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Au plus grand Village Emmaüs de France, le monde d’après se construit maintenant

Aujourd’hui, le Village accueille 130 compagnons et près de 2000 visiteurs par jour. A chaque fin de confinement, les files d’attentes à la déchetterie-recyclerie ont explosé ! A tel point que le Village a décidé d’ouvrir ses portes également tous les matins.
17 décembre 2020 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Situé dans le département des Pyrénées-Atlantiques, le Village Emmaüs Lescar-Pau porte bien son nom. Ici, compagnons et bénévoles s’affairent tous les jours à la recyclerie, l’espace vente, l’épicerie, la crêperie, le restaurant, et même la Ferme ! Un véritable lieu de vie où plus d’une centaine de compagnons sont hébergés et nourris sur place. En plaçant l’humain au cœur de son projet, le village Emmaüs Lescar-Pau construit dès maintenant le monde d’après : une utopie anticapitaliste, sobre, et résiliente, pour mieux vivre ensemble en prenant soin des écosystèmes.

Confiance et ouverture

Au Village Emmaüs Lescar-Pau, les visiteurs qui se hasardent dans les bureaux sont accueillis avec la même facilité que les compagnons qui décident d’habiter sur le lieu : avec confiance et ouverture.

Cette même ouverture a lancé les conférences, débats, concerts et festivals qui ont permis au Village Lescar-Pau de devenir le plus grand Emmaüs de France, ainsi qu’un acteur économique et social incontournable de la Région.

« Quand j’ai commencé, tout ce que je voulais c’était monter une communauté. Puis les événements que nous avons organisé nous ont permis de faire des rencontres qui ont nourri notre réflexion et affiné notre approche. On a pris conscience de l’importance du bien-manger par exemple, et ça passe par la façon dont on produit la nourriture ! Un de nos derniers projets :  mettre des ruches et créer un musée de l’apiculture ! Avec le scandale sur les néonicotinoïdes, on veut sensibiliser les visiteurs à ces enjeux. » nous explique Germain, le fondateur, un sourire aux lèvres

Aujourd’hui, le Village accueille 130 compagnons et près de 2000 visiteurs par jour. A chaque fin de confinement, les files d’attentes à la déchetterie-recyclerie ont explosé ! A tel point que le Village a décidé d’ouvrir ses portes également tous les matins.

Un effet direct de la crise du covid que les membres du Village ont encore du mal à analyser : y a-t-il une prise de conscience d’un besoin de consommer mieux, ou le pouvoir d’achat a-t-il diminué ? Sans doute un peu des deux.

« Nous ne sommes pas naïfs, nous avons vu comme tout le monde les files devant Zara ou McDo lorsque les restrictions de déplacement ont été levées. Mais ce premier confinement nous a conforté dans notre démarche. Dans ce grand jardin de 11 hectares, nous avons cultivé les légumes dont nous avions besoin, avons soigné les ruches et les animaux. Nous avons vécu dans notre chair les bienfaits de la sécurité alimentaire, et la vivacité du collectif. Cela nous a beaucoup soudé. » raconte Germain pour La Relève et La Peste

Pour nourrir les animaux, humains et non-humains, le Village a fait le choix de ne plus accepter les invendus de la grande distribution pour ne plus tolérer ses dérives. Il a fallu mettre plus de cuisiniers aux fourneaux mais le résultat est là : tout le monde se régale avec une nourriture saine.

Germain, le fondateur du Village – Crédit : Village Emmaüs Lescar-Pau

La voie de l’autonomie pour un modèle anticapitaliste et solidaire

Le Village ne se repose pas sur ses acquis, mais se remet régulièrement en question et reconnaît ses propres limites. Sans un seul centime d’argent public, l’essentiel de ces revenus provient de la vente des objets de la recyclerie et des vêtements de la friperie. Ces déchets valorisés comme ressources sont la face visible de notre système de production outrancier.

Pour l’instant, les objets affluent tellement que le Village réorganise de façon drastique l’atelier vêtements afin de maximiser le tri et minimiser la manutention. Les vêtements sont revendus dans les différentes boutiques de bric-à-brac du village ou envoyés à l’entreprise locale Ouatéco qui transforme chaque année les 2000 tonnes de textiles invendus du Village en un isolant thermique nommé Filéco.

« Notre position est paradoxale. On dépend financièrement d’une société matérialiste qu’on dénonce ! Mais cette indépendance financière nous donne une liberté d’action politique énorme, on peut accueillir qui l’on souhaite, y compris les réfugiés politiques ! » explique Germain avec malice pour La Relève et La Peste

En novembre 2019, le Village Emmaüs Lescar-Pau a ainsi dénoncé la complicité des Etats-Unis et de la Commission Européenne dans le coup d’état de l’opposition contre le gouvernement d’Evo Morales. Pour le Village, il s’agissait de dénoncer la mainmise des puissances occidentales sur les ressources du pays. La Bolivie est la 1ère réserve mondiale de lithium, mais aussi un très important producteur de gaz, d’étain, d’antimoine, de plomb, d’argent et de zinc.

En lien avec le gouvernement Morales depuis de nombreuses années, la place de l’Etat Plurinational de la Bolivie au Village Emmaüs Lescar-Pau a été inaugurée par Evo Morales lui-même en 2015. « L’Etat Plurinational est la reconnaissance de la richesse de tous les peuples dans leurs différences. » précise le Village

Le Village utilise aussi la Tinda, la monnaie locale du Béarn – Crédit : Village Emmaüs Lescar-Pau

Faire société autrement

Conséquence d’une société en crise, les profils des bénévoles et compagnons du Village sont de plus en plus variés. De nombreux volontaires sont ainsi des personnes de 20 à 40 ans qui s’interrogent sur les dérives du capitalisme et veulent découvrir une façon de faire société autrement.

« Ce qui me fait le plus peur en ce moment, c’est les conséquences politiques liberticides dans la gestion du virus et l’anxiété que cela génère chez les gens, confie Germain d’un air soucieux. On assiste déjà à une hausse des états dépressifs, cela risque de s’aggraver avec la crise économique et sociale. C’est difficile de risquer l’utopie, mais si des personnes ont l’envie et la curiosité de faire la démarche de voir ce qu’on construit ici, la porte est ouverte à tou.te.s. Ici, on ne fait pas de la ré-insertion sociale, mais de la reconstruction d’individus. »

C’est un coup dur personnel qui a mené Camille, une jeune femme lumineuse de 31 ans, au Village début septembre. Après avoir quitté son métier de juriste pour mineurs isolés, elle a tenté de prendre la mer en rénovant un voilier avec son amoureux de l’époque. Le chantier a échoué et la relation s’est terminée. C’est un cherchant un nouveau chantier solidaire qu’elle a découvert par hasard le Village.

Camille à la serre

« Après seulement une semaine de découverte ici, j’ai repris goût à la danse. Je suis rentrée à Strasbourg pour récupérer mes affaires et je suis revenue pour devenir compagne, un moment très fort. Ici, j’ai trouvé du sens et j’ai repris goût à la vie. J’ai une tranquillité d’esprit que je n’avais plus depuis très longtemps. On est à la fois extrêmement protégés et libres, et cela s’est encore plus ressenti pendant le confinement. » raconte Camille avec chaleur pour La Relève et La Peste

Au Village, les compagnons sont nourris, logés et ont une rémunération de 45€/semaine qui augmente au fil des mois, nommée « le pécule ». Chacun peut repartir quand il le souhaite, dès qu’il le souhaite. La seule condition : participer activement à la vie collective et aux tâches du Village.

L’organisation prend en compte les aspirations individuelles de chacun, comme Félicien le chef cuisinier qui a valorisé le four à pain pour former des compagnons à la boulangerie. Les outils appartenant au Village, ils ne prennent aucun risque financier et n’ont pas de soucis de rentabilité.

Le Village fabrique son propre pain – Crédit : Village Emmaüs Lescar-Pau

Les besoins de la collectivité priment quand même, et tout le monde doit être prêt à s’adapter en fonction des circonstances. D’abord « engagée » à la friperie puis à la boutique de vêtements pour remplacer une collègue, Camille travaille à la ferme depuis un mois, où David le maraîcher lui apprend le métier. Elle y découvre le plaisir du travail en plein air… et sous la serre quand il pleut !

Camille et David, sur le chemin de la serre

« Je suis vraiment heureuse d’être passée sur la ferme. C’est un vrai bonheur d’apprendre avec lui, c’est un mentor calme qui a plaisir à transmettre ce qu’il sait. J’ai vraiment rencontré des personnalités incroyables ici. Après, tout n’est pas idyllique, il y a notamment le sexisme, mais ça c’est un mal de société ! Quand il y a des disputes, on en parle tous ensemble et comme dit Germain : nous ne sommes pas tous obligés de nous aimer, mais nous devons nous respecter. »

Pour la jeune femme, sa démarche d’autonomie va de pair avec des valeurs permettant de faire société ensemble paisiblement : bienveillance, partage, et justesse. Un terme intriguant pour une ancienne juriste : justesse, pas justice ?

« La justice est devenue trop associée à l’appareil d’Etat, et même symboliquement à une recherche de vengeance. Alors que la justesse vise l’équilibre, ce qui est juste. Et puis quand la loi est inique, ça fait du bien de lui dire « merde » ! » conclut-elle avec sourire

17 décembre 2020 - Laurie Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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