre, le véritable sens réside dans un développement local de la filière. Avec une production en circuit court et en agriculture biologique, elle permettrait d’assurer une véritable résilience sur les territoires. 

C’est la conviction de la jeune entreprise Hemp Act et de son fondateur Pierre Amadieu, paysan et écologiste. Depuis quelques années, il milite pour développer des équipements accessibles à tous les groupements de producteurs de chanvre textile. L’objectif : alimenter des micro-filières locales. 

« Ce qui manque aujourd’hui, c’est la diffusion des équipements et des savoirs-faire pour que tout le territoire bénéficie d’une culture de chanvre bio et locale, plutôt qu’une grande production industrielle ».

Un combat qui a déjà bénéficié à plusieurs groupements en région Occitanie, et encourage le développement de la filière partout en France.

Culture de Chanvre – Crédit : La ferme médicale

Une plante adaptée aux enjeux climatiques

Grâce à sa grande résistance aux maladies et aux nuisibles et ses faibles besoins en eau, le chanvre est la plante emblématique d’une agriculture écologique. Sans aucune utilisation de produits phytosanitaires ni insecticides ou fongicides, les plantes arrivent à maturité en 3 à 4 mois.

Comparée à son premier concurrent, le coton, troisième consommateur d’eau de la planète et gourmand en traitements à tous les stades de sa transformation, aucun doute que le chanvre constitue une alternative éthique et de qualité.

Par ailleurs reconnu pour sa capacité de séquestrer du carbone, le chanvre a également un rôle à jouer pour faire baisser les émissions de CO2 dans l’atmosphère. On estime qu’un hectare de chanvre peut absorber jusqu’à 15 tonnes de CO2.

Cet impact négatif en carbone, lié à sa croissance rapide, en fait un véritable catalyseur pour une agriculture durable.

Le chanvre se trouve également être une plante dépolluante, nettoyante et oxygénante, pour les sols. Dans des exploitations telles que celles des « chanvres de l’atlantique », des rotations sont effectuées tous les ans et les parcelles divisées pour créer un équilibre entre les espèces. 

« Nous avons vu les limites de la monoculture qui a tué nos sols et ne souhaitons pas reproduire ce modèle. Le chanvre est un gros consommateur d’azote, alors pour ramener de l’azote dans le sol, l’année suivante on plante des légumineuses. Pour l’instant le chanvre montre un vrai potentiel en association avec les variétés anciennes (quinoa, lentilles etc.) » nous explique Vincent Lartizien. 

Graines de chanvre – Crédit : UnconventionalEmma

Sélection variétale et législations strictes

Pour l’instant, les 9 variétés de semences autorisées en France et commercialisées par Hemp -it sont surtout orientées pour la production alimentaire et textile. Depuis 1960, l’INRA met au point une sélection variétale pour limiter le taux de THC produit aux 0,2% autorisés par la loi et commercialiser des variétés majoritairement monoïques (hermaphrodites).

S’il satisfait une partie des chanvriers français, ce choix limité de variétés, pose quelques difficultés aux cultivateurs orientés vers le chanvre « bien-être », qui travaillent pour la plupart avec des variété dioïques (champs de plantes mâles et femelles).

Aux côtés des défenseurs du cannabis thérapeutique, ils militent pour autoriser un taux de THC légèrement plus élevé (0,3%) et permettre ainsi à d’autres variétés de pousser sur le sol français.    

Emmanuel Ithurbide, cultivateur et créateur de la marque Ondo Pharm, juge que « le catalogue de variétés européennes est plus intéressant, avec quelques 90 semences, dont les taux en CBD et en substances actives sont plus importants ».

Comme lui, de nombreux entrepreneurs sont intéressés par les propriétés thérapeutiques des fleurs afin de développer des gammes de cosmétiques (crèmes, huiles, baumes) et médicinales (huiles, compléments alimentaires) à partir du chanvre.

« Le chanvre est naturellement riche en cannabidols (dont le CBD), essentiels à notre bien-être. Notre corps dispose d’un système endocanabidoïde. Tous les utilisateurs que je connais ont vu de véritables effets dans le soulagement de leur anxiété ou de douleurs chroniques et neuropathiques, mais aussi une véritable atténuation des effets secondaires de la chimio ou des douleurs menstruelles. » explique Frédéric Gié, expert et conférencier autour des bienfaits du chanvre sur la santé.

Chanvrier – Crédit : La ferme médicale

Faire changer l’industrie du textile : un enjeu d’actualité

S’il y a bien un point commun entre tous les cultivateurs et entrepreneurs dans le domaine du chanvre, c’est leur passion et leur conviction d’avoir affaire à une plante d’avenir, notamment en ce qui concerne le textile et la production « made in France ».

En Nouvelle Aquitaine, et en Occitanie, des « filières chanvre » sont en train de se constituer et rassemblent une grande variété d’acteurs, allant des micro-cultivateurs aux transformateurs. Leurs rencontres leur ont permis d’échanger sur des bonnes pratiques et d’amorcer une véritable dynamique locale.

Dans le cadre du projet de filière textile en Occitanie, la coopérative Virgicoop, implantée dans le Tarn, a ainsi pu mettre sur le marché des jeans 100% chanvre en partenariat avec une marque française : l’Atelier Tuffery. C’était sans compter du soutien de Hemp Act, dont les équipements pour le défibrage ont permis d’élaborer une fibre de qualité et produite localement.

Des tee-shirts en chanvre – Crédit : Nuntisunya

Au-delà de la compétence en défibrage, l’usine de filature reste le principal maillon manquant pour l’essor de la filière en France.

La dernière usine de filature de chanvre et de lin a fermé ses portes en 1970 et depuis les artisans qui travaillent avec des fibres naturelles sont contraints de faire filer leur matière dans des pays européens comme la Roumanie.

Aujourd’hui, il y a un véritable enjeu à « retourner vers les matières naturelles » affirme également Vincent Lartizien, des chanvres de l’Atlantique. 

« Le chanvre produit un textile antibactérien, résistant et thermorégulateur. En tant qu’ancien surfeur professionnel qui a longuement côtoyé l’industrie du surf, mon pari c’est de proposer d’ici quelques années, du textile à l’industrie du surfwear, et de dire « vous voulez créer des vrais vêtements de surf ?  et bien regardez, on a une plante qui pousse chez nous en 4 mois, qui fait du bien au sol, qui est en bio, qui file du boulot aux gens. Et vous ferez du bien à l’ensemble de la planète en l’utilisant ». Alors oui peut être que les vêtements seront un peu plus chers mais ils vont durer 3 fois plus longtemps donc au final ils couteront moins cher. »  

Entre relocalisation des savoirs-faire et des instruments, les dés sont jetés et les projets de filières progressent rapidement. Le travail consiste maintenant à poursuivre la déconstruction des préjugés qui entourent cette plante et encourager l’essor de cette plante révolutionnaire.

Crédit photo couv : La ferme médicale

Pour faire face à la maladie du « balai de la sorcière » ayant ravagé les plantations de cacao bahianaises dans la décennie 1990 et endiguer la déforestation, Diego Badaro est retourné à la terre de ses ancêtres. Sous les nefs forestières sauvages, il développe une filière de cacao 100% bio, pour produire un chocolat de qualité et ainsi protéger la forêt de l’agriculture industrielle. Un reportage d’Alexandre Habonneau.

Du cacao sous la jungle

Les cabosses jaune orangé flottent dans les cacaoyers comme de gros rubis, en forme d’œufs de Fabergé. Légèrement striées, elles contiennent les précieuses fèves, à partir desquelles sera fabriqué le chocolat. Très peu de lumière traverse le couvert des frondaisons de la jungle primaire.

Les parfums d’humus montent de la terre humide. Nous sommes dans l’intérieur de Bahia, au Brésil, quelque part dans les 8% restants de la Mata Atlântica, la forêt primaire recouvrant toute la côte Atlantique avant l’arrivée des colons portugais.

« Venez, on va faire le tour par-là, plutôt », propose Seuzé placidement.

Il vient de repérer un serpent – une vipère jararaca – se faufilant au sol. Les travailleurs de la ferme – Seuzé, Camarão et Doula – récoltent le cacao manuellement : à la machette, et… à dos d’âne. Les paniers d’osier, sur les flancs de l’animal, se remplissent petit à petit des fruits du cacaoyer.

« Il y a plus d’aventures ici dans la jungle que dans une ferme en monoculture », ajoute Diego en riant.

Diego Badaro, le propriétaire de la ferme, a fait le choix d’une filière du chocolat 100% organique, en plantant son cacao à l’ombre de la Forêt Atlantique.

« Les cultures intensives, elles, plantent des arbres porteurs d’ombre, et face à l’intensité des rotations, sont obligées de recourir à des fertilisants chimiques et pesticides », ajoute-t-il.

Diego a préféré former une alliance originale avec la forêt primaire. Le jeune cacaoyer redoute la brûlure du soleil, qui assèche le sol à son pied, et aime le sol meuble et riche en matières organiques de la forêt.

« Après l’épidémie du balai de la sorcière, retrace Diego, beaucoup de cultivateurs de cacao de la région ont mis le feu à leurs arbres, pour essayer d’endiguer la maladie, ou en finir avec le cacao et passer à d’autres cultures, ou au pâturage ».

Le « balai de la sorcière », c’est ainsi qu’on a appelé moniliophtora perniciosa, champignon endémique d’Amazonie, une spore infectieuse ayant ravagé les plantations de cacaoyers dans les années 1990.

Un coin de « Mata Atlântica », point chaud de biodiversité, qui couvrait toute la côte Atlantique avant l’arrivée des Portugais au XVIème siècle. – Crédit : Alexandre Habonneau

Crime environnemental ou maladie imprévue ?

C’est un épisode méconnu de l’histoire récente du Brésil. Bahia, alors l’une des plus grandes régions productrices de cacao dans le monde, se retrouva asphyxiée en quelques années, comme sous l’effet d’un chapiteau de cirque qui s’écroule.

Les fermes de João Bernardo Tavares par exemple, l’un des amis de Diego, rapportaient en moyenne 400 tonnes de fèves de cacao par an, avant la crise. En 1999, la production oscillait entre 30 et 60 tonnes.

D’après la CEPLAC – Commission Exécutive pour un Plan de la Culture du Cacao – plus de 200 000 travailleurs perdirent leur emploi, forcés de déménager en ville. D’autres s’endettèrent. Certains se suicidèrent.

« Ce fut une tragédie immense, confie Gonçalo, fonctionnaire du CEPLAC, et le pire, c’est que la maladie a sans doute été introduite intentionnellement, pour en finir avec le pouvoir des colonels du cacao. Selon moi, c’est un crime environnemental. »

L’origine de la maladie reste trouble: des agriculteurs ont retrouvé des cordes, contenant le champignon, entourées autour de pieds de cacao, et positionnées stratégiquement, pour que le vent dissémine la spore. Mais le crime n’a jamais pu être prouvé.

« J’avais 9 ans la première fois que j’ai réalisé que quelque chose clochait dans nos vies, se rappelle Diego. J’ai entendu ma grand-mère pleurer, dire à ma mère que nos amis coupaient les grands arbres protégés par la loi pour payer leurs factures. J’ai fait un câlin à ma grand- mère en lui demandant de ne pas couper mes arbres. J’étais certain que la forêt m’appartenait tout entière. »

Alors, en 2002, à l’âge de vingt ans, Diego décide de retourner à la terre de ses ancêtres, pour cultiver les fermes en quasi-abandon de sa mère et de ses oncles. Mais avec un autre modèle agricole, pour en finir avec le cercle vicieux des maladies et des intrants chimiques : cacao 100% organique, à l’ombre de la Mata Atlântica.

Dola et le fruit des dieux – Crédit : Alexandre Habonneau

« J’étais déjà convaincu que la forêt possédait ce pouvoir de résilience, se remémore Diego, si tant est qu’on fonctionne avec elle de manière cohérente, sans la traiter comme une force à dompter, et qu’on lui fasse confiance ».

Le plus dur restait de convaincre les travailleurs. Seuzé s’en rappelle très bien :

« On l’a regardé avec suspicion d’abord. Ce petit moufeton revient de la grande ville (Salvador de Bahia, ndlr), et il croit qu’il va nous réapprendre à cultiver le cacao, qu’on se disait ! On savait que les fertilisants étaient dangereux pour le sol et notre santé… mais c’était le seul moyen d’être productif, et puis tout le monde le faisait ! »

Doula et Seuzé en pleine récolte des cabosses ovoïdes du cacaoyer.
Crédit : Alexandre Habonneau

Le cacao, bien plus qu’une matière première

Diego divise alors son temps entre les fermes et l’Université de Salvador où il reprend des cours d’agroécologie.

« Petit à petit, relate-t-il, les travailleurs ont compris que les fertilisants tuaient la microfaune des sols, et que l’agriculture organique, bien que plus lente, était la seule solution à long terme pour rendre le cacao plus résilient, après cette décennie de maladie, et pour notre santé à tous ».

Diego s’engage alors à produire moins de cacao, mais de meilleure qualité. Il veut faire un cacao du terroir. Mais, en délaissant aux Européens le soin de le transformer en chocolat, et en ne s’en tenant qu’à la production de fèves, il ne peut pas participer à la renaissance socio-économique de sa terre natale, et ainsi protéger la forêt primaire et son incroyable biodiversité.

A Bahia, cacao et forêt suivent la même trajectoire entremêlée.

« J’ai alors créé ma marque, AMMA Chocolate, et acquis une usine de transformation à Salvador, enchaîne Diego. Pour moi, le cacao n’est pas qu’une matière première à destination du marché européen. Les grandes entreprises de sucreries s’en fichent, elles. De toute façon, les grains finiront fondus à haute température, mélangés à ceux d’autres fournisseurs. Il n’y a plus qu’à ajouter pleins de sucres, de graisses, et de préservateurs ! Un beau packaging, et le tour est joué ! Et après, les gens croient consommer du chocolat ! Le cacao, pour moi, n’est pas une marchandise qu’on spécule sur les marchés financiers. Le cacaoyer, c’est l’arbre de vie, c’est sacré. Je veux produire un cacao brésilien qui soit au chocolat ce que le raisin est au vin français, de la meilleure qualité ».

Les étapes de la production d’un chocolat premium suivent des étapes précises, de la récolte au broyage à chaud. Dans la forêt, les cacaoyers sont ornés de milliers de fleurs blanches minuscules, qui éclosent toute l’année. Sur environ cinq cents fleurs, une seule donne un fruit, d’abord vert, puis mûrissant du jaune au rouge orangé.

Une fois les cabosses détachées, elles sont déchargées en pile. Elles resteront ainsi cinq à sept jours, le temps pour les sucres de se concentrer et l’humidité de diminuer. Une fois fendues en deux, elles recèlent de fèves entourées d’une pulpe blanchâtre, légèrement acidulée.

Ces fèves ressemblent à de grosses amandes, au goût amer, à la peau violette. Elles sont entreposées dans des cuves en bois, recouvertes de feuilles de bananiers, pendant une semaine, le temps de la fermentation. Ce processus réduit l’amertume et l’astringence des fèves.

Les fèves de cacao une fois fermentées et séchées, matière première pour le chocolat.
Crédit : Alexandre Habonneau

Puis, elles sècheront entre dix à quinze jours, avant d’être envoyées par sacs de 50kg à l’usine, où elles subiront leurs dernières métamorphoses – nettoyage, torréfaction, concassage et broyage à chaud – avant de recevoir le nom de « chocolat ».

Bahia, terre de cacao, est aussi une des plus pauvres régions du Brésil – avec des taux d’analphabétisme et de mortalité infantile parmi les plus élevés du pays. Les trois quarts de sa population – 15 millions, sur une superficie équivalente à celle de la France – sont d’ascendance africaine (ou quilombos, anciens esclaves ayant fui les plantations).

Au XIXème siècle, « les aventuriers y affluaient en quête de la richesse du monde », écrit Jorge Amado, le grand écrivain bahianais, dans son livre Les Terres du bout du monde.

C’est à cette époque que débarqua Antonio Badaro, un émigré sicilien. Deux de ses enfants – Juca et Sinhô Badaro – deviendront les personnages du roman de Jorge Amado, « gens sans foi ni loi, rebelles à tout ordre ». Surnommés les « colonels du cacao », ces propriétaires terriens mèneront de féroces guerres de territoire, rendant le fleuve « rouge du sang des cadavres », écrit Jorge Amado. Leurs descendants deviendront de puissants notaires, maires ou commerçants…

Diego Badaro est l’arrière-arrière-petit-fils d’Antonio Badaro. « Je suis le Badaro qui est revenu à la terre », conclut-il en souriant.

Face à l’essor incontrôlé des résidences secondaires et touristiques, l’élu régional Nil Caouissin, membre de l’Union démocratique bretonne (UDB), a publié un « manifeste pour un statut de résident en Bretagne ». Ce professeur d’histoire-géographie propose de soumettre l’achat d’un bien immobilier à certaines conditions et notamment celle de vivre et travailler sur le territoire depuis un an ; sans aucun autre critère d’origine, de langue ou touchant à la vie privée. Entretien.

La Relève et La Peste : Comment vous est venue l’idée de proposer un statut de résident ?

Nil Caouissin : A cause de la crise du logement. Les tensions sur le logement se sont aggravées depuis 2019 et 2020, il y a une véritable pénurie de biens avec des achats très rapides sans visites, ce qui fait que les locaux ou les nouveaux arrivants se retrouvent exclus. Je vis sur le Trégor où c’est flagrant, et le Pays de Vannes est le plus touché en Bretagne.

C’est tellement étendu que même des profils comme des ingénieurs n’arrivent pas à se loger dans certaines villes alors qu’en Bretagne 250 000 logements sont vides 9 mois sur 12, c’est absurde. C’est un gaspillage de logement et des réponses qu’on avait avant comme le logement social ne suffit plus.

Malheureusement les seuls outils qu’ont les élus est de construire toujours plus, ce qui veut dire perdre des espaces agricoles et naturels, ce n’est pas une solution !

Si on veut loger dignement les gens tout en préservant le foncier agricole et naturel, il faut juguler la demande sur la demande de résidences secondaires qui n’est pas un droit fondamental.

Ce concept n’est pas nouveau : il a même été voté par des élus corses en 2013, même de droite, en raison de la situation immobilière. Leur revendication a été bloquée par le gouvernement français et c’est dommage car elle est très intéressante. Un statut de résident serait un outil pour favoriser le logement permanent et réduire la pression immobilière.

Manifeste pour un statut de résident en Bretagne de Nil Caouissin

LR&LP : En effet, le problème de l’accès au logement touche de plus en plus de communes en France, surtout sur les littoraux. Selon l’INSEE, un logement sur dix est une résidence secondaire au sens fiscal, soit 3,2 millions de résidences secondaires en 2017. Des élus d’autres régions se sont-ils alliés à votre démarche ?

Et encore, l’INSEE n’a pas mis à jour les chiffres suite à la folie immobilière du covid ! Il faudrait une loi mais il y a un blocage politique et idéologique car le statut de résident est considéré comme une entrave excessive au fonctionnement du marché immobilier.

La Corse n’a pas de pouvoir législatif, comme n’importe quelle région métropolitaine. Lors de la visite d’Emmanuel Macron en 2018 en Corse, il a répondu à cette problématique de logement en leur rétorquant qu’ils n’avaient qu’à en construire plus…

Face à ce blocage politique, la réponse se situe dans un rapport de force. La Corse est une île peu peuplée, mais si on est plusieurs territoires à le revendiquer, on peut légiférer et avoir plus de poids politique.

Lire aussi : Lorsque les riches arrivent en ville, les locaux perdent leur droit d’y vivre

Récemment, j’ai été invité au Pays-Basque par le mouvement politique abertzale de gauche et écologiste EHBAI, qui travaille sur la problématique du logement, pour leur Université d’Eté. J’y ai présenté le statut de résident et rencontré des militants du droit au logement car une lutte très forte est menée contre Airbnb du côté de Bayonne, mais il y a aussi le besoin de réglementer le secteur des résidences secondaires. Nous débutons quelques contacts également en Provence et en Savoie.

Nil Caouissin aux Universités d’Ete – Crédit : EHBai

LR&LP : A l’inverse, l’ancien ministre du budget Eric Woerth a proposé que les propriétaires de résidences secondaires puissent « voter aux élections municipales sur leurs deux lieux de vie ». Que pensez-vous de cette contre-proposition ?

C’est tout simplement scandaleux ! Avec ce genre de propositions, dans certaines communes, le poids des résidences secondaires peut l’emporter sur celui des locaux ! Aucune démocratie européenne n’a connu un tel système depuis le XIXème siècle et heureusement, cela serait choquant !

De plus, les propriétaires de résidences secondaires peuvent déjà choisir de voter soit dans le lieu de leur résidence principale, soit dans celui de leur résidence secondaire. En aucun cas cette position de privilégié ne doit les autoriser à voter deux fois !

Je pense que la proposition d’Eric Woerth est une tactique politicienne purement provocatrice, mais elle démontre bien que les gens qui ont le plus d’argent se considèrent comme ayant des besoins et droits prioritaires sur un territoire.

LR&LP : Vous êtes élu à la Région Bretagne, votre proposition fait-elle bouger les lignes ?

Oui et non, ça a pesé dans le débat et aidé à prendre conscience chez certains élus du fonctionnement du logement sur nos territoires. Malheureusement, les « gros » groupes politiques y sont pour l’instant opposés, à part EELV, Ensemble sur le Territoire et quelques partis de gauche.

Typiquement, le parti socialiste ou la droite y sont officiellement opposés, mais j’ai des élus qui viennent me voir en off pour me dire qu’ils sont d’accord ou intéressés. Il y a eu quelques déclics au Conseil Régional ou dans les intercommunalités, mais encore trop peu d’élus osent prendre position car cela reste un sujet tabou au sein du cénacle politique, donc on a beaucoup de travail de pédagogie et de conviction à faire.

Ville de Vannes, Bretagne – Crédit : Macchi

LR&LP : Ce blocage vient-il de la peur de perdre des revenus, notamment les taxes sur les résidences secondaires, pour les communes ?

L’argument principal de ceux qui défendent les résidences secondaires, c’est de dire que leurs propriétaires ont plus de moyens et amèneraient donc de l’argent sur le territoire. Mais une résidence secondaire est occupée en moyenne seulement 3 mois par an en Bretagne !

Les seuls revenus que la présence de résidences secondaires ou touristiques crée, c’est de l’activité saisonnière coupée de l’activité quotidienne des habitants. Elle crée des emplois saisonniers pour des personnes qui ont elles-mêmes du mal à se loger !

Alors que des habitants à l’année permettraient de rouvrir les classes, de créer de l’emploi stable et durable plutôt que des flambées estivales.

Mobilisation des élus bretons pour sauver le lycée Jean-Moulin de Plouhinec

La ruée estivale pose aussi des problèmes de réseau d’eau et d’assainissement, avec des stations d’épuration qui sont saturées chaque été, tandis que les réseaux sont disproportionnés le reste de l’année pour faire face au pic estival.

Quant à la taxation sur les résidences secondaires, c’est un outil grossier qui ne tient pas compte des différences de fortune entre les résidents ce qui peut provoquer des abus.

Avec des taxes trop importantes, on peut imaginer que les propriétaires les moins fortunés finissent par vendre aux plus riches et on prend le risque qu’un petit groupe de personnes monopolise le parc immobilier d’un territoire pour le mettre en Airbnb. Je préférerais une taxe qui soit modulée en fonction du patrimoine des propriétaires, mais pour l’instant ça n’existe pas.

Dans tous les cas, une telle proposition devra in fine passer par le gouvernement donc même si on met en place une expérimentation locale, il faut un projet de loi. Il n’y a à ma connaissance aucun article de la Constitution qui interdise de mettre en place un statut de résident.

Il pourrait être mis en vigueur dans les communes où le taux de résidences secondaires atteindrait un chiffre défini – j’envisage 20 % – de façon collective. Par exemple, pour acheter à Trégastel où il y a plus de 40 % de résidences secondaires, il faudrait avoir résidé un an dans une commune de Lannion Trégor Communauté.

Dans certains territoires d’outre-mer, des différences de statut existent, de la même façon pour les gens qui vivent sur des bateaux. Par exemple, sur les Îles Åland en Finlande, il existe un statut de résident depuis un siècle.

Ce statut stipule qu’il faut 5 ans pour accéder à la propriété et au droit de vote. Bien sûr, ma proposition ne concerne pas le droit de vote, mais si un tel règlement est possible sur un territoire européen c’est qu’il y a donc une porte ouverte dans le droit européen. La province italienne de Bolzano le ferait aussi mais uniquement concernant le logement neuf.

Les Îles Åland en Finlande – Crédit : VisitFinland

LR&LP : Et que répondez-vous à la « liberté » d’avoir une résidence secondaire ?

Il faut arrêter avec cet argument. Il y a une hiérarchie dans les libertés. La mobilité résidentielle est un droit fondamental aujourd’hui remis en cause faute de logements disponibles. C’est devenu très compliqué d’accéder à la propriété ou même simplement à la location annuelle si vous n’êtes pas beaucoup plus riche que la moyenne, ce qui immobilise une partie de la population et leur empêche l’accès à l’emploi.

C’est une perte de liberté fondamentale très grave. Ce n’est pas la même chose de ne pas pouvoir décider où on vit par rapport au fait de ne pas acheter un bien supplémentaire pour ses vacances…

En plus du désastre social, c’est un ravage écologique. On en parlait plus tôt, la surenchère de construction n’est pas qu’un problème de consommation du foncier, mais aussi d’émissions de gaz à effet de serre.

Les gens qui travaillent sur les littoraux doivent se déplacer de plus en plus loin dans les terres. Dans le Morbihan, ils peuvent être forcés de se replier jusqu’à 30km loin de leur lieu de travail, ce qui fait exploser leur budget essence en plus de créer de la pollution.

Et évidemment, ce n’est pas parce qu’on chasse les populations loin de leurs lieux de travail que l’offre de transports communs augmente !

Le facteur temporel vient aussi aggraver les inégalités car les salariés de la côte ont déjà des revenus plus faibles comme les auxiliaires de vie ou les infirmières à domicile. Si on continue à les priver de temps de vie et de salaires, on va en trouver de moins en moins de personnes prêtes à endosser ces métiers pourtant essentiels, on va tout droit vers une impasse.

Face aux enjeux écologiques et sociaux, c’est une bataille politique qui doit être menée collectivement. Si on ne la mène pas, elle sera forcément perdue d’avance.

Pour aller plus loin : France : l’artificialisation s’étend trois fois plus rapidement que ne grandit la population, une menace pour la biodiversité

Derrière ce titre un brin provocateur, l’expert de la science du bonheur et de ses applications aux entreprises, à l’économie et aux politiques publiques, Renaud Gaucher décortique comment le système d’imposition en France n’est pas utilisé à bon escient par nos politiciens. Il explique dans cette tribune comment une méthode issue des sciences sociales peut permettre d’optimiser les dépenses publiques au service du bonheur des citoyens avec un impératif : se concentrer d’abord sur la réduction de la souffrance des moins bien lotis.

La définition du bonheur

Ce titre peut sembler provocateur et exagéré, mais il est (en grande partie) vrai. Je vais vous expliquer pourquoi et ensuite je vous montrerai ce qu’il est possible de faire à la place de ce qui est fait actuellement.

D’abord, définissons ce qu’est le bonheur. En tant que chercheur, la définition que j’utilise le plus souvent est aimer la vie que l’on mène (Veenhoven, 1984[1]). Et plus une personne aime la vie qu’elle mène, et plus elle est heureuse.

Cette définition a plusieurs avantages. Le premier est que la plupart d’entre nous avons envie d’aimer la vie que nous menons et, si nous avons des enfants, nous avons envie qu’ils aiment la vie qu’ils mènent. Le deuxième avantage est que cette définition respecte la liberté de chacun en n’imposant pas une image de ce que doit être une vie heureuse.

Dit autrement, deux personnes peuvent aimer autant la vie qu’elles mènent, mais pour des raisons différentes.

Ce point est essentiel, car il existe des définitions du bonheur moralisantes, où une personne décide pour les autres de ce qui doit rendre heureux. Le troisième avantage est qu’aimer la vie que l’on mène est une définition simple que chacun peut facilement s’approprier pour avoir plus d’influence sur sa propre vie.

Cette appropriation peut se faire au moyen d’une question : de quoi pensez-vous avoir besoin pour aimer davantage/ détester moins la vie que vous menez ?

Crédit : Danie Franco

La France, un pays riche mais peu heureux

Maintenant que nous avons défini le terme de bonheur, comparons les résultats des élus français avec ceux obtenus par les élus dans des pays socio-économiquement proches comme les autres pays d’Europe de l’Ouest.

La situation est simple : les Français sont moins heureux que les citoyens de pays comparables, mais paient plus d’impôts. Dit autrement, les Français paient plus pour avoir moins.

Le fait que la France soit un des pays au monde où le niveau d’imposition est le plus élevé, si ce n’est le plus élevé, est bien connu. Le haut niveau d’imposition d’un pays n’est pas en soi un problème si l’argent est mieux utilisé par l’État que par les contribuables. Ce qui est moins connu, c’est que les Français sont généralement moins heureux que les citoyens de pays socio-économiquement comparables.

En France avant le covid, sur une échelle de 0 à 10, le degré moyen de bonheur était environ de 6,5 points[2]. Voici quelques pays qui font mieux que la France : la Slovénie (7), le Royaume-Uni (7,5), la Belgique (7), l’Allemagne (7), les Pays-Bas (quasiment 8), la Suisse (8) et l’Espagne (7).

La France se situait à peine plus haut que la Hongrie, l’Estonie, la Biélorussie ou la Lettonie. Quand on regarde le niveau d’inégalité dans le bonheur, là encore la France fait moins bien que la Slovénie, le Royaume-Uni, la Belgique, l’Allemagne, la Suisse et l’Espagne.

Pour lier impôts et bonheur comme je le fais, il faut qu’il y ait un lien de causalité des impôts vers le bonheur ou, plus précisément, vers les conditions du bonheur. Le bonheur a deux grands types de déterminants sur lesquels nous avons, personnellement ou collectivement, une influence : nos choix personnels et la société dans laquelle on vit.

Les livres sur le bonheur tendent à valoriser le premier type de déterminant, nos choix personnels, car au niveau individuel, c’est là où nous avons le plus de pouvoir, mais le déterminant le plus important pour le bonheur de chacun d’entre nous est le déterminant collectif.

Preuve en est que le simple fait de naître dans tel ou tel pays fait que nous partons dans la vie avec une belle dotation en bonheur, ou pas. Il y a en effet des pays où le niveau de bonheur, sur une échelle de 0 à 10 est de 4 et d’autres où il est de 8.

Il est donc clair maintenant que les politiciens français sont mauvais. Avec proportionnellement plus d’argent que les autres, ils prennent des décisions qui sont plus mauvaises que les politiciens de pays comparables.

Mais ce n’est pas le pire. Le pire, c’est que les politiciens de ces autres pays sont eux-mêmes mauvais, ce qui fait que les politiciens français ne sont pas simplement mauvais, ils sont très mauvais.

En effet, la manière de raisonner d’un politicien, quel que soit son pays, est de proposer un programme politique ou des idées politiques sans s’appuyer sur une méthodologie scientifique en sciences sociales.

Jean Castex, Premier ministre, lors de la déclaration de politique générale le 15 juillet 2020 à l’Assemblée nationale. – Crédit : Florian DAVID

Une méthode issue des sciences sociales

Même si je vais donner quelques éléments programmatiques à la fin de ce papier, parce que je comprends bien que c’est ce qui pourrait intéresser certains lecteurs, la bonne façon de raisonner n’est pas de donner un programme politique ou d’appliquer des idées politiques, mais d’appliquer une méthode issue de la recherche en sciences sociales.

Cette méthode est la suivante (Ouweneel et Veenhoven, 2018[3] ; Gaucher, 2021[4]) :

  1. Mesurer le degré de bonheur des habitants d’un pays de manière régulière, par exemple une fois tous les ans
  2. Comprendre pour chaque degré de bonheur exprimé les liens avec les politiques publiques existantes ou leur absence
  3. Adapter les politiques publiques pour qu’elles influencent positivement le degré de bonheur des personnes les moins heureuses/les plus malheureuses
  4. Mesurer l’influence de ces politiques publiques sur l’évolution du degré de bonheur
  5. Recommencer l’ensemble du processus afin qu’il constitue une boucle continue d’amélioration

Dans cette méthode, plus une personne est malheureuse/ moins elle est heureuse, plus sa réponse est prise en compte pour faire évoluer les politiques publiques. La méthode s’inscrit donc dans une approche utilitariste négative, qui privilégie ceux qui souffrent d’abord.

Je considère que ce choix est préférable et ce pour deux raisons. La première est qu’il y a un appel moral à réduire la souffrance alors qu’il n’y en a pas pour augmenter le degré de bonheur des personnes déjà heureuses. La seconde est que d’un point de vue psychologique, ce qui fait mal, que ce soit en termes d’émotion, d’événement, de relation, etc., est plus fort que ce qui fait du bien.

Avec la méthode présentée ci-dessus, il n’y a pas de programme politique en soi, il y a une méthode issue des sciences sociales. Cela ne veut pas dire que certains éléments programmatiques ne sont pas plus favorables ou plus défavorables que d’autres pour influencer positivement le bonheur des citoyens.

Cela veut dire que penser programme sans utiliser cette méthode revient à encourager les décisions au doigt mouillé et les lubies personnelles de politiciens (et des électeurs qui les suivent), quel que soit leur camp.

En voyant ce processus, nous pourrions nous dire qu’il ne donne pas de place à la longue durée puisque les décisions sont dépendantes des données annuelles. En fait, il y a des analyses qui reviendront quasiment chaque année et qui forment la base pour les décisions de longue durée.

Il existe aussi une recherche scientifique sur les conditions du bonheur et les politiques publiques et cette recherche peut servir de première base pour constituer un programme politique, même s’il y a des désaccords entre chercheurs.

Il y a d’autres analyses qui seront des adaptations aux changements culturels de la population et qui aboutiront à des décisions plus transitoires.

Crédit : Harrison Moore

Optimiser les dépenses publiques

Maintenant, si on ne veut pas seulement construire des politiques publiques qui favorisent les conditions du bonheur et que l’on veut aussi optimiser la relation entre dépenses publiques et bonheur, il convient d’ajouter une étape supplémentaire à la boucle d’amélioration proposée : celle de l’optimisation de la relation entre dépenses publiques et bonheur des citoyens.

L’idée centrale de l’optimisation dans une perspective utilitariste négative est de chercher à obtenir l’influence positive la plus forte sur le degré de bonheur des personnes les plus malheureuses/ les moins heureuses avec le minimum de ressources financières de l’État.

Dans une perspective de transition écologique, le minimum de ressources financières pourrait être accompagné ou remplacé par le minimum de ressources naturelles consommées (Gaucher, 2021[5]).

Je ne présenterai pas ici l’étape de l’optimisation de la relation entre dépenses publiques et conditions du bonheur de manière détaillée, je souhaite juste présenter une petite matrice toute simple, évidente même, qui permet de mieux penser la relation entre dépenses publiques et bonheur dans une perspective d’optimisation.

Cette matrice s’appelle la matrice coût-bonheur des politiques publiques et je la présente sous la forme qui s’intéresse aux personnes les moins heureuses/ les plus malheureuses, c’est-à-dire dans sa forme utilitariste négative.

Matrice coût-bonheur des dépenses publiques dans sa version utilitariste négative

 Influence positive faible sur le degré de bonheur des personnes malheureusesInfluence positive forte sur le degré de bonheur des personnes malheureuses
Faibles dépensesSituation neutreCe que nous voulons trouver
Fortes dépensesCe qu’il pourrait être utile d’éviterSituation neutre

Comme tout ce que je raconte peut sembler très théorique, même si c’est la bonne façon de raisonner, je vais quand même donner quelques lignes d’un programme politique qui devrait favoriser le degré de bonheur dans la société, en particulier celui des personnes les plus malheureuses/ les moins heureuses[6].

Sachez cependant que chacun de nous a des lubies personnelles en matière de politique publique et que je n’y échappe pas, d’où l’intérêt de la méthode présentée au-dessus.

Crédit : Steve Le

Écologie

Un des problèmes majeurs de la transition écologique est que notre degré de bonheur dépend fortement de notre degré de consommation de ressources naturelles. En effet, les pays qui consomment le plus de ressources naturelles, les pays riches, tendent à avoir une population plus heureuse (et qui vit plus longtemps). Il existe cependant des exceptions à ce modèle, des personnes très heureuses, mais qui consomment moins de ressources naturelles.

Il faut apprendre de ces personnes au niveau scientifique, diffuser ces connaissances au sein de la société et ce sans faire de leçon de morale.

Par ailleurs, prendre en considération le bonheur dans la transition écologique peut être un moyen de la faciliter. C’est ce que propose notamment l’indicateur de vie heureuse, longue et soutenable, qui est un indicateur qui peut être placé au cœur des politiques publiques et remplacer un indicateur comme le PIB[7].

Lire aussi : « Remplaçons le PIB par l’indicateur de vie heureuse, longue et soutenable »

École

L’école fait perdre aux élèves une partie de leur temps avec des leçons inutiles, alors que des sujets centraux pour la vie future des élèves sont totalement ignorés. Franchement, en quoi est-ce important d’étudier l’Empire byzantin alors que pas une minute n’est passée sur l’étude de la science du bonheur ?

L’étude de la science du bonheur devrait devenir un cours avec toutes les ramifications nécessaires (histoire de la notion de bonheur, amitié, amour, développement personnel, usage du temps, bien-être et souffrance au travail, gestion financière personnelle, prise de décision, biais cognitifs, etc.).

Tous ceux qui n’auront pas eu la chance d’avoir eu ces cours quand ils étaient jeunes pourront y avoir accès à travers des vidéos et textes gratuits mis en ligne sur des sites gouvernementaux.

Lire aussi : OSE : une école pour prendre soin de soi, de ses relations, et de la Nature

Économie et travail

L’augmentation de la productivité d’une économie peut être utilisée pour accroître la production de richesses matérielle ou accroître le temps libre. Plus la richesse est concentrée dans quelques mains, plus il y a une incitation à ce que cet arbitrage se fasse en faveur de l’accroissement de la richesse produite, car ceux qui ont moins se retrouvent dans une situation où ils ont besoin de plus et où l’image d’avoir plus est favorisée par l’existence même de ceux qui possède beaucoup.  

Cette situation est néfaste en termes de bonheur et d’écologie. En termes de bonheur, le temps libre est généralement plus heureux que le temps de travail et il pourrait être plus heureux encore si les personnes savaient mieux l’utiliser.

Les inégalités volent donc du bonheur à ceux qui ont le moins. En termes d’écologie, les inégalités poussent à produire davantage de richesse, ce qui a un impact négatif plus grand sur l’environnement.

En France, nous sommes arrivés à un niveau de richesse qui, s’il était mieux réparti, pourrait permettre d’utiliser les gains de productivité pour réduire le temps de travail. L’importance de cette orientation est renforcée par le fait que le monde du travail est divisé entre des travailleurs pressurés, en surtravail, et des chômeurs qui sont généralement moins heureux alors qu’ils ont du temps libre et ce parce que le chômage est un puissant destructeur de bonheur qui dans certain cas peut être supérieur à un deuil ou à un divorce.

Pour l’ensemble des raisons évoquées, un passage à la semaine de travail de 4 jours est opportun. Il doit cependant être préparé fiscalement en répartissant mieux les richesses et techniquement, car il y a des métiers avec une forte technicité comme les métiers médicaux et paramédicaux où il y a déjà des manques de personnel.

Lire aussi : Travailler quatre jours par semaine réduirait drastiquement notre empreinte carbone

Logement

Les sans-abris font généralement partie des personnes les plus malheureuses/ les moins heureuses et c’est essentiellement dû à l’aspect destructeur du fait de se retrouver sans logement. La mise à disposition rapide de logements durables est donc une priorité. Les logements vides depuis plusieurs mois devraient pouvoir être réquisitionnés ou alors taxés suffisamment pour que leurs propriétaires les mettent en vente.

Santé

L’accès aux psys (psychologues-psychothérapeutes, psychiatres) devrait être facilité à la fois financièrement et culturellement. Il y a une dimension collective dans le cœur même de ce qui semble être la dimension individuelle des déterminants du bonheur. Cette dimension collective est le fait qu’il est possible de donner un cadre qui facilite le fait de travailler sur soi-même et c’est ce que permet le fait de favoriser l’accès aux psys.

Police et justice

La justice actuelle est centrée sur la condamnation du coupable et non sur les besoins de la victime. Il existe une forme de justice qui est centrée sur la réparation du mal fait aux victimes, la justice réparatrice. Cette forme de justice n’est pas toujours possible, le comportement de certains coupables ne le permettant pas, mais elle pourrait cependant être développée chaque fois que cela est possible.

Imposition

Le modèle général de relation entre revenu et bonheur est que l’augmentation du revenu augmente le degré de bonheur jusqu’à un certain niveau, puis n’a plus d’influence ou quasiment plus.

Dit autrement, accroître le revenu d’une personne pauvre a normalement un effet positif sur son degré de bonheur, alors que réduire le revenu d’une personne riche n’a généralement pas d’effet négatif sur le degré de bonheur de la personne riche.

Il en découle que dans une perspective centrée sur le bonheur, les impôts peuvent être fortement et réellement progressifs. C’est aussi en accord avec la perspective écologique, puisque plus on est riche, plus on tend à consommer et plus on participe à la destruction des écosystèmes dans lesquels vit l’humanité.

Politique internationale

Je ne m’intéresse pas à la science du bonheur pour être moi-même plus heureux ou pour créer des conditions qui permettent à des personnes heureuses d’être plus heureuses. Je m’y intéresse parce que je pense que c’est le seul moyen que nous avons de rendre le monde meilleur ou moins mauvais selon la perspective que l’on a.

Il existe de terribles inégalités dans le monde et je pense que centrer les politiques publiques sur la question du bonheur peut aider à les réduire considérablement parce que centrer les politiques publiques sur le bonheur, c’est centrer les politiques publiques sur quelque chose que les personnes veulent vraiment au fond d’elles et que cette façon de penser les politiques publiques permettra de sortir de nombreux problèmes dont souffre notre monde.

Même si un État a des intérêts, son intérêt majeur est que sa population et lui-même puissent vivre dans un monde plus harmonieux et construire des relations internationales basées sur le fait d’accroître le degré de bonheur des personnes les plus malheureuses/ les moins heureuses est le moyen de construire ce monde plus harmonieux.

Renaud Gaucher

Auteur de plusieurs articles scientifiques en accès libre, dont « How to optimize the relationship between public spending and happiness[8] » (International Journal of Community Well-Being) et « The indicator of a happy, long and sustainable life[9] » (Social Indicators Research), Renaud termine une thèse par article intitulée « Innovation in measuring well-being » au centre de recherche en économie du bonheur de l’université Érasme de Rotterdam. Il est également l’auteur du livre « Bonheur et politiques publiques » (L’Harmattan, 2012).

Crédit photo couv : Emmanuel Macron, Président, France – EU2017EE Estonian Presidency


[1] https://personal.eur.nl/veenhoven/Pub1980s/84a-full.pdf

[2] https://worlddatabaseofhappiness-archive.eur.nl/hap_nat/nat_fp.php?mode=1

[3] https://personal.eur.nl/veenhoven/Pub2010s/2018d-full.pdf

[4] https://link.springer.com/article/10.1007/s42413-021-00142-6

[5] https://link.springer.com/content/pdf/10.1007/s42413-021-00142-6.pdf

[6] https://www.editions-harmattan.fr/livre-bonheur_et_politiques_publiques_une_approche_scientifique_et_un_bout_de_programme_pour_l_election_presidentielle_de_2012_renaud_gaucher-9782296556843-36031.html

[7] https://lareleveetlapeste.fr/remplacons-le-pib-par-lindicateur-de-vie-heureuse-longue-et-soutenable/

[8] https://link.springer.com/content/pdf/10.1007/s42413-021-00142-6.pdf

[9] https://link.springer.com/content/pdf/10.1007/s11205-021-02727-2.pdf

Dans le cadre d’une journée de mobilisation nationale organisée par Alternatiba, ActionNon-ViolenteCOP21 et le Réseau Action Climat, des déambulations militantes à vélo (vélorutions) se sont tenues sur 27 territoires partout en France ce samedi. Plus de 3600 citoyens demandent à leurs élus locaux d’accélérer le développement des mobilités actives (vélo, marche à pied) et des transports en commun, pour créer des espaces de vie plus apaisés, plus sains et participer à endiguer la crise climatique. Voici leur communiqué.

Des territoires vivants : soutenables, justes et conviviaux

Des zones à faible émission ambitieuses excluant les véhicules polluants, des itinéraires cyclables sécurisés et continus, la piétonnisation des espaces notamment proches des écoles, un budget pour les infrastructures vélo par an et habitant d’au moins30€… voilà les demandes des citoyens pour une politique de transport soutenable et ambitieuse qui aura de nombreux bénéfices pour les territoires tout en participant à endiguer la crise climatique.

“Repenser nos transports nous permet d’imaginer des espaces de vie plus désirables : dans nos rues, nous pourrions créer des espaces de rencontre et de convivialité, des espaces d’interaction entre les citoyens qui se déplacent, plus calmes, plus verts, plus sains, plus agréables pour tous ses habitants.”, résume Rebecca Wangler, porte-parole d’Alternatiba.

Alors que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) vient de diviser par 4 le seuil maximal d’exposition à la pollution de l’air recommandé basculant alors Lyon et Paris dans le rouge vif d’alerte pollution, une politique transport plus soutenable permettra d’agir directement pour la santé des habitants.

Lire aussi : Covid : 30% de crises cardiaques en moins grâce à la réduction de la pollution de l’air

Les modes de transport actifs incitent aussi à bouger plus – un atout pour la santé supplémentaire. Par ailleurs, favoriser les mobilités actives et les transports en commun implique aussi de rendre ces mobilités accessibles aux personnes précaires et assurer donc un accès plus juste à la mobilité, via des tarifs solidaires pour les transports en commun ou des aides facilitant la location de vélos.

Vélorution à Besançon – Crédit : Alternatiba

Des changements nécessaires

Comme le rappelle Zoé Lavocat, responsable climat et territoires au Réseau Action Climat :

“ La limitation du réchauffement climatique mondial à+1,5 °C est impossible sans une réduction immédiate et massive des émissions de gaz à effet de serre, comme l’a assuré le rapport annuel de l’ONU ; ce qui implique une action ambitieuse de la part des collectivités territoriales qui ont des leviers d’action ”.

Ces changements nécessaires sont aussi soutenus par la population : ainsi, près des trois quarts des Français disent s’intéresser davantage aux enjeux écologiques et la moitié seraient prêts à ne plus utiliser de véhicule individuel.

“Alors que les citoyens sont de plus en plus nombreux à adopter les transports soutenables dans leur quotidien, nous avons besoin d’un changement plus structurel qui dépend surtout d’une réelle volonté politique. Trop souvent, les budgets alloués aux modes de transports soutenables sont faibles, les aménagements insuffisants ou encore, les transports en commun manquent de prix solidaires.”, explique Agathe Portal, porte-parole d’ANV-COP21.

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Les citoyens ont un pouvoir d’agir

Se mobiliser au niveau local pour le climat peut passer à la fois par le fait de porter des mesures concrètes auprès des élus ou encore par s’engager dans des associations locales.

Un an et demi après les élections municipales, les citoyens rappellent qu’ils s’assureront que les promesses de campagnes ne restent pas lettre morte. Afin de proposer des améliorations concrètes à la politique cyclable de leur territoire, les citoyens sont aussi appelés à participer au Baromètre des villes cyclables.

Cette enquête, réalisée tous les deux ans par la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB) et les associations membres de son réseau, vise à fournir aux collectivités et aux responsables politiques un retour d’information concret sur l’accueil de leur politique vélo par les usagers et des indications concrètes pour les accompagner dans la prise de décision.

Le secteur français des transports est le plus émetteur de GES, responsable de 31% des émissions. Développer les mobilités actives comme la marche et le vélo et les transports en commun est donc impératif face à la crise climatique.

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