S’appuyant pour la première fois sur des données statistiques solides, une étude américaine récemment publiée montre sans équivoque la corrélation entre l’usage intensif de pesticides en Californie et les risques de santé pour les nouveau-nés. Une petite révolution en termes de méthode d’étude sur le sujet, et un argument de plus contre le recours massif aux produits phytosanitaires.

L’importance de la méthode

On commence à connaître la comptine : l’épandage systématiques de pesticides (contre les insectes, les rongeurs, les champignons, les bactéries) sur les cultures met en danger non seulement l’environnement direct (animaux et plantes sauvages, s’il en reste) mais aussi la santé des populations voisines. C’est un constat presque unanime dans l’opinion publique, que nous relayons autant que faire se peut. Pourtant, les études scientifiques incontestables sur le sujet sont rares, et les résultats parfois contradictoires, à la plus grande satisfaction du lobby agro-chimique.

Une fois n’est pas coutume, une étude publiée dans la revue Nature Communications montre sans équivoque la nocivité des pesticides sur la santé des nouveau-nés en Californie, s’appuyant sur une méthode à toute épreuve.

Notre enquête sur les pesticides en vidéo 

En effet, les travaux scientifiques précédents se classaient en deux catégories : des études à grande échelle utilisant des indicateurs indirects du taux d’utilisation de pesticides (comme la surface agricole dans la région, ou le rendement des récoltes), et des études plus qualitatives, menées en profondeur à l’aide de prélèvement sanguins ; ces dernières, faute de moyens, se cantonnent en général à des échantillons peu représentatifs, de 100 à 2 000 naissances. De plus ces études « de cohorte » doivent impérativement s’effectuer sur une population non contrôlée, car exposer sciemment des femmes enceintes à des substances potentiellement dangereuses est inconcevable.

Echantillon sans précédent

L’étude menée par les trois chercheurs de l’Université de Californie marque donc un progrès remarquable : en effet, elle associe échantillon statistique robuste (692  589 naissances ayant eu lieu entre 1997 et 2011 dans la vallée de San Joaquin) et mesures directes d’utilisation des pesticides, fournies par le Département de régulation des pesticides (DPR) sur la période 1996-2012. Les auteurs se flattent même, en conclusion de leurs travaux :

« Notre étude est actuellement la plus complète, associant la plus grande – et la plus précise – base de données jamais étudiée de naissances et de niveau d’exposition aux pesticides. »

Seul défaut de cette étude, admis dès le préambule : elle ne fait pas de distinction entre les pesticides, au-delà de deux grossières catégories, les forts et les faibles.

« Dans la plupart des communautés agricoles, on utilise chaque jour une collection variée de pesticides, compliquant la tâche d’isoler les effets d’un agent toxique en particulier », reconnaissent les scientifiques.

Le résultat est donc à prendre de manière indicative globale contre les produits phytosanitaires, mais ne permet pas de distinguer les produits inoffensifs des dangereux.

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Risques à la naissance

La conclusion générale, cependant, est sans appel : dans la vallée de San Joaquin, en Californie (Etat qui représente 30 % de la consommation américaine de pesticides avec 85 000 tonnes par an), l’exposition aux pesticides est corrélée avec un risque accru de complications à la naissance pour les bébés. Les trois facteurs (et complications éventuelles) étudiés par les scientifiques sont : la durée de gestation (et éventuelle naissance avant terme), le poids du nouveau-né et l’éventuelle présence de déformation congénitales.

Indétectable pour les sujets peu exposés aux pesticides, le risque de complications pour les 5% des mères les plus exposées est significatif (entre 5 et 9% plus élevé), chiffre qui double encore pour les 1% les plus exposées (+11% de risque de naissance avant terme, +20% de risque de poids trop faible).

A l’ouest rien de nouveau

Ces résultats rejoignent d’autres données scientifiques alarmantes sur les conséquences des pesticides, comme les travaux de l’université Davis sur le lien avec l’autisme en Californie (qui touchait un enfant sur 68 en 2014, au lieu d’un sur 150 en 2000), relayés notamment par l’émission Cash Investigation. Dans la même veine, et dans la même région, le chercheur Tyrone Hayes avait en 2007 mis en évidence le lien entre l’utilisation de l’atrazine (qui entre dans des pesticides commercialisés par Syngenta) et les perturbations endocriniennes, ainsi que le cancer, chez la grenouille. A l’époque, le scientifique avait en conséquence été victime d’attaques personnelles et de tentatives d’intimidation de la part de l’entreprise suisse.

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En effet, la pression des lobbies du secteur agro-chimique (qui rassemble Bayer, Monsanto, Syngenta et quelques autres) parvient encore aujourd’hui à minimiser les résultats scientifiques mettant en cause les produits phytosanitaires. L’argument souvent invoqué est celui de la causalité : les études scientifiques ne peuvent pas établir de lien direct, seulement une corrélation, entre maladies et pesticides. Il est donc toujours possible qu’un facteur externe soit responsable (pollution, chaleur, radiations), une chose que les lobbies ne manquent pas de souligner.

Intervenir sur les zones exposées

Même en Europe, où la consommation de pesticides est aussi considérable (la France en répand à peine moins que la Californie, avec 66 000 tonnes annuelles), on peine à reconnaître la nocivité de ces produits, comme en témoigne les atermoiements de la Commission européenne sur l’interdiction du glyphosate (encore autorisé jusqu’en 2018).

Pourtant, comme le souligne l’étude, « des mesures visant les zones les plus exposées pourrait largement éliminer les risques associés aux pesticides », car en-dessous des 5% les plus exposés, ces risques sont quasiment indétectables. Ensuite, une meilleure identification des agents toxiques permettrait d’interdire les pesticides les plus nocifs, en encourageant une agriculture plus respectueuse de l’environnement et de la santé humaine.

Depuis lundi matin, très tôt dans la matinée, un groupe de « Gilets Jaunes » bloque l’arrivée des camions de l’usine Monsanto. 

Un groupe d’une trentaine de manifestants bloque l’accès des camions de Monsanto depuis lundi 5h du matin, à Trèbes dans le sud de la France. Cette nouvelle action des « Gilets Jaunes » met en avant l’intention de bloquer les multinationales qui polluent, tuent et détruisent l’environnement. C’est une véritable action coup de poing, puisque qu’une trentaine de poids-lourds s’est vue contrainte de faire demi-tour.

Opération environnement 

Sans pour autant bloquer l’accès des salariés, Fabienne, « Gilet Jaune » et mère de famille sans emploi, précise : « Nous ne voulons pas embêter les particuliers mais la société« . Elle indique par ailleurs qu’il s’agit « d’une action anticapitaliste et écologique« . Et pour les membres de ce groupe, Monsanto serait « un des pires acteurs de l’agonie de cette planète« .

Les intentions de ce groupe de « Gilets Jaunes »n’attend plus rien du Président de la République: « Nous voulons une meilleure justice sociale. Macron ne pense qu’aux riches » résumé Fabienne.

Monsanto : le géant des pesticides contre l’intérêt des consommateurs

L’enjeu de la commercialisation du glyphosate est crucial pour Monsanto : cette substance est en effet au cœur de leur modèle économique et a fait l’objet d’une demande croissante depuis 1974 lors de la sa mise sur le marché. Molécule « la plus utilisée au monde » depuis qu’elle est tombée dans le domaine public en 2000, Monsanto profite encore des retombées économiques spectaculaires du glyphosate, notamment grâce à la vente de leur produit phare : le Round Up.

La controverse autour des dangers potentiels du glyphosate est née après que l’EFSA (l’Autorité européenne de sécurité des aliments) a conclu en novembre 2015 que le glyphosate ne comportait aucun danger. De cette dispute d’experts est née une brèche dans laquelle s’est engouffrée Monsanto, qui fait pression depuis la sortie du rapport pour que cette molécule puisse continuer à être commercialisée au sein de l’Union européenne.

Das, Summer et Olivia gambadent joyeusement dans les bois, bien insouciantes de leur nouvelle renommée de « chien-héro ». D’habitude, les médias nous content de touchantes histoires de chiens sauveteurs, bravant les décombres ou les monticules de neige pour retrouver de malheureux disparus. Cette fois-ci, ce trio de canidés part à la rescousse des forêts calcinées.

En janvier, le pays sud-américain a vécu « le pire désastre forestier » de son histoire, selon les mots de sa présidente Michelle Bachelet. En quelques jours, plus de 467 000 hectares sont partis en fumée et 11 personnes ont perdu la vie.

Ne trouvant plus aucun abri ni nourriture, les animaux sauvages n’ont pas eu d’autre choix que de déserter la forêt. Pour venir en aide à cette biodiversité malmenée, une association a fait appel à nos plus fidèles amis à quatre pattes. C’est ainsi que trois chiennes de race « borders collies » se sont mises à semer pour la bonne cause. Leur mission ? Etre des chiens comme les autres. Courir, sauter, jouer… il faut remuer ! Chaque animal s’est vu remettre un précieux bagage, une sorte de sac à dos rempli de graines.

Crédit Photo : Jesse Gardner

Un système de perforation permet qu’elles puissent s’échapper et s’éparpiller au sol. Bondissant de tous les côtés, les petits poucets de la forêt ne cessent de semer. Ainsi, en trois mois, Das, Olivia et Summer ont déjà sillonné quinze bois de la région de El Maule, et écoulent l’équivalent de 10 kg de graines par jour. Belle performance !

Depuis leur passage, l’herbe a déjà commencé à repousser et des arbustes, plantes grimpantes et champignons font leur apparition, encouragés par l’humidité de l’hiver austral.

« Nous traversons des prairies qui ont déjà totalement reverdi et c’est en partie grâce au travail de Summer, Olivia et Das », se réjouit Francisca Torres, directrice de l’association environnementale Pewos. Fière de sa petite équipe, elle n’hésite pas à récompenser ses adorables « paniers percés ».

L’œil vif et la truffe au vent, les borders collies se distinguent par leur pelage bicolore, mais surtout par leur intelligence, leur énergie et leur rapidité. Autrement dit, ce qui semble être une tâche ingrate et titanesque pour les humains, ressemble à un jeu d’enfant pour nos amis les chiens. Ravis de vagabonder, ils parcourent dix fois plus de surface que nous le ferions sur deux pieds et se félicitent d’un bien meilleur rendement.

L’urgence concerne également la question de la pollinisation car la plupart des abeilles ont péri dans les flammes.

« La situation est très critique parce que les abeilles n’ont rien à manger. Normalement à cette époque, elles se nourrissent de certains arbres autochtones qui ont encore des fleurs, mais en ce moment il n’y a plus rien », s’inquiète Constanza, la sœur de Francisca. Rassurons-nous, grâce à ce « coup de patte ».

L’association Pewos estime que, d’ici cinq ans, les bois et prairies de la région auront retrouvé leur écosystème originel.

La relève est assurée pour cette forêt aux abois. La magie du vivant prendra bientôt les devants. Une fois que la flore sera restaurée, les animaux rappliqueront. Ce sera alors le signe d’une forêt en voie de rémission.

Crédit Photo : Martin BERNETTI / AFP

L’étudiant en design danois, Konrad Wójcik s’est inspiré des arbres pour imaginer des maisons auto-suffisantes implantées en forêt et dont l’architecture surprenante ne gâche rien.

« C’est à nous d’écrire le futur. Ensemble. »

« La planète compte le temps en milliards d’années. Il lui a fallu environ 4 milliards d’années pour produire les arbres. Ils sont la plus belle œuvre de la Terre, une sculpture vivante parfaite. »

Ce sont bien ces œuvres terrestres qui ont inspirées Konrad Wójcik. A première vue, les formes anguleuses et polygonales n’évoquent pas l’harmonie d’un arbre, mais plutôt celle d’un vaisseau sorti tout droit d’un film de science-fiction. Pourtant, les maisons « Primeval Symbiosis » imitent de très près l’implication des arbres dans leur environnement : pas d’impact ou de déchets et une symbiose au cœur de la nature.

Konrad Wójcik détaille ses motivations sur son site où il explique que les populations grandissantes devront tôt ou tard grignoter encore un peu plus sur les forêts qui sont pourtant sources de vie pour toute la planète. Ce dernier a voulu prendre le problème par les racines en remplaçant la déforestation par l’adaptation, non de la forêt, mais bel et bien de l’Homme.

« Avoir cette structure comme chaque autre organisme, dont les organes sont naturels, qui peuvent être réutilisés, même après leur mort. Le simple cycle de la vie ».

Une utopie imaginable

L’idée initiale de Konrad Wójcik est de faire vivre ces maisons dans un quartier en pleine forêt afin que les habitants puissent profiter d’un calme ressourçant et d’une communion indispensable avec la nature. Les maisons comme étirées vers le haut sont à moitié couvertes de panneaux photovoltaïques, la seconde façade est vitrée sur deux étages afin d’obtenir un logement fantastiquement lumineux.

L’impact des matériaux de la maison est nul car elle est faite de bois, de papier et de zinc ; concernant l’énergie, la maison utilise les bienfaits des rayons du soleil et récupère l’eau de pluie. De plus, une pompe à chaleur utilise l’énergie géothermique qui se diffuse directement dans les sols chauffants et un local a été missionné pour retourner le compost directement à la terre, comme un remerciement pour son hospitalité.

Souvent citée en vrac aux côtés des mots d’agriculture biologique, d’agroécologie ou encore d’agriculture urbaine, la permaculture est une technique de culture à part entière pas si récente (on pourrait même dire qu’elle est ancestrale), qui va bien au-delà de l’image de caprice d’écologistes modernes qu’on lui affuble couramment.

Un principe sans âge

La permaculture ne date pas d’hier ; le terme, mot-valise construit à partir des mots « permanent » et « culture », fait son apparition dans les années 1970 – il accompagne le mouvement baba-cool de retour à la terre – porté par des agriculteurs comme les Australiens Bill Mollison et David Holmgren et leur ouvrage Perma-Culture 1, une agriculture pérenne pour l’autosuffisance et les exploitations de toutes tailles (1978), ou l’agronome espagnole Emilia Hazelip, qui a popularisé en France les techniques de la permaculture, apprises en Californie la décennie précédente.

Crédit Photo : Francesco Gallarotti

Vous l’avez compris, le principe de cette agriculture est la production sur les terres arables d’un écosystème végétal (et parfois animal) cohérent et autonome, qui permet l’accès à l’autosuffisance, dans le respect de l’environnement. On pourra objecter que cette idée n’a rien de révolutionnaire, puisqu’on la trouve a priori dans les écosystèmes naturels, ainsi que dans certaines communautés autonomes comme les monastères.

Associations bénéfiques

Ce qui différencie la permaculture des systèmes naturels repose dans la théorie qui accompagne cette façon de cultiver la terre. En effet, les adeptes de la permaculture ne se contentent pas d’associer au hasard fruits, herbes et animaux ; l’empirisme est de mise au début, mais dans la pratique, la permaculture est extrêmement rigoureuse. Le principe de base est la complémentarité :

« L’association de certaines plantes entre elles permet d’obtenir de belles récoltes et d’avoir un beau jardin potager en aidant le jardinier à limiter voire éviter l’utilisation d’engrais chimiques et pesticides ».

Pour preuve, l’exemple canonique du basilic qui s’associe à merveille avec les tomates (l’un repousse les moucherons, l’autre apporte de l’ombre) – et ce jusque dans l’assiette !

Crédit Photo : Eddie Kopp

L’idée est donc d’observer les situations bénéfiques dans la nature puis de les reproduire dans le jardin, en maximisant l’efficacité des associations ; sur les sites spécialisés, on trouve donc de nombreux conseils, mariant allégrement des insecticides naturels (ail, lavande, thym) avec les classiques du potager. Certains conseillent même d’ajouter des animaux, qui mangent les mauvaises herbes et fertilisent la terre de leurs déjections. Côté répartition des plants, la permaculture propose parfois des modèles très originaux, comme la culture en butte.

Ce système se veut un contrepoint fondamental à l’agriculture moderne, qui a fait le choix de la monoculture (une seule plante par parcelle, les autres étant bannies à l’aide de pesticide).

Un modèle plus responsable

Les avantages, de cette perspective, sont nombreux : la permaculture permet de se libérer des pesticides, un des vices de l’agriculture moderne, qui endommage l’environnement et la santé des agriculteurs, car, si les conditions sont respectées, l’écosystème se protège de lui-même des nuisibles. Allant plus loin, la permaculture se veut une pensée responsable à l’égard de la planète mais aussi des autres : « la seule décision éthique est de prendre la responsabilité de notre propre existence et de celle de nos enfants », écrivaient les écrivains australiens en 1978. La permaculture est donc une philosophie, qui mélange écologie, autonomie, connaissance de l’environnement, et souci du futur.

« La seule décision éthique est de prendre la responsabilité de notre propre existence et de celle de nos enfants »

La permaculture en question

Malheureusement, si elle est parfaite en théorie, la permaculture soulève aujourd’hui beaucoup d’interrogations. Tout d’abord se pose la question de la rentabilité : peut-on réellement subvenir aux besoins de la planète en tirant une croix sur l’agriculture moderne, aux rendements optimisés ? Grâce aux progrès de la méthode, des débuts de réponse existent, comme cette ferme de Normandie qui est aujourd’hui autonome. Deuxième interrogation : la permaculture est-elle applicable partout ? De même que l’on ne trouve pas dans la nature des champs de blé permettant de produire du pain, il est aujourd’hui difficile d’intégrer certains produits, notamment les céréales, aux écosystèmes de permaculture.

Crédit Photo : Jez Timms

C’est pourquoi la permaculture stagne aujourd’hui au stage d’expérimentation : on l’essaye en ville, sur des petites parcelles, dans des petites fermes. Mais pour devenir un modèle crédible de renouvellement de l’agriculture à l’échelle nationale, celle-ci doit encore faire ses preuves.

L’ingrédient clé pour cette transformation est l’éducation des mentalités ; en effet la permaculture ne fonctionne pas sans la posture associée de respect de l’environnement. Pour que la permaculture fonctionne, il faut que les consommateurs acceptent de se plier aux contraintes de la nature (que nous avons cherché à abolir avec l’agriculture moderne), c’est-à-dire tirer un trait sur certains produits (manger moins de pain, moins de viande, car les environnements naturels les produisent lentement), ou encore manger en fonction de saisons et des latitudes sous lesquelles on vit.

Le chercheur marocain Adnane Remmal avait reçu le prix du public de l’inventeur européen 2017 pour ses antibiotiques dopés aux huiles essentielles. Face au développement croissant des résistances microbactériennes aux antibiotiques, cette invention qui allie tradition et modernité, composants actifs naturels et chimiques, est une véritable révolution !

Une innovation inspirée par les parfums du Maroc

Originaire du Maroc, Adnane Remmal a toujours été familier des médecines naturelles traditionnelles. Adnane raconte :

« Les plantes aromatiques et les épices sont utilisées dans la culture marocaine depuis très longtemps, aussi bien pour leurs vertus médicinales, pour soigner des maladies, que pour la cuisine. C’est sûr que quelqu’un comme moi, avant même de devenir scientifique, est convaincu que dans ces plantes aromatiques, il y a des principes actifs intéressants. »

En effet, les odeurs que dégagent ces plantes sont en fait des composés chimiques naturels qui servent comme un principe de défense contre les bactéries et les parasites.

Crédit Photo : Dr

Quand le chercheur rentre au Maroc après avoir fini ses études au centre d’Orsay à Paris pour travailler dans son domaine de spécialité – à savoir l’hypertension artérielle – les laboratoires de recherche lui expliquent qu’il n’y a pas de place dans ce domaine. En revanche, les infections, qui sont un véritable fléau pour le Royaume du Maroc, nécessitent bien plus de recherche et surtout des solutions rapides et efficaces :

« En 1988, j’ai rencontré des chirurgiens qui m’ont expliqué qu’ils réussissaient souvent des opérations très sophistiquées, mais qu’à la fin, les patients faisaient des infections nosocomiales avec des bactéries multirésistantes et qu’ils n’arrivaient pas à les traiter avec les antibiotiques qu’ils avaient à leur disposition. Ce jour-là, j’ai décidé de dédier toute ma carrière à essayer de combattre ce phénomène de résistance et trouver une solution. »

C’est alors qu’il se penche sur ces médicaments naturels que sont la marjolaine, le thym ou encore l’origan, qui contiennent un principe actif permettant de lutter contre les bactéries résistantes : le carvacrol. Pourtant, le biologiste se rend vite compte qu’il ne pourra pas remplacer les antibiotiques par des huiles essentielles naturelles. En effet, si ces dernières sont très efficaces, une trop forte quantité d’huile essentielle expose le patient à des effets secondaires tels que des maux de tête ou des nausées.

Des antibiotiques « dopés » aux huiles essentielles !

Plutôt que de remplacer l’un par l’autre, Adnane Remmal décide de combiner les deux en « dopant » les antibiotiques aux huiles essentielles. Il explique la manière dont ces antibiotiques fonctionnent pour lutter plus efficacement contre les bactéries multirésistantes :

« Les antibiotiques, c’est comme une clé qui va ouvrir une serrure. Si par contre un jour la bactérie subit une mutation qui fait que la clé n’entre plus dans la serrure, la porte ne s’ouvre pas et la bactérie devient résistante. Nous avons démontré que les huiles essentielles ne sont pas des clés qui ouvrent des serrures ; ce sont plutôt des gros marteaux qui cassent les portes. »

Ainsi, l’association des principes actifs de la carvacrol et des antibiotiques comme les pénicillines, les céphalosporines ou encore les antibiotiques utilisés contre le staphylocoque doré, permet la création de « complexes moléculaires » contre lesquels les bactéries n’arrivent pas à développer de résistances.

Une révolution économique, sociétale et humaine

Avec cette innovation majeure, Adnane Remmal et son équipe répondent à un problème multidimensionnel et mondial. D’abord, d’un point de vue sociétal, l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) a attesté que l’antibiorésistance devrait être au centre des priorités pour ces prochaines années. En effet, d’après l’European Patent Office, « les infections réfractaires aux traitements médicamenteux tuent chaque année quelque 700 000 personnes à travers le monde, hécatombe qui pourrait atteindre les 10 millions d’ici 2050 faute d’une nouvelle génération d’antibiotiques. »

D’un point de vue économique, le développement et la commercialisation de ce nouveau médicament pourrait permettre de réduire très largement l’impact économique résultant de l’antibiorésistance. En effet, chaque synthèse de nouveaux antibiotiques (qui risquent à leur tour d’être contrés par des bactéries mutantes) coûterait environ 500 millions à 1 milliard d’euros de dépenses publiques. Autant dire qu’à ce rythme-là, le budget sanitaire lié à l’antibiorésistance risque d’exploser dans les prochaines années.

Soulignons d’ailleurs qu’à plusieurs reprises, les grands groupes pharmaceutiques – qui tremblent devant ce nouveau médicament bon marché et « indépendant » qui risque à terme de faire complètement disparaître les antibiotiques – ont essayé de racheter son brevet. Le chercheur a évidemment décliné les offres, sachant que les conflits d’intérêt liés aux sommes astronomiques que gagne l’industrie pharmaceutique dans la commercialisation de ces antibiotiques risquaient de compromettre les développements du médicament qui s’annoncent sans précédent.

Crédit Photo : STRINGER / AFP

L’industrie pharmaceutique a d’ailleurs bien raison de s’en inquiéter : parallèlement à ces antibiotiques « dopés » aux huiles essentielles, Adnane Remmal a déjà lancé la commercialisation d’un additif alimentaire naturel, via sa société Advanced Scientific Developments, qui remplace les antibiotiques destinés aux animaux d’élevage ! C’est déjà un franc succès, d’après le chercheur : « l’éleveur est ravi parce que ça marche beaucoup mieux que les antibiotiques, tout en coûtant beaucoup moins cher. » L’utilisation massive d’antibiotiques pour stimuler la croissance du bétail est d’ailleurs une des causes directes du développement croissant des résistances microbactériologiques qui se transmettent ensuite via la chaîne alimentaire.

Lors du discours qui a suivi la remise du prix, le chercheur a souligné que les maladies infectieuses étaient « les plus menaçantes du monde, particulièrement dans les pays en voie de développement », c’est pourquoi ce premier produit pharmaceutique 100 % marocain sera vendu à bas prix dans les régions pauvres pour endiguer le phénomène au plus vite. Félicitations et merci à ce grand monsieur qui montre une fois de plus que le changement est possible et qu’il bénéficie à tout le monde (sauf à l’industrie pharmaceutique mais ça on s’en fout !)

Plus discret et moins médiatisé que le trafic de l’ivoire, ou celui des écailles de pangolin, le trafic de peaux d’âne a récemment été exposé aux feux de l’opinion publique, notamment par le National Geographic. Ceci s’ajoute à la saisie en Afrique du Sud de 5 000 peaux au début de l’année, plus grosse prise à ce jour. Hautement lucratif, fondé sur ce qui est probablement des aberrations sous couvert de science, profondément irrespectueux du bien-être animal, ce commerce de peau trouve pour principal débouché les marchés asiatiques, et en particulier le marché chinois.

La médecine traditionnelle chinoise attribue en effet à certains composants de la peau d’âne des propriétés thérapeutiques exceptionnelles : cette panacée, c’est l’ejiao, un produit garanti 100% souffrance animale. Satisfait ou remboursé.

De la maltraitance à l’état brut

Dans l’article du National Geographic, Reinet Meyer, inspectrice sud-africaine chez la SPCA (une association de protection des animaux) témoigne de la cruauté absolue d’un élevage d’ânes près de Bloemfontein. Non nourris, tassés dans des enclos trop petits pour eux, « 70 ânes poussent de leur museau des montagnes de déchets à la recherche de nourriture et titubent dans la boue, trop affaiblis pour pouvoir tenir debout ». Des ânesses qui étaient pleines ont mis bas dans ces conditions, leurs fœtus prématurés pourrissent sur le sol. L’inspectrice dit en avoir retrouvé 19. À quoi ça sert de prendre soin d’une bestiole qu’on va écorcher pour sa peau de toute manière ?

Les abattoirs sont souvent très sommaires, et les bêtes sont tuées à coups de marteau. Pour répondre à une demande importante, trois abattoirs ont été ouverts au Kenya, abattant chacun environ 150 bêtes par jour. Le directeur du Star Brilliant Donkey Export Abattoir de Naivasha, John Kariuki, se vante d’avoir été le premier au Kenya et même en Afrique à ouvrir un tel lieu.

Des conséquences dramatiques pour les populations locales

Ces dernières années, ce commerce a pris énormément d’ampleur, en particulier parce que la peau d’âne est indispensable pour fabriquer l’ejiao, un produit utilisé par la médecine traditionnelle chinoise et servant prétendument à soigner des maladies du sang, à fortifier le corps… L’essor inquiétant de ce commerce a poussé l’association The Donkey Sanctuary à multiplier les alertes et les campagnes d’informations sur les horreurs qui lui sont inhérentes.

Dans de nombreux spots d’information, l’association explique que le prix des ânes a, dans certaines régions, été multiplié par 10 : en Egypte par exemple, où il est passé de 17 à 170 dollars en quelques années ! Les prix ont plus que doublé au Kenya depuis 2017.

Puisque les ânes prennent tant de valeur, les vols se généralisent, et pour des personnes dont les revenus dépendent de ces douces bêtes aux grandes oreilles, leur perte peut se révéler absolument catastrophique. Alex Mayers, membre de The Donkey Sanctuary, témoigne sur le site internet de l’association :

« Dans des régions comme Simanjiro en Tanzanie, où les ânes apportent l’eau du puits jusqu’à la maison, un âne volé, cela signifie l’arrêt de pratiquement toutes les activités, même l’école, pendant que les gens essaient de combler le manque créé par les voleurs ».

Anthony Maupe Wanyama, un livreur d’eau kenyan âgé de 29 ans confie à la BBC la douloureuse expérience qui a été la sienne :

« Je me suis levé un matin et Carlos avait disparu. J’ai cherché tout autour et puis je l’ai trouvé mort, on avait retiré sa peau (…). Maintenant je n’ai plus assez d’argent. Je n’ai pas payé mon loyer, je n’ai pas payé les frais de scolarité, et des gens comptent sur moi ».

Un marché alimenté par la demande chinoise

Selon le rapport complet de The Donkey Sanctuary, 1,8 million de peaux sont vendues chaque année, et depuis 1990, la population asine de la Chine a diminué de 8 millions d’individus, passant de 11 millions à environ 3 millions.

Crédit Photo : Tim Mossholder

La production chinoise d’ejiao s’élève à 5 000 tonnes, ce qui nécessite le recours à 4 millions de peaux pour en extraire la gélatine ensuite transformée en « un tonic sanguin qui permet de soigner toutes sortes de maux comme l’anémie, la toux sèche ou les conséquences de la ménopause… Mais aussi l’insomnie ou la fatigue chronique » explique au Monde un pharmacien de Pékin.

Toutefois, le gouvernement niait en janvier l’importation officielle de peaux d’ânes par des entreprises chinoises.

En réaction aux scandales entourant ce commerce, 12 pays africains ont déjà décidé de l’interdire. Il s’agit d’une catastrophe ramifiée (et bien enracinée dans l’appât du gain) qui touche bien sûr les ânes, mais également les populations locales dont ces animaux constituent parfois la plus importante source de revenus. N’hésitons pas à soutenir The Donkey Sanctuary !

Crédits photos : TONY KARUMBA / AFP

Le documentaire L’intelligence des arbres nous concerne tous, peut tous nous toucher et changer notre vision des forêts, de leur fonctionnement, mais aussi de leur exploitation et de leur dégradation par les êtres humains. Réalisé par Julia Dordel et Guido Tölke, il montre principalement la convergence des observations d’un forestier, Peter Wohlleben, et d’une scientifique de la British Columbia University au Canada, Suzanne Simard. Avec beaucoup de simplicité, ils montrent que la vie végétale est beaucoup plus intense que ce que l’on imagine généralement.

Les arbres communiquent

La première chose que nous apprend ce documentaire c’est que les arbres communiquent par un réseau dense de mycorhizes : l’association symbiotique des champignons et des racines des arbres. Les champignons sont composés dans leur partie souterraine par des hyphes, des filaments très fins qui deviennent visibles une fois entrelacés et forment le mycélium. Ce mycélium colonise les racines des arbres environnants et finit par relier différentes espèces les unes aux autres, formant un réseau très fourni.

Crédit Photo : Linda Söndergaard

Ils s’échangent ainsi des nutriments, par le biais de ce réseau parfois appelé le World Wide Wood. Même deux espèces différentes interagissent, leurs racines étant en permanence connectées.

« Quand les arbres-mère sont blessés ou mourants, ils envoient aussi des messages de sagesse à la prochaine génération d’arbres (…) pas seulement du carbone mais aussi des signaux de défense. Et ces deux éléments ont augmenté la capacité de résistance des arbres récepteurs aux stress futurs », explique Suzanne Simard dans le TED talk qu’elle a donné en juin 2016.

Ces réseaux mycorhiziens ont des points nodaux, des hubs si l’on veut : les arbres les plus anciens ou « arbres-mère », qui sont une réserve de mémoire sur les maladies, les températures, les périodes de sécheresse ou de froid, en bref une réserve d’expérience de tout ce qui pourrait nuire à la forêt dans le futur.

Des « forêts simplifiées qui manquent de complexité »

Ces connaissances sur les connexions qui relient les arbres entre eux, les constituant en système d’interdépendance, sont très mal connues de l’industrie forestière, et c’est un réel problème tant pour Peter Wohlleben que pour Suzanne Simard qui déplore la pratique de la coupe claire.

« En 2014, l’Institut des Ressources mondiales a rapporté que dans la décennie passée, le Canada avait eu le plus haut taux de perturbation des espaces forestiers du monde. (…) Au Canada, c’est 3,6% par an. Selon mes estimations, c’est environ 4 fois le taux acceptable ».

Lorsque l’on parle de perturbation ou de dégradation des forêts, c’est d’abord aux coupes claires que l’on fait référence, c’est-à-dire l’abattage de la totalité des arbres dans une zone donnée. La déforestation est certes un problème épineux puisque chaque année dans le monde, environ 15 millions d’hectares de forêt disparaissent, mais la replantation est tout aussi problématique et ne peut être résumée à un chiffre qui indiquerait le nombre d’arbres plantés. Il s’agit trop souvent de replanter une ou deux espèces seulement, négligeant la biodiversité végétale initiale de la portion de forêt déboisée, favorisant la propagation de maladies ou l’absence de résistance aux changements climatiques.

Crédit Photo : Kiwihug

Peter Wohlleben compare les monocultures et les forêts intactes, et le constat est assez flagrant :

« Des recherches ont été faites sur des forêts de hêtres. Les chaudes journées d’été, celles laissées intactes sont plus fraîches de 3,5°C en moyenne que celles exploitées ».

Or, selon l’ONF, en 2005 il n’y avait déjà plus que 36,4 % de forêts primaires dans le monde, soit des forêts dont la biodiversité végétale est intacte !

Le mode d’exploitation des forêts doit changer

Peter Wohlleben et Suzanne Simard en sont convaincus, changer notre regard sur les forêts et surtout notre manière de les exploiter est capital avant qu’il ne soit trop tard.

Les engins utilisés pour tracter le bois coupé tassent le sol de manière irrémédiable et il faut attendre la glaciation suivante pour que celui-ci retrouve ses qualités originelles. Ainsi, les chevaux sont de plus en plus préférés aux machines pour ces travaux de tractage. Moins de machines cela signifie également davantage d’emplois.

Peter Wohlleben nous en donne un exemple pratique dans la forêt qu’il gère en Allemagne.

« Dans notre village de 470 habitants, avant de changer de méthode, la forêt engendrait un emploi, celui du forestier. Contre sept aujourd’hui. (…) L’écoforesterie permet également de gagner plus d’argent. Car plus une forêt est saine, plus elle produit de bois, et de plus grande valeur. Notre municipalité perdait 75 000 euros par an, elle en gagne désormais 300 000 à 500 000 ».

L’industrie forestière doit donc profondément se renouveler afin de ne pas continuer à taper à l’aveugle dans une ressource beaucoup plus complexe en profondeur qu’en apparence. Il ne suffit pas de replanter n’importe comment après avoir déboisé, c’est tout le système d’exploitation qui doit être refondé, en supprimant notamment la pratique des coupes claires, désastreuse pour les écosystèmes.

Crédit Photo : Jeremy Vessey

En cela, le documentaire L’intelligence des arbres est absolument capital. Il peut être l’instrument d’une prise de conscience de grande envergure, comme peut l’être également le livre de Peter Wohlleben, La vie secrète des arbres. La liste des séances est disponible ici.

Mémo pour les puristes, aussi parfois appelés haters

Certains critiqueront l’anthropomorphisme apparent du documentaire mais peut-être qu’il faut à un certain moment dépasser des questions de forme pour s’intéresser au contenu des choses plutôt qu’à l’emballage. Pensons simplement un instant aux vers de Lucrèce dans De la nature (traduction d’Ariel Suhamy) :

« Pour donner aux enfants l’absinthe qui répugne,
D’abord les médecins, tout autour de la coupe,
En imprègnent les bords de miel doux et doré ;
Cet âge imprévoyant est joué jusqu’aux lèvres,
Le temps de boire jusqu’au bout le suc amer
De l’absinthe. Ils sont pris, mais non pas pris au piège :
C’est plutôt par ce biais qu’ils recouvrent leurs forces
. »

L’anthropomorphisme est évidemment un procédé rhétorique qui a pour but de rendre ce savoir scientifique très pointu beaucoup plus accessible. Peter Wohlleben le dit lui-même dans un entretien accordé à Libération :

« Quand j’ai commencé à animer des visites guidées, j’abordais des notions trop ardues, je décrivais les arbres sans langage imagé, les gens s’ennuyaient. J’ai appris à parler de façon compréhensible, en faisant appel aux émotions. Et on ne peut comparer qu’avec ce qu’on connaît ».

Le gaspillage alimentaire est un problème qui concerne les pays pauvres comme les pays riches depuis des années. Pour réussir à consommer intelligemment, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (ONUAA) organise chaque année la Journée Mondiale de l’alimentation, depuis 1945. A cette occasion, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a rappelé le 16 octobre 2017 les enjeux de ce gâchis.

Plus de 41 200 kilos de nourriture sont jetés chaque seconde dans le monde. Cela représente un gaspillage alimentaire de 1.3 milliard de tonnes d’aliment par an, soit ⅓ de la production globale de denrées alimentaires dédiées à la consommation. En France, près de dix millions de tonnes de nourriture sont jetées chaque année.

Crédit Photo : Shutterstock

Plusieurs raisons expliquent le gaspillage alimentaire : l’achat de masse de certains produits pour leurs prix bon marché, le problème de stockage des aliments, la mauvaise interprétation de la date limite de consommation des produits alimentaires qui indique la période de fraicheur optimale et n’est pas en lien avec la sécurité alimentaire ou encore l’oubli des restes.

Si le gaspillage était un pays, il serait le troisième plus grand producteur de gaz à effet de serre au monde après la Chine et les Etats-Unis”, explique National Geographic dans un article sur le gaspillage.

Pourtant, pour limiter le gaspillage alimentaire les solutions engagées par les organisations ne manquent pas. Le lundi 16 octobre a eu lieu la journée mondiale de lutte contre le gaspillage alimentaire — organisée chaque année par l’ONUAA — rappelant les enjeux d’un gâchis qui coûte annuellement 12 à 20 milliards d’euros à la France. A cette occasion, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a relancé une campagne de sensibilisation afin que tous les acteurs de la chaîne restent impliqués dans la réduction des pertes alimentaires.

Tournée autour des contes de notre enfance – le Corbeau et le Renard, Blanche-Neige, Cendrillon mais aussi Peau d’Ane, le Petit Poucet, Boucle d’or et la Reine des neiges – la nouvelle campagne de communication du ministère cherche à sensibiliser les Français aux enjeux du gaspillage, à travers une version détournée des aventures de ces héros populaires.

“ Ces contes […] nous rappellent combien notre patrimoine culturel et alimentaire est précieux, et qu’il ne faut pas gaspiller les bons produits de notre agriculture” explique le ministère.

A l’heure où l’Académie Française gamberge toujours sur un équivalent officiel de “doggy bag”, de nombreux restaurants en France fournissent des “sacs pour les restes” et nous permettent chaque jour, à notre échelle, de lutter contre le gaspillage alimentaire !

« Considérer l’abeille domestique, actuellement utilisée comme une espèce sauvage, se résume à comparer une meute de chiens errants à une meute de loups », déclare Guillaume Lemoine dans une étude sur l’abeille domestique. Devant la diminution très inquiétante des populations de pollinisateurs, les agriculteurs ont recours à des cheptels d’abeilles domestiques gérés par des entreprises apicoles. Mais malgré les apparences, ce développement du marché des abeilles fait plus de mal que de bien…

Des abeilles menacées de tous côtés

Comme si la raréfaction de leur nourriture, la menace des frelons asiatiques qui progresse depuis 2004 sur le territoire français, le fléau que constituent les néonicotinoïdes ne suffisaient pas, c’est d’elles-mêmes que les abeilles doivent désormais être protégées !

Crédit Photo : Boris Smokrovic

Selon l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), 300 000 colonies d’abeilles disparaissent tous les ans depuis 1995. Pour pallier cette diminution de population, les apiculteurs utilisent des abeilles domestiques, les Apis mellifera, qui sont sélectionnées scientifiquement afin de produire les meilleurs rendements possibles. Ils louent ainsi des ruches aux agriculteurs afin d’assurer la pollinisation de leurs cultures. Mais les apiculteurs français craignent que ce modèle ne dérive vers le système américain.

L’industrie apicole américaine

Un article de la BBC donne un exemple de ce système avec la pollinisation industrielle dans les champs d’amandiers de Californie. Les propriétaires des ruches sont payés 200$ par ruche et sachant que les plus gros propriétaires possèdent plus de 80 000 ruches, on peut imaginer l’attractivité que représente ce marché pour des individus aux dents longues… Les entreprises apicoles américaines déplacent leurs ruches d’un endroit à un autre, parcourant parfois des centaines de kilomètres, ce qui provoque la mort de milliers d’abeilles de la colonie. Cela va parfois même jusqu’au syndrome d’effondrement de la colonie (CDD) : les abeilles disparaissent complètement de la ruche.

Cette pratique industrielle de l’apiculture s’accompagne de points très controversés comme par exemple le fait de tuer la reine au bout d’un an et de la remplacer par une plus jeune et plus productive. Le fait de déplacer des grandes populations d’abeilles favorise également la propagation de maladies et de parasites.

L’abeille domestique, solution trop fragile pour être vraie

Les abeilles sont de plus sélectionnées scientifiquement afin de raccourcir leur temps d’hibernation et d’augmenter ainsi leur productivité. Elles sont fréquemment accouplées avec des bourdons mais sont par conséquent plus fragiles et résistent moins bien aux chutes de température. Ce qui pose un réel problème est qu’elles se reproduisent avec les espèces endémiques régionales et ainsi participent à leur fragilisation et à l’augmentation de leur mortalité !

Car on importe ces abeilles en Europe depuis les pays qui se consacrent à leur élevage : le Chili, l’Argentine, l’Australie, la Nouvelle-Zélande. Elles prennent donc une place importante dans les colonies régionales, leurs fragilités également.

Il devient plus qu’urgent de stopper ces importations et de mettre en œuvre une protection plus efficace des populations d’abeilles sauvages afin que celles-ci ne soient pas complètement évincées par des espèces plus fragiles, qualifiées à juste titre de véritables « esclaves de la pollinisation ».

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