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Boues rouges toxiques : la justice ordonne à Valls de s’expliquer sur les rejets d’Alteo

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Ce 6 Janvier, le tribunal administratif de Paris a rendu un jugement en faveur des opposants aux rejets de l’usine Alteo dans les Calanques ; en effet, le tribunal impose à l’Etat de lui transmettre le compte rendu d’une réunion interministérielle datant du 13 Novembre 2015 où à l’époque, le premier ministre Manuel Valls avait apparemment commandé qu’Alteo obtienne le droit de déverser ses déchets liquides en mer. Une vraie avancée pour les défenseurs de l’environnement.

Contextualisation

Pechiney, entreprise paternaliste et grand employeur de la région, a lancé la production d’alumine en 1894 à Gardanne – ville située à 30 kilomètres au nord de Marseille. Depuis reprise par l’entreprise Alteo, cette production génère des déchets solides appelées « boues rouges » qui sont entreposées à l’air libre et des déchets liquides directement déversés dans la mer. Le minerai rouge, la bauxite, dont les déchets sont exposés à l’air libre ou dans la mer est toxique et à l’origine de problèmes de santé, de pluies acides, de dépopulation des poissons aux alentours de la zone de rejet etc. Vous l’aurez compris, le rejet de ces déchets industriels riches en métaux lourds et avec un taux de radioactivité élevé est catastrophique pour l’environnement et les habitants. Cela fait donc des dizaines d’années que ces déchets sont rejetés dans la nature, les entreprises Pechiney et Alteo étant plus ou moins protégées par le grand nombre d’emplois locaux que l’industrie génère. Par opposition, Ségolène Royale, ministre de l’écologie, avait multiplié les demandes d’études, d’analyses etc précédant cette rencontre interministérielle afin de plaider la cause de l’environnement auprès des représentants de l’Etat en se plaçant fermement contre les rejets d’Alteo qui détruisent les écosystèmes marins.

Ségolène Royale monte au créneau et les pages se noircissent

En décembre 2015, suite à la réunion interministérielle, le préfet des Bouches-du-Rhône propose à Alteo une énième dérogation pour une durée de 6 ans afin que l’industriel puisse continuer à utiliser la vieille canalisation qui traverse plusieurs kilomètres avant de vomir ses déchets liquides toxiques. Si le groupe assure que la qualité des rejets a considérablement été améliorée, les taux d’arsenic, d’aluminium, de fer et autres contaminants dépassent largement les normes imposées par l’Union Européenne. Ségolène Royale monte au créneau et affronte publiquement Manuel Valls en l’accusant de céder au chantage à l’emploi, notamment dans l’émission de Thalassa consacrée aux boues rouges : « Le jour où [ces rejets seront] interdits, on dira “mais comment ça a pu exister, comment même a-t-on pu autoriser ça et renouveler cette autorisation ?” C’est inadmissible ». Olivier Dubuquoy, un géographe engagé dans la lutte a pris la plume en main et a contacté le Premier Ministre afin d’obtenir le compte rendu de cette réunion pour plus de clarté et comme le signe d’un premier avertissement avant un passage par la case justice. D’abord sans réponse, il a ensuite reçu en mars 2016 une page caviardée de la tête au pied. Ce manque de transparence a été souligné dans l’article du Monde lorsque l’avocate de Olivier Duboquoy, Hélène Bras a qualifié l’administration du ministère de « digne du XXème siècle ».

Alteo et le gouvernement continuent de jouer

La décision de décembre 2015, en plus de ne répondre à aucune attente, n’a fait que relancer le débat et piquer l’opinion publique. Une procédure a été engagée contre elle au nom des pêcheurs, riverains et de l’association d’Olivier Dubuquoy : Nation Océan. La Fédération France Nature Environnement (FNE) se place aussi dans les rangs de riposte en menant, elle aussi, une attaque devant le même tribunal administratif de Marseille, mais cette fois-ci, avec des revendications plus serrées : « Nous demandons que le délai ne soit plus de six ans, mais qu’une date butoir soit fixée au 31 décembre 2018, explique Anaïs Lozano pour FNE Bouches-du-Rhône. Le groupe Alteo avait lui-même évoqué cette éventualité lors de commissions techniques. ».

De leurs côtés, les pirates bienfaiteurs des associations Surfrider, Sea Sheperd et la Ligue de Protection des Oiseaux ne laissent plus de place au doute et tentent d’obtenir la révocation de cet arrêté de trop. Comme expliqué lors de notre précédent article concernant ce dossier des boues rouges, les années de pollution ancrées dans ces terres du Sud laissent une marque durable dans la biodiversité et la toxicité des sols et de l’eau. Pechiney et Alteo ont construit ensemble, en passant au-dessus des lois un véritable bassin toxique grâce aux emplois qu’ils ont générés. Aujourd’hui, la menace réelle de ce site est qu’Alteo quitte les lieux sans rien nettoyer derrière lui et que de nouveaux processus s’engagent et prennent toujours plus d’années.

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