Herboriste : ce métier illégal qui dérange l’industrie pharmaceutique

Découvrez le documentaire de Immersion. Pourquoi le métier d'herboriste est-il illégal ?
14 novembre 2019 - Laurie Debove
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Le troisième épisode de la web-série « Immersion » nous fait découvrir les coulisses du métier d’herboriste dont les professionnels doivent jongler entre les failles législatives pour exercer leur activité. Un combat politique a été engagé par un sénateur pour réhabiliter la profession.

Herboriste, le parcours du combattant

Avec l’article 59 de la loi du 11 septembre 1941, le Régime de Vichy a supprimé le certificat d’Etat d’Herboristerie. Depuis ce jour, les herboristes n’ont plus le droit d’exercer leur activité pleinement et ne sont autorisés qu’à vendre 148 plantes sur les 562 plantes médicinales inscrites à la pharmacopée française.

Dans le troisième épisode d’Immersion, disponible sur Imago TV, la réalisatrice Messodie a voulu comprendre comment les résistants de l’herboristerie parvenaient tout de même à pratiquer leur métier, sous quelles conditions, mais aussi où en est la réhabilitation du métier dans la législation française et l’opinion publique. 

« Je m’intéresse depuis 3 ans à la santé au naturel que ce soit par la naturopathie ou l’utilisation d’huiles essentielles. C’est un sujet qui m’accompagne dans mon quotidien donc j’avais envie de parler du soin par les plantes. En m’intéressant au sujet, j’ai découvert que le métier d’herboriste était illégal depuis 1941 ! C’est pour ça que j’ai voulu axer le sujet autour de ce fait incroyable : le monopole pharmaceutique mis en place sous Vichy, un régime autoritaire, a toujours lieu de nos jours. »explique Messodie, réalisatrice d’Immersion, pour La Relève et La Peste

Résultat, celles et ceux qui veulent exercer cette activité se retrouvent obligés de jongler entre les failles législatives, comme François et Benjamin que Messodie a rencontré dans le cadre de son enquête. Herboriste à Bordeaux, François tient une petite boutique dans laquelle il vend des plantes dont il connaît chacune des origines et la façon dont elles ont été cultivées.

« Benjamin, lui, m’a vraiment fait rentrer dans le vif du sujet. Il m’a expliqué tous les non-sens qu’il y a dans la loi et je me suis rendue compte que les herboristes n’ont pas le droit de faire grand chose. Ils sont obligés de faire une formation de pharmacien qui contient très peu de cours dédiés aux plantes, et doivent ensuite faire des formations complémentaires. Ils n’ont pas le droit de faire de mélanges et doivent vendre les plantes séparément en expliquant oralement la posologie aux personnes, sans avoir le droit de le noter eux-mêmes sur un papier. Ils pourraient faire tout ça s’ils exerçaient en officine, mais ce n’est pas pour trouver des plantes en vrac que les gens y vont. Se renseigner sur le métier d’herboriste, c’est réaliser que tout l’inconscient collectif sur la façon dont nous devons nous soigner a été façonné par la pression des entreprises pharmaceutiques. » partage Messodie, réalisatrice d’Immersion, pour La Relève et La Peste

Agir enfin

François et Benjamin sont les seuls à avoir accepté de se confier à Messodie, qui a essuyé beaucoup de refus de la part de leurs homologues. En effet, leur activité s’exerce tellement sur le fil de l’illégalité que nombreux sont ceux qui ont peur de parler ouvertement. Pour en savoir plus sur l’état de leur statut, Messodie a rencontré Joël Labbé, le sénateur morbihannais qui se bat pour réhabiliter le métier d’herboriste.

« En étant rapporteur de la mission sénatoriale sur le développement de l’herboristerie et des plantes médicinales, Joël Labbé a mené une grande enquête pour connaître la situation de l’herboristerie en France en interrogeant tous les corps de métiers liés à la santé, peu importe leur bord politique et leur activité. Au final, tout le monde serait d’accord pour reconnaître le métier et leur offrir une formation digne de ce nom. Ceux qui sont contre, ce sont les ministres de la santé, l’Ordre des pharmaciens et celui des médecins, qui ne représentent plus vraiment les professions de soin, mais plutôt la vision de l’industrie pharmaceutique, soit les lobbies. » s’agace Messodie, réalisatrice d’Immersion, pour La Relève et La Peste

Crédit photo : Immersion

Ce troisième épisode d’Immersion commence par une scène frappante : l’extrait d’un débat télévisé sur le sujet ayant eu lieu dans les années… 70 ! 30 ans plus tard, les arguments restent les mêmes et le métier d’herboriste n’est toujours pas reconnu. Alors que les détracteurs du métier d’herboriste vantent le progrès technique et scientifique, cet exemple montre à quel point la société stagne clairement en terme d’accès aux soins.

Porté un collectif, une pétition est en ligne pour inviter les citoyens à peser dans le débat politique sur le sujet. Le sénateur Joël Labbé va déposer cette pétition au Sénat dans les mois à venir : la réhabilitation du métier d’herboriste dispose aujourd’hui d’une fenêtre de tir unique qui ne se reproduira peut-être pas avant deux ans. 

Pour la prochaine Immersion, Messodie traitera un sujet qui lui tient particulièrement à cœur : l’antispécisme.

14 novembre 2019 - Laurie Debove
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