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Pour ne jamais aller en maison de retraite, ces seniors ont bâti leur coopérative d’habitants

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Dans l’esprit des « jeunes vieux » encore valides, et dans l’imaginaire collectif, rentrer en maison de retraite signifie littéralement « être envoyé au bagne ». Très souvent, on décide d’y entasser nos aînés « parce que c’était plus raisonnable » et parce que, généralement, les alternatives nous échappent. Effectivement, les solutions ne se pressent pas au portillon, c’est pourquoi nous devons les convoquer, voire même les inventer. Il faut croire que la vieillesse, ça se prépare ! Et certains l’envisagent main dans la main.

Pour vieillir mieux, vivons groupés. C’est le credo d’un groupe de jeunes retraités lyonnais qui ont décidé de bâtir un habitat écologique et participatif. Après quatre ans de conception et deux ans de travaux, le projet voit enfin le jour et n’attend plus que la fin des travaux pour accueillir ses joyeux résidents. Le principe est simple : les futurs habitants pourront vivre ensemble et de façon autonome dans un espace qu’ils auront eux-mêmes adapté aux besoins de leur âge.

Le concept « d’habitat participatif » n’est pas né de la dernière pluie. D’ailleurs, ce terme est entré discrètement dans le vocabulaire relatif au logement : le qualificatif « participatif » est une petite révolution. On le trouve dans la loi ALUR (Accès au Logement et Urbanisme Rénové) adoptée en 2014. De quoi s’agit-il ? L’habitat participatif peut se définir comme un groupement de ménages mettant en commun leurs ressources et leurs idées pour concevoir, réaliser et financer leur logement au sein d’un lieu de résidence collectif. La coopération est une loi fondamentale du vivant, pourquoi ne pas se l’approprier pour en faire un véritable mode de vie ? « Habiter en coopérative, c’est choisir de ne pas être propriétaire de son logement. C’est poser un cadre juridique qui privilégie l’usage sur l’avoir » déclare l’association Terre et Humanisme.

« Le troisième âge est devenu un véritable business où l’on propose à des investisseurs de placer leur argent à 6 % pour construire des parcs à vieux »

Monter un tel projet demande du temps et de l’énergie. Quelles que soient les conditions, cela relève d’une démarche active et d’un investissement sur le long terme, d’où la nécessité absolue d’anticipation. Le projet des retraités de « Chamarel les Barges Vaulx en Velin » a démarré en 2009. Depuis, certains ont quitté le navire, tandis que d’autres ont rejoint l’aventure. « Le troisième âge est devenu un véritable business où l’on propose à des investisseurs de placer leur argent à 6 % pour construire des parcs à vieux » s’insurge Patrick Chrétien, un instituteur à la retraite. Les banques et les collectivités ont représenté un véritable défi pour le groupe de sexagénaires. Il leur a fallu convaincre les plus sceptiques afin d’obtenir trois prêts à hauteur totale d’1,9 million d’euros, négocié sur cinquante ans. « Lorsque j’ai demandé cette somme à mon banquier, sa première réaction a été de tousser » en rit encore Patrick. « Et puis il a réalisé qu’il n’y avait pas plus de risque qu’avec n’importe quelle entreprise. Si l’un de nous s’en va, un autre prendra sa place. » Pour vivre dans ce havre de paix pour séniors, chacun devra payer un loyer mensuel compris entre 600 et 800 euros. Autrement dit, nul n’est propriétaire de son appartement mais chacun détient des parts sociales de la coopérative. Ça n’a l’air de rien, mais c’est essentiel car c’est un moyen de se protéger de la spéculation immobilière. Au final, cette solution est nettement plus économique qu’une maison de retraite. Et en prime, on ne boudera pas le plaisir de faire naître de belles initiatives au nom de la solidarité et de la convivialité.

Notre société a érigé un système fragmenté, individualiste et générateur de dépendance, dans lequel ceux qui n’ont pas de moyen se retrouvent en détresse sociale. Certes, ils sont généralement pris en charge par des institutions, mais cette solution est loin de pouvoir offrir une véritable solidarité sensible. « Contrairement à une résidence classique pour séniors où c’est chacun chez soi, nous avons fait le choix du vivre ensemble » explique Patrick Chrétien. Au préalable, les décisions sont mûrement réfléchies et validées par les futurs habitants. « C’est une mécanique un peu plus lente que le vote mais les décisions sont beaucoup plus solides dans la durée » estime Patrick.

« Le principal écueil, c’est nous-même ! L’une des raisons d’être de ce projet est un travail important sur la qualité relationnelle. » Un habitant du Hameau des Buis

L’idée de la mise en commun est un pas de plus vers une société plus humaine et plus écologique. Les habitants mutualisent l’électroménager et les chambres d’amis. Des espaces collectifs sont aménagés pour partager les loisirs et les tâches ménagères. La conception du bâtiment prévoit même l’éventuelle apparition de handicap ou de diminution de la mobilité. Tout est pensé sur mesure, chaque habitant devient créatif et propose ses idées. « On est chez soi, on mène sa vie comme on l’entend tout en partageant des espaces communs avec nos voisins. On ne participe certainement pas à ce genre d’opération dans le but de s’enrichir en revendant ses parts sociales. En cela, le logement participatif est plus qu’une solution à un problème de logement, c’est aussi une nouvelle philosophie de vie. »

Crédit Photo : Philippe Juste / Le Progrès/ MAXPPP

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