Les 1% les plus riches ont gagné 82% des richesses créées en 2017

Dans un rapport publié lundi 22 janvier, OXFAM nous révèle que 50% de la population mondiale n’a pas touché le moindre bénéfice de la croissance mondiale l’an dernier, alors que la richesse des 1% les plus riches a augmenté de 762 milliards de dollars. 762 milliards de dollars, sept fois le montant qui permettrait d’éradiquer […]
22 janvier 2018 - Laurie Debove
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Dans un rapport publié lundi 22 janvier, OXFAM nous révèle que 50% de la population mondiale n’a pas touché le moindre bénéfice de la croissance mondiale l’an dernier, alors que la richesse des 1% les plus riches a augmenté de 762 milliards de dollars.

762 milliards de dollars, sept fois le montant qui permettrait d’éradiquer la pauvreté

Le rapport d’OXFAM paru ce lundi 22 janvier a pourtant un titre prometteur, « Partager la richesse avec celles et ceux qui la créent ». Au vu de l’ampleur des inégalités présentées dans le document, le chemin paraît bien long, alors que les ressources sont largement suffisantes. En effet, 762 milliards de dollars, c’est sept fois le montant qui permettrait d’éradiquer la pauvreté extrême dans le monde !

Ce rapport est publié la veille de l’ouverture du World Economic Forum à Davos, en Suisse. Comme chaque année, la fondation organise un sommet réunissant des dirigeants d’entreprise, des responsables politiques du monde entier ainsi que des intellectuels et des journalistes, afin de débattre des problèmes les plus urgents de la planète. Et cette année, l’objectif est ambitieux : « créer un avenir partagé dans un monde fracturé ». Ce but résonne de concert avec l’intitulé du rapport d’OXFAM qui révèle l’importance des fractures économiques du monde.

Les chiffres sont frappants :

– Entre mars 2016 et mars 2017 : le nombre de milliardaires a connu l’année dernière sa plus forte hausse de l’histoire, avec un nouveau milliardaire tous les deux jours.
Le patrimoine des milliardaires a augmenté en moyenne de 13 % par an depuis 2010, soit six fois plus vite que la rémunération des travailleuses et travailleurs, qui n’a progressé que de 2 % par an en moyenne.
– strong>Quatre jours suffisent au PDG de l’une des cinq premières marques mondiales du secteur du textile pour gagner ce qu’une ouvrière de la confection bangladaise gagnera au cours de sa vie.
Porter les salaires des 2,5 millions d’ouvrières et ouvriers du textile vietnamiens à un niveau décent coûterait 2,2 milliards de dollars par an. Cela équivaut à un tiers des sommes versées aux actionnaires par les cinq plus grands acteurs du secteur du textile en 2016.
– De la même manière, 10 % des dividendes versés par Carrefour à ses actionnaires en 2016 suffirait à assurer un niveau de vie décent pour plus de 39 000 travailleurs du secteur du textile au Bangladesh.

Crédits : Oxfam East Africa

Pour Manon Aubry, porte-parole d’Oxfam :

« Ces chiffres vertigineux démontrent que le boom des milliardaires n’est pas le signe d’une économie florissante, mais d’abord le symptôme d’un système économique défaillant qui enferme les plus vulnérables dans la pauvreté et porte aussi atteinte à la prospérité économique de toutes et tous, comme le reconnaissent de plus en plus d’institutions comme le Fonds monétaire international (FMI) ou l’OCDE ».    

1/3 de la fortune des milliardaires provient d’héritages

Pour ceux qui en doutaient encore, le rapport le démontre : à la loterie de la fortune, les grands gagnants sont ceux nés dans des familles…riches ! Contrairement aux idéaux de la méritocratie, ces milliardaires sont loin d’avoir gagné leur fortune grâce à leurs seuls talents et travail acharné. Le rapport d’Oxfam l’explique clairement :

« Environ un tiers de la fortune des milliardaires provient d’héritages. Au cours des 20 prochaines années, 500 personnes parmi les plus riches au monde transmettront plus de 2 400 milliards de dollars à leurs héritiers, soit plus que le PIB de l’Inde, un pays qui compte 1,3 milliard d’habitants. »

Oxfam pointe aussi du doigt les monopoles qui assurent aux propriétaires et actionnaires des rendements excessifs au détriment du reste de l’économie, mais aussi des territoires dont les gouvernements travaillent de concert avec les pouvoirs monopolistiques.

« Des intérêts privés s’appuyant sur de bonnes relations peuvent s’enrichir aux dépens de l’intérêt public par le biais de privatisations, de ressources naturelles cédées à des coûts inférieurs à leur juste valeur, de marchés publics corrompus ou d’exemptions fiscales et autres évasions. » 

La France, championne européenne pour les actionnaires

Dans les pays favorables aux super-riches, la France n’est pas en reste. L’an dernier, en France, les 10% les plus riches détenaient plus de la moitié des richesses nationales quand les 50% les plus pauvres s’en sont partagées seulement 5%. La richesse des milliardaires français a été multipliée par trois en 10 ans. Parmi ces milliardaires, 32 personnes possèdent autant de richesse que 40% de la population française la plus pauvre. Sur l’ensemble des milliardaires français, 23% sont aussi des héritiers (contre 15% au niveau mondial) et 27% sont des héritiers ayant développé leur héritage (contre 20%).

Dans le port Hercule de Monaco: Amadeus, le yatch de Bernard Arnault. Crédits : Citizen59 (flickr)

Ces jackpots sont notamment possibles grâce à la rémunération des actionnaires français, les mieux payés d’Europe ! 44 milliards d’euros de dividendes ont ainsi été reversés en 2017 par les entreprises du CAC 40 à leurs actionnaires. C’est trois fois plus qu’il y a 15 ans alors que le salaire moyen n’a augmenté que de 14% pendant la même période en France. Cet accaparement des richesses crée des inégalités incroyables au sein d’une même entreprise. Ainsi, Olivier Brandicourt, PDG de Sanofi, reçoit en moins d’une journée le salaire annuel moyen d’un Français. Et cela concerne seulement son salaire fixe. En additionnant son salaire fixe, son variable, ses options et ses actions, il a gagné en 2015 16,76 millions d’euros ! Pourtant, ce pactole n’est pas grand-chose comparé à la fortune de Bernard Arnault, propriétaire du groupe LVMH : 41,5 milliards de dollars.

Pour Manon Aubry, « Des scandales d’évasion fiscale tels que les Paradise Papers, les écarts de rémunérations au sein de grandes entreprises ou la réforme fiscale d’Emmanuel Macron, montrent que les responsables économiques et politiques ne sont pour l’instant pas décidé.e.s à s’attaquer sérieusement à cette injustice ».

Pour Oxfam, les décideurs politiques doivent réguler les multinationales afin que les richesses soient mieux partagées, et défendre les droits des personnes pauvres, notamment les femmes, victimes des inégalités.

Afin de faire cesser cette « spirale infernale des inégalités », Oxfam exhorte donc le gouvernement français à prendre des mesures fortes dans une campagne intitulée « Contre les inégalités, pesons de tout notre poids ». Une pétition à été lancée sur https://actions.oxfam.org/france/loi-inegalites/2018/ pour les citoyen.ne.s souhaitant soutenir la création d’une loi contre les inégalités.

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