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En France, seulement 5% des noms des rues et 2% des boulevards se conjuguent au féminin. Face à l’invisibilisation des femmes qui ont marqué l’Histoire, des initiatives fleurissent sur l’ensemble du territoire pour rétablir l’équilibre. Un article de Nora Guelton.

Plus question pour les Garchoises et Garchois de flâner le long de l’allée du Marquis de Mores ou de prendre un café place Charles Devos. Ces deux personnages racistes ont été priés, suite à une vaste consultation citoyenne lancée par la ville de Garches, de laisser leurs odonymes à Simone Veil et Marie Curie, élues par les habitants de la ville pour les remplacer. 

Jusque-là, aucune rue de la commune ne portait le nom d’une femme. 

« Donner des noms de rues à des femmes, à des personnes issues de minorités visibles, sexuelles ou en situation de handicap, concrètement, c’est montrer le visage d’une société plus inclusive, où chacune et chacun ont leur place dans l’espace public », explique Ophélie Latil, fondatrice de Georgette Sand, pour La Relève et La Peste

Ce collectif, qui travaille à l’émancipation et la visibilité des femmes dans l’espace public, s’est fait connaître notamment pour avoir milité pour la suppression de la TVA sur les produits d’hygiène féminine (dite “taxe tampon”) et la publication de l’ouvrage Ni vues, ni connues sur les mécanismes d’invisibilisation des femmes dans l’Histoire. 

Car pour « féminiser » les noms des rues, encore faut-il en effet trouver dans les livres d’histoire des profils de femmes qui ont marqué leur temps. 

“Ouvrez un manuel scolaire, cherchez les femmes. Déjà, il y en a peu : Aliénor d’Aquitaine, Jeanne d’Arc, Marie-Antoinette. Et puis, elles ont toutes très mal fini. Là-dessus, la cas d’Aliénor d’Aquitaine est très intéressant. C’était une femme très puissante, elle a fait un travail de diplomatie à l’échelle européenne, érigé toutes les fortifications de la côte Atlantique des Pyrénées jusqu’à l’Écosse, et on continue à dire aujourd’hui qu’elle était incestueuse, dépensière, frivole. Le récit implicite qui accompagne les portraits de femmes illustres dans les livres d’histoire, pour les petites filles c’est : ne faites pas comme ça chez vous”, explique Ophélie pour La Relève et La Peste

Pourtant, celles et ceux qui s’attèlent, partout en France, à déterrer de l’histoire celles qui en ont été effacées n’en finissent pas de découvrir des centaines de profils de femmes inspirantes. 

L’association Caen à Elles, accompagnée d’un membre des Archives départementales du Calvados, a ainsi mis en lumière des dizaines de profils d’architectes, photographes, peintres, agricultrices, militantes, océanographes… qui ont contribué à écrire l’histoire de la Normandie, mais dont les noms ne sont pas enseignés à l’école.

Le collectif en recense certaines sur une carte interactive et organisé de nombreux ateliers de médiation dans la ville pour les faire connaître. Dès 2020, l’Association propose à la ville de Caen d’apposer les noms de cinquante femmes sous les plaques existantes de la ville, pour faire connaître leurs histoires.

Verdict : la mairie leur demande de supprimer de la liste toutes les femmes non Caennaises et toutes celles qui étaient “encore vivantes”. 

« En conséquence, on allait poser dix plaques au lieu des cinquante proposées. Certaines ont été retoquées, comme Florence Aubenas, pour avoir dépeint une image peu attrayante de la Normandie. Cela revenait à vider notre projet de toute sa substance », raconte Camille Lesouef, Docteure en Histoire de l’art et membre de l’Association, pour La Relève et La Peste

À l’inverse de la ville de Caen, d’autres communes affichent une politique plus volontariste en la matière. C’est le cas de StrasbourgRouen, Tours (qui annoncera le résultat du vote “La rue est à nous” ce vendredi 1er juillet), ou encore Paris, où 200 noms de femmes ont été gravés sur le mobilier urbain de la place du Panthéon.

Crédit photo : Les MonumenalEs

“L’invisibilité n’est pas une fatalité et peut même être désamorcée très simplement : pour être reconnues, il faut être connues, et pour être connues, il faut être vues,” rappelle le collectif Georgette Sand. 

Au-delà de la dimension symbolique d’une telle action, on peut espérer que la féminisation de l’espace public ait des répercussions concrètes sur des problématiques sociétales comme le harcèlement de rue, qui découle directement de l’invisibilisation des femmes dans la ville où tout indique, implicitement, qu’elles n’y ont pas (encore) toute leur place.

« Un article de Nora Guelton, autrice et co-fondatrice des Eco-histoires, un réseau transdisciplinaires de créateurs.ices engagé.e.s dans la transition écologique, sociale et solidaire » 

Ralentir, rêver, voyager… être à l’écoute de nos besoins d’émerveillement, de (re)connexion et de liberté, en tenant compte des enjeux et changements actuels de notre société : bienvenue dans un nouveau récit, celui du projet Nomades Des Terres. Une immersion de Léa Garson.

Si l’on devait la résumer en une phrase, l’histoire de Nomades Des Terres est celle d’un collectif d’une vingtaine de personnes de divers âges et horizons (étudiant.e.s, architectes, cuisinier.e.s, graphistes…), rassemblées autour d’un objectif commun : faire découvrir le quotidien du voyage en conscience des enjeux écologiques, et ainsi ouvrir une porte vers un mode de vie nomade, résilient et joyeux. 

Comment ? En créant des séjours de “tourisme lent” ou slow tourisme, une expérience immersive dans un convoi de roulottes low-tech qui se déplacera, dans un premier temps, à travers le Grand Ouest de la France. 

La première étape, c’est de lancer un chantier participatif, pour construire 8 roulottes : une roulotte cuisine, une roulotte sanitaire et 6 roulottes logements. Des stages et formations à l’auto-construction de roulottes éco-conçues, avec des matériaux de réemploi, seront proposés sur place ! Et les plans seront partagés librement (en open source)

Roulotte low-tech en vannerie – Crédit : Marine Marsot

De l’amour du voyage… à la nécessité de changer de modèle de vie

L’idée a pris racine dans la tête de Louis Astoux, 29 ans, originaire des Cévennes et amoureux du nomadisme depuis son enfance. 

« Quand j’étais gamin, je voyageais avec ma mère en van aménagé, elle jouait de l’orgue de barbarie sur les marchés » raconte Louis, les yeux pétillants et le sourire aux lèvres, savourant encore cet avant-goût de sobriété heureuse

Louis Astoux, porteur du projet Nomades des Terres – Crédit : Marine Marsot

Vivre en mouvement, avec moins de matériel, aller à la rencontre (de l’autre et de soi), s’adapter à l’imprévu, ralentir le rythme… Le nomadisme s’inscrit dans l’éventail des postures de vie qui rompent avec notre modèle capitaliste, en prenant en compte à la fois nos besoins les plus primaires, et l’urgence – plus que nécessaire – de freiner la destruction de nos ressources. 

Au fil des constats alarmants, tribunes écologiques et autres rapports du GIEC, les impacts de la surconsommation deviennent de plus en plus évidents, autant sur l’environnement et les êtres vivants qui l’habitent, que sur notre santé mentale. Il y a urgence climatique, autant qu’il y a urgence à créer des récits porteurs d’espoir, de joie et de sens. 

C’est précisément en réponse à ce double-enjeu qu’a été imaginé le concept de Nomades Des Terres.

Résidence de conception des roulottes – Crédit : Léa Garson

Des roulottes 2.0, modernes et éco-conçues

Pourquoi des roulottes ? Parce que dans “l’urgence de ralentir”, il y a la nécessité de s’adapter à la diminution des ressources naturelles, d’anticiper la fin des énergies fossiles, ou encore de retrouver un rythme de voyage adapté à notre propre rythme biologique, et plus de lien avec l’environnement qui nous entoure. 

Si la vie en van, la « van life », a aujourd’hui le vent en poupe, qu’en sera-t-il dans un monde sans pétrole ? Nomades Des Terres, c’est un projet qui invite « à ralentir en prenant de l’avance », à se préparer collectivement au monde de demain, à commencer la transition… tout de suite. Il s’agit donc de construire – en chantiers participatifs – des habitats légers mobiles, les plus autonomes possibles, à partir de matériaux de réemploi. 

Le résultat final : des roulottes « low tech » destinées à être tractées par des chevaux. 

Résidence de conception des roulottes – Crédit : Léa Garson

Avant de se lancer dans l’aventure, Louis a réalisé un « tour de France des roulottes » et constaté les bienfaits de ce mode de vie sur les êtres vivants (humains et chevaux) qu’il a côtoyés, ainsi que sur sa propre santé mentale. 

Conscient des rapports de domination habituels sur les animaux, Louis tient à militer pour une posture moins anthropocentrique : c’est-à-dire à porter la même attention aux besoins humains qu’à ceux des chevaux. Selon lui, cette approche « participe même à soigner l’humain ».

Plusieurs spécialistes du bien-être équin travaillent d’ailleurs sur le projet, afin de mettre en lumière les besoins des chevaux au-delà des schémas d’élevage classiques. 

« J’ai découvert qu’ils préfèrent vivre en troupeau, se déplacer tous les jours, manger de la nourriture variée… un peu comme nous finalement ! » 

Louis explique que le nomadisme en roulotte permet d’améliorer significativement le quotidien de ces animaux, bien qu’il s’agisse d’une forme d’exploitation.

« Je ne sais pas s’il existe de solution parfaite, chacun.e choisit celle qui lui correspond, et c’est encore mieux si on peut la choisir en conscience, après l’avoir expérimentée », exprime-t-il, avant de nous partager le développement de ce projet devenu, en quelques semaines à peine, celui de tout un collectif.

Artiste illustration couverture : Mathieu Girard-Menoud

Une aventure humaine, créatrice de liens

Un simple message décrivant l’idée générale, posté sur les réseaux sociaux, a suscité l’attention d’une quinzaine de personnes curieuses d’en savoir plus. Une première résidence intellectuelle d’une semaine a alors eu lieu en février 2022, chez son père, qui s’est finalement lui-même impliqué dans le projet. 

« Ça nous a rapprochés, je dirais même que ça a transformé notre relation » confie Louis, avec émotion, avant d’ajouter « des boomers comme mon père qui ne savent pas comment agir, il y en a plein, et ces gens-là doivent souffrir énormément… je crois que c’est important de les inclure dans ce qu’on fait ».

Quelques réunions virtuelles plus tard, l’association Nomades Des Terres était créée, avec un cahier des charges définissant précisément les valeurs qui l’animent : éthique, santé, écologie, modèle économique durable ou encore bien-être équin, pilier fondamental du projet.

Construction – Crédit : Marine Marsot

Une seconde résidence de travail a ensuite été organisée en mai, en Bourgogne, dans un lieu qui propose des outils pour  faciliter les échanges et le travail de groupe : La Caserne Bascule. Ce fut, à nouveau, une semaine riche en émotions et en apprentissages : « j’ai dû déconstruire l’intégralité des intentions qui m’ont motivé à créer ce projet, afin que chacun.e des membres puisse individuellement se l’approprier » raconte Louis.

Un passage de flambeau qui nécessitait une véritable mise à nue de sa vulnérabilité, qui a permis de mettre, enfin, le train sur les rails ; ou plutôt les roulottes sur la route…!

La résidence de Nomades des Terres – Crédit : Léa Garson

Bien conscient.e.s des clichés qui gravitent autour ce mode de vie (marginal, bohème, peu sérieux…), les membres du collectif ont justement l’intention d’apporter un nouveau regard sur le nomadisme, en commençant par changer le leur.

Pour mener à bien le projet, une campagne de financement participatif est en cours : sa réussite permettrait de démarrer la construction de la première roulotte (celle de la cuisine collective) à partir de matériaux de réemploi. Et même… adopter un cheval. Vous trouverez ici le lien de la campagne Ulule.

Crédit Photo couv : Louis Astoux

Pour aller plus loin : Matthieu et Elaura ont construit eux-mêmes leur maison : une roulotte pour changer de rapport au temps

Le collectif Nomades Des Terres recrute ! Si vous avez envie de rejoindre l’aventure en tant que bénévole, quel que soit votre domaine de compétences (gestion de projet, architecture, équinologie, communication, nomadisme, low tech…) vous pouvez écrire un mail à nomadesdesterres@gmail.com.

Wild Legal est un programme juridique expérimental et interactif où étudiants, experts et citoyens collaborent pour inscrire les Droits de la Nature dans la loi française. Pour la prochaine édition de son « procès simulé », Wild Legal lance un appel à candidatures pour aider une lutte locale à engager une procédure juridique ambitieuse en faveur du Vivant. Voici leur appel.

« Le premier quinquennat d’Emmanuel Macron n’a pas à son crédit d’avancées significatives dans l’émergence d’un droit plus protecteur de la Nature, de ses espaces et de ses espèces. Néanmoins, l’association Wild Legal n’entend pas baisser les bras pour ce second quinquennat.

Les élections législatives à venir peuvent être l’occasion de l’émergence d’une nouvelle Assemblée nationale plus ouverte et plus ambitieuse dans l’adoption de nouvelles lois tournant délibérément le dos aux mécanismes juridiques légalisant l’exploitation de la Nature. Il est urgent de faire émerger une société en harmonie avec le Vivant. 

Pour cela, Wild Legal lance un appel à candidature à toutes celles et ceux (citoyen.nes, associations, ONG, institutions, entreprises, fondations, etc.) qui souhaitent rejoindre son programme d’incubateur d’actions juridiques pour les droits de la Nature.

Wild Legal a déjà organisé deux procès simulés, un pour carence fautive de l’Etat français dans la lutte contre l’orpaillage illégal en Guyane, l’autre pour écocide dans l’affaire de la pollution aux boues rouges en Méditerranée.

Lire aussi : 32 millions de tonnes de boues rouges déversées dans la Méditerranée en 50 ans, l’un des plus grands écocides de France

Le 25 juin prochain, la Cité fertile de Pantin accueillera le 3e procès simulé visant à réparer le préjudice subi tant par les porcs des élevages de Bretagne que par les écosystèmes et les êtres vivants -humains et non humains- touchés par l’irruption mortelle des marées vertes sur le territoire breton (plus d’infos ci-dessous).

Lire aussi : La plage d’Hillion est fermée depuis six mois à cause des algues vertes, un funeste record

Pour candidater au programme d’incubation, il suffit de remplir le formulaire en ligne pour présenter son combat et renseigner quelques informations nécessaires pour évaluer l’opportunité d’une action en justice s’inscrivant dans le mouvement des droits de la Nature.

La candidature sélectionnée bénéficiera de toute l’équipe, l’expérience et l’expertise de Wild Legal pour accompagner sa lutte en faveur des droits de la Nature.« 

Plus d’infos : WildLegal

Crédit photo couv : Mat Napo

Dans cette tribune, les parlementaires de l’Alliance Ecocide, une alliance internationale de parlementaires pour la reconnaissance du crime d’écocide, appellent la communauté internationale à soutenir les efforts entrepris par plusieurs associations pour enquêter sur les nombreux crimes environnementaux commis en Ukraine. Ils exhortent le procureur en chef de la Cour Pénale Internationale à enfin prendre en compte ces crimes environnementaux, de plus en plus documentés, dans son enquête pour crime de guerre. Enfin, ils appellent à reconnaître le rôle crucial de la protection de l’environnement pour maintenir la paix, et à ainsi inscrire le crime d’écocide dans le droit international.

L’invasion militaire russe en Ukraine a passé son troisième mois. Durant cette période, nous avons été témoins de violations effroyables du droit humanitaire, du droit international et de l’ordre international. Cette invasion a entraîné non seulement de graves conséquences humanitaires mais aussi des coûts environnementaux à long terme.

Depuis le début de l’invasion, une série de rapports ont documenté les attaques contre les infrastructures civiles, notamment pour l’eau, l’énergie, l’industrie et les transports, dont certaines sont susceptibles de causer des dommages étendus, à long terme et graves à l’environnement naturel. Nombre de ces attaques semblent ne pas avoir de cible militaire précise et pourraient donc violer les lois de la guerre.

Les chercheurs universitaires et la société civile ont mis en évidence la destruction de l’environnement en Ukraine, comme en témoignent la déclaration commune à l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement de plus d’une centaine d’organisations de la société civile, ainsi que la lettre ouverte de l’Environmental Peacebuilding Association.

Le procureur ukrainien, la Cour pénale internationale (CPI) et de multiples parquets nationaux enquêtent actuellement sur la responsabilité pénale des actions de la Russie en vertu du principe de compétence universelle.

Nous, membres de l’Ecocide Alliance, une alliance parlementaire internationale pour la reconnaissance de l’écocide, nous sommes engagés à construire la paix par la protection des écosystèmes et de la diversité biologique. Nous sommes convaincus que la sécurité environnementale est une condition préalable à la sécurité nationale et internationale.

Toutefois, la poursuite de la responsabilité pénale individuelle pour les atrocités environnementales a été largement ignorée et insuffisamment poursuivie, tant au niveau national qu’international. Par exemple, le Bureau du Procureur de la CPI n’a à ce jour jamais poursuivi de crimes de guerre en vertu de l’article 8(2)(b)(iv) du Statut de Rome, qui protège explicitement l’environnement naturel.

Le Bureau du Procureur n’a pas non plus poursuivi des allégations de crimes contre l’humanité dans le contexte d’atteintes massives à l’environnement, concernant des pays comme le Cambodge ou le Brésil. Et ce, malgré la publication de son document d’orientation de 2016, dans lequel il s’engageait à donner la priorité à de telles affaires.

Par conséquent, nous appelons la communauté internationale à : soutenir les efforts locaux de surveillance des dommages environnementaux (par exemple Ecoaction, ou d’autres agences) ; mettre en place des mécanismes de collecte et de partage des données, qui pourraient servir de preuves dans des affaires potentielles concernant des crimes environnementaux ; et soutenir les organisations qui analysent et construisent des affaires pénales basées sur ces données, comme le Climate Counsel.

L’Ukraine est l’un des nombreux pays où les conflits armés détruisent l’environnement de manière grave et généralisée. Son invasion est un moment charnière que les institutions internationales et nationales peuvent saisir pour s’attaquer enfin aux crimes internationaux liés à la destruction de l’environnement.

Mais la manière la plus efficace d’appliquer la responsabilité pénale à long terme est toutefois de modifier le Statut de Rome afin d’inclure explicitement l’écocide comme un cinquième crime contre la paix – non limité au seul temps de guerre. Cela permettrait à la CPI et aux systèmes judiciaires nationaux de s’attaquer aux crimes environnementaux les plus graves et de réduire l’une des racines des conflits, à savoir la rareté et la répartition inéquitable des ressources naturelles.

Le moment est venu pour la communauté internationale de tracer enfin une ligne rouge morale mondiale concernant les atrocités environnementales et de mettre fin à l’impunité pour les écocides.

Lire aussi : L’écocide : d’un crime contre l’humanité à un droit pour la Terre

MEMBRES DE L’ALLIANCE ECOCIDE :

Rodrigo AGOSTINHO, député à l’Assemblée fédérale (Câmara Federal), Brésil

Alejandro AGUILERA, député à l’Assemblée nationale, Venezuela

Parlementaires de l’ASEAN pour les droits de l’homme (ASEAN Parliamentarians for Human Rights)

Alexandra ATTALIDES, membre de la Chambre des représentants, Chypre

Natalie BENNETT, Membre de la Chambre des Lords, Royaume-Uni

Saskia BRICMONT, Membre du Parlement européen (Belgique)

Samuel COGOLATI, Député fédéral, Belgique

Eufemia CULLAMAT, Membre de la Chambre des représentants, Philippines

Rosa D’AMATO, Membre du Parlement européen (Italie)

Eleonora EVI, Membre du Parlement européen (Italie)

Leah GAZAN, membre du Parlement, Canada

Simon HOLMSTRÖM, membre du Parlement d’Åland (Finlande)

Andrés Ingi JÓNSSON, Membre de l’Alþingi, Islande

Rebecka LE MOINE, membre du Parlement, Suède

Monica LENNON, membre du Parlement, Écosse

Caroline LUCAS, Membre du Parlement, Royaume-Uni

Raphaël MAHAIM, Membre du Parlement du canton de Vaud, Suisse

Elizabeth MAY, Membre du Parlement, Canada

Patrick McHEFFEY, élu municipal, Patchogue, New York, États-Unis

Sirpa PIETIKÄINEN, Membre du Parlement européen (Finlande)

Josep PUIG I BOIX, Membre du Parlement Catalan, Espagne

Janet RICE, Sénatrice, Australie

Caroline ROOSE, Membre du Parlement européen (France)

Inés SABANÉS, Députée, Espagne

Lindsey SCHROMEN-WAWRIN, Conseiller municipal, Port Angeles, Etat de Washington, USA

Marie TOUSSAINT, Membre du Parlement européen (France)

Lammert VAN RAAN, Député, Pays-Bas

Larissa WATERS, Sénateur, Australie

Susanne ZIMMER, Membre du Parlement, Danemark

Crédit photo couv : Ukrainian President’s Office 

Seconde victoire pour la famille Salgues, éleveurs en Haute-Loire : dans une ordonnance du 23 mai, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a ordonné l’arrêt temporaire, pour expertise, de l’antenne 3G et 4G de Mazeyrat-d’Allier, soupçonnée d’avoir causé la mort d’une quarantaine de bovins.

L’histoire commence le 12 juillet 2021. Ce jour-là, l’opérateur Orange met en service un relais téléphonique comme les autres, installé à 250 mètres de la ferme du Coupet, où Frédéric, Yannick, Nathan et Géraldine Salgues élèvent un cheptel de quelque 200 vaches laitières.

Aussitôt, la production de lait s’effondre : de 4 200 litres en juin, Frédéric Salgues indique à France 3 qu’elle passe à 3 000 litres en juillet et à 2 500 litres en août. La traite des bêtes dure plus longtemps qu’à l’accoutumée – un « marqueur de stress », selon l’agriculteur –, et le taux de protéine de leur lait perd dans le même temps « trois ou quatre points ».

Ce n’est pas tout. De jour en jour, l’état du cheptel se dégrade : les vaches ne boivent ni se s’alimentent plus ; certaines se mettent à boiter, d’autres sont atteintes d’un bleuissement des yeux les rendant aveugles ; toutes se regroupent dans le coin du pâturage ou le côté du bâtiment le plus éloigné de l’antenne. 

Entre l’automne 2021 et le printemps 2022, une quarantaine de vaches et de veaux trouvent ainsi la mort sans raison apparente. Pour les Salgues, les pertes financières, croissantes, se comptent en milliers d’euros par mois.

Lire aussi : « La 5G est un projet de société auquel les citoyens n’ont jamais été associés »

Consciente du lien de causalité entre la mise en service de l’antenne et les troubles de son cheptel, la famille d’éleveurs porte l’affaire devant le tribunal judiciaire du Puy-en-Velay (Haute-Loire) qui, en février 2022, se prononce en faveur d’une expertise. Première victoire.

L’expert judiciaire qui se rend alors sur les lieux procède à « toutes les analyses possibles et imaginables, que ce soit sur l’alimentation des bêtes, les vaccins, le contrôle de l’eau et du lait », sans parvenir à « [s]’expliqu[er] cette hécatombe », raconte Frédéric Salgues au journal Zoom d’ici.

Dans son rapport, le vétérinaire mandaté par la justice demande à ce que l’antenne soit coupée pendant « plusieurs mois », afin que le comportement et la vitalité des vaches puissent être évalués avant et après l’interruption des ondes électromagnétiques.

Lire aussi : « La 5G, une technologie aux conséquences mortelles »

C’est cette expertise qui a motivé l’ordonnance du tribunal administratif de Clermont-Ferrand, ce 23 mai, au terme d’une audience en référé qui opposait la famille Salgues à l’opérateur et l’État. Ceux-ci disposent d’un délai de trois mois pour couper l’antenne de Mazeyrat-d’Allier, après quoi une nouvelle expertise sera menée à la ferme du Coupet.

Quoique modeste, cette victoire marque une étape importante dans la reconnaissance des effets des ondes électromagnétiques sur les animaux, encore trop peu documentés.

Une cagnotte pour venir en aide à ces agriculteurs a été mise en ligne.

Après le succès inattendu de leur discours appelant à déserter un système agroindustriel mortifère, les jeunes diplômés d’AgroParisTech passent à l’étape suivante. Dans cette tribune, ils appellent toutes celles et ceux qui souhaitent déserter les emplois et pratiques nuisibles pour le Vivant à se retrouver « dans la vraie vie » devant la mairie de la ville la plus proche de chez eux, ce samedi 21 mai à midi.

« Le constat est clair : ce système est un monstre à bout de souffle. Personne ne nous a contredit sur ce point.
Et des millions ont même partagé notre cri de liberté.
Vous êtes si nombreuses à nous en avoir parlé, à en avoir parlé à d’autres !

Nous nous adressons aujourd’hui à vous qui avez été remuées.
A vous qui avez déjà refusé la voie tracée par ce système,
celle promue par vos parents, par vos études, ou par vos collègues. A vous qui luttez pour protéger un bout de la beauté du monde.

Et aussi à vous qui rêvez de le faire.
Il est difficile de bifurquer, et pour beaucoup, bien plus difficile que pour nous.

Nous avons toutes vécu cette peur d’être jugées, que ce soit par le milieu qu’on veut quitter ou par le milieu qu’on veut rejoindre.
Toutes vécu cette crainte de ne pas savoir quoi faire de nos deux mains,
Et cette solitude vertigineuse qui précède le premier pas.

Ce sont des rencontres, qui nous ont décidées,
Qui nous ont amenées à nous faire confiance.
Ce sont des rencontres qui nous ont propulsées vers la vie que nous voulons. Alors : rencontrons-nous !

Désormais, ce qui importe, c’est ce qui va se passer dans les semaines qui viennent.
Ce qui importe, c’est ce qui va être discuté maintenant, ce qui va être fait maintenant, hors de l’écran que vous êtes en train de regarder.
Vous qui avez déjà bifurqué, ou lutté, qui avez tant de choses à partager.
Vous qui hésitez, ou qui rêvez de bifurquer, qui avez tant de choses à essayer.

Commençons par déserter l’absurdité d’internet et la fascination des écrans
Retrouvons nous samedi midi, devant la mairie de la ville la plus proche
Pour partager un repas, des idées, du concret,

Pour nous donner les moyens de quitter nos boulots nuisibles sans craindre la fin du mois, Pour construire notre autonomie matérielle localement, sans les multinationales, sans les Gafams, et sans la bureaucratie

Pour créer des espaces communs qui permettent la bifurcation : des fermes, des ateliers, des cafés
Pour nous réapproprier des savoirs et des savoirs-faire, de la médecine au travail du bois, du potager à la poésie.

Pour renforcer les collectifs qui luttent contre les inégalités et les oppressions, Pour mettre en déroute les projets nuisibles autour de nous,
Et faire ce premier pas vers de nouvelles façons de vivre.

Osons inviter celles et ceux qui vivent autour de nous, Allons-y à plusieurs
Et décidons par nous-mêmes comment continuer.

Samedi 21.05 à midi
devant la mairie de la ville la plus proche.

Crédit : Des agros qui bifurquent

Mercredi 18 mai 2022, la cour d’appel de Paris a confirmé la mise en examen du groupe cimentier Lafarge pour « complicité de crimes contre l’humanité » concernant ses activités jusqu’en 2014 en Syrie. Le cimentier est accusé d’avoir donné plusieurs millions d’euros à des groupes terroristes et leurs intermédiaires afin de maintenir l’activité d’une usine en Syrie lorsque le pays sombrait dans la guerre. Suite à l’annonce de sa mise en examen, le groupe a aussitôt annoncé vouloir engager un recours.

C’est un véritable retournement de situation qui a lieu avec cette nouvelle décision, pour une épopée judiciaire lancée en 2017. En 2019, Lafarge avait obtenu l’annulation de sa mise en examen grâce à la cour d’appel de Paris. C’est la Cour de cassation qui avait relancé l’affaire en septembre 2021 en cassant la décision de la cour d’appel prise deux ans plus tôt.

En 2022, contre l’avis du parquet général, la cour d’appel a également prononcé le maintien de la mise en examen de Lafarge pour « mise en danger de la vie d’autrui », c’est-à-dire des ex-salariés syriens qui ont été amenés à continuer leur activité dans la cimenterie de Jalabiya alors que la région était en proie à la guerre civile.
Relire notre article de 2018 sur le sujet.

Une mise en examen historique

La société Lafarge est poursuivie en justice pour complicité de crimes contre l’humanité. Fusionnée en 2015 avec le suisse Holcim, le leader mondial des matériaux de construction a voulu maintenir son activité en Syrie pendant la guerre… jusqu’à financer plusieurs groupes armés, dont l’Etat islamique.

Les juges d’instruction ont retenu quatre chefs d’inculpation : « financement d’une entreprise terroriste», « mise en danger de la vie d’autrui », « violation d’un embargo », et « complicité de crimes contre l’humanité ».

Considérée comme personne morale, l’entreprise encourt la dissolution. Elle est en outre soumise à un contrôle judiciaire comprenant une caution de 30 millions d’euros.

En retenant la « complicité de crimes contre l’humanité », les magistrats ont rendu cette audition historique.

C’est la première fois qu’une multinationale est poursuivie pour cette infraction. En droit français, une personne morale peut être responsable pénalement, mais devant la Cour pénale internationale, seuls des individus sont poursuivis. C’est aussi la confirmation qu’une maison mère peut être mise en examen pour l’activité de l’une de ses filiales à l’étranger.

Le rôle de Sherpa et l’ECCHR

À l’origine de l’ouverture de l’information judiciaire en juin 2017, il y a une plainte déposée par Sherpa et le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR). Sherpa est une organisation non gouvernementale luttant contre les crimes économiques. Elle observe en particulier l’activité des entreprises à l’étranger.

Crédit Photo : Delil souleiman / AFP – Lafarge en Syrie

En mai, l’association avait rédigé une note juridique pour que soit retenue la « complicité de crimes contre l’humanité ». Défendant onze anciens salariés syriens, elle s’est constituée partie civile.

« Nous estimons que Lafarge a commis un certain nombre d’actes positifs de complicité. Par exemple, le fait que l’entreprise maintienne son activité, alors que toutes les autres grandes sociétés sont parties. Ou encore que les salariés soient forcés d’aller à l’usine et qu’il n’y avait pas de plan d’évacuation prêt. Et surtout les nombreuses sources de financement des groupes armés, à hauteur de millions d’euros. » explique un membre de Sherpa, Marie-Laure Guislain, responsable du contentieux.

Accusations

Afin de franchir les check-points et continuer son activité dans le nord de la Syrie, Lafarge est accusée d’avoir versé de l’argent à des groupes armés. À partir de 2012 et pendant deux ans, des « donations » — c’est ainsi que l’écrivent les dirigeants de l’époque dans leurs échanges par mail — sont faites à Daesh et à un groupe affilié à Al-Qaeda, le Front al-Nusra.

En plus de cela, l’entreprise intègre dans ses prix de vente une taxe prélevée à ses clients par le groupe terroriste.

Enfin, la société achète des matières premières comme le gypse et la pouzzolane dans des carrières contrôlées par Daesh et à des fournisseurs liés à l’organisation.

L’intentionnalité

Reste la question de l’intentionnalité. En droit français, la complicité repose sur un élément matériel et sur un élément intentionnel.

Le financement est l’élément matériel. Il a été établi par l’enquête :

« Les diverses sources de financement de l’EI ont largement contribué au renforcement de ses capacités humaines, matérielles et opérationnelles et, par voie de conséquence, à la commission des crimes contre l’humanité » notent Sherpa et l’ECCHR.

Quant à l’élément intentionnel, il réside dans la connaissance que pouvait avoir l’entreprise des crimes de Daesh et dans le fait que ses actions contribueraient à ce qu’ils soient commis. C’est avec ce raisonnement que les juges d’instruction ont estimé que Lafarge avait facilité en connaissance de cause les exactions perpétrées par l’EI, puisqu’elle n’avait pu ignorer leur existence.

« Sans les armes de pointe que Daesh possédait, le groupe terroriste n’aurait pas eu cette force de frappe, que ce soit en Syrie, en France ou dans le monde. Et c’est notamment grâce au business des matières premières qu’ils se sont constitué une fortune. » soutient Marie-Laure Guislain.

Justifications

Les avocats de Lafarge ont l’intention de faire appel. Christophe Ingrain, avocat de Lafarge SA, tente de justifier le comportement de l’entreprise :

« Il y a eu des erreurs de commises, dans un cadre qui était un cadre très difficile et très complexe. Les salariés ont vécu des moments épouvantables. En dépit de cette situation épouvantable, leur sécurité est toujours restée au cœur des préoccupations et des priorités de Lafarge. »

En 2012, 9 salariés de l’entreprise avaient été enlevés par une bande armée. En 2014, des membres de Daesh avait pénétré dans l’usine. Les derniers des 25 ouvriers présents sur le site s’étaient enfuis seulement 2 heures auparavant. La direction avait ordonné à ses salariés :

« En cas d’attaque de l’usine, réfugiez-vous dans les tunnels et attendez. Surtout, pas de fuite en voiture en cas d’urgence. ».

Mustafa SheikhNuoh, salarié de Lafarge en Syrie a déclaré ensuite :

« Pour moi, les dirigeants de cette société ne cherchaient qu’à gagner de l’argent. »

Répercussions

Le groupe semble avoir été repris en main par les cadres du suisse Holcim, au détriment des dirigeants français.

Dans un communiqué, le président du conseil d’administration de LafargeHolcim Beat Hess a précisé :

« Nous regrettons profondément ce qui s’est passé dans notre filiale syrienne et, dès que nous en avons été informés, nous avons immédiatement pris des mesures fermes. Aucune des personnes mises en examen n’est aujourd’hui dans l’entreprise. ». Bruno Lafont et Eric Olsen, anciens responsables de Lafarge, ont dû quitter leur poste en 2017 et le 25 mai, le groupe a annoncé la fermeture de son siège parisien.

Les répercussions de cette affaire sont donc déjà visibles. Pour Sherpa et l’ECCHR, elle « marque un pas décisif dans la lutte contre l’impunité des multinationales opérant dans des zones de conflits armés ».

La guerre russo-ukrainienne et les confinements successifs liés à la crise Covid nous ont rappelé une chose, nous sommes totalement dépendants de la mondialisation. En conséquence, lorsque l’échiquier géopolitique est bousculé, les pénuries ou risques de pénurie s’enchaînent. Cette dépendance entraîne l’affaiblissement géopolitique de la France et des pays européens. Décryptage d’un modèle marchand à bout de souffle par Florian Grenon.

Depuis la fin du mois de mars, la recrudescence de l’épidémie de Covid en Chine a obligé les autorités à imposer un confinement strict dans 45 villes, notamment à Shanghai. Ces mesures drastiques entraînent la fermeture quasi totale du système portuaire chinois. 

Seuls quelques dockers obligés de dormir sur leur lieu de travail continuent d’œuvrer. 44 millions de conteneurs transitent par Shanghai chaque année, soit 250 000 par semaine. Semi-conducteurs, pneus, câbles électriques, chambres à air, vêtements, bouteilles en verre, papier, une multitude de secteurs sont touchés. 

La guerre russo-ukrainienne bouleverse, elle aussi, l’approvisionnement européen en énergie et en matières premières. Des pénuries sont à prévoir à court et moyen terme. Dans ce monde globalisé, notre dépendance interroge, elle ne permet plus à l’Union Européenne de faire entendre sa voix dans le concert des nations. 

L’invasion russe en Ukraine, la politique chinoise vis-à-vis de Hong-Kong et de Taiwan, les provocations turques face à l’UE sont les symboles d’un monde changeant. 

Pénurie de semis-conducteurs : un défi économique et géopolitique

Apple, Sony, Renault, Volkswagen, tous sont dépendants des semi-conducteurs, ces petites puces qui permettent une circulation optimale de l’électricité dans nos appareils électroniques, dans l’aéronautique et dans l’automobile. Les semi-conducteurs sont principalement produits à Taiwan et en Corée du sud, mais transitent par les principaux ports chinois lorsqu’ils sont envoyés vers l’Europe et l’Amérique du Nord. 

Au printemps 2020, les mesures de confinement ont fait exploser la demande en matériel électronique pour le télétravail : ordinateurs portables notamment. L’arrivée des téléphones 5G, les fermetures d’usines et des installations portuaires liées au confinement ont accru la pénurie mondiale. Résultat, bon nombre d’industries, automobiles notamment, ont dû cesser temporairement leurs activités. 

« L’industrie automobile consomme pour 110 milliards de dollars de semi-conducteurs par an » selon Mathieu Duchâtel, directeur du programme Asie de l’Institut Montaigne pour Polytechnique Insights, la revue de l’Institut Polytechnique de Paris.

La guerre commerciale sino-américaine débutée sous Donald Trump « a amené des acteurs chinois menacés de restrictions d’accès par les États-Unis à constituer des stocks » de semi-conducteurs, ce qui a conduit à une raréfaction du produit. 

La production mondiale de véhicules a chuté de 14% entre 2019 et 2021 selon le cabinet ISH Markit. Cette diminution continuera tout au long de l’année 2022. La production automobile européenne est la plus menacée, avec un recul de 2,9% entre mars 2021 et mars 2022. 

L’absence d’approvisionnement en semi-conducteurs a entraîné des fermetures temporaires de nombreuses usines en France, notamment celles de PSA-Stellantis de Rennes ou de Renault Sandouville, de Douai, de Maubeuge ou de Batilly. Même constat partout en Europe pour les productions de Clio en Turquie ou de Renault en Espagne. 

Évidemment, dans une logique de préservation du Vivant, la chute temporaire de la production automobile est une aubaine. Baisse des extractions de lithium destructeur des milieux naturels, notamment du désert de sel d’Atacama au Chili, baisse de l’utilisation d’eau douce pour produire les voitures, baisse des transports mondiaux de produits détachés. Mais cette chute provisoire de la production ralentit la transition vers des véhicules moins polluants. 

Le secteur automobile n’est pas le seul concerné par ces pénuries. Sony et Microsoft, qui produisent la Playstation et la XBox, craignent un ralentissement de leur activité dans les prochains mois. Idem pour Samsung et Apple. 

TSMC, Taiwan Semiconductor Manufacturing Company, détient 85% de la production mondiale de semi-conducteurs de taille inférieure à 7 nanomètres. L’entreprise taïwanaise et le coréen Samsung Electronics concentrent à eux seuls 70 % de la production mondiale de ces pièces. La France, l’Europe et le monde sont donc dépendants de la Corée et de Taïwan pour une multitude d’industries. 

Cette dépendance est d’ailleurs au cœur de la guerre géopolitique que mènent les Etats-Unis et la Chine dans le Pacifique. Pékin n’a jamais accepté l’indépendance de Taïwan et prône la politique « d’une seule Chine », réunissant l’État insulaire et la Chine continentale. 

Depuis la nomination de Xi Jinping à la tête du Parti Communiste, le dirigeant ne cesse d’exprimer sa volonté de réunification des deux pays, faisant craindre une intervention armée et un destin hongkongais pour Taiwan. 

Les incursions de l’armée chinoise dans l’espace aérien de défense taïwanais se sont multipliées. Elles sont maintenant quotidiennes. La Chine sera en mesure d’envahir Taïwan d’ici 2025 selon les autorités de l’île. Les semi-conducteurs représentent le point faible du commerce extérieur chinois. Ils constituent les importations les plus importantes de Pékin. 

S’accaparer les usines de production de semi-conducteurs reviendrait à devenir la première puissance du monde pour la Chine. Les industries automobiles, informatiques, de défense, les centres de gestion de données, la production de smartphones seraient en grande partie dépendantes de la Chine. 

Au-delà de l’aspect économique, Taïwan représente également la porte d’entrée géopolitique vers le Pacifique pour la Chine. Porte d’entrée pour le moment barrée par une ligne de pays proches des Etats-Unis : Corée du Sud, Japon, Taïwan, Philippine, Malaisie. Les cargos, navires et sous-marins chinois doivent passer par les zones maritimes de ces pays pour rejoindre la zone Pacifique. Pas pratique pour la Chine de mener des manœuvres militaires discrètes et de contrer l’impérialisme américain dans la région. 

Conscient de l’importance stratégique de Taïwan pour le monde occidental, les Etats-Unis accélère leur déploiement militaire sur le sol taïwanais et renforce ses positions dans ses bases pacifiques. 

Pour rompre avec la dépendance envers Taïwan, et donc potentiellement envers la Chine si celle-ci était amenée à prendre l’île, l’Europe et les Etats-Unis se sont lancés dans une course contre la montre. Le vieux continent produit moins de 10% des semi-conducteurs mondiaux et les Etats-Unis 12% environ. 

L’Europe a donc dévoilé début février un plan de 42 milliards d’euros pour héberger 20% de la production mondiale de semi-conducteurs d’ici 2030. Quant aux Etats-Unis, ils ont mis en place un plan de 350 milliards de dollars pour stimuler leur économie face à la concurrence chinoise. Parmi ces 350 milliards, 52 seront attribués aux développements de l’industrie des semi-conducteurs. 

Lire aussi : La pénurie de puces électroniques révèle la dépendance technologique des pays occidentaux à l’Asie

Guerre en Ukraine, pénurie d’énergie ?

Jean-François Carenco, président de la CRE, Commission de régulation de l’énergie, appelait en mars à « économiser le gaz et l’électricité en France dès maintenant », craignant une pénurie à l’hiver 2022. Bruno Le Maire avait également alerté au micro de BFMTV: « nous allons devoir tous faire un effort. Tous prendre conscience que nous entrons dans un monde nouveau ». Les stocks pour l’hiver sont effectués pendant l’été. L’impact ne sera donc pas immédiat. 

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les prix de l’énergie ont considérablement augmenté. Le prix du baril de pétrole a atteint des sommets, 106,9 dollars en ce mercredi 11 mai, contre 34,52 il y a précisément un an. Le tarif réglementé du gaz a été gelé par le gouvernement jusqu’au premier septembre, sans quoi les français auraient connu une augmentation du prix de 19,5% en 2021 dû aux problèmes d’approvisionnement liés à la crise Covid.

En 2021, 60% des exportations russes vers l’UE étaient de l’énergie. 40% du gaz naturel utilisé par l’Union Européenne provient du régime de Poutine. L’Allemagne dépend à 51% du gaz russe, à 34% du pétrole et 23% du charbon. Les approvisionnements de l’Italie en gaz naturel sont à 45% d’origine russe, à 23% pour le pétrole et à 43% pour le charbon. En ce qui concerne la France, 25% de notre gaz provient de Russie, tout comme 17% de notre pétrole et 24% de notre charbon. 

Cette dépendance restreint drastiquement les possibilités de pression sur le régime de Poutine par l’Union Européenne. Un certain nombre de sanctions ont été émises par l’UE contre la Russie : gel des avoirs de Vladimir Poutine et des oligarques, réduction de l’accès de la Russie aux marchés européens des capitaux, fermeture des ports de l’UE aux bateaux russes, fermeture des routes de l’Union aux transporteurs russes. 

Point d’orgue de ces sanctions, celles qui impactent l’importation d’énergie. L’UE avait décidé le 7 avril dernier la mise en place d’un embargo sur le charbon russe. Il aura fallu attendre la cinquième salve de sanctions pour que l’on se décide enfin à frapper le secteur énergétique. Cet embargo entrera en vigueur en juin, le temps pour l’Europe de se préparer, elle qui importe 45% de son charbon de Russie, soit 4 milliards d’euros par an. 

L’UE redouble d’efforts pour sortir de sa dépendance au charbon russe. La Hongrie a déclaré vouloir fermer sa dernière centrale à charbon en 2025, tout comme la France (2022), le Portugal (2022), la Slovaquie (2023), le Royaume-Uni (2024), l’Irlande (2025), ou l’Italie (2025). 

« Dans le dernier paquet de sanctions, nous avons commencé par le charbon. […] Nous nous attaquons maintenant à notre dépendance à l’égard du pétrole russe » déclarait Ursula von der Leyen mercredi 4 mai. Les 27 sont actuellement encore en train de discuter des modalités de cet embargo. En 2021, la Russie a fourni 30% du brut et 15% des produits pétroliers achetés par l’UE.

Pas de sanction sur le gaz russe pour le moment ! Et pour cause, l’Allemagne dicte les politiques européennes et entend d’abord protéger ses échanges énergétiques et enclencher son réarmement. Si bien que les sanctions sont « suffisamment partielles pour maintenir une grosse partie des échanges » selon Laurent Herblay, auteur du livre Le Néolibéralisme est un Oligarchisme, pour Le Figaro. Des sanctions « vide de sens sauf quand il s’agit de fermer les médias financés par la Russie ». 

« Si l’UE a soutenu l’exclusion d’une partie des banques russes de Swift, les principales banques qui financent le commerce de l’énergie entre la Russie et l’UE en sont exclues, du fait de la forte pression de l’Allemagne » explique Laurent Herblay. 

Le week-end dernier, les membres du G7 se sont engagés à « éliminer progressivement notre dépendance vis-à-vis de l’énergie russe, notamment en réduisant progressivement ou en interdisant l’importation de pétrole russe ». 

Éviter les futures pénuries et contrecarrer notre dépendance énergétique, c’est possible. Le rapport « EU can stop russian gas imports by 2025 » rédigé par un ensemble de ThinkTanks européens explique, comme son nom l’indique, que l’Europe pourrait se passer du gaz russe d’ici 2025. 

Meilleure efficacité énergétique avec la rénovation des bâtiments et des industries, développement de l’énergie renouvelable, respect du plan Fit for 55 de la commission européenne qui prévoit une réduction de 55% des émission de gaz à effet de serre d’ici 2030, la souveraineté énergétique est intimement lié à la lutte contre le dérèglement climatique. Le réveil souverainiste de l’Europe face à un nouveau monde géopolitique depuis l’invasion de l’Ukraine peut être une aubaine écologique.  

Hélas, la décision de sortir du charbon et de se passer au maximum du gaz russe se traduit pour l’heure par des solutions court-termistes.

L’Union Européenne se tourne vers le gaz de schiste américain. Elle a conclu un accord avec les Etats-Unis pour l’achat de 15 milliard de mètres cubes de gaz liquéfié importés par navires en Europe rien qu’en 2022. En France, Engie a signé un contrat sur 15 ans pour la livraison annuelle de 2,4 milliards de mètres cubes de gaz avec l’entreprise texane NextDecade. Une hérésie environnementale ! 

Lire aussi : Hausse des prix de l’énergie et baisse des aides à la rénovation thermique : « une aberration »

Pénurie de denrées alimentaires 

Tout comme l’énergie ou les semis-conducteurs, les pénuries de denrées alimentaires pointent le bout de leur nez. La Russie et l’Ukraine sont les deux premiers producteurs mondiaux et représentent 78 % des exportations mondiales de cette huile. Les deux tiers des importations françaises d’huile de tournesol proviennent d’Ukraine. 

L’inquiétude des restaurateurs et des artisans grandit depuis quelques semaines. Entre ceux qui remplacent l’huile de tournesol par l’huile de palme et ceux qui ont tout simplement décidé de se passer d’huile de cuisson, aucune solution optimale ne semble avoir été trouvée. 

Lire aussi : Ukraine : huile de palme et OGM remplacent le tournesol à l’insu des consommateurs

La Russie et l’Ukraine fournissent 19 % de l’orge, 14 % du blé et 4 % du maïs du monde, et vendent 52 % de l’huile de tournesol. Depuis le début de la guerre, les prix du blé, du maïs et de l’huile de tournesol ont augmenté de 12,6%. La Russie et l’Ukraine sont respectivement les 1er et 5ème exportateurs de blé mondial. Une grande partie de la production est restée bloquée aux ports de Marioupol et d’Odessa. 

Le risque de pénurie en France est faible car le stock de céréales nous permet de couvrir les demandes intérieures et une partie des demandes extérieures. Ce risque est en revanche bien plus élevé pour des pays comme l’Égypte, le Liban, la Somalie, le Soudan ou encore le Yémen. 

Selon l’ONU, les perturbations liées au conflit ne manqueront pas d’avoir un impact sur le marché mondial en raison de sa « dépendance » envers ces deux pays en guerre. La crise aura des « répercussions sensibles sur la sécurité alimentaire ». 

« Renforcer notre souveraineté alimentaire suppose de renoncer au modèle de production agrochimique dépendant des intrants, engrais, pesticides, soja… produits hors de l’Union européenne, parfois comme pour le soja avec accaparement des terres et déforestation dans les pays producteurs. Notre mode de production crée ainsi une double perte de souveraineté par dépendance aux importations pour nos pays, par prédation au détriment des cultures vivrières et destruction d’écosystème dans les pays du Sud. » résume François Gaudichet, chargé de Plaidoyer au CCFD Terre-Solidaire 35, pour Ouest France

Face à ces pénuries et ce basculement des forces géopolitiques, l’Europe et la France doivent relever plusieurs défis. Souveraineté énergétique, technologique et alimentaire sont au programme. Reste à savoir si cela deviendra une aubaine pour enfin lutter contre le dérèglement climatique, ou continuer à creuser notre tombeau.  

Ils et elles auraient pu devenir des ingénieurs agronomes bien rémunérés, mais ont décidé de retourner à la Terre. Dans un discours poignant, ces jeunes diplômés ont créé la surprise en refusant de se soumettre à un système agroindustriel mortifère lors de leur remise de diplôme à AgroParisTech. Ils appellent leurs camarades à faire de même et déserter ce système pour construire leurs propres chemins.

« Les diplômé.es de 2022 sont aujourd’hui réuni.es une dernière fois après trois ou quatre années à AgroParisTech. Nous sommes plusieurs à ne pas vouloir faire mine d’être fières et méritantes d’obtenir ce diplôme à l’issue d’une formation qui pousse globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours.

Nous ne nous considérons pas comme les « Talents d’une planète soutenable ». Nous ne voyons pas les ravages écologiques et sociaux comme des « enjeux » ou des « défis » auxquels nous devrions trouver des « solutions » en tant qu’ingénieures. Nous ne croyons pas que nous avons besoin de « toutes les agricultures ».

Nous voyons plutôt que l’agro-industrie mène une guerre au vivant et à la paysannerie partout sur terre. Nous ne voyons pas les sciences et techniques comme neutres et apolitiques. Nous pensons que l’innovation technologique ou les start-up ne sauveront rien d’autre que le capitalisme. Nous ne croyons ni au développement durable, ni à la croissance verte, ni à la « transition écologique », une expression qui sous-entend que la société pourra devenir soutenable sans qu’on se débarrasse de l’ordre social dominant.

AgroParisTech forme chaque année des centaines d’élèves à travailler pour l’industrie de diverses manières :
Trafiquer en labo des plantes pour des multinationales qui asservissent toujours plus les agricultrices et les agriculteurs
Concevoir des plats préparés et des chimiothérapies pour soigner ensuite les malades causées,
Inventer des labels « bonne conscience » pour permettre aux cadres de se croire héroïques en mangeant mieux que les autres,
Développer des énergies dites « vertes » qui permettent d’accélérer la numérisation de la société tout en polluant et en exploitant à l’autre bout du monde,
Pondre des rapports RSE [Responsabilité Sociale et Environnementale] d’autant plus longs et délirants que les crimes qu’ils masquent sont scandaleux,
Ou encore compter des grenouilles et des papillons pour que les bétonneurs puissent les faire disparaitre légalement,
À nos yeux, ces jobs sont destructeurs et les choisir c’est nuire en servant les intérêts de quelques uns.

Si notre cursus à AgroParisTech nous a mis en avant ces débouchés, on ne nous a jamais parlé des diplômé.es qui considèrent que ces métiers font davantage partie des problèmes que des solutions et qui ont fait le choix de déserter.

Nous nous adressons à celles et ceux qui doutent,

A vous qui avez accepté un boulot parce qu' »il faut bien une première expérience »,
A vous dont les proches travaillent à perpétuer le système capitaliste,
Et qui sentez le poids de leur regard sur vos choix professionnels,

A vous qui, assises derrière un bureau, regardons par la fenêtre en rêvant d’espace et de liberté,
Vous qui prenez le TGV tous les week-ends, en quête d’un bien-être jamais trouvé,
A vous qui sentez un malaise monter sans pouvoir le nommer,
Qui trouvez souvent que ce monde est fou,
Qui avez envie de faire quelque chose mais ne savez pas trop quoi,
Ou qui espérez changer les choses de l’intérieur et n’y croyez déjà plus vraiment,

Nous avons douté, et nous doutons parfois encore. Mais nous avons décidé de chercher d’autres voies, de refuser de servir ce système et de construire nos propres chemins.

Comment est-ce que ça a commencé ? Nous avons rencontré des gens qui luttaient et nous les avons suivis sur leurs terrains de lutte. Ils nous ont fait voir l’envers des projets qu’on aurait pu mener en tant qu’ingénieur.e.s.

Je pense à Cristiana et Emmanuel, qui voient le béton couler sur leurs terres du plateau de Saclay ; ou à ce trou desséché, compensation dérisoire à une mare pleine de tritons ; et à Nico, qui voit de sa tour d’immeuble les jardins populaires de son enfance rasés pour la construction d’un écoquartier.

Ici et là, nous avons rencontré des personnes qui expérimentent d’autres modes de vies, qui se réapproprient des savoirs et savoirs-faire pour ne plus dépendre du monopole d’industries polluantes

Des personnes qui comprennent leur territoire pour vivre avec lui sans l’épuiser,
Qui luttent activement contre des projets nuisibles,
Qui pratiquent au quotidien une écologie populaire, décoloniale et féministe,
Qui retrouvent le temps de vivre bien et de prendre soin les uns les unes des autres.

Toutes ces rencontres nous ont inspirées pour imaginer nos propres voies : Je prépare une installation en apiculture dans le Dauphiné.
J’habite depuis deux ans à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes où je fais de l’agriculture collective et vivrière, entre autres choses.
J’ai rejoint le mouvement des Soulèvements de la terre pour lutter contre l’accaparement et la bétonisation des terres agricoles à travers la France.
Je vis à la montagne où j’ai fait un boulot saisonnier et je me lance dans le dessin.
Je m’installe en collectif dans le Tarn, sur une ferme Terres de Liens, avec 4 autres maraîchers, un céréalier et 3 brasseurs.
Je m’engage contre le nucléaire.
Je me forme aujourd’hui pour m’installer demain et travailler de mes mains.

Nous sommes persuadées que ces façons de vivre nous rendront plus heureuses, plus fortes, et plus épanouies. Nous voulons pouvoir nous regarder en face demain et soutenir le regard de nos enfants.

Vous avez peur de faire un pas de côté parce qu’il ne ferait pas bien sur votre CV ? De vous éloigner de votre famille et de votre réseau ? De vous priver de la reconnaissance que vous vaudrait une carrière d’ingénieur agronome ?

Mais quelle vie voulons-nous ? Un patron cynique, un salaire qui permet de prendre l’avion, un emprunt sur 30 ans pour un pavillon, tout juste 5 semaines par an pour souffler dans un gîte insolite, un SUV électrique, un fairphone et une carte de fidélité à la Biocoop ? Et puis.. un burn-out à quarante ans ?

Ne perdons pas notre temps! Et surtout ne laissons pas filer cette énergie qui bout quelque part en nous ! Désertons avant d’être coincés par des obligations financières.

N’attendons pas que nos mômes nous réclament des sous pour faire du shopping dans le métaverse, parce que nous aurons manqué de temps pour les faire rêver à autre chose.
N’attendons pas d’être incapables d’autre chose qu’une pseudo-reconversion dans le même taf, mais repeint en vert.
N’attendons pas le 12ème rapport du GIEC qui démontrera que les États et les multinationales n’ont jamais fait qu’aggraver les problèmes et qui placera ses derniers espoirs dans les révoltes populaires.

Vous pouvez bifurquer maintenant.
Commencer une formation de paysan-boulanger,
Partir pour quelques mois de wwoofing,
Participer à un chantier dans une ZAD ou ailleurs,
Rejoindre un week-end de lutte avec les Soulèvements de la Terre,
S’investir dans un atelier de vélo participatif…

ça peut commencer comme ça. A vous de trouver vos manières de bifurquer. »

Le combat commence… ou continue ! Deux jours après l’élection présidentielle, c’est le moment de marquer le coup. Les activistes sont arrivés tôt dans la matinée du mardi 26 avril pour ériger un mur devant le ministère de la transition écologique, symbole de l’inaction climatique. Une opération qui a marqué le début d’une journée de mobilisation partout en France intitulée « Retour sur terres ». Au total, plus de 30 actions ont eu lieu, organisées par 80 collectifs en lutte contre les projets injustes et polluants et par une dizaine d’organisations nationales dont ATTAC, l’Union syndicale Solidaires, ou les Amis de la Terre. Un article de Florian Grenon.

Il est 6h précise quand des militants écologistes issus de différents mouvements débarquent devant le ministère de la transition écologique. Des parpaings sont sortis du camion stationné devant la grande porte qui marque l’entrée de l’institution. Les activistes viennent les empiler les uns sur les autres. Le mur est formé. Une bombe de peinture est utilisée pour écrire le message : « Ministère fermé, reprenons les terres. »

Un fourgon de police se distingue déjà à une cinquantaine de mètres. Les militants ont terminé, ils quittent les lieux en courant. Quelques minutes plus tard des dizaines de policiers sont sur place et vérifient les identités des anonymes et journalistes qui prennent des photos du mur. 

« Cette action a pour but de dire au gouvernement que nous sommes déjà déçus », développe la militante Elicha, avant même que ce nouveau quinquennat ne commence.

Crédit photo : Florian Grenon pour La Relève et La Peste

Des actions locales partout en France 

Cette action coup de poing devant le ministère de la transition écologique n’était qu’un prémice. En ce 26 avril, les organisations et collectifs écologistes ont uni leur force pour intervenir sur la totalité du territoire. Au total, plus d’une trentaine d’actions ont eu lieu. Une « coalition » qui permet de « faire du bruit ». 

A Saclay, une marche funèbre a eu lieu à 10h contre la « scène de crime » des chantiers du Grand Paris et des Jeux Olympiques 2024. Étaient au rendez-vous la Coordination des Luttes Locales d’Ile-de-France, le Collectif Contre la Ligne 18 ou encore la JAD d’Aubervilliers. Un « écocide massif » est en cours sur les lieux, entre la construction du campus universitaire Paris Saclay, d’un hôpital « high-tech”, d’un lycée d’élite, de méga centres sportifs et d’une station de métro de la ligne 18… au milieu des champs. Résultats, 400 hectares de terres nourricières détruites. 

Photo de la manifestation à Saclay prise par les collectifs organisateurs

D’autres manifestations contre la bétonisation des terres ont également eu lieu à Amiens, à Céret dans les Pyrénées Orientales, ou encore à la Clusaz. À Rouen, des citoyens se sont mobilisés contre l’implantation de la plus grande sucrerie d’Europe par le géant Dubaï AKS. Un projet sur un site classé, au bilan carbone désastreux, et mortifère pour les filières locales.

Le combat contre les fermes usines était également à l’ordre du jour. À Lescout, dans le Tarn, la Confédération Paysanne a occupé le chantier d’un méga poulailler industriel de près de 200 000 volailles qui en est déjà à sa cinquième extension. En Bretagne, plus précisément à Langoat, le collectif contre l’usine à cochons de Langoat a mis en scène le procès de la filière porcine et de toutes ses externalités négatives.

Photo du blocage de la ferme usine de Lescout prise par la Confédération Paysanne 

Des mobilisations pour sauver les jardins partagés ont été organisées à Dijon au Quartier Libre des Lentillères, à Besançon au Jardin des Vaites, et à Rennes pour la défense de l’îlot U. En Pyrénées-Atlantiques, un rassemblement a été organisé dans la forêt du Bager pour critiquer la gestion du site par l’ONF, Office National des Forêts. 

À Montpellier, le collectif SOS oulala qui lutte contre le projet de périphérique de la ville a organisé une réunion d’information à 19h. À Lyon, le collectif La Lutte des Sucs avait prévu une soirée de présentation de l’un des plus grands projets routiers en France qui détruirait potentiellement 140 hectares de terre en Auvergne Rhône Alpes. À Strasbourg, la route du Grand Contournement Ouest a été construite, mais le collectif GCO Non Mercia a mené une action de comptage des camions pour illustrer l’inutilité du projet. 

À Saint-Emilion, des centaines d’affiches ont été collées contre le projet d’aéroport international de jets privés. 

« Il faut que les gens s’approprient leur terre » insiste Lucie, une activiste écologique. Les organisations du « Retour sur terres » ont créé une carte sur laquelle chacun peut retrouver les collectifs d’activistes actifs à proximité de chez eux. Il faut « sortir de la logique ultra-individualiste en se liant aux différents collectifs locaux. Il faut faire société, faire groupe, conduire des alternatives, recréer du lien local, parce que les politiques ne répondront pas aux problématiques écologiques » insiste Elicha. 

« Je n’attends plus rien des politiques. Je n’ai aucune attente ni confiance envers la cinquième république. Il faut lutter nous-mêmes”, explique Elicha. 

Il faut faire barrage « tous les jours » contre les projets écocidaires et les politiques antisociales, et « pas seulement aux présidentielles ». Faire société, retrouver du lien, faire connaître nos actions, « politisera » les citoyens. 

Image d’une manifestante collant une affiche contre le projet d’aéroport à Saint-Emillion

Une coalition des luttes

Les prochaines années seront cruciales, il ne nous reste plus que trois ans pour infléchir nos émissions carbone. Les organisations et associations du mouvement « Retour sur terres » espèrent créer une « coalition » et agir « via des actions simultanées » entre les différents collectifs pour « prendre de la place dans l’espace médiatique et mettre les sujets écologiques au cœur des médias » explique Lucie. 

Durant les prochaines semaines et mois, des coordinations de luttes entre les différents acteurs d’une même thématique vont avoir lieu : coopération entre les collectifs défendant les jardins partagés partout en France, entre les organisations qui luttent contre les projets autoroutiers, celles qui résistent contre les constructions d’aéroports ou d’entrepôts Amazon ect. En bref, la lutte s’organise et se coordonne. 

La nomination d’un premier ministre chargé de la planification écologique « ne changera rien ». Pour Lucie, « il est déjà trop tard ». « Ça fait 40 ans qu’on nous dit qu’on va dans le mur ». La question n’est plus de savoir s’ il y aura des dommages irréparables sur la biodiversité et le climat mais « à quel point on va dans le mur ? ». En agissant via des actions coup de poing comme celles-ci, les militants espèrent sauver des « petites parties de biodiversité ». Ces actions sont le reflet de l’angoisse de toute une génération, de la rage face à l’inaction climatique, d’une jeunesse « éco-vénère » comme le disent si bien les militantes Lucie et Elicha. Les associations écologistes reçoivent de plus en plus de « jeunes de 20 ans qui ne croient plus à l’avenir, qui ont une rage et une anxiété profonde ». 

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