La ZAD : Cette zone hors du temps où l’impossible devient possible…

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L’équipe de La Relève et La Peste était ce week end sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. A travers différents formats éclectiques – à l’image du lieu – nous vous proposons de découvrir avec nous ce lieu hors normes. Voilà donc un premier reportage photo, accompagné de son récit partiel et partial narrant une après-midi de vie sur la ZAD, où se révèlent des formes incomparables, des moments rayonnants de simplicité, et des paysages superbes.

A peine arrivés sur la ZAD, à la Rolandière, on découvre le célèbre phare dressé, majestueux, comme un défi lancé au ciel. Un avion passe, on rit de se dire qu’il ne décollera jamais de là où nous nous tenons. Pour pouvoir monter en haut du phare, on rentre dans le bâtiment d’accueil, un grand chalet en bois. Des chiens chahutent dehors. Après avoir monté un escalier escarpé, on arrive dans la bibliothèque : un jeune homme lit par terre accolé à la vitre, tandis qu’un groupe de personnes discute. On passe par la fenêtre pour enfin arriver sur la structure métallique qui donne accès au phare. Le panorama est superbe, les landes s’ouvrent et se perdent dans l’horizon. Rien de plus paisible vu d’ici.

Le phare de la Rolandière

La carte de la ZAD

La bibliothèque

Vue aérienne des landes. Photo : Vincent Verzat – Partager c’est sympa

On se décide à partir à la découverte des lieux, armés de notre carte et de nos bottes. Entre les nids de poules, les obstacles qui jonchent la route, et les chemins embourbés, on se rend vite compte que les voitures ne sont pas reines ici. On se gare donc sur la Route des chicanes, juste à côté d’une carcasse de voiture, une potence et autres éléments de décor qui semblent tout droit sortis du film Mad Max. Sur les conseils d’habitants croisés un peu plus tôt, on part à la recherche de la « cabane flottante », qu’on nous a décrit comme une petite bulle miraculeuse trônant au milieu d’un lac, accessible en barque seulement.

Une épave borde la route des chicanes

On se perd, on retourne en arrière, les chemins sont boueux, presque impraticables… On comprend mieux alors en quoi le bocage de Notre-Dame des Landes est une zone humide. On finit par reprendre la célèbre Route des chicanes où on arrête des habitants de la ZAD pour leur demander de nous indiquer le chemin le plus rapide. Après une petite querelle entre nos interlocuteurs pour déterminer quelle est la direction exacte, nous voilà partis, coupant à travers champs, à la faveur d’une éclaircie. On pénètre dans un premier sous-bois, une cabane y flotte, mais dans les airs, perchée en haut d’un arbre. Sur le sol se trouvent les cendres d’un feu, des branches tressées qui forment une sorte de soleil et d’anciens sièges de voitures qui font office de canapé à ciel ouvert. On continue dans la direction indiquée, sortant du sous-bois pour déboucher sur un nouveau champ.

Quelqu’un sort à son tour du sous-bois, on se salue, on lui demande de confirmer notre itinéraire. Il est très chargé, je lui propose de lui donner un coup de main pour porter son cageot de légumes. Ceux-ci ont été cultivés sur la ZAD, le paroxysme du circuit-court. Il nous dit qu’il est bien content d’être tombé sur nous. Il vient lui aussi d’arriver, il n’habite pas ici continuellement mais vient régulièrement passer un ou deux mois à la ZAD, avec son collectif de musiciens. Pas de propriété donc : on lui a dit que le « Port » (une maison juste à côté de la cabane flottante) était vide. Il a donc passé la journée à nettoyer pour que lui et sept de ses amis puissent loger dans les lieux. Arrivés à destination Hugo nous ouvre les portes de son nouvel habitat.

Le Port est fait de l’étoffe de la forêt qui l’entoure. L’équipement est minimaliste : un poêle à bois, une table ronde au centre de la pièce traversée en son cœur par un arbre de la forêt, des jerricanes d’eau vides, et des dessins partout, des objets de décoration fait-mains, des instruments de musique, des messages gravés sur les murs…

Le Port

La cabane flottante

Hugo nous explique qu’ici, à l’Est de la ZAD, les gens font volontairement ce choix du dénuement complet. Eux vivent dans des cabanes de fortune au milieu des bois, sans eau courante, ni électricité. Ce n’est pas faute de pouvoir le faire, ils pourraient très bien se raccorder au réseau électrique de façon « pirate ». Mais ils l’ont toujours crié haut et fort : « Non à l’aéroport et son monde ». C’est tout ce monde, en bloc, qu’ils refusent de cautionner. Et utiliser cette électricité, ce serait quelque part cautionner le nucléaire : un impensable pour eux. Alors tous ceux qui vivent à l’Est font ce choix de la pauvreté matérielle, au nom d’un refus, celui de se rendre complices de ce qu’ils exècrent. Ils sont une cinquantaine à vivre toute l’année à l’Est de la ZAD, et plus d’une centaine d’électrons libres – à l’image d’Hugo – qui gravitent autour et s’y rendent quelques mois par an pour retrouver les « copains » comme ils aiment s’appeler, et se « ressourcer ».

Il nous apprend également qu’il existe une sorte de scission au sein même de la ZAD, entre les habitants de l’Est et ceux de l’Ouest. A l’Ouest, les habitations sont pour la plupart faites « en dur », elles sont raccordées à l’électricité et à l’eau courante. Un mode de vie un peu moins survivaliste.

Tout en faisant brûler un bâton de Palo Santo pour assainir la pièce, Hugo nous offre de partager avec lui un peu de ce pain, qui vient de la boulangerie de la ZAD. Je ne peux m’empêcher de repenser à ce passage des Vraies Richesse de Giono :

« C’est du pain brun. Il n’a pas de grosses bulles dans sa mie mais de petites bulles régulières, presque comme un gâteau de cire où les abeilles font leur miel. Il est lourd. Ce morceau est gros comme ma main, mais il pèse plus que ma main.  

Je le goûte, mais bien avant j’ai été saisi par l’odeur. Le goût est pareil. L’odeur monte à travers le palais et elle revient dans le nez comme si j’avais encore le petit bout de pain dans les doigts, et il est déjà une pâte sous mes dents du fond, et je l’avale.

L’odeur et le goût restent. Le mot « blé » a tout de suite un sens, comme : melon, raisin, pêche, abricot, un fruit, un fruit nouveau. »

Vidéo : Les gens qui sèment – Les Voies de la ZAD #2 : Entretien avec Mickael, paysan-boulanger au grand coeur

Avant de partir, il nous recommande de faire un détour par la Tour, la cabane qu’a construit un de ses copains. Il y cultive son jardin et a creusé un puits, à la fois refuge au frais pour l’été et salle de musique où l’acoustique n’a nulle part son pareil. Avant que le soleil ne se couche, on découvre cette petite maison hors du commun, faite de paille et de terre cuite. Les derniers rayons du soleil semblent jouer avec les teintes ocres de la façade : le spectacle est merveilleux.


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